Dossier Kerviel_le suivi

Juste un petit détail avant de parler de l’affaire Kerviel/Société Générale…

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Pour entrer un peu dans les détails de l’affaire et entendre comment on peut être de gauche et prendre malgré tout la défense d’un ex-trader, nous renvoyons sur le dernier billet de Jean-Luc Mélenchon. C’est ici : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2013/06/20/kerviel-est-innocent/

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Daniel Bouton révélant les pertes de la Société générale, le 24 janvier 2008. © Reuters

A écouter Daniel Bouton, le PDG de la Société générale, le récit était presque parfait.
« C’est une histoire extraordinaire », a-t-il déclaré à la presse, allant même jusqu’à qualifier le coupable de « personnage de fiction« . « Ses motivations sont totalement incompréhensibles. Il ne semble pas avoir bénéficié à titre personnel de ces fraudes« , ajouta le patron de la banque française. Un génie du décodage donc, qui aurait créé une fiction d’entreprise, une banque dans la banque, d’où il passait ses ordres d’achat en les couvrant par des ordres fictifs, au nez et à la barbe de ses supérieurs, mais sans raison, pour la beauté du geste, une forme d’espièglerie numérique…
Billet intégral à lire sur le blog de Christian Salmon, qui analyse « la construction d’un coupable » : http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/170515/affaire-kerviel-construction-dun-coupable#comment-6437375

Et pour les toujours pas abonnés à Mediapart, cet appel, signé Edwy Plenel, à une nécessaire révision du procès, suite aux révélations et à l’excellent article de Martine Orange.

« Car nous voulons croire que l’argent n’a pas définitivement détrôné l’homme, et que la France n’est pas encore devenue une banque. »

Pour la révision du procès Kerviel

De mémoire de chroniqueur des affaires judiciaires et policières, c’est un événement sans précédent. Voici donc un officier de police judiciaire, toujours en fonction au sein de la police nationale, qui affirme avoir été manipulé, au détriment de la vérité, dans une enquête particulièrement sensible. Il ne s’agit pas d’une confidence volée mais d’une déposition sur procès-verbal, faite dans le cabinet d’un juge d’instruction. Et loin d’être vague et incertain, ce témoignage est ferme et précis, accompagné d’informations vérifiables.

Chargée de l’enquête au tout début de l’affaire, en 2008, la commandante de police Nathalie Le Roy donne aujourd’hui raison à la version de Jérôme Kerviel, dès sa garde à vue, dont il n’a pas varié depuis. En substance, il reconnaît avoir commis les actes qu’on lui reproche mais dans le cadre d’un système pousse-au-crime, celui de sa banque, et d’une culture incitant au risque, celle de la spéculation. Il n’a pas, il n’a pu engager seul, tel un desperado de la finance, cinquante milliards d’euros – soit plus que les fonds propres de la Société générale !

Ce qu’affirme la policière, ce n’est pas seulement qu’un coupable manque à l’appel – la banque elle-même. C’est aussi que son éventuelle culpabilité pourrait innocenter le seul coupable désigné depuis le premier jour à l’opinion et à la justice par la Société générale, Jérôme Kerviel, que le PDG d’alors n’avait pas hésité à qualifier de « terroriste ». La force de ce témoignage est qu’il émane précisément de celle qui, dans un premier temps, accabla le trader et qui, depuis 2012, s’est mise à douter, puis à revisiter et, enfin, à remettre en cause ses propres conclusions initiales. Lire la suite

Un attentat aux libertés (Big Brother, volet 4)

« Un Président-parvenu qui joue au souverain, un premier ministre sournoisement brutal qui essaye d’adapter à sa lourde main la poignée du glaive de la raison d’État, un Parlement où tout est représenté, sauf la conscience et l’âme de la France. », 1899, Francis de Pressensé, fondateur de la Ligue des droits de l’homme.

18 avril 2015 |  Par Edwy Plenel

Le projet de loi relatif au renseignement, dont le vote final est prévu le 5 mai, instaure une surveillance généralisée de la population, sans contrôles efficaces ni contre-pouvoirs forts. Comme l’ensemble des défenseurs des libertés, des associations et professions concernées, des autorités administratives impliquées, des acteurs de la révolution numérique, Mediapart dit non à cette loi scélérate. Et vous donne rendez-vous en ligne lundi 4 mai pour une journée de mobilisation.

Un attentat à nos libertés fondamentales est en cours. Ses auteurs sont ceux qui nous gouvernent, tous embarqués aux côtés de l’auteur principal, le premier ministre, jusqu’à celle qui devrait protéger nos droits et nos libertés, la garde des Sceaux, dont le profond silence vaut approbation. Leurs complices sont ceux qui nous représentent, droite et gauche confondues, empressés, à quelques rares et courageuses exceptions, d’approuver ce crime officiel, au point de l’aggraver par leur zèle législatif.

Des amendements cosmétiques n’y changeront rien : cette loi instaure une société de surveillance généralisée. Profitant des potentialités techniques de la révolution numérique et des opportunités politiques de l’émotion sécuritaire, elle autorise l’État profond, cette part d’ombre du pouvoir exécutif qui, à l’abri du secret-défense, n’a pas de visage et ne rend jamais de compte, à espionner tout un chacun, n’importe qui, n’importe quand, n’importe où.

L’avènement de cette loi signifiera qu’en France, désormais, de façon légale, l’État de police l’emportera sur l’État de droit. Que le pouvoir en place pourra faire surveiller des citoyens et leurs entourages sans restrictions solides, sans contrôles indépendants, sans autorisations judiciaires. Que le soupçon remplacera la preuve. Que des opinions deviendront des délits. Que des fréquentations s’avéreront coupables. Que des curiosités se révéleront dangereuses. Que des différences ou des dissidences à l’égard des pensées dominantes ou des politiques officielles seront potentiellement criminelles. Lire la suite

Pour les musulmans

Volontairement à contre-courant, c’est un essai fait pour provoquer – et, si possible, rehausser – le débat, loin des anathèmes, des peurs et des haines. J’espère qu’il y parviendra.

Pour les musulmans est en vente cette semaine en librairie et sur Internet, à partir du jeudi 18 septembre (12 euros, 136 pages). Un débat est organisé le jour de sa sortie à l’Institut du Monde Arabe à Paris, à 18 h 30, animé par notre confrère Denis Sieffert de Politis, où je dialoguerai avec Elias Sanbar, ambassadeur de la Palestine à l’Unesco (toutes les précisions sont ici).

Pour suivre les autres événements ou rencontres organisés autour du livre, le mieux est de consulter le site des éditions La Découverte (c’est là).

 

Monsieur le Président, vous égarez la France

Dans un parti pris en forme de lettre ouverte, Edwy Plenel s’adresse au président François Hollande.

ndlrSémaphores : à l’instar de nombreux médiapartiens qui tiennent leurs propres blogs, nous prenons sur nous de reproduire ce parti pris d’Edwy Plenel parce qu’il nous semble bienvenu dans un contexte qui alterne silences et/ou désinformation sur la position de la France dans le conflit Israël-Palestine. Nous rappelons cependant que Mediapart ne vit que de ses abonnements et que là comme ailleurs l’argent est le nerf de la guerre. L’info de qualité a un prix, la presse indépendante est une nécessité politique… Que ceux qui le peuvent n’hésitent pas à s’abonner !

 

Monsieur le Président, cher François Hollande, je n’aurais jamais pensé que vous puissiez rester, un jour, dans l’histoire du socialisme français, comme un nouveau Guy Mollet. Et, à vrai dire, je n’arrive pas à m’y résoudre tant je vous croyais averti de ce danger d’une rechute socialiste dans l’aveuglement national et l’alignement international, cette prétention de civilisations qui se croient supérieures au point de s’en servir d’alibi pour justifier les injustices qu’elles commettent.

Vous connaissez bien ce spectre molletiste qui hante toujours votre famille politique. Celui d’un militant dévoué à son parti, la SFIO, d’un dirigeant aux convictions démocratiques et sociales indéniables, qui finit par perdre politiquement son crédit et moralement son âme faute d’avoir compris le nouveau monde qui naissait sous ses yeux. C’était, dans les années 1950 du siècle passé, celui de l’émergence du tiers-monde, du sursaut de peuples asservis secouant les jougs colonisateurs et impériaux, bref le temps de leurs libérations et des indépendances nationales.

Guy Mollet, et la majorité de gauche qui le soutenait, lui opposèrent, vous le savez, un déni de réalité. Ils s’accrochèrent à un monde d’hier, déjà perdu, ajoutant du malheur par leur entêtement, aggravant l’injustice par leur aveuglement. C’est ainsi qu’ils prétendirent que l’Algérie devait à tout prix rester la France, jusqu’à engager le contingent dans une sale guerre, jusqu’à autoriser l’usage de la torture, jusqu’à violenter les libertés et museler les oppositions. Et c’est avec la même mentalité coloniale qu’ils engagèrent notre pays dans une désastreuse aventure guerrière à Suez contre l’Égypte souveraine, aux côtés du jeune État d’Israël.

Mollet n’était ni un imbécile ni un incompétent. Il était simplement aveugle au monde et aux autres. Des autres qui, déjà, prenaient figure d’Arabes et de musulmans dans la diversité d’origines, la pluralité de cultures et la plasticité de croyance que ces mots recouvrent. Lesquels s’invitaient de nouveau au banquet de l’Histoire, s’assumant comme tels, revendiquant leurs fiertés, désirant leurs libertés. Et qui, selon le même réflexe de dignité et de fraternité, ne peuvent admettre qu’aujourd’hui encore, l’injustice européenne faite aux Juifs, ce crime contre l’humanité auquel ils n’eurent aucune part, se redouble d’une injustice durable faite à leurs frères palestiniens, par le déni de leur droit à vivre librement dans un État normal, aux frontières sûres et reconnues.

Vous connaissez si bien la suite, désastreuse pour votre famille politique et, au-delà d’elle, pour toute la gauche de gouvernement, que vous l’aviez diagnostiquée vous-même, en 2006, dans Devoirs de vérité (Stock). « Une faute, disiez-vous, qui a été chèrement payée : vingt-cinq ans d’opposition, ce n’est pas rien ! » Sans compter, auriez-vous pu ajouter, la renaissance à cette occasion de l’extrême droite française éclipsée depuis la chute du nazisme et l’avènement d’institutions d’exception, celles d’un pouvoir personnel, celui du césarisme présidentiel. Vingt-cinq ans de « pénitence », insistiez-vous, parce que la SFIO, l’ancêtre de votre Parti socialiste d’aujourd’hui, « a perdu son âme dans la guerre d’Algérie ». Lire la suite

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Le gouvernement turc a décidé jeudi 3 avril de lever le blocage du réseau Twitter. La Cour constitutionnelle turque avait jugé mercredi que la mesure constituait une violation de la liberté d’expression et ordonné sa levée immédiate. L’accès au réseau Twitter avait été bloqué sur instruction du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, menacé par la diffusion quotidienne de bandes audio dans lesquelles le premier ministre turc demande à son fils de dissimuler plusieurs millions de dollars, alors que la police procède à un vaste coup de filet anticorruption.

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La présidente du Front national, Marine Le Pen, a été condamnée, jeudi 3 avril, à 10 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Béthune (Pas-de-Calais) pour avoir diffusé de « faux tract » visant Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen était citée à comparaître pour « manœuvre frauduleuse » et publication d’un montage sans le consentement de l’intéressé, délits passibles d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, ainsi que d’une peine complémentaire de privation des droits civiques, autrement dit d’inéligibilité.

« C’est une condamnation sans faille (…) qui démontre que Marine Le Pen a eu des agissements délinquants, répréhensibles, contraires aux valeurs fondamentales de la République, et c’est un grand jour pour la démocratie », a réagi Me Raquel Garrido, avocate de Jean-Luc Mélenchon. Mme Le Pen n’est pas condamnée à l’inéligibilité.

Source Le Monde

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le dessin du jour (2 avril)

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Quand Edwy Plenel se trompe : « Il n’y aura pas de Manuel Valls Premier ministre, c’est impossible. La ligne Manuel Valls a été sanctionnée dimanche ».


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C’était un pronostic de l’entre deux tours. Edwy a dû reconnaître son erreur de jugement dans un tweet.

Et là, on serait prêt à parier qu’il voit juste : Plus dure sera la chute.

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Élections : des lendemains qui déchantent. Petite revue de presse…

« Liliane, fais tes valises ! » doit répéter Georges Marchais du fond de sa tombe…

Le PC perd 19 villes de plus de 10 000 habitants sur 81, et 7 villes de plus de 30 000 habitants sur 28, provoquant un recul communiste inédit depuis les élections de 1983 et 1989.

Lire en détail sur : http://www.regards.fr/web/municipales-pc-l-autre-berezina,7615

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Autre débâcle : celle des socialistes qui ont perdu plus de 150 villes de plus de 10 000 habitants, dont certains bastions historiques.

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Plusieurs journaux et sites ont mis en ligne une carte interactive où l’on peut trouver le résultat de sa commune, de sa région. Cliquer sur la carte pour accéder à mise en ligne par Sud-Ouest.

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Ayrault_l’étrange silence

ce ne sont que 8 secondes, mais elles semblent une éternité.

Il paraît qu’il a failli dire : « Les citoyens ont légitimement le sentiment que ce gouvernement a renoncé à transformer la société. Qu’une oligarchie politique et économique dirige le pays et que le gouvernement n’y a pas mis fin ». Mais non, on déconne. Le 1er avril tout est permis en info. En réalité c’est l’eurodéputé EELV Yannick Jadot qui a dit ça. Même qu’il a ajouté : « Dire que les Français n’ont pas compris est insupportable. Ils ont compris que jusqu’à maintenant, le gouvernement s’était plus inquiété de convaincre le Medef de sa crédibilité que de combattre le chômage hors du logiciel libéral européen. Et le symbole Valls, ce n’est pas celui de plus de social et de plus d’écologie. » « Si c’est Valls, Hollande nous fait Guy Mollet »

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Allocution du président François Hollande

« Ce sont les entreprises qui créent les emplois.» Vous avez entendu ? La politique de l’offre est maintenue et il ne faut donc espérer aucun changement.

Car non, monsieur Hollande, ce ne sont que très accessoirement les entreprises qui créent l’emploi. Ce qui crée l’emploi, c’est d’abord un chiffre d’affaire, et pour cela il faut des acheteurs, donc des citoyens disposant d’un pouvoir d’achat. C’est ce qui alimente une boucle d’activité économique où chacun est le fournisseur et le client de quelqu’un. C’est ce que nous appelons un cercle vertueux. Hors d’une hausse spectaculaire des bas salaires et des minima sociaux, aucune relance n’est possible pour vaincre l’austérité. Et on vous met au défi de trouver un seul économiste qui aurait le courage de venir expliquer le contraire à la face de tous les Français. Vous continuez donc dans le mensonge.

Ensuite, pourquoi faudrait-il accepter la logique de l’Union Européenne, de l’Organisation Mondiale du Commerce, des milieux financiers, des grandes multinationales… ? Absolument aucun de leurs dirigeants n’ont été élus ! Allons-nous rester encore longtemps dans le déni de la démocratie et la perte des souverainetés ?

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Mélenchon appelle à manifester le 12 avril par FranceInfo

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Et pour finir sur Valls, on peut se souvenir que sous la plume d’Alain Gresh, Le monde Diplo avait déjà prévenu en mai 2012 : Vous avez aimé Claude Guéant ? Vous adorerez Manuel Valls. à lire ou relire:  http://blog.mondediplo.net/2012-05-16-Vous-avez-aime-Claude-Gueant-Vous-adorerez-Manuel

Indigestion de quenelles

Billet de sale humeur, par Mario

Un dernier élément vient nourrir le dossier accablant de l’humoriste qui fait toutes les Unes : il serait suspecté de « blanchiment, organisation d’insolvabilité et fraude fiscale » après avoir envoyé plus de 400 000 euros au Cameroun depuis 2009.

Enfin on aurait trouvé l’argument qui va permettre de clouer définitivement au pilori le chien enragé. Mais il est clair que les médias chiens de garde manquent singulièrement d’informations. Selon nos sources, Dieudonné était impliqué dans les attentats du 11 septembre, il n’était pas innocent lors du tsunami qui a foutu la zone à Fukushima, porte une grande responsabilité dans le réchauffement climatique, et d’après de nouvelles analyses ADN, il serait le corbeau dans l’affaire du petit Grégory, mais ne serait pas le père de l’enfant de Rachida Dati.

Mais trêve de plaisanterie car ce n’en est pas une, et rien ne nous fait plus rire, ni du côté de Dieudonné, ni du côté du sinistre ministre de l’Intérieur.

Que l’humoriste ait gravement franchi la ligne jaune est une évidence et pas même une nouveauté, qu’en soient témoins les alertes et les plaintes qui s’accumulent depuis 2004. Encore faut-il considérer à une juste mesure d’où, quand, comment et pourquoi sont nées certaines de ces plaintes si l’on veut comprendre ce qui a conduit à la dangereuse et inadmissible radicalisation de Dieudonné. Car le désigner à la vindicte comme seul meneur reviendrait à évacuer d’un revers de main la question de savoir pourquoi ses vidéos approchent ou dépassent le million de vues sur Internet, pourquoi les salles où il se produit font le plein quelle qu’en soit la taille (un sondage a estimé qu’il remplirait Bercy si on l’autorisait !).

Se poser la question de savoir qui compose ce public conduit à cette autre évidence que le malaise est plus profond que ne le laissent entendre ceux qui voudraient le limiter aux dérapages d’un artiste. Que croit-on ? Que ce public, pour grande part composé de jeunes qui sont NOS enfants, serait un ramassis de racistes, d’antisémites, de révisionnistes et autres fascistes en devenir ? Si tel n’est pas le cas, que viennent-ils écouter et qu’entendons-nous de leur révolte ?

Qu’il soit déjà dit que Sémaphores n’ouvrira pas un énième « dossier Dieudonné », la presse en abonde et même en nauséabonde. Celui-ci sera le seul et unique dans nos pages. Pour nous, le fait que depuis plusieurs semaines on ne parle que de Dieudonné et de Valls, ça s’appelle LA CENSURE ! Nous allons y revenir. Lire la suite

Quelle « affaire Taubira » ?

Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs, mais ils ne seront jamais maîtres du printemps. (Pablo Neruda) 

On peut se réjouir que Jean-Marc Ayrault ait saisi le procureur de la République de Paris pour la une odieuse du journal d’extrême droite Minute qui vise la ministre de la justice Christiane Taubira. Selon le premier ministre, cette une est « susceptible de constituer l’infraction d’injure publique à caractère racial ». Seulement « susceptible » ? Cela n’est toujours pas assez en regard de la loi ? Serait-ce un impair de la part de « Minute » ? En quoi cette une diffère-t-elle des précédentes sur lesquelles on n’a pas trop entendu les ministres en place, et l’hidalgo Valls en particulier ? Voici la une du numéro précédent :

Alors bien sûr, comme le notait Daniel Schneidermann il y a deux jours, non sans humour et colère non feinte : « Enfin une abjection, une vraie, une incontestable, sur laquelle tout le monde tombe d’accord, de Giesbert à Barbier, en passant par Ciotti, Pécresse, Valls et Le Pen. « Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane » : comme elle est confortablement ignominieuse, cette couverture de Minute. Ô douillette saloperie ! Comme on est tous heureux de se retrouver dans le confortable refuge de la réprobation, autour d’un café et d’un vin chaud, pour se réconforter des rigueurs des temps, et souffler un peu entre gens de bien, communiant sur l’essentiel. Haro sur Minute ! Interdisons Minute, qui déshonore nos petites ignominies raisonnables (comme Bernanos disait en 44 que Hitler avait « déshonoré l’antisémitisme ») ! Et on pourra continuer à titrer tranquillement sur l’Islam sans gêne, l’Islam qui fait peur, les femmes voilées qui aspirent notre aide sociale, ou à disserter sur les Roms qui n’ont pas vocation à s’intégrer. »

Car le problème est aussi et surtout là : le rôle odieux de ces mêmes médias qui font semblant de s’insurger aujourd’hui en désignant un bien pratique bouc émissaire dont ils ont fait le lit. Qu’ont à dire des Giesbert ou des Barbier de leurs propres unes ?

 

Noël Mamère préfère (et il a raison) noter la responsabilité énorme des médias dans cette dérive : « les « news magazines » ont remplacé les marronniers sur l’immobilier ou le classement des lycées les plus performants par des unes redondantes sur l’islam, l’immigration, les Roms. Plus c’est gros et plus ça fait vendre. La dictature de l’audimat se faisait auparavant sur le vide. Elle se décline aujourd’hui autour du racisme le plus exacerbé : « la carte des Roms », « l’invasion islamique »… Valeurs actuelles, Le Point, L’Express, L’Opinion, sont devenus les « Minute » politiquement corrects de la pensée rancie.

Médias, intellectuels et politiques se fourvoient. Les flux migratoires sont l’expression d’une mondialisation qui n’a pas débuté il y a trente ans : nous avons détruit des civilisations, des nations, des empires, en voulant imposer notre vision du monde. Le boomerang est là. »

http://blogs.rue89.com/chez-noel-mamere/2013/11/12/taubira-insultee-apres-le-tabou-de-la-parole-celui-des-actes-vient-toujours-231647

Voici une récente une du journal « Le Point ».

Vous avez dit « marronnier » ? En voici de précédentes :

Et quand on pense que la majorité de la presse ne vit que sous perfusion, c’est donc grâce à l’argent public que toute cette intox est diffusée. Mais là personne ne s’en offusque, en tout cas si peu…

Signalons tout de même la prise de position d’Edwy Plenel, que nous publions en intégralité pour les non-abonnés à Mediapart (qui ne reçoit aucune subvention de l’État). À cette précision près que nous trouvons très regrettable son appel à une marche le 3 décembre alors que l’appel à une autre marche (contre la fiscalité et la prochaine augmentation de la TVA) a été lancé par la plupart des organisations de gauche. La surenchère ne fait pas forcément l’union, cher Edwy. Merci néanmoins pour cette parole et ces rappels si nécessaires face à l’incurie de l’ensemble de la presse.

Ndlr : ce texte peut aussi être écouté sur France Culture.

Marchons le 3 décembre pour l’égalité et contre le racisme

Cette agression contre Christiane Taubira – c’est le troisième épisode en quelques semaines –, c’est une agression contre nous, c’est une agression contre la République qui se fait au nom du peuple français. Et la question qui est posée, bien au-delà des partis politiques, c’est : est-ce que nous, tous, ceux qui nous écoutent, là, nous sommes attachés à la République ?

C’est quoi la République ? L’article premier du Préambule de la Constitution depuis la catastrophe européenne, celui de la Constitution de la Quatrième République, maintenu par la Cinquième, énonce ceci, que je voudrais rappeler : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. »

Le mot race, mot d’époque, que veut-il dire ? Il parle de l’apparence, il parle de la couleur de la peau. Alors il faut s’interroger sur qu’est-ce que c’est que le surgissement de ce racisme le plus archaïque : qu’une élue de la République, ancienne candidate à la présidentielle, aujourd’hui ministre d’un gouvernement de la République, soit traitée de guenon, de singe, parce qu’elle a une couleur de peau qui la distingue, la peau noire.

D’où vient ce racisme le plus archaïque ? Il vient de ce qui a inventé le Blanc. Le blanc, ça n’existait pas cette couleur. Jusqu’à quoi ? Jusqu’à la Traite négrière, jusqu’à l’esclavage, jusqu’au fait de faire de femmes, d’enfants, d’hommes, de vieillards, de gens de tous âges, des esclaves, des marchandises dont on niait totalement l’humanité, que l’on renvoyait, en effet, à leur « animalité ».

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