Épreuve des peuples sur le climat

Une large coordination internationale de mouvements sociaux, d’ONG écologistes, d’associations d’aide au développement, de syndicats et de groupes religieux s’associent dans un texte commun sur le climat.

« Tout indique que les résultats du sommet sur le climat de Paris ne seront pas à la hauteur des enjeux. Au contraire, il risque de légitimer les rapports de force actuels en faveur des élites, en ne proposant que des changements marginaux », s’inquiètent-ils.

Reuters, Mediapart et The Guardian publient conjointement ce texte.

Epreuve des peuples pour le climat

 

Si le climat était une banque…

Si le climat était une banque, il serait déjà sauvé

Par Eric Coquerel Coordinateur politique du Parti de Gauche

Le 16 décembre 2009, à la conférence de Copenhague sur le climat, le Président Hugo Chavez a prononcé cette phrase devenue célèbre : « Si le climat était une banque, on l’aurait déjà sauvé ». Le Parti de Gauche a décidé d’adapter ce slogan pour ses trois campagnes lancées au mois de juin.
Les trois affiches prévues à cet effet collent toutes à l’actualité internationale, sociale et écologique :

clip_image002[4]Oui, « si la Grèce était une banque, elle serait déjà sauvée ». Et Alexis Tsipras n’aurait pas besoin de batailler comme il le fait avec la Troïka, l’EuroGroupe, M. Juncker et son donneur d’ordre qu’est Mme Merkel. Il faut plus que jamais soutenir le gouvernement grec dans ce bras de fer. Ce gouvernement a de son côté le peuple grec et face à lui, l’oligarchie politico-financière. Cette opposition entre la souveraineté d’un peuple qui « reprend son destin en main » comme nous l’a expliqué samedi Zoé Konstatopoulou, présidente du parlement grec, place de la République au Forum alternative européenne, et la souveraineté des marchés et de la finance est aussi notre combat. Voilà pourquoi nous manifesterons le 20 juin en solidarité avec le peuple grec à l’appel de l’ensemble de ses organisations progressistes (partis, syndicats, associations).
clip_image004[2]Oui, « si l’hôpital public était une banque, il serait déjà sauvé ». Les personnels de l’AP-HP qui refusent le plan Hirsch par milliers ne disent pas autre chose au fond. Sous prétexte d’aménager les 35 heures, ce plan veut en effet imposer davantage d’austérité à nos hôpitaux d’Ile de France. Pourtant, que de dégradations déjà commises au nom de cette politique depuis le documentaire « Sicko » réalisé par l’américain Michael Moore en 2007 qui montrait en exemple notre système de santé publique. Grâce à la qualité et au dévouement des personnels, justement, cela tient encore, mais tous les usagers font l’expérience de conditions se détériorant y compris maintenant dans la qualité des soins ou au moins des conditions d’accueil. Tout est fait en réalité pour favoriser le privé en fermant, regroupant des hôpitaux, maternités, centres IVG et en diminuant leurs moyens. Mais cette nouvelle attaque sur l’AP-HP ne passe pas. Chaque semaine des manifestations ont lieu. La prochaine est le 11 juin. De nouveau, nous serons dans les rues de Paris, aux côtés de tous les syndicats unis. Comme nous sommes au côté des comités qui, un peu partout sur le territoire, se battent pour préserver une offre de soins publics de proximité et de qualité. Comme nous serons à Guéret les 13 et 14 juin pour la défense plus globale des services publics.

clip_image006[2]Oui, enfin, « si le climat était une banque, il serait déjà sauvé ». En cette année de COP 21, ce sera la campagne centrale pour le PG. Même Mme Royal reconnaît que « les négociations de l’ONU sont complètement inadaptées à l’urgence climatique ». C’est dire qu’on attend peu de choses du sommet à Paris en fin d’année. Il y aura une déclaration. Il est impossible qu’il en soit autrement. Mais rien qui ne soit à la hauteur des enjeux. Les nouvelles sur le front du réchauffement climatique sont pourtant toujours plus alarmantes, ses conséquences sont plus rapides et importantes que prévues. Une étude parue mi-mai dans « Sciences », révèle ainsi une accélération de la fonte des glaces dans le sud de la péninsule Antarctique depuis 2009. Les chercheurs estiment ainsi que 56 milliards de tonnes de glace y fondent chaque année, soit plus d’un tiers de la perte totale de masse de la calotte polaire sud (évaluée par le Giec à 142 gigatonnes par an entre 2003 et 2011). Ce n’est qu’un exemple, puisque les glaciers de la mer d’Amundsen située un peu plus au sud fondent à un rythme encore plus rapide. Et ce n’est rien en comparaison avec la banquise de l’Océan Arctique et des glaces du Groenland.

Bien plus grave que le phénomène de réchauffement lui-même (la terre a évidemment connu d’autres périodes de réchauffement et de refroidissement), c’est la vitesse et l’ampleur avec laquelle il se produit qui change tout et rend certaines les catastrophes climatiques à venir. Au cours des deux derniers siècles, la température à la surface du globe a déjà augmenté en moyenne de 0,6°C (1°F) mais le pire est devant nous. Quasiment tous les scientifiques s’accordent à dire que le seuil critique à ne pas dépasser serait une augmentation de 2° Celsius d’ici la fin du XXIème siècle. Au-delà, le risque de « rétro-action positive », produit par exemple par la libération de méthane du pergélisol sibérien en train de dégeler, accélèrera encore plus le changement climatique… Autrement dit nous entrerions dans une accélération chaotique dont les effets deviendraient impossibles à déterminer.

Voilà pourquoi, au-delà des conséquences pour le sous-sol induits par la méthode, il est criminel d’envisager l’exploitation des gaz et huiles de schiste qui ne feraient qu’émettre davantage de CO2 dans l’atmosphère. Voilà pourquoi tous les systèmes reposant sur le droit à polluer ou les marchés carbone constituent l’équivalent des saignées de l’ancien régime : on tue le malade bien plus surement qu’on ne le soigne. Voilà pourquoi on ne peut continuer à miser sur la croissance pour la croissance pour remédier à nos crises sociales. Voilà la raison essentielle pour laquelle les milliards de profits engloutis par le capitalisme financier sont insupportables : ils sont non seulement producteurs d’inégalité et de chômage, mais aussi de toujours plus de CO2 dans l’atmosphère pour le bonheur de quelques-uns. Voilà pourquoi on ne peut laisser au marché le soin de régler la question climatique.

Pour toutes ces raisons, le PG sera cette année, plus que jamais, un parti écologiste. Nous serons des mobilisations unitaires autour de la COP21 dont celles d’Alternatiba. Nous ferons des propositions programmatiques fortes, notamment sur la question centrale de l’aménagement du territoire et des transports, dans le cadre des listes de rassemblement citoyen pour des élections régionales qui se dérouleront en même temps que la COP21.
Nous prendrons des initiatives propres pour mettre en avant nos solutions.
Des mesures à court et moyen terme, sur la sobriété et la transition énergétique ou la planification écologique, comme sur le projet que nous proposons comme alternative au capitalisme : l’écosocialisme.
Eric Coquerel. Vendredi 5 Juin 2015

Hollande pollue la COP21

Hollande pollue la COP21 et le climat des négociations

conf clim2015_Attac

28 mai 2015 | Par Maxime Combes

En proposant à des champions de la pollution de financer la conférence de l’ONU sur le changement climatique, le gouvernement offre sur un plateau, et à très bon prix, la possibilité à ces multinationales climaticides d’opérer de véritables opérations de greenwashing : aucune entreprise ne débloque des financements sans obtenir un retour sur investissement, notamment en termes d’image. Contre quelques euros, et avec l’onction de François Hollande et du gouvernement, voilà quelques champions de la pollution en mesure de faire croire qu’ils agissent pour le climat alors que tout montre le contraire. Pourtant, cela ne viendrait à l’idée de personne de sensé de faire financer une conférence internationale sur le tabagisme à des cigarettiers, pas plus que de confier le respect du code de la route à des chauffard.

Pas besoin de fonds privés !

Le gouvernement justifie ce choix en affirmant qu’il fallait « réduire le plus possible l’addition pour le contribuable ». Les données montrent le contraire : l’organisation de la COP21 doit coûter 170 millions d’euros. Le gouvernement veut que 20 % de ce budget, soit 34 millions d’euros proviennent d’entreprises privées. A titre de comparaison, le budget du prochain Euro2016 de football en France est de 1,7 milliard d’euros, dont environ 700 millions d’euros – 40 % du budget – proviennent de fonds publics. Pour l’Euro2016, le contribuable paiera donc 4 fois le budget de la COP21, et près de 20 fois le montant que le gouvernement voudrait récupérer pour la COP21 via les champions de la pollution.

Article intégral à lire ici (accès gratuit) : http://blogs.mediapart.fr/blog/maxime-combes/280515/hollande-pollue-la-cop21-et-le-climat-des-negociations

3031Mai

Climat-énergie_le suivi

À deux jours d’un sommet de l’ONU, la marche pour le climat a connu un vif succès dans de nombreuses villes du monde, une marche pour rappeler que le changement climatique est l’enjeu politique prioritaire pour l’humanité. L’événement a été plutôt bien couvert par les médias, mais sans plus, et assez vite oublié.

Pour rappel, cette marche a mobilisé plus de dix mille personnes à Paris, pendant que d’autres marches avaient lieu à Melbourne (Australie), Jakarta (Indonésie), Amsterdam, Londres, Bruxelles, etc. Mais le succès le plus retentissant est bien évidemment ce qui s’est passé à New York où la manifestation a rassemblé plus de 300.000 personnes dans les rues.

300 000 personnes dans les rues de New-York, c’est plus qu’il n’y en a jamais eu pour aucune autre manif américaine, toutes causes confondues. Un autre élément peu rapporté en France est que cette manif est portée pour grande part par les étudiants et que ce mouvement n’est pas sans rapport avec l’action et la pression que les campus américains ont entrepris depuis déjà trois ans auprès des plus pollueurs, à savoir les multinationales dont l’industrie est basée sur le pétrole et autres sources d’énergie fossile. À croire que les débats finissent par faire avancer les choses…

Sur Boursier.com (23 septembre 2014) on pouvait lire ceci :

« Le virage est historique ! Les héritiers du roi du pétrole américain, John D. Rockefeller, vont céder leurs actifs pétroliers pour investir dans les énergies renouvelables. Le fonds Rockefeller Brothers Fund, qui gère au total 860 millions de dollars d’actifs, a ainsi annoncé qu’il allait réduire « dès que possible » ses participations pétrolières à moins de 1% de son portefeuille, pour privilégier les énergies propres… »

Bien évidemment, la véracité de ce souhait annoncé par le Rockefeller Brothers Fund est suspendue à ce « dès que possible ». Ne tient qu’à nous de soutenir davantage ces luttes qui vont dans le bon sens, encore faudrait-il que l’info soit plus grandement partagée. Aussi apprend-on que

« Les Rockefeller ne sont pas les seuls milliardaires à vouloir se sevrer du pétrole. Ils ont rejoint un groupe baptisé la « Coalition Désinvestir-réinvestir », qui compte 650 membres individuels et 180 institutions (dont des universités, des hôpitaux, des fondations…) et prône la cession d’actifs pétroliers et gaziers. L’objectif affiché de la « Coalition » est de céder pour plus de 50 milliards de dollars d’actifs liés aux énergies fossiles. »

Source : Victoria Adam — ©2014, Boursier.com

photo Reuters

 Il en était question lors d’une des dernières émissions d’Arrêt sur Image. Daniel Schneidermann recevait Jade Lindgaard, journaliste chargée de l’environnement à Mediapart et auteur d’un ouvrage intitulé Je crise climatique. Éric Dupin, journaliste, auteur de Les Défricheurs, présenté comme un voyage dans la France qui « innove vraiment ». Le thème de l’émission était l’Info positive, existe-t-elle, est-elle aussi peu rentable pour que les journaux, télévisés ou pas, ne nous rapportent qu’un flot quotidien de faits négatifs.


Integrale-Info-positive-Acte-3 par asi

Pour continuer ce dossier sémaphorien avec une info qu’on espère positive, on a trouvé bien sympathique cette éolienne qui réinvente le moulin à vent. On dédie ce clip à ceusses qui trouvent que les éoliennes « c’est pas beau ».

C’est un mât de 20 mètres de haut bardé de focs qui se gonflent au gré du vent. Une éolienne à voile. Elle a été mise au point par Charles Sarrazin, un ingénieur mécanicien passionné de voile, et le premier prototype de VoiléO a été installé l’été dernier à Grande-Synthe, près de Dunkerque (Nord).

Cette éolienne rétro-futuriste est plus petite et bien moins puissante que les turbines classiques (75 à 300 kW contre 1 à 3 MW). Mais elle est aussi bien moins chère (180 000 euros) et surtout plus poétique. Autant d’atouts face au syndrome «Nimby» («pas dans mon jardin»).

 

Et pour clore ce suivi consacré aux énergies, un article dont on sent qu’on ne va pas pouvoir le classer dans le franchement positif. Mais les chiffres sont les chiffres et les faits sont les faits. Alors, même si l’info est bonne à connaître, ça ne peut pas nous faire plaisir que Jade Lindgaard vienne nous apprendre que « le nucléaire se fait dépasser par les renouvelables ». C’est une bonne nouvelle pour la planète, oui, mais voilà, la France risque de ne pas être au rendez-vous… Comment ça pourrait nous faire plaisir ? Un article fort intéressant, comme d’hab, merci Mediapart.

À lire tout de suite après la balise Lire la suite

Quand le climat souffle le chaud et le froid…

Dans une étude publiée dans la revue scientifique Nature, un groupe de scientifiques s’inquiète de l’accélération du réchauffement climatique, notamment des niveaux croissants de dioxyde de carbone qui conduisent à un amincissement de la couche nuageuse et devraient provoquer une élévation de température d’au moins 3 °C au cours du siècle (soit le double que prévu par les mêmes jusqu’à présent).

Arrêt sur Image a préféré être attentif à l’épopée des dénonciateurs du réchauffement dans les glaces de l’Antarctique, reprise un peu partout dans la presse internationale mais très peu chez nous.

Plusieurs tentatives de dégager le navire russe MV Akademik Chokalskiy, prisonnier de la banquise, ont échoué. D’où certains ne manquent pas de mesurer l’irresponsabilité de cette croisière montée par une équipe de scientifiques anglo-saxons qui voulaient illustrer… la fonte des glaces et les conséquences du réchauffement climatique. Trois brise-glace, dont un français, ont vainement tenté de le dégager. Lire la suite

Crise énergétique: et si on commençait à comprendre ?

C’était le 20 mars 2012, dans la salle Clemenceau du Sénat, sur le thème du Coût réel de l’électricité, mais vous allez voir que poser la question à un vrai spécialiste du débat « énergie-climat » nous entraîne beaucoup plus loin, et pourrait même en engager pas mal d’entre nous à réviser quelques positions quant aux urgences. Débarrassées de toute langue de bois et de pensée unique, ces réflexions sont décapantes, dérangeantes ou affolantes. C’est à notre sens un avis qui en vaut bien d’autres.

Jean-Marc Jancovici est un ingénieur français diplômé de l’École polytechnique et de Télécom, qui s’est spécialisé dans la thématique énergie-climat. Il est consultant, enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur. Il est connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation sur le changement climatique et la crise énergétique.
Son site web est le suivant: http://www.manicore.com

 

Voici une autre conférence-audition à l’Assemblée Nationale le 06 février 2013, soit un an après celle au Sénat. Elle est évidemment riche d’enseignement même si l’on ne partage pas toutes les idées de Jancovici. Mais si elle devait nous amener à un premier constat, il serait celui du manque d’empressement de certains élus à maîtriser leurs dossiers. Lorsqu’un an, deux ans, trois ans après ce sont les mêmes questions qui reviennent en boucle, on se dit qu’ils auraient pu au moins visionner les conférences précédentes de JM Jancovici avant de se pointer à la réunion. Certes, mieux vaut tard que jamais… à condition de considérer que nous n’avons plus beaucoup de temps pour relever les immenses défis qui nous attendent si nous voulons éviter l’explosion générale.

Support PDF de l’audition du 20 mars 2012 : http://bit.ly/Hv9Wuk
Sous-titres disponibles en français et en anglais issu du compte rendu sénatorial : http://www.senat.fr/compte-rendu-comm…
Sénateur(s) : DESESSARD Jean, PONIATOWSKI Ladislas

Pour ceux qui veulent aller plus loin :
Cours « Énergie et changement climatique » à MINESParistech :
http://bit.ly/11yI5mJ (en podcast)