Dossier Kerviel_ le suivi

mise à jour 25 mai 2015

« Affaire Kerviel ». Un scandale d’État

Dominique Sicot Vendredi, 22 Mai, 2015 Humanité Dimanche

kerviel-societe-generale-plainteQui peut encore croire que Jérôme Kerviel est un trader fou qui a engagé 50 milliards d’euros sur les marchés – soit l’équivalent des fonds propres de la Société générale – à l’insu de ses supérieurs hiérarchiques ? Le témoignage de la commandante de police de la brigade financière chargée de l’affaire, en 2008 puis en 2012, révélé par Mediapart, dynamite le récit servi par la banque et complaisamment gobé tant par la justice que par les gouvernements qui se sont succédé depuis sept ans.

Cette commission avait constaté par exemple qu’en 2007 les « appels de marge » (sorte de dépôts de garantie) payés par la banque en contrepartie des paris pris par Jérôme Kerviel avaient engendré 25 milliards d’euros de flux de trésorerie – des sommes colossales qui ne pouvaient passer inaperçues. Ou encore qu’entre 2005 et 2007, l’activité de Jérôme Kerviel avait suscité 74 alertes internes, sans compter celles de partenaires extérieurs. À l’évidence, beaucoup « savaient » mais se taisaient, car jusqu’à la fin 2007 Jérôme Kerviel a fait gagner beaucoup d’argent à son employeur.

À lire sur l’Huma : http://www.humanite.fr/affaire-kerviel-un-scandale-detat-574812

mise à jour 20 mai 2015

D’abord quelques mots du principal intéressé…


Interview exclusive de Jérôme Kerviel: « Ce… par LEXPRESS

Ensuite cet entretien d’Eva Joly sur Mediapart, où l’on est bien obligé de noter ces mots qui font froid dans le dos :

« La justice est totalement démunie face aux banques. (…) Et ce n’est qu’un début. Avec le secret des affaires, il ne sera peut-être même plus possible de parler des banques du tout. »

L’ancienne juge d’instruction et ancienne candidate EELV à la présidentielle, Eva Joly, qui a dénoncé depuis longtemps les dysfonctionnements intervenus dans l’affaire Kerviel, revient sur les révélations de Mediapart. Tout comme l’avocat de l’ancien trader, elle demande elle aussi une révision du procès. Selon Eva Joly, la justice devrait prendre elle-même l’initiative de cette demande, afin de restaurer son honneur.

Le témoignage de la principale enquêtrice de l’affaire Kerviel est sans précédent dans l’histoire judiciaire. Que pensez-vous de ces révélations ?

Eva Joly. Entendre un enquêteur n’est pas exceptionnel. Il arrive même que ceux-ci soient appelés à témoigner à l’audience. Mais ce témoignage, il est vrai, est hors norme. Il faut le prendre très au sérieux. Nathalie Le Roy est une personne très professionnelle, très respectée. Elle ne comptait pas son temps quand je l’ai connue à la brigade financière. Elle incarne l’intégrité, l’honnêteté, le sens du service public. Il faut faire en sorte que cette parole soit entendue.
Il n’y a pas eu de procès équitable dans cette affaire. Ce n’est pas la faute des juges. Mais l’instruction a été orientée. Les enquêteurs ne peuvent pas tout connaître dans tous les domaines. Consciente qu’elle n’avait pas les moyens et les effectifs nécessaires, Nathalie Le Roy a choisi de faire confiance à une partie civile [la Société générale – ndlr] qui lui semblait coopérante. Ce n’est que plus tard, quand elle s’est rendu compte qu’elle n’obtenait pas les éléments qu’elle demandait, qu’elle a commencé à avoir des doutes.
L’enjeu était énorme pour la Société générale : il y avait 1,7 milliard d’euros d’avoir fiscal. Mais celui-ci n’existe plus, car il est probablement prescrit. Auparavant, il était possible de revenir pendant dix ans sur un crédit fiscal, si des faits délictueux étaient découverts. Mais cette procédure a été modifiée du temps de Nicolas Sarkozy. Maintenant, il y a prescription au bout de quatre ans, quelles que soient les circonstances. Lire la suite

Remue-méninges en cours…

mis à jour mercredi 27 août

C’est l’heure des universités d’été et autres remue-méninges des partis. L’occasion de donner des nouvelles de ceux qui se bougent pour autre chose que des strapontins et des portefeuilles. (Discours de JL Mélenchon pour le Parti de Gauche, suivi d’une interview d’Eva Joly pour EE-LV, suivi de Pierre Larrouturou pour Nouvelle Donne)

Discours de clôture du Remue-Méninges 2014


« 2017 sera une insurrection ! » – J-L Mélenchon… par lepartidegauche

extrait de l’interview publiée dans le Dauphiné Libéré le jeudi 21 août 2014

Le Dauphiné – Le Front de gauche est-il mort ?

« Le Front de gauche a été un acteur majeur de la dernière présidentielle, donc un tel acquis ne doit pas être dilapidé. Mais le Front de gauche souffre actuellement de n’être qu’un cartel, sans participation populaire. Vous savez, le système actuel n’a pas peur de la gauche, mais il a peur du peuple. Le Front de gauche doit cesser ses palabres entre dirigeants et se tourner vraiment vers le peuple, et le fédérer. Il y arrivera sur des perspectives fortes de rupture avec le système. Il faut trouver les moyens d’en finir avec la monarchie républicaine. Il faut mettre en route la VIe République et la Constituante, cette assemblée dont le travail sera de réorganiser tous les pouvoirs, avec le peuple. »

Le Dauphiné – Un exemple d’action de cette Constituante ?

« Donner aux électeurs la possibilité d’un référendum révocatoire qui leur permettrait de décider si tel ou tel élu peut rester en place. Cela existe au Venezuela ou aux États-Unis. En France, ce serait une vraie bombe contre le système actuel. Et la politique en serait changée du tout au tout.

Le Dauphiné – Il y a quelque temps, vous tendiez la main aux écologistes en citant l’exemple des municipales à Grenoble.

« Ce qui s’est passé à Grenoble est une anticipation qui me fait rêver. L’anticipation d’une gauche sortie des clous de la traditionnelle alliance avec le PS, d’une gauche inventive, d’une gauche fière d’innover et de proposer autre chose. On ne doit pas voir ce qui s’est passé à Grenoble comme une simple péripétie locale. C’est un sentiment qui monte au sein des militants écologistes, je crois. »

La primaire de l’espoir, l’autre primaire de la gauche

Eva JOLY députée européenne Europe Écologie et Julien BAYOU conseiller régional Île-de-France EE-LV 22 août 2014 à 07:42

Et si au lieu d’être obsédés par le socialisme gouvernemental, nous tentions d’ouvrir un autre chemin pour 2017 ? Selon Eva Joly, ancienne candidate à l’élection présidentielle et Julien Bayou, conseiller régional Île-de-France, une alliance politique est nécessaire pour trouver les voies de la confiance populaire.

Mettons les pieds dans le plat. Le progrès écologique et social est en panne. Si la politique conduite par le gouvernement est à ce point éloignée des aspirations de millions d’électeurs écologistes et de gauche, ce n’est pas par hasard. Cette situation est le fruit de la faiblesse et de la division des forces qui réclament une autre politique. Certes, la détermination de François Hollande et de Manuel Valls est grande. Mais elle n’explique pas tout. Le plus déterminant à nos yeux, c’est la responsabilité de celles et ceux qui, réclamant une autre politique, sont incapables de peser politiquement sur le cours des choses. Revenons sur la période écoulée. Deux stratégies étaient possibles : la participation pour faire bouger les choses de l’intérieur (celle que EE-LV a menée en vain), la critique de l’extérieur (celle notamment du Front de gauche). L’une et l’autre ont montré leur limite, échouant à peser réellement sur le quinquennat. Pourtant celles et ceux qui veulent une autre politique ne sont pas condamnés à être minoritaires

En 2017, une candidature pour l’emporter

La vérité, c’est que les forces qui réclament une autre politique sont sidérées par le Parti socialiste. Soient elles s’y rallient, soient elles le fustigent, mais toujours elles en font le centre de leur stratégie politique. Et si au lieu d’être obsédés par le socialisme gouvernemental, nous tentions d’ouvrir un autre chemin pour 2017 ? Lire la suite

Pour Eva

Nous reproduisons ici la tribune de Didier Caire, élu Europe Ecologie Les Verts d’Aigues-Mortes qui souhaite rappeler, au-delà des vicissitudes d’une campagne difficile, ce que représente la candidate des écologistes.

 

L’élection présidentielle «à la française» est une institution d’une grande perversité. C’est d’abord un anachronisme, héritage viscéralement anti-démocratique, nostalgie pré-révolutionnaire. Il est d’usage de dire que cette fonction entretient «un lien direct entre un homme et le peuple», comme une double régression : au sens psychanalytique, le désir d’un chef, d’un leader, et au sens politique puisque la modernité démocratique réside au contraire dans l’émergence de formes de médiation, de délégation et de contre-pouvoirs.

Mais l’élection présidentielle (l’érection pestilentielle disait quelqu’un) exerce sur le pays une véritable fascination, tétanise toute pensée. Elle serait, dit-on, l’étalon de mesure de l’importance d’un parti ou d’un mouvement. A l’expérience on sait bien que c’est faux : le mouvement politique de F. Bayrou ne pesait pas ses 18,5% de voix. Mais l’excitation présidentielle, avec son désir d’incarnation et ses passions grégaires avait encore joué, comme pour d’autres avant lui et pour d’autres demain.

La pensée écologiste s’enracine dans la mouvance libertaire anti-autoritaire, dans la critique de tout pouvoir institué. Le mouvement Vert, génétiquement, s’est difficilement structuré pour se garder de l’émergence de meneurs d’opinion, de «leader charismatique». Ainsi les écologistes n’aiment pas la présidentielle qui le leur rend bien : les résultats ne sont jamais fameux.

Pourquoi se présenter alors? Parce que dans le système actuel le parti qui ne présente pas de candidat n’existe pas; parce que pour faire entendre cette critique même du système, et pouvoir le changer un jour, il faut en accepter les règles provisoirement.

Le choix de la primaire interne à EELV illustre parfaitement cette contradiction : tout le monde attendait l’homme jeune, dynamique, médiatique, et c’est la femme presque âgée à l’accent étranger qui a été choisie. Toute l’écologie est là, dans ce choix courageux des valeurs. Dans ce contrepied à la pensée dominante, dans cette proposition sans concession.

Mais pourquoi dans le fond voter Eva Joly? Parce que c’est la candidate de l’écologie et que l’écologie est la seule chose nouvelle qui soit arrivé dans le champ de la pensée politique depuis les années 70. « L’écologie politique est le nouveau paradigme organisateur de la gauche » dit Alain Lipietz.

Et qu’a donc apporté l’écologie en politique?

  • l’exigence de prendre en compte la planète et tous ses habitants comme un tout interdépendant, sous le coup d’une destinée commune et d’une responsabilité partagée;
  • une critique radicale du monde occidental : critique de la «modernité» et du mythe du «progrès», ce veau d’or, pour lesquels une rationalité achevée nous conduirait vers la maîtrise parfaite de la nature et du destin humain; critique de la société sur ses piliers production / consommation / croissance, corollaires de prédation / pollution
  • la reconquête de l’action personnelle, contre les idéologies généralisantes, la capacité pour chacun de se ressaisir du pouvoir de changer le monde, ici et maintenant, par sa seule volonté, par l’expérimentation, la créativité, l’invention de nouvelles relations.

L’écologie a donc découvert, véritablement, et développé les concepts et les idées qui nous permettrons peut-être de résoudre les grandes crises du monde actuel qu’elle seule analyse comme une crise systémique : la misère de tous les déclassés, le creusement des inégalités, la corruption généralisée, les délires de la finance, Fukushima, les désordres climatiques, sont les formes diverses d’une seule et même crise.

Eva Joly est une présence capitale : son visage marqué, son accent étranger, et sa détermination d’acier sont, pour quelques semaines au moins, le visage même de l’écologie.

Sa voix aujourd’hui est faiblement audible : tant pis, ainsi va le carrousel médiatique et son absurde hystérie. Il y a deux ans, le sort du monde se jouait à Copenhague… Pour l’anniversaire de Fukushima, malgré la chaîne humaine, la télé faisait sa une sur le meeting de Villepinte! Nos propositions ne sont pas entendues : ça viendra, plus vite peut-être qu’on le croit.

D’autres candidats sont porteurs d’espoirs que nous partageons en partie. Mais ce qui s’absente quand la voix d’Eva est couverte, et que personne ne remplace, c’est la clef qui permet de comprendre le monde, l’angle d’analyse critique et de décryptage de la société qu’apporte l’écologie politique.

Il y a quelque chose d’un peu grave, comme une responsabilité particulière dans le contexte de cette élection. Chaque voix compte dit-on, c’est une banalité, mais ce que certains ressentent aujourd’hui comme jamais : voter Eva Joly c’est faire acte de lucidité et prendre date pour l’avenir, on se reconnaîtra bientôt. En dépit des aléas des échéances électorales, on s’en souviendra, on aura été de ceux qui en 2012 auront voté Eva Joly.

Didier Caire 

Eva Joly sur Mediapart

Comme l’avait été François Bayrou le mois dernier, Eva Joly était l’invitée de Mediapart le jeudi 23 février à 20h30, Jean-Luc Mélenchon sera l’invité le 23 mars, puis François Hollande le 13 avril.

Nous ferons un rappel pour les candidats à venir mais déjà, pour celles et ceux qui auraient raté ces émissions ou souhaiteraient les revoir, nous plaçons les deux vidéos après la balise et rappelons qu’elle sont en accès libre sur Mediapart.

voir les vidéos en intégralité

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