Climat-énergie_le suivi

À deux jours d’un sommet de l’ONU, la marche pour le climat a connu un vif succès dans de nombreuses villes du monde, une marche pour rappeler que le changement climatique est l’enjeu politique prioritaire pour l’humanité. L’événement a été plutôt bien couvert par les médias, mais sans plus, et assez vite oublié.

Pour rappel, cette marche a mobilisé plus de dix mille personnes à Paris, pendant que d’autres marches avaient lieu à Melbourne (Australie), Jakarta (Indonésie), Amsterdam, Londres, Bruxelles, etc. Mais le succès le plus retentissant est bien évidemment ce qui s’est passé à New York où la manifestation a rassemblé plus de 300.000 personnes dans les rues.

300 000 personnes dans les rues de New-York, c’est plus qu’il n’y en a jamais eu pour aucune autre manif américaine, toutes causes confondues. Un autre élément peu rapporté en France est que cette manif est portée pour grande part par les étudiants et que ce mouvement n’est pas sans rapport avec l’action et la pression que les campus américains ont entrepris depuis déjà trois ans auprès des plus pollueurs, à savoir les multinationales dont l’industrie est basée sur le pétrole et autres sources d’énergie fossile. À croire que les débats finissent par faire avancer les choses…

Sur Boursier.com (23 septembre 2014) on pouvait lire ceci :

« Le virage est historique ! Les héritiers du roi du pétrole américain, John D. Rockefeller, vont céder leurs actifs pétroliers pour investir dans les énergies renouvelables. Le fonds Rockefeller Brothers Fund, qui gère au total 860 millions de dollars d’actifs, a ainsi annoncé qu’il allait réduire « dès que possible » ses participations pétrolières à moins de 1% de son portefeuille, pour privilégier les énergies propres… »

Bien évidemment, la véracité de ce souhait annoncé par le Rockefeller Brothers Fund est suspendue à ce « dès que possible ». Ne tient qu’à nous de soutenir davantage ces luttes qui vont dans le bon sens, encore faudrait-il que l’info soit plus grandement partagée. Aussi apprend-on que

« Les Rockefeller ne sont pas les seuls milliardaires à vouloir se sevrer du pétrole. Ils ont rejoint un groupe baptisé la « Coalition Désinvestir-réinvestir », qui compte 650 membres individuels et 180 institutions (dont des universités, des hôpitaux, des fondations…) et prône la cession d’actifs pétroliers et gaziers. L’objectif affiché de la « Coalition » est de céder pour plus de 50 milliards de dollars d’actifs liés aux énergies fossiles. »

Source : Victoria Adam — ©2014, Boursier.com

photo Reuters

 Il en était question lors d’une des dernières émissions d’Arrêt sur Image. Daniel Schneidermann recevait Jade Lindgaard, journaliste chargée de l’environnement à Mediapart et auteur d’un ouvrage intitulé Je crise climatique. Éric Dupin, journaliste, auteur de Les Défricheurs, présenté comme un voyage dans la France qui « innove vraiment ». Le thème de l’émission était l’Info positive, existe-t-elle, est-elle aussi peu rentable pour que les journaux, télévisés ou pas, ne nous rapportent qu’un flot quotidien de faits négatifs.


Integrale-Info-positive-Acte-3 par asi

Pour continuer ce dossier sémaphorien avec une info qu’on espère positive, on a trouvé bien sympathique cette éolienne qui réinvente le moulin à vent. On dédie ce clip à ceusses qui trouvent que les éoliennes « c’est pas beau ».

C’est un mât de 20 mètres de haut bardé de focs qui se gonflent au gré du vent. Une éolienne à voile. Elle a été mise au point par Charles Sarrazin, un ingénieur mécanicien passionné de voile, et le premier prototype de VoiléO a été installé l’été dernier à Grande-Synthe, près de Dunkerque (Nord).

Cette éolienne rétro-futuriste est plus petite et bien moins puissante que les turbines classiques (75 à 300 kW contre 1 à 3 MW). Mais elle est aussi bien moins chère (180 000 euros) et surtout plus poétique. Autant d’atouts face au syndrome «Nimby» («pas dans mon jardin»).

 

Et pour clore ce suivi consacré aux énergies, un article dont on sent qu’on ne va pas pouvoir le classer dans le franchement positif. Mais les chiffres sont les chiffres et les faits sont les faits. Alors, même si l’info est bonne à connaître, ça ne peut pas nous faire plaisir que Jade Lindgaard vienne nous apprendre que « le nucléaire se fait dépasser par les renouvelables ». C’est une bonne nouvelle pour la planète, oui, mais voilà, la France risque de ne pas être au rendez-vous… Comment ça pourrait nous faire plaisir ? Un article fort intéressant, comme d’hab, merci Mediapart.

À lire tout de suite après la balise Lire la suite

Crise énergétique: et si on commençait à comprendre ?

C’était le 20 mars 2012, dans la salle Clemenceau du Sénat, sur le thème du Coût réel de l’électricité, mais vous allez voir que poser la question à un vrai spécialiste du débat « énergie-climat » nous entraîne beaucoup plus loin, et pourrait même en engager pas mal d’entre nous à réviser quelques positions quant aux urgences. Débarrassées de toute langue de bois et de pensée unique, ces réflexions sont décapantes, dérangeantes ou affolantes. C’est à notre sens un avis qui en vaut bien d’autres.

Jean-Marc Jancovici est un ingénieur français diplômé de l’École polytechnique et de Télécom, qui s’est spécialisé dans la thématique énergie-climat. Il est consultant, enseignant, conférencier, auteur de livres et chroniqueur. Il est connu pour son travail de sensibilisation et de vulgarisation sur le changement climatique et la crise énergétique.
Son site web est le suivant: http://www.manicore.com

 

Voici une autre conférence-audition à l’Assemblée Nationale le 06 février 2013, soit un an après celle au Sénat. Elle est évidemment riche d’enseignement même si l’on ne partage pas toutes les idées de Jancovici. Mais si elle devait nous amener à un premier constat, il serait celui du manque d’empressement de certains élus à maîtriser leurs dossiers. Lorsqu’un an, deux ans, trois ans après ce sont les mêmes questions qui reviennent en boucle, on se dit qu’ils auraient pu au moins visionner les conférences précédentes de JM Jancovici avant de se pointer à la réunion. Certes, mieux vaut tard que jamais… à condition de considérer que nous n’avons plus beaucoup de temps pour relever les immenses défis qui nous attendent si nous voulons éviter l’explosion générale.

Support PDF de l’audition du 20 mars 2012 : http://bit.ly/Hv9Wuk
Sous-titres disponibles en français et en anglais issu du compte rendu sénatorial : http://www.senat.fr/compte-rendu-comm…
Sénateur(s) : DESESSARD Jean, PONIATOWSKI Ladislas

Pour ceux qui veulent aller plus loin :
Cours « Énergie et changement climatique » à MINESParistech :
http://bit.ly/11yI5mJ (en podcast)

Transition ou illusion énergétique ?

paru le 10 juillet 2013 |  Par Les invités de Mediapart

Energie nette, Peak Oil et découplage : trois notions malheureusement absentes du débat sur la transition énergétique, regrette Yves Cochet, député européen EELV et ancien ministre de l’environnement : « De quoi s’agit-il et comment expliquer l’ignorance ou la dissimulation de ces questions très politiques au cours des centaines d’heures de discussion (…) depuis six mois ? »

Le débat national sur la transition énergétique s’achève sans que certaines questions fondamentales aient été résolues ni même évoquées. Je pense à trois paramètres d’apparence technique et aux intitulés énigmatiques : l’énergie nette, le Peak Oil, le découplage. De quoi s’agit-il et comment expliquer l’ignorance ou la dissimulation de ces questions très politiques au cours des centaines d’heures de discussion au sein des groupes de travail et du Conseil national du débat sur la transition énergétique depuis six mois ?

L’énergie nette – ou ce que les anglophones appellent Energy Return on Energy Invested (ERoEI) – d’une filière est la quantité d’énergie finalement utilisable une fois retranchée l’énergie nécessaire à la produire et à la rendre disponible. Par exemple, pour injecter quinze litre de SP95 dans le réservoir d’une automobile, combien faut-il de litre-équivalents en amont, depuis l’extraction du pétrole brut jusqu’à la fourniture d’essence à la station-service, en passant par le transport et le raffinage de l’or noir initial ? Aujourd’hui, en moyenne, un litre. Il y a cinquante ans, vingt centilitres auraient suffi. En effet, à cette époque, les champs pétroliers étaient plus facilement opérables, le brut de meilleure qualité, et la chaîne d’approvisionnement moins dispendieuse. Dans toutes les filières, on observe ainsi une baisse tendancielle de l’énergie nette au cours du temps. Jusqu’au point où certaines d’entre elles n’exhibent plus ou pas d’énergie nette et deviennent alors des “ puits d’énergie ” inutilisables. Telles sont souvent les filières des biocarburants qui, pourtant, sont doublement subventionnées par la France et par l’Union européenne, sous la pression des lobbies céréaliers et betteraviers. Quelle déraison ! Bref, la notion d’énergie nette est un outil des plus pertinents pour comparer les filières énergétiques et considérer leurs évolutions. Alors qu’il apparaît indispensable dans toute panoplie de politique énergétique, cet outil est totalement absent des centaines de pages du débat sur la transition énergétique.

Le Peak Oil – ou pic de production pétrolière mondiale – est très controversé. Certains experts nient même que ce phénomène puisse un jour advenir, arguant que la raréfaction géologique peut être compensée par des investissements supplémentaires ou par substitution au pétrole d’un autre fluide énergétique. D’autres experts, au contraire, estiment que le pic de production de pétrole conventionnel est déjà passé depuis sept ans, et que la légère hausse de la production mondiale est due aux huiles non-conventionnelles (sables bitumineux de l’Alberta, huiles extra-lourdes de l’Orénoque, pétroles off-shore profonds…). S’y ajoutent récemment les “ huiles de schiste ” étasunienness (Dakota du nord, Texas) dont on peut pourtant anticiper la décrue prochaine pour cause de non-rentabilité économique et de dévastation environnementale. En outre, certaines institutions observatrices du monde pétrolier incluent abusivement, dans cette addition, les biocarburants, qui ne sont pas des hydrocarbures. Les plus avisées des estimations concernant le passage du pic de production mondial, tous liquides confondus, évoquent les années 2015-2018, suivies d’un déclin continu de l’ordre de 5% par an. Ainsi, dans un rapport récent financé par le Parlement européen, on peut lire : « La probabilité est très forte de voir l’offre pétrolière se réduire avant 2020 » ; puis « l’Europe est très vulnérable à un choc énergétique ». En mars 2013, l’Energy Watch Group, formé d’universitaires allemands, décrit le Peak Oil et la déplétion consécutive en ces termes : « La production mondiale totale d’énergie fossile est proche de son pic. Le déclin imminent de l’offre pétrolière créera un écart grandissant avec la demande que les autres combustibles fossiles (charbon, gaz) seront incapables de compenser ». L’armée américaine et certaines compagnies de réassurance, qui ne sont pas connues pour leur humour ou leur militantisme décroissantiste, ont récemment publié des études alarmistes sur les conséquences politiques d’un Peak Oil proche.

Enfin, on emploie le terme “ découplage ” pour indiquer la possibilité d’une croissance du PIB sans croissance de la consommation d’énergie. Cependant, en moyenne depuis 1970, chaque augmentation de 1% du PIB mondial a été accompagnée d’une augmentation de 0,6% de la consommation d’énergie primaire. Autrement dit, malgré les progrès techniques et l’amélioration de l’efficacité énergétique, il y a une corrélation positive entre activité économique et énergie depuis quarante-trois ans. Or, dans tous les scénarios examinés lors du débat sur la transition énergétique, le contraire est affirmé pour les trente-sept ans à venir. Il est ainsi écrit que, à l’horizon 2050, la France réussira le tour de force inédit dans l’histoire de diviser par deux sa consommation d’énergie tout en multipliant par deux son activité économique. Consommation d’énergie -50%, PIB +100% ! Je suis disposé à écouter longuement tout économiste, politicien ou autre expert, susceptible de me démontrer la plausibilité de ce scénario. Plus sérieusement, je crains que cette dernière fantaisie, ajoutée aux précédents oublis de l’énergie nette et sous-estimation du pic, ne discrédite complètement la transition énergétique et le prochain projet de loi afférent.

 Ignorance ou dissimulation de ces trois paramètres nécessaires à la compréhension du monde énergétique et, au-delà, à l’analyse de la catastrophe multiforme de laquelle s’approche la planète ? Dans les deux cas, hélas, le volontarisme politique féliciste du gouvernement se heurtera à l’inévitable réalité des lois de la thermodynamique.

Main basse sur l’énergie

Énergie et trafic d’influences des courants de moins en moins alternatifs

C’est sous ce titre que Marie Caroline PORTEU nous alerte (voir son blog sur Mediapart) du véritable HOLD UP qui est en train d’être organisé, couvert une fois de plus par une omerta médiatique démentielle.

Après avoir dit dans un billet précédent que « la zone euro n’est que la variable d’ajustement de la politique monétaire américaine pour éviter la chute de la maison dollar », force lui est de reconnaître qu’elle s’est trompée et que, davantage qu’une variable d’ajustement, la zone euro est « le territoire de colonisation  des financiers US et de leurs banques d’investissements pour les  enjeux stratégiques de notre planète dans  les prochaines décennies : l’énergie  et l’environnement avec le carbone. »

On sait déjà comment l’État Grec se retrouve privé, avec l’aide de la Troïka, de la gestion de son réseau de transports, de celle de l’eau et de toutes autres ressources énergétiques. D’ailleurs Chypre a suivi dans la foulée puisque les ressources chypriotes sont exploitées par Noble Energy (voir le dernier rapport de développement 2020 sur Chypre  de la Commission Européenne).

Et en France ? Après avoir fait du permis Rhone-Maritime un véritable feuilleton, on apprend que la société titulaire de ce permis vient d’être rachetée par Petroceltic dont les actionnaires sont : Henderson international, Crédit Suisse, JP Morgan, Fidelity.

Aujourd’hui on vient nous dire que la fourniture énergétique Française courra de gros risques à compter de 2015, « du fait de l’arrêt attendu de nombreuses centrales au fioul ou au charbon et des réacteurs nucléaires de Fessenheim ». Et ceci «à cause du durcissement des normes anti-pollution » !

Mais qui détermine ces normes ? Une commission nommée le carbone disclosure project , située à Londres ! Qui regroupe cette Commission ?  À nouveau des noms très connus parmi eux:  HSBC, JPMorgan Chase, Bank of America, Merrill Lynch, Goldman Sachs, American International Group, and State Street Corp.

Autrement dit, rappelle MC PORTEU : « Nous nous retrouvons donc dans un contexte totalement surréaliste où ceux qui contribuent à fixer les normes sont également ceux qui, après avoir provoqué une explosion de l’endettement de ces pays, sont en train d’acquérir à prix bradés les forages et les exploitations des ressources naturelles Européennes, bien aidés en cela par les programmes de privatisation des services publics imposés par la Commission Européenne.

Pour rappel et à titre d’exemple : Goldman Sachs a déjà fait main basse sur la distribution du Gaz Espagnol, le même ainsi que JP Morgan sur les concessions françaises. La boucle est bouclée.

Il est donc urgent de s’affranchir totalement de la tutelle financière, celle que l’on appelle loi des marchés, qui n’est visiblement là que pour protéger des intérêts privés non européens et leur permettre de s’approprier notre futur énergétique.

Qu’il soit nécessaire de réduire l’émission carbone pour pouvoir conserver notre planète, personne ne le contestera. Mais énergies fossiles qui se trouvent en Europe appartiennent aux peuples européens et ne doivent en aucun cas être vendues. Les développements de nouvelles énergies doivent pouvoir être financées par une indépendance monétaire retrouvée au niveau du politique et des États pour créer des infrastructures publiques qui non seulement relanceront l’activité, mais qui de plus nous assureront une indépendance indispensable dans le futur.

C’est une raison de plus pour laquelle il est impératif de refuser la ratification des Traités Européens, qui seront en mesure de nous imposer la privatisation de ces services publics énergétiques, comme le fait déjà actuellement en Grèce la commission Européenne, ainsi qu’une main mise totale de la finance internationale sur nos politiques fiscales et budgétaires.

Merci de recommander, de diffuser ce billet le plus largement possible, pour permettre de bloquer ce qui n’est rien d’autre qu’un véritable Hold-up. »

SOURCES

http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-caroline-porteu/100512/ceci-nest-pas-un-complot-cest-une-strategie-reposant-sur-des-

http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-caroline-porteu/230612/trop-cest-trop-jaccuse

http://www.romandie.com/news/n/_Consommation_electrique_pas_de_souci_jusqu_en_2015_plus_tendu_apres86050920120932.asp?

http://en.wikipedia.org/wiki/Carbon_Disclosure_Project

http://ec.europa.eu/europe2020/europe-2020-in-your-country/cyprus/index_en.htm

http://fr.finance.yahoo.com/q/mh?s=NBL: actionnaires de Noble Energy