La douleur, qu’en faire ?

La douleur, qu’en faire ?

La chronique de Daniel Schneidermann ce 31 mai 2014

Aussitôt chassé des Unes par le « séisme » à l’UMP, le « séisme » du score FN aux Européennes subira sans doute le sort de ses devanciers : il sera oublié, jusqu’à la prochaine. Dans le flot des réactions, il en est une qui, pourtant, ne passe pas : la douleur de Mélenchon (séquence sur laquelle nous ouvrons l’émission de cette semaine). L’autre matin, j’assurais ne pas la partager. Il faut bien admettre, après quelques jours, que c’est plus compliqué.

Si je l’ai évacuée d’un revers de main, cette douleur, si je me suis empressé de parler d’autre chose, c’est, pour une part, parce que je m’en suis protégé. Oui, protégé. Parce que Mélenchon, dans cette douleur de voir la France lui échapper, exprimait trop bien une part de moi, et que je me sentais piteux d’être si bien démasqué en mes ultimes retranchements.

Non pas que je croie ce pays prêt à basculer dans le fascisme. Ce ne sont « que » les Européennes, et il ne faut pas oublier l’abstention, qui ramène le score FN à 10% du corps électoral. Il y a aujourd’hui un emballement europhobe, contrecoup brutal et inévitable de décennies d’eurolâtrie aveugle des élites. Mais enfin, on voit de moins en moins ce qui pourrait ramener les abstentionnistes au vote. Les quelques baisses d’impôts annoncées par Valls y suffiront peut-être, et peut-être pas. Pour l’avenir, rien n’est inéluctable, mais tout est possible.

On a toujours tort de se protéger contre des émotions parce qu’elles sont trop fortes, trop puissantes, parce qu’on ne sait pas où elles vont nous entrainer, parce qu’elles ne sont pas mobilisatrices, pas politiques, inutiles, parce que c’est de l’énergie perdue, camarade, que veux-tu qu’on en fasse, de ta douleur, ce n’est pas avec de la douleur qu’on va attirer l’électeur, ou l’abonné. La colère, oui. La colère qui fait les belles manifs, les beaux discours, les beaux éditos. Mais ta douleur, tu crois qu’elle va faire le buzz ? Tu penses qu’elle va cartonner sur Twitter ? Alors garde la pour toi, c’est privé, ça ne nous regarde pas (Mélenchon n’a d’ailleurs pas été le seul. Le Canard de cette semaine nous apprenait que chez EELV, Pascal Durand, en larmes après les résultats, n’a pas été en état de réagir devant les caméras).

Et pourtant, évanouis les cris, le foudroiement, l’accablement, les postures, les échanges d’injures entre résignés (le-peuple-a-parlé-c’est-sacré) et combattants (pas de pitié pour les fachos), les éternelles et toujours vaines recherches de stratégies de rebond, une fois épuisés les trésors de vocabulaire qui s’évertuent à nommer l’événement (séisme, coup de tonnerre, raz de marée, claque, branlée, etc) que reste-t-il d’autre, dans l’immédiat, que la douleur ? La douleur simple et nue, la douleur qui n’a pas de mot, rien d’autre que le sanglot étouffé.

« A droite des voyous, à gauche des médiocres », dit Régis Debray, Douleur de se sentir en accord avec cette phrase désespérée. Douleur de se sentir prêt à la qualifier de désespérée quand on l’aurait, hier, jugée ignoble. Douleur de sentir la brutalité du basculement du monde, de son propre regard. Douleur de sentir le mépris pour les voyous et les médiocres engloutir, si près de nous, les réflexes les plus élémentaires, nourrir toutes les résignations.

« Va la France. Va ma belle patrie. Allez les travailleurs, ressaisissez-vous… » : si elle est si poignante, cette apostrophe de Mélenchon, c’est de cette contradiction, de cette incohérence même, entre l’immense amertume et l’appel au ressaisissement. L’homme est foudroyé de voir sa « belle patrie » tant aimée larguer ses amarres, partir pour les mers lointaines. Il voudrait la retenir, mais ceux qui partent, ce sont les jeunes, les ouvriers, tous ceux qu’il croyait siens, qu’il a cherché en vain à retenir. Ses bras, son corps, ses mots, ses larmes lui échappent.

La douleur ne peut pas être la fin de l’histoire. Elle ne peut être qu’un tremplin vers d’autres histoires. En attendant, il a le mérite de nommer l’innommable.

Dernier fil d’actu sémaphorien

rappel ndlr : Sémaphores.info est à J-1. Ce blog cessera les mises à jour au soir du 31 mai.

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Deux sinistres, un enterrement et une congélation.

L’enterrement c’est celui du droit de vote des étrangers aux élections municipales. Circulez, y a plus rien à voir. C’est Bernard Cazeneuve, nouveau sinistre de l’intérieur, qui l’a annoncé lui-même. Nous avions pourtant cru entendre le président de la République décréter le contraire le 6 mai dernier, second anniversaire de son élection, en assurant que sa promesse de campagne serait tenue pour les prochaines municipales.

La deuxième surprise est venue de François Rebsamen, sinistre du travail et de la congélation. Après le gel des salaires, on va essayer celui des droits sociaux des travailleurs. Pendant trois ans, « les seuils sociaux » seraient suspendus, c’est-à-dire qu’une entreprise ne serait plus tenue d’installer un comité d’entreprise à partir de cinquante salariés, ni de nommer un délégué du personnel à partir de dix salariés. Paraît que ça faciliterait l’embauche.

« C’est considérer que les représentants du personnel, les droits des salariés, le syndicalisme sont un frein au développement de l’entreprise » a estimé Thierry Le Paon, pour la CGT.

Mais Le Paon n’a pas tout compris. Pour le Medef, le syndicalisme est surtout un frein au rétablissement de l’esclavage. C’est pourquoi nous proposons aussi le rétablissement de la peine de mort pendant 3 ans. Si la criminalité ne baisse pas, ça prouvera que l’idée était mauvaise. Et puisque Valls est en si bonne odeur de sainteté avec le Pape, c’est le moment de proposer le rétablissement de la torture et de l’inquisition. Si au bout de trois ans il n’y a plus de sorcières, ça prouvera que l’idée était bonne. Ça coûte quoi d’essayer, hein ?

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L’UMP a (encore) changé de logo

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le dessin du jour

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lien pour une carte interactive et très pratique des résultats des européennes, toutes les communes de France.

http://www.lepoint.fr/europeennes-2014/europeennes-les-resultats-16-04-2014-1813638_2095.php

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Les ministres sont « persona non grata » à Avignon. Les intermittents menacent d’interrompre les spectacles auxquels assisteraient cet été des ministres au Festival d’Avignon ou ailleurs en France, pour protester contre la réforme de leur régime.

« Nous nous mettrons en grève dès lors que des ministres participent à un spectacle et nous ne reprendrons que lorsqu’ils en seront sortis », a expliqué Marc Slyper, un des responsables de la CGT spectacle lundi 26 mai lors de la conférence de presse du Festival « off » à Avignon.

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Le « Collectif pour un audit citoyen de la dette publique » a dévoilé ce mardi un rapport important qui ruine l’idée selon laquelle le pays vivrait au-dessus de ses moyens. Ce rapport établit clairement que la dette publique aurait été limitée à 43 % du PIB en 2012, au lieu des 90 % constatés, si la France ne s’était pas lancée dans une course folle aux baisses d’impôt et avait refusé de se soumettre à des taux d’intérêt exorbitants.

Ce constat est évidemment ravageur car il suggère que la politique économique actuelle, conduite par François Hollande et Manuel Valls, est construite sur un mensonge : elle tend à faire croire aux Français que le pays vit au-dessus de ses moyens et que c’est cela qui est à l’origine du creusement des déficits et de la dette.

Audit de la dette publique

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parce que les chiffres et les graphiques parlent mieux que les discours…

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Il est minuit moins cinq

Les Français ont voté…

Un camembert qui, selon le bon goût français, commence à puer…

Le « vrai » résultat, c’est-à-dire en rapportant le nombre d’exprimés à celui des inscrits.
Abstention : 58%
FN : 10,5%
UMP : 8,7%
PS : 5,9%
UDI-Modem : 4,1%
EELV : 3,8%
FDG : 2,7%
Autres : 6,3%

La chronique de Didier Porte


Didier Porte : « Le FN à 25% : pas de panique ! » par Mediapart

 

Le parti-pris de François Bonnet (Mediapart) sera notre sélection du jour :

Il est minuit moins cinq

C’est donc sous la présidence de François Hollande que le Front national, à l’occasion d’un scrutin à la proportionnelle intégrale, est devenu le premier parti de France. Et c’est sous la présidence de François Hollande que l’ensemble de la gauche se désintègre en réalisant un score historiquement bas : tout juste un tiers des suffrages exprimés. Pire qu’en 1994, pire qu’en 1984, deux élections terribles pour la gauche, mais lors desquelles celle-ci réunissait tout de même 39 % des suffrages. Cette fois, PS, écologistes, Front de gauche et Nouvelle Donne ne totalisent que 33 % des voix. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, la gauche – les gauches – n’ont été dans un tel état de faiblesse, tandis que l’extrême droite caracole.

«Séisme», «choc», ont reconnu hier les principaux responsables socialistes. «Une information suffocante», a lancé Jean-Luc Mélenchon. C’est une défaite historique, dont il faut bien prendre la mesure et comprendre les dynamiques mortifères qu’elle porte. En 1994, Michel Rocard, chef de file du PS, défait avec 14 % des voix, voyait sa carrière brisée net. Il payait cher l’usure du pouvoir socialiste après treize ans de mitterrandisme, mais d’autres forces à gauche (à l’époque la liste Tapie) venaient amortir ce choc. Rien de tel cette fois-ci. La sanction – un PS sous les 14 % –, qui amplifie encore la défaite des municipales, intervient deux ans seulement après l’installation de François Hollande à l’Élysée.

En deux ans, le président a tout à la fois perdu son électorat, détruit son parti et entraîné au fond du gouffre l’ensemble de la gauche.

photo Reuters

Dès lors, deux questions majeures vont se poser dans les jours à venir. La première est de savoir comment Hollande pourra terminer son mandat présidentiel et, si oui, ce qu’il compte faire des trois longues années qui nous séparent de 2017. La seconde va porter sur les nouvelles stratégies à développer pour empêcher ce qui, aujourd’hui, devient un scénario crédible : celui de l’élection de Marine Le Pen à la présidence de la République en 2017. Lire la suite

Une lettre à José Bové

Reçu au courrier

Par Romain Jammes

Salut José, tu permets que je te tutoie ? On ne s’est jamais vu, du moins tu ne m’as jamais vu. Mais on a partagé tant de combats que j’aurais du mal à ne pas te considérer comme l’un des nôtres. Mes premières idées politiques, je te les dois. Pendant mes vacances à Millau quand j’étais encore gamin, j’entendais mille légendes sur tes actions, je voyais sur la route des messages demandant ta libération. J’ai vite partagé ce goût des produits de l’agriculture paysanne que tu représentais alors pour moi.
Le démontage du Mac Do de Millau a longtemps été un symbole pour l’ado que j’étais. Le symbole d’une forme de résistance qui me touchait, celui de ce que cette malbouffe n’était pas une fatalité et avait ses détracteurs. Une pointe d’espoir face à l’impérialisme américain qui me paraissait écrasant.
En 2007, je votais pour la première fois. Longtemps j’ai hésité à te rejoindre, tes idées me parlaient : radicales, concrètes… Je sentais encore le faucheur d’OGM, celui qui ne se résigne pas à accepter un système productiviste et destructeur pour les humains et la nature. Si j’ai finalement voté Besancenot, c’était pour pousser plus loin une démarche que je trouvais proche de la tienne, mais en capacité de rassembler davantage et de peser dans le débat politique. Tout ça pour te dire que tu as beaucoup compté dans mon engagement politique et que ce José Bové-là, je partageais ses idées et son engagement.
Aujourd’hui, José, je ne te reconnais plus. Je comprends plus où est passé ce militant qui m’a tant inspiré. Je t’ai vu voter la libération du rail, qui détricote sciemment notre grand service public. Comment développer le ferroutage, remettre des trains partout, améliorer encore le meilleur train du monde sans cet outil central ? Comment endiguer le tout-automobile si la logique du profit et non de l’intérêt général — car c’est de ça dont il s’agit — devient maîtresse de l’aménagement ferré ? Comment construire un service accessible à tous, sans que la puissance publique intervienne sur les tarifs ?
Je t’ai vu soutenir la libéralisation de l’énergie. Là non plus je n’ai pas compris. La transition énergétique est un axe central de la politique écologique. Elle ne peut pas répondre à une logique marchande, parce que nous devons avoir comme objectif de consommer moins. Si c’est la puissance publique qui a créé tant de centrales nucléaires, il n’y a qu’elle qui est assez puissante pour planifier la sortie de cette énergie dangereuse. Il n’y a qu’elle qui est capable d’investir sur 20, 30, 50 ans dans d’autres formes d’énergies : celle de la mer, de la chaleur des profondeurs, ou d’autres encore inconnues…
Je t’ai vu te prétendre « grand défenseur des traités européens ». J’en suis resté bouche bée. Ces traités sont l’ADN d’une Union européenne autoritaire qui prive le peuple de sa voix. Des traités passés en force, ou en catimini dont les objectifs sont toujours la destruction des souverainetés nationales, et la concurrence libre et non faussée. Oui, celle que tu veux « pousser jusqu’au bout ». En somme, c’est une Europe qui veut imposer l’austérité et le productivisme à tous les peuples membres. Comment peut-on être écologiste et défendre un tel principe ? Au-delà des FEDER, FEADER et autres fonds qui aident les collectivités dans certains aménagements intéressants, n’y a-t-il pas une direction générale mortifère dans laquelle cette logique nous emmène ? Est-ce que l’écologie ne contient pas la graine d’une société différente : relocalisée, solidaire, en paix ?
José, j’ai la sensation que tu t’es perdu dans la jungle bureaucrate de Bruxelles. Que tes combats ont été dilués, comme ces cuistres diluent le vin pour augmenter leurs marges. Tu es si bon élève de cette école, que l’assiduité devient ton seul argument face à Mélenchon, quand tu ne te déverses pas en insultes comme récemment.
Au fond, j’aimerais voter pour toi José, pour celui qui a participé à la construction de mes idées, peut-être celui qui a provoqué la première étincelle qui a embrasé mon engagement. J’aimerais aussi parce que tu viens de notre de camp et que tu y as toute ta place au regard de tes engagements passés.
Dimanche, je donnerai ma voix au Front de Gauche, ce sera aussi, un peu, au nom du José Bové d’autrefois…

Romain JAMMES

 

Le pari de Pascal

Voter ou aller à la pêche, that is the question, puisqu’ainsi l’a voulu la très large majorité des médias qui ont choisi de mettre en avant l’abstention « record » pour ce type d’élections plutôt que d’informer sur ses véritables enjeux. C’est un fait, les peuples habituellement surinformés par un flot d’inepties se retrouvent, pour le coup, complètement sous-informés. On en voudrait pour énième preuve qu’à l’heure de la rédaction de ce billet, soit quatre jours avant le scrutin, les professions de foi des candidat(e)s ne sont toujours pas arrivées dans nos boîtes aux lettres. Et ce, sur l’ensemble du territoire français d’après les commentaires que nous avons pu observer sur les réseaux sociaux. Cette entorse au code électoral mériterait à elle seule l’invalidité du vote de dimanche 25.

Pour sa modeste part et dans son rôle de colibri, Sémaphores (qui, rappelons-le, cessera son activité au lendemain de ces élections) aura tenté de répercuter quelques voix discordantes dans cette apathie consensuelle (mais savamment entretenue, n’en doutons pas) des gouvernements en place et leurs médias aux ordres. Il nous reste peu de temps avant que de conduire ces pages sémaphoriennes vers une autre formule, mais assez pour inciter les indécis-es à lire ce dernier billet. Nous le devons à Pascal Campel (d’où notre titre) et le répercutons à l’attention de ceux qui ne l’auraient pas découvert sur la page Facebook de son auteur.

Par Pascal Campel

Voter, ou aller à la pêche le jour de l’élection au Parlement Européen ? Pour les candidats, telle est LA question. Et si dans les meetings ils exposent leurs programmes, la question de la participation est bien celle qui les préoccupe.

Pour ma part j’irai voter !

Européen, je le suis, et depuis des lustres, oserais-je dire des décennies !
J’irai voter sans illusion car l’Europe, celle de 2014, n’est pas celle dont je rêvais hier, celle à laquelle je ne cesse de rêver. Une Europe qui aurait d’abord l’ambition d’un objectif commun porté par des institutions démocratiques.

Alors, naïf ? Non ! Seulement européen. Viscéralement européen.

Naïf certainement pas. Qui peut croire en 2014 que la construction européenne a chassé le spectre de la guerre sur le continent ? Ce serait oublier le terrible conflit né du démantèlement de l’ex Yougoslavie, oublier que l’Europe a été une fois encore le théâtre d’un génocide en Bosnie. Une guerre que l’Europe a été incapable d’éviter, de maîtriser.

Naïf au point de penser que les pouvoirs du Parlement accrus par le traité de Lisbonne seraient une avancée majeure ? Ce serait oublier d’une part que le traité de Lisbonne a été imposé par les Etats après l’échec de plusieurs referendum sur le projet de Constitution, d’autre part que le Parlement s’il s’est parfois opposé à la Commission a voté le projet de budget européen 2014/2020, un budget d’austérité. Et pourtant, seul ce Parlement issu d’un vote populaire est la garantie d’un avenir démocratique pour l’Union Européenne.

La Commission en effet n’est que l’expression des intérêts divergents des États membres, et surtout l’artisan déterminé d’un politique ultra libérale dont le seul objectif est d’ouvrir le marché européen à tous les vents, vents d’ouest aujourd’hui avec le projet de traité transatlantique, le désormais fameux TAFTA , négocié en toute opacité par la Commission Barroso. Une opacité qui laisse craindre qu’au nombre des ennemis de la construction d’une Europe Unie, solidaire, et sociale il ne faille inscrire la Commission elle même

Pourquoi voter alors ?

Malgré tout ce qui ne me convient pas dans cette Europe ! Et pour cette seule raison, l’espoir. L’espoir qu’advienne enfin cette Europe où la parole des citoyens serait entendue, où le Parlement qu’ils auraient élu ait un pouvoir réel et non symbolique. Une Europe démocratique où la finance pour reprendre une formule de Keynes ne serait pas au volant mais reléguée sur le siège arrière, une Europe qui par ses valeurs serait un exemple comme la France de la Révolution l’a longtemps été.

Et donc j’irai voter ! Sans illusion certes, mais je ne suis pas naïf au point de penser que cette Europe idéale se fera en un jour. Et surtout pas naïf au point d’ignorer que nous citoyens européens avons trop longtemps laissé les mains libres aux eurocrates en allant à la pêche les jours d’élections européennes. L’Europe en ce début du XXI° siècle reste notre horizon incontournable et tous ceux qui proclament le contraire jouent avec le feu des nationalismes, et de toutes leurs perversions Voter pour un pouvoir parlementaire en Europe c’est exprimer sa confiance dans l’avenir européen.

Un pari ? Peut être Mais ce pari je le fais !

pour réfléchir à l’enjeu des européennes

Jeudi 15 mai, nous sommes à 10 jours des élections européennes et on ne peut pas dire que leur enjeu aura fait couler beaucoup d’encre chez les médias aux ordres. Tout juste entend-on répéter qu’il faut s’attendre à une abstention massive, mais sans trop pointer le danger qui résulterait de laisser le Parlement et la Commission européenne aux libéraux et aux fascistes de tous poils qui ne manqueront pas de se mobiliser, et sans trop rappeler qu’il s’agit d’un scrutin à 1 seul tour. Il n’y aura pas de rattrapage pour qui préfèrerait aller à la pêche ou à la plage ce 25 mai !

Mais qu’on ne s’y trompe pas, par-delà ce qui pourrait apparaître comme un simple choix d’idées ou de leurs représentants, il s’agit d’un véritable choix de civilisation. De ce vote résultera la poursuite ou pas des politiques d’austérité, l’abandon ou pas des souverainetés nationales, ou encore l’entrée ou pas du bloc européen dans le giron des États-Unis via un grand marché transatlantique très assassin des libertés, des protections sociales et environnementales.

Petite compil à plusieurs voix…

vidéo proposée par Yannick Jadot

TTIP (ou GMT ou TAFTA) : la Commission européenne ne croit pas à ses propres mensonges !


TTIP: les mensonges de la Commission européenne… par EurodeputesEE

 

Sept raisons pour refuser de négocier l’accord de libre-échange UE-USA

Susan George et Cécile Monnier (Nouvelle Donne) exposent ici pourquoi le mouvement réclame « l’abandon pur et simple des négociations autour du Tafta » : un traité « façonné par des multinationales », et qui entend « privatiser » non seulement la justice mais une part du travail législatif. 

Parce que son nom, Tafta ou TTIP, ne dit pas la vérité sur son contenu. Ce traité concerne peu le commerce, mais davantage l’investissement, et s’intéresse surtout aux règlements et normes qui gouvernent toute mise sur le marché d’un produit ou d’un processus.

Parce que ce traité a été conçu et façonné depuis de longues années par des multinationales des deux côtés de l’Atlantique, dont le souci majeur est de réduire et « d’harmoniser » vers le bas les deux systèmes. Ces entreprises pensent ainsi économiser des milliards d’euros, mais cette économie se fera au prix d’une baisse de la protection du consommateur, de sa santé, de sa protection sociale et de l’environnement. Les États-Unis ne voient aucun inconvénient aux OGM, gaz de schiste, bœuf nourri aux hormones, poulets rincés au chlore, médicaments hors de prix. En revanche, ils voient d’un très mauvais œil – tout comme les grands groupes européens – les produits pharmaceutiques génériques, l’amélioration de la protection sociale, des salaires ou encore des retraites, les services publics qui « devraient » être privatisés, ainsi que toute restriction de la liberté du marché ou de la sacro-sainte « concurrence libre et non faussée ».

Parce qu’il est secret et négocié dans un déni de démocratie total : même les parlementaires européens n’ont pas le droit de le lire ou de consulter les comptes-rendus des cycles de négociation.

Comment peut-on accepter qu’un traité qui mettrait à mal toutes nos normes et réglementations et qui soumettrait nos États et nos collectivités à la volonté des multinationales soit négocié dans le dos des citoyens ? Encore une fois, Nouvelle Donne demande l’abandon pur et simple des négociations autour du TAFTA : sans dramatisation, mais avec conviction, refusons de nous asseoir à cette table-là !   

Susan George, membre du comité de soutien de Nouvelle Donne et présidente d’honneur d’Attac
Cécile Monnier, candidate dans le sud-ouest aux élections européennes pour Nouvelle Donne

(1) Tafta: TransAtlantic Free Trade Agreement (Accord Transatlantique de Libre-Échange). TTIP: Transatlantic Trade and Investment Partnership (Partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement).

Lire l’article entier : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/130514/sept-raisons-pour-refuser-de-negocier-laccord-de-libre-echange-ue-usa

 

 

Connaître les dangers du Traité Transatlantique

La vidéo suivante a été réalisée à Perpignan le 11 décembre 2013. Raoul Marc Jennar, docteur en science politique et altermondialiste analyse le projet « GMT » qui est en cours de négociation entre l’UE et les États Unis d’Amérique. Pour ne pas effrayer le public ces négociations se déroulent dans le plus grand secret. De nombreux députés ne sont pas tenus au courant.

Note : cette conférence dure près de deux heures. N’hésitez pas à la regarder en plusieurs fois s’il le faut mais regardez-la, surtout si vous n’avez pas eu l’occasion d’assister en live à cette conférence que Raoul Marc Jennar déroule un peu partout en France depuis deux ans. Des éléments clairs et précis, pas de langue de bois, de l’info, pas de l’infaux. L’essentiel de ce qu’on essaie de nous cacher y est dit, et ça permet de prendre connaissance des articles les plus dangereux contenus dans ce Traité.

Autre article par Cécile Monnier (accès libre) concernant la protection des données personnelles : http://blogs.mediapart.fr/blog/cecile-monnier/150514/tafta-et-la-protection-des-donnees-personnelles-ou-les-enjeux-caches-de-l-election-europeenne

S’abstenir aux européennes : une faute grave

par Raoul Marc Jennar

Il en est qui font campagne pour l’abstention lors du scrutin européen du 25 mai. Examinons leurs raisons.

Certains disent : « pourquoi voter pour un Parlement européen (P.E.) qui n’a aucun pouvoir ?» Ce n’est pas exact ; ils devraient s’informer et lire les traités actuellement en vigueur. Ils devraient lire cet excellent petit livre « Le Parlement européen, pour faire quoi ? » dont les auteurs qui ne peuvent être qualifiés d’européistes (B. Cassen, H.Michel, L. Weber). On n’argumente pas en travestissant la réalité. Reprenons leurs principales critiques :

– le P.E. n’a pas le pouvoir de proposer. C’est vrai. Mais qu’en est-il de ce pouvoir dans les parlements nationaux ? Quelle est la part réelle de l’initiative parlementaire dans le travail législatif national ? Dérisoire. Depuis le début de l’actuelle législature (depuis le 20 juin 2012), 125 des 157 lois adoptés étaient d’origine gouvernementale, soit près de 80% des textes votés.

– le P.E. n’est que co-législateur puisque tous les textes législatifs qu’il adopte doivent avoir l’agrément du Conseil des Ministres et de la Commission. C’est vrai. Mais encore une fois qu’en est-il au Parlement français ? Les textes adoptés ne doivent-ils pas, dans les faits, avoir l’accord du gouvernement ?

Par contre, ce qu’on passe trop souvent sous silence, c’est que le Parlement européen dispose du pouvoir de rejeter les textes proposés. Mais la majorité droite-pseudo gauche de ce Parlement préfère les approuver. Il est extrêmement rare qu’un texte législatif soit rejeté : au cours des trois dernières législatures (en quinze ans donc), seule la directive sur la libéralisation des services portuaires a été rejetée suite à l’intense mobilisation des dockers. Dans tous les autres cas, la majorité droite-PS a accepté les textes proposés. Lire la suite

Traité Transatlantique_danger

À deux semaines des élections européennes, de nombreux citoyens et citoyennes n’ont toujours pas entendu parler du traité de libre échange qui se profile entre les États-Unis et l’Europe. Malgré ce silence éhonté du gouvernement sur des négociations tenues secrètes alors qu’elles nécessiteraient un référendum national dans chaque pays de l’Union, des voix s’élèvent et des pétitions circulent pour demander l’interruption immédiate de ces négociations en cours. Les élections qui approchent doivent aller en ce sens.

Cécile Monnier a trouvé des mots simples pour exprimer quelques-uns des dangers que nous feraient courir ce traité.

Le traité transatlantique TAFTA, ou les enjeux cachés de l’élection européenne…  

Qu’on l’appelle TAFTA, TTIP ou encore GMT, le traité transatlantique est l’un des enjeux majeurs des élections européennes du 25 mai prochain. Ce sont en effet les députés qui vont être élus et qui siégeront au prochain Parlement européen qui auront la charge de ratifier ou non l’accord négocié par la Commission Européenne.

TAFTA, c’est quoi ? En quelques mots, TAFTA est un projet d’accord commercial entre les États-Unis et l’Union européenne (TAFTA étant l’acronyme de Trans-Atlantic Free Trade Agreement). Ce projet vise à créer un grand marché transatlantique, qui représenterait la plus grande zone de libre-échange jamais créée. Un événement majeur, donc, dans l’histoire du commerce mondial. Vous n’en aviez pas entendu parler ? C’est normal, car ce projet de traité se négocie dans la plus grande discrétion, les commissaires européens rencontrant leurs homologues américains dans l’opacité la plus totale…

TAFTA présente de nombreux dangers et son application équivaudrait à un changement radical dans nos modes de vie. Le but de ce traité transatlantique est de créer un immense espace de libre échange, réunissant les États-Unis et l’Union Européenne au sein d’un même marché. Condition nécessaire pour que ce marché devienne réalité, les dernières barrières douanières existantes seraient tout simplement supprimées. Mais plus encore, ce sont toutes les normes sanitaires, environnementales ou encore sociales qui seraient remises en cause. En effet, la mise en place d’un espace de libre échange signifie la libre concurrence entre les acteurs du marché. Pas de préférence nationale ou locale, donc… Imaginons que votre mairie passe un appel d’offres pour la fourniture de la cantine de votre petit dernier. Et imaginons que la municipalité souhaite privilégier les petits producteurs locaux. Et bien non, pas possible, car ce type de critère fausse le marché… Avec TAFTA, toutes les entreprises devront être mises sur un même pied d’égalité. Autant dire que le petit producteur local aura du mal à trouver des débouchés. Lire la suite