Le fascisme à visage humain

On ne partage pas toujours les analyses de Quatremer (correspondant de Libé en Belgique), mais celle-ci mérite d’autant plus attention que Libération n’a pas été le dernier à consacrer des unes et de pleines pages au FN ces deux dernières années, à l’instar de nombreux autres titres. Ci-après nous reprenons de larges extraits de l’article de Jean Quatremer. Le lien vers l’article intégral est en bas de page.

photo Reuters

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(…) On oublie un peu vite que les partis fascistes d’avant-guerre ne sont pas arrivés au pouvoir en Italie et en Allemagne (l’Espagne est un cas à part, puisque Franco est le produit d’une sanglante guerre civile) en promettant la suppression des libertés civiles, la déportation de leurs opposants ou des «races inférieures», le génocide et une guerre mondiale ! Ils se sont imposés sur des thèmes souvent empruntés à la gauche à la fois sociaux, étatistes et souverainistes (ce qui englobe le sujet identitaire). Le fascisme italien se voulait avant tout social et populaire, tout comme le nazisme qui signifie, ne l’oublions pas, «national-socialisme». À l’époque, les contemporains des fascismes allemand et italien se sont totalement trompés sur la véritable nature de ces partis. Neville Chamberlain, le Premier ministre britannique, n’affirmait-il pas, au lendemain des accords de Munich qui signaient la capitulation des démocraties occidentales, que «Herr Hitler est un gentleman» et que c’était «un homme à qui on pouvait se fier quand il avait donné sa parole» ?
Le refus de qualifier de fascistes des mouvements qui en présentent pourtant les traits caractéristiques (par exemple le culte du chef, la famille Le Pen en offrant un bon exemple, le pouvoir absolu donné à l’État, la volonté de «purger» la communauté nationale de ses éléments étrangers ou politiquement adverses [ramenés au statut d’ennemis de la nation]) date des années 80. Il trouve son origine dans la diabolisation extrême du nazisme, et par contrecoup du fascisme, qui est l’incarnation du mal absolu, un mal incompréhensible par sa singularité et donc pas susceptible de se répéter. Or, résumer le fascisme à sa dimension impériale, raciste et antisémite, c’est cela qui interdit aujourd’hui de penser la percée de leurs équivalents modernes.

Dans un entretien au Soir, l’historien allemand Thomas Weber, auteur de «La première guerre d’Hitler», estime très justement qu’en «réduisant Hitler à cette incarnation du mal absolu, ultra-antisémite et raciste, nous omettons de voir où est le vrai danger. Si nous prenons «l’autre» Hitler, celui qui est farouchement antilibéral et anticapitaliste, alors c’est peut-être encore plus inquiétant pour l’Europe, car ces idées pullulent de nouveau, sous la forme des mouvements de contestation populistes, comme Pegida en Allemagne, le FN en France, le Vlaams Belang en Belgique, le FPÖ en Autriche ou le Fidesz en Hongrie. Les dirigeants de ces partis affichent un pragmatisme comparable, teinté d’antilibéralisme. Nous devrions reconnaître ces similitudes : lors de son ascension initiale, Hitler ne s’est pas imposé avec un discours raciste et xénophobe, mais antiaméricain, anticapitaliste et antilibéral. Ces nouveaux leaders sont plus dangereux, car ils sont plus modérés et usent d’un langage moins antagonisant, à l’instar de Marine Le Pen en France».

pere et fille
(…) Prenons l’exemple du FN. Sur le plan intérieur, les incidents du 1er mai ont donné une idée précise de ses conceptions en matière de libertés publiques : plusieurs journalistes ont été tabassés par un élu et des militants FN et la milice du parti (le DPS –département protection et sécurité-dont la devise est «honneur et fidélité») a pénétré dans un lieu privé (une chambre d’hôtel) pour arrêter violemment des manifestantes (les Femens) pacifistes : atteinte à la liberté de la presse, viol de domicile, coups et blessures, arrestation arbitraire, tout cela en quelques minutes… Un comportement qui est en phase avec le parti «réel» : il suffit de lire la «fachosphère» pour se rendre compte des haines et de la violence qui travaillent ses militants et électeurs.
Le FN ne cache pas sa volonté de remettre en cause les libertés civiles (droits des femmes avec, par exemple, la remise en cause de l’avortement, droits des homosexuels avec l’abrogation du mariage, etc.) et économiques («protectionnisme intelligent», interventionnisme de l’État). Les libertés politiques sont elles aussi menacées, même si pour le coup, ça n’est pas assumé publiquement. Mais il est clair que toute opposition sera perçue comme une atteinte aux intérêts nationaux : ainsi, comme l’a tweeté après les incidents du 1er mai, dans un bel acte manqué, Florian Phillipot, le numéro 2 du FN : «défendre d’une façon ou d’une autre les Femens, c’est de fait avouer sa haine de la France». En clair, on n’appartient plus à la communauté nationale si on n’est pas avec le FN. La liberté de la presse et plus généralement de pensée sera sans aucun doute remise en cause afin d’assurer au parti le contrôle du pays : pas d’argent public pour ceux qui déplaisent, contrôle de l’audiovisuel public (Nicolas Sarkozy a montré l’exemple), intimidations (la liste des journalistes tabassés par le FN commence à être longue)…
(…) Ceux qui en France estiment qu’il faudrait que le FN puisse gouverner pour le normaliser font exactement la même erreur stratégique tragique que les partis démocratiques allemands au début des années 30.
Procès d’intentions que tout cela ? Que nenni : il suffit d’observer ce qui se passe en Hongrie avec le Fidesz pour avoir un avant-goût de ce qui attend la France «bleu marine». Et ce pays appartient, lui, à l’Union, ce qui freine –un peu- l’autoritarisme de Viktor Orban… Ça ne sera pas le cas d’une France FN qui quittera l’euro et l’Union afin de remettre à l’honneur les frontières nationales (pour mieux contrôler) et avoir les mains libres en matière de libertés publiques et d’économie. L’explosion du projet européen sera sans doute la conséquence géopolitique la plus grave pour le vieux continent : 70 ans de paix seraient rayés d’un trait de plume et on en reviendrait aux bons vieux rapports d’État à État qui ont fait leurs preuves dans un passé récent. Quand on voit que la Grèce en est à réclamer des dommages de guerre à l’Allemagne, cela donne un avant-goût du retour des vieilles haines recuites, toujours présentes, qui nous attend. D’autant que l’Allemagne et plus généralement les pays étrangers fourniront un excellent bouc émissaire aux difficultés que ne manquerait pas de rencontrer le FN. Un ennemi extérieur, c’est l’idéal pour se maintenir au pouvoir…
(…) Collectivement, nous sous-estimons le danger qu’incarnent ces partis dits «populistes». On s’habitue, petit à petit, à l’idée qu’ils accéderont un jour au pouvoir. La douceur des mots qu’on emploie pour les désigner cache leur brutalité. Il est temps de faire tomber les masques et de combattre sans état d’âme ces fascismes à visage humain avant qu’il ne soit trop tard.
N.B.: version remaniée d’une chronique pour le site de la Libre.be (écrite avant les incidents du 1er mai…)
Lire l’article intégral : http://bruxelles.blogs.liberation.fr/2015/05/06/le-fascisme-visage-humain/

Pour Ménard, les prénoms disent les confessions

Robert Ménard a suscité l’indignation et l’émoi en confirmant mardi matin qu’il procédait à un fichage des enfants musulmans dans les écoles de sa ville. Une enquête préliminaire a été ouverte, l’établissement de statistiques ethniques étant interdit par l’article 226-19 du Code pénal. Cet acte est passible de cinq ans d’emprisonnement et de 300 000 euros d’amende.

menard fichage
Extrait de Mediapart
 » Une étoile jaune barrée d’un croissant. C’est le symbole qu’a brandi mardi soir un élu communiste en plein conseil municipal, à Béziers, pour protester contre les déclarations de Robert Ménard. « Dans ma ville, il y a 64,9 % des enfants qui sont musulmans dans les écoles primaires et maternelles », a lancé le maire sur France 2, lors de l’émission « Mots croisés », lundi soir. Devant les élus, Robert Ménard s’est refusé à toute explication. L’opposition UMP a demandé sa démission. Invité chez Bourdin, Jean-Luc Mélenchon a confirmé qu’il demandait aussi au gouvernement de prononcer la démission de Ménard. »
Car il n’est guère d’autre voie : soit l’édile tripatouille illégalement dans les fichiers des écoles de sa ville pour recenser les enfants musulmans, soit il s’agit d’un nouveau coup de communication sur le dos des musulmans.

noté par ailleurs…
Au cours du débat de Mots Croisés consacré à l’affrontement entre les Le Pen, Ménard a voulu illustrer le « problème de l’immigration » en balançant ce chiffre choc : il y a « 64,6% » d’élèves de confession musulmane à Béziers« , a-t-il déclaré. À l’énoncé de ce chiffre, personne n’a bondi sur le plateau. Ce n’est qu’en toute fin d’émission, pendant le débriefing, qu’un tweet de téléspectateur, relayé à l’antenne, s’interroge sur l’origine de ce chiffre. D’où la question incisive d’Anne-Sophie Lapix : « Euh et ces chiffres…? »

Réponse de Ménard : « Ce sont les chiffres de ma mairie. Pardon de vous dire que le maire a les noms, classe par classe, des enfants. Je sais que je n’ai pas le droit, mais on le fait« . Et d’ajouter : « Les prénoms disent les confessions. Dire l’inverse, c’est nier une évidence« .


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Depuis, des perquisitions ont eu lieu à la mairie de Béziers. Selon le Midi libre, elles n’ont donné aucun résultat, une information qui n’a pas été confirmée par le parquet.
Auparavant, le préfet du Languedoc-Roussillon, Pierre de Bousquet, et la rectrice de l’académie de Montpellier, Armande Le Pellec, avaient saisi la justice en application de l’article 40 du code de procédure pénale.
Si l’on veut approfondir un peu (y en a besoin avec tous les excès et raccourcis qu’on connait du Ménard) ces chiffres montrent malgré tout qu’une forte proportion de jeunes issus de l’immigration se situe dans les zones urbaines ghettoïsée et que, carte scolaire aidant, ils se retrouvent de facto dans des écoles ghetto.
Mais Ménard oublie de dire qu’il existe aussi dans sa ville des écoles publiques qui accueillent une population blanche et bourgeoise en très forte proportion. De même, il ne donne pas la proportion des écoles confessionnelles catholiques de sa ville qui fonctionnent sur fonds publics. Ainsi, à Béziers, il y a 39 écoles publiques, soit moins de 20 écoles primaires publiques en tout ( p.49 du répertoire académique), tandis qu’il y a 6 écoles primaires confessionnelles catholiques sous contrats regroupant maternelles et élémentaires (toujours sur fonds publics) (p.103), soit 1/3 d’écoles à curés pour la seule ville de Béziers où les enfants de l’immigration ne se bousculent sûrement pas.
Concernant les collèges de Béziers, la proportion est de la moitié : 6 collèges publics dont on ne connait pas la proportion de centre-ville ou de banlieue et 3 collèges privés de centre-ville.
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Parmi les réactions citoyennes une pétition a été lancée sur Change.org.
Adressée à
Procureur de la République de Béziers Yvon Calvet

petition_menardPour signer la pétition, cliquer sur l’image ci-dessus.

Pour lire le texte c’est après la balise Lire la suite

La dédiabolisation, c’est pas gagné !

« Putain de salope, tuez-la ! » ; « Sale négresse de merde » ; « Nique ta mère sale pute » ; « Qu’ils les violent avec un bout de bois clouté ».

Ces propos entendus le 1er mai pourraient résumer à eux seuls la pensée de la jean-marie_-_Copiefachosphère qui ne rate pas une intervention du clan Le Pen. Et la fifille du borgne a beau exclure et exclure du parti les adhérents qui dérapent, il en reste encore et toujours. Ce qui nous a aussi permis d’entendre : « Sale journalistes de merde ! Pédés de rouges ! ».
C’est à dire qu’il suffit de seulement sept mots à certains pour critiquer en même temps la presse, l’homosexualité et le communisme ! Voilà le langage châtié et toute l’idéologie de ceux qui parlent par ailleurs des « racines chrétiennes » de la France et prétendent représenter « le plus grand parti de France des travailleurs » !
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D’après l’AFP, sept interpellations ont eu lieu, dont trois membres de la sécurité FN.
Deux plaintes ont été annoncées, l’une de la part des Femen pour « violences, violation de domicile et arrestation arbitraire », l’autre de la part de Marine Le Pen pour « violences volontaires » et « atteinte à la liberté de manifester ».
Là, franchement, on ne comprend pas, Marine. Les Femen n’auraient pas droit à la même liberté de manifester que les dégénérés du FN ? Quant aux violences volontaires… Là faut consulter  l’ophtalmo car visiblement la vue baisse jusqu’à l’aveuglement. Qui est violent, déjà ?

Un autre incident a perturbé l’événement frontiste : l’agression de deux équipes de télévision, de Canal Plus et France 5, pendant le discours de Marine Le Pen. Alors que trois journalistes du « Petit Journal » de Canal Plus filmaient aux abords du carré VIP du Front national, l’eurodéputé Bruno Gollnisch a tenté de saisir leur perche et leur a donné des coups avec son parapluie. « Journoputes », « journalopes », ont lancé les militants frontistes. Le langage des partisans de la haine est décidément très créatif.
Les journalopes ont donc été violemment pris à partie, avant d’être évacués par le service d’ordre du parti.
Dans le reste du cortège, on retrouvait bien sûr les slogans « officiels » du FN – « ni droite, ni gauche, Front national », « France Marine, Liberté », « Hollande t’es foutu, la jeunesse est dans la rue » , mais on pouvait aussi voir des militants distribuer le journal d’extrême droite Rivarol, tel autre porter le blouson des néonazis grecs d’Aube dorée et des identitaires défilant sous leurs drapeaux. Le voilà, le Front National enfin révélé dans toute sa splendeur.

On a beaucoup aimé le slogan "Hollande t'es foutu, la jeunesse est dans la rue"...

On a beaucoup aimé le slogan « Hollande t’es foutu, la jeunesse est dans la rue »…

Sur son blog, Alexis Corbière a noté le reste : « Loin d’un prétendu désaccord de fond entre Jean-Marie Le Pen et elle, et devant un public clairsemé, Marine Le Pen a livré aujourd’hui un discours classique d’extrême droite se concentrant contre l’immigration et la « menace islamiste ».
En plus d’une heure, elle n’a jamais évoqué les inégalités sociales qui se creusent dans le pays, les 5,6 millions de chômeurs, les 8 millions de pauvres, les bas salaires, les loyers trop élevés, etc.
Elle n’a pas dit un mot contre la fraude et l’évasion fiscale qui représentent pourtant plus de 80 milliards d’euros. Peut-être craignait-elle que les récentes révélations de la presse sur l’argent caché par son père en Suisse ne lui reviennent au visage ? »
Reste à comprendre comment, dans un pays démocratique, un service d’ordre privé peut se permettre, sous les regards de la police nationale, de pénétrer dans une chambre d’hôtel, y malmener des femmes sous l’œil des caméras, et les séquestrer un certain temps.
De par la loi, même la direction de l’hôtel ne peut s’autoriser ce droit d’entrer une chambre dûment occupée, encore moins l’ouvrir à des intrus. Seule est habilitée une police munie d’une commission rogatoire. Espérons que de valables informations suivront quant à la sanction qu’il convient de donner à ces violences, surtout de la part d’un gouvernement si prompt par ailleurs à s’émouvoir d’un foulard ou d’une jupe un peu longue.
Mais qu’il soit dit que les journaleux, les homos, les cocos, les nègres et les bicots en ont ras-le-pompon et n’espèreront plus très longtemps si justice n’est pas faite. Si le racisme n’est pas une opinion comme une autre mais un délit, qu’attendez-vous messieurs Hollande, Valls et Cazeneuve pour appliquer la loi ?
À suivre donc, car nous ne lâcherons rien !

Heil le Pen

Ukraine_black out sur le massacre d’Odessa

« L’État s’effondre dans l’est de l’Ukraine » titre L’Huma en ce 7 mai, à l’instar de nombreux titres de presse. Mais peu osent revenir sur la tragédie d’Odessa et creuser là où il le faudrait. Aucun journal ne devrait avoir le droit d’employer des mots aussi faibles que « tragédie » quand il s’agit d’une barbarie sans nom, d’actes si ignobles qu’ils devraient nous conduire à la seule évidence qui s’impose : il n’y a pas que des humains sur la planète, la Bête est bien de retour avec ses enfants fous, et son ventre est toujours fécond.

détails d’un scénario sanglant

Rappel: vendredi 2 mai 2014 dans la ville portuaire d’Odessa, des partisans du fédéralisme ont été pourchassés jusque dans la Maison des syndicats par une foule du Secteur Droit. Le bâtiment a pris feu peu après, ce qui a entraîné (selon les rapports officiels) 42 décès.

Que veulent cacher ces fumeux rapports officiels quand on sait que le nombre de personnes tuées s’élève au moins à 300 ? Quand on sait que la plupart des victimes, surtout les enfants et les femmes, ont été découpées avec des haches et matraquées à mort avec des bâtons en bois dans le sous-sol de la Maison des syndicats !

Les provocateurs ont séquestré les occupants du bâtiment où il était possible de les tuer en toute impunité, avec délectation, et sans témoins. L’incendie à l’intérieur du bâtiment a été provoqué dans le but de cacher le meurtre de masse des citoyens ukrainiens.

L’image la plus terrible. Il s’agit très probablement d’une femme enceinte, qui était l’une des employées qui travaillent les jours fériés, pour le nettoyage des bureaux et s’occupent de l’arrosage des fleurs. Elle a été étranglée par un fil électrique. Elle a essayé de résister – on peut voir les fleurs éparpillées sur le sol.

Pourquoi y a-t-il des corps carbonisés dans les étages supérieurs où il n’y avait pas d’incendie ?

Pourquoi ? Pourquoi ? Il y a tant de « pourquoi » derrière ce massacre, et trop de silence de la part des Pujadas, des Fabius, des caniches de l’OTAN…

Sémaphores n’a sélectionné que ces trois photos mais qui veut se rendre compte de l’ampleur de cette barbarie qu’on tolère jusqu’au cœur de notre vieux continent peuvent en voir bien d’autres en suivant le lien ci-après. Personnes sensibles s’abstenir.

http://reseauinternational.net/odessa-un-simulacre-dincendie-pour-couvrir-lexecution-dun-des-plus-atroces-massacres-jamais-vus/

Quoi de neuf du côté des fachos ?

La comédie humaine c’est avant tout l’échec du politique. Ce n’est donc pas un signe de bonne santé démocratique que d’être bien adapté à une société profondément malade. Balzac 

Didier Porte a titré l’une de ses chroniques de la semaine : « Les Le Pen, pujadistes de père en fille ». Le lecteur pressé pourrait conclure à la coquille typographique alors qu’il n’en est rien. Il s’agit bien ici du Pujadas, qu’un certain journaliste appelle d’ailleurs Pajudas, comme pour mieux souligner la traîtrise du plus mielleux présentateur du moment en matière de désinformation sur une chaîne publique. Mais qu’on aime ou pas cet autre Foutriquet de l’info, on pouvait croire jusque-là qu’il restait maître dans le choix des invités à son émission Des Paroles et Des Actes, et non que les ordres de mise en scène pouvaient arriver par la famille Le Pen.


Didier Porte : « Les Le Pen pujadistes de père… par Mediapart

Par ailleurs, et pour rester encore un peu en cette charmante compagnie des Le Pen, il est bon de savoir que pour la 17e chambre correctionnelle du tribunal correctionnel de Paris, le terme « fasciste » est « dépourvu de caractère injurieux lorsqu’il est employé entre adversaires politiques sur un sujet politique ».

Poursuivi par Marine Le Pen pour injure, pour avoir employé le terme « fasciste » à son égard, Jean-Luc Mélenchon a été relaxé par cette 17e chambre. À l’audience du 6 mars, les débats avaient porté sur le fait de savoir si le terme « fasciste » devait être considéré comme une injure ou une caractérisation politique

Cité comme témoin, Michel Soudais avait rappelé que Politis avait inscrit à sa Une, le 23 mai 1990, « Le Pen est un fasciste » et qu’aucune poursuite n’avait alors été intentée contre notre journal. Il avait poursuivi en expliquant que le changement de présidence à la tête du FN n’en avait pas changé la nature profonde, comme il avait eu l’occasion de l’écrire sur ce site.

On se souviendra aussi que dans l’affaire des « faux tracts » jugée par le tribunal correctionnel de Béthune où Marine Le Pen était citée à comparaître, elle a été jugée coupable de « manœuvre frauduleuse » et publication d’un montage sans le consentement de l’intéressé, Jean-Luc Mélenchon. Et condamnée à une peine de 10 000 euros d’amende. Comme il fallait s’y attendre elle a fait appel de ce jugement, ce qui lui permet de prétendre que cette condamnation n’est pas définitive, ce qui est faux, ainsi que l’a démontré Maître Eolas. Déjà condamnée pour procédure abusive, mi-janvier, Marine Le Pen est en outre sous le coup d’une enquête pour « incitation à la haine raciale » suffisamment sérieuse pour que le Parlement européen accepte de lever son immunité parlementaire.

On est comme ça chez les Le Pen, on adore les procès, ça fait partie du plan médiatique de dédiabolisation. N’empêche qu’à pouvoir, selon la loi, « caractériser » de fascisme ce qui l’est à l’évidence, on ne va donc pas s’en priver ici. On s’en privera d’autant moins qu’il s’agit de dissiper l’enfumage par lequel on voudrait faire croire aux Français que les fachos gagneraient du terrain.

photo Reuters

Dans un récent parti-pris qui était aussi un état des lieux, Pascal Riché cherchait vainement quel progrès le FN avait bien pu faire depuis 1995.

« Nous sommes en 2014. En vingt ans, la crise s’est approfondie, le gouvernement a abandonné tous ses pouvoirs aux forces du marché et aux eurocrates anonymes de Bruxelles : dans ce contexte aussi délétère, le FN aurait dû croître comme d’autres partis nationalistes en Europe. Mais non : comparé aux élections municipale de 1995, le FN fait du surplace :

  • En 1995, la plus grande ville ravie par le FN était Toulon, 170 000 habitants ;
  • en 2014, c’est Fréjus, avec seulement 52 000 habitants.

Ensuite, après avoir noté que les ténors Aliot, Collard et Phillippot ont été désavoués lors de ces municipales, restait à dire un mot sur ce qui nous a été présenté comme « un gros morceau », à savoir le septième secteur de Marseille, c’est-à-dire les XIIIe et XIVe arrondissements, soit 150 000 habitants. Les électeurs y ont promu le FN Stéphane Ravier, mais ils l’ont promu à quoi exactement ? Slate a étudié la question :

« Le maire FN aura la haute main sur les centres aérés et les terrains de boules, et pourra s’opposer pour le principe aux projets de Gaudin… ». En effet, les choses sérieuses, l’impôt et le budget, sont de la compétence du conseil municipal, ce que La Provence résume ainsi : « En tout et pour tout, Ravier n’aura compétence que sur les centres culturels de quartier et les centres aérés, les espaces verts de moins d’un hectare, les terrains de boules et certains stades. Et aussi, tiens, l’animation des comités de quartiers. Pour l’ensemble de ces équipements, la mairie des XIIIe-XIVe dispose d’un budget de… 2 euros par habitant. »

Il vaut donc la peine de regarder de plus près qui sont les 11 nouveaux maires FN qui ne se veulent pas fachos.

Stéphane Ravier, qui a remporté le 7ème secteur de Marseille, vieil admirateur de Jean Marie Le Pen, est pour la peine de mort. lien

Robert Ménard, vainqueur à Béziers, a pris dans son équipe André-Yves Beck, issu d’un groupe d’extrême droite. lien

David Rachline, élu à Fréjus, propose un discours lisse et prudent, évitant le moindre dérapage, choisissant « l’égalité contre la préférence étrangère ». lien

Steeve Briois, manie la contradiction, révélant son homosexualité, mais refusant le mariage gay, son couplet favori étant : « les politiques ne font rien contre l’immigration et l’insécurité », (lien).

Joris Hebrard (Le Pontet) donne dans le consensuel : baisse des impôts et défense de la laïcité face au communautarisme.

Fabien Engelmann, nouveau maire de Hayange, fan absolu de BB, est passé du NPA au FN…(lien).

Julien Sanchez, élu à Beaucaire a fait de la lutte contre les kebabs et le commerce halal son cheval de bataille, (lien).

Marc-Etienne Lansade regrettant que sa ville de Cogolin attire les islamistes, veut revoir l’organisation de la police, (lien).

Franck Briffaut, vainqueur à Villers-Cotterêts s’oppose entre autres dans son programme à la gratuité totale de l’IVG (lien).

Et Philippe de la Grange ferme la marche au Luc, et ce diplômé en marketing est peut-être à l’origine de la stratégie du « pied dans la porte ». lien

Pourtant la présidente du FN avait assuré ne pas vouloir faire d’idéologie dans les villes gagnées. lien. Ni droite ni gauche, qu’elle a dit, la dame. Ben… c’est assez mal barré et on ne nous lèvera pas du nez que ça empeste encore et toujours le moisi d’extrême droite, procès à répétition ou pas.

 

Silence on coule

billet d’humeur, par Mario

Oui, on coule dans un silence de plus en plus effrayant sur ce qui devrait éveiller notre indignation face à l’inadmissible. Comme le pointait le chroniqueur Hubert Huertas dans son billet du 29 octobre : « C’est sans doute un signe des temps. Les « inquiétudes » de Christiane Taubira sur la société française ne retiennent pas l’attention. La ministre de la justice a été insultée deux fois en une semaine, par des propos racistes, elle s’est émue hier d’un relâchement public, mais personne ne l’a noté. »

Certes on nous dira que les médias n’ont pas été avares pour diffuser l’image de la ministre comparée à une guenon, ou cette « manifestante » âgée de 12 ans qui voulait lui offrir une banane. Et tout ça ne devrait pas faire plus qu’une brève ? Pas mieux qu’un gag à rajouter dans le flot d’abrutissement proposé par un Petit Journal ou autre insipidité télévisuelle ? Peut-on se contenter de traiter avec humour ce qui n’est que le fruit d’une odieuse pensée, hélas trop bien connue, celle de la bête immonde qui veut croire à sa résurrection ?

Il serait temps de se réveiller en dehors du seul intérêt pour des échéances électorales. Lorsqu’on formate un peuple à être soumis, on en fait un peuple de lâches. Et la lâcheté se répand y compris parmi les personnalités politiques qui prennent un peu trop de temps pour s’indigner de l’inadmissible, et en l’occurrence pour voir qu’avec l’affaire Taubira c’est un véritable retournement qui s’opère sous nos yeux. Voilà qu’on laisse un Front National s’indigner de ce que madame Taubira parle à son égard d’une “pensée mortifère et meurtrière”, et de vouloir saisir la justice contre la garde des sceaux, comme il faudrait la laisser faire contre tous ceux qui disent que le FN est un parti d’extrême droite. Ainsi, le note Huertas, le procès ne sera pas celui du racisme, mais de la personne insultée par le racisme.

« Il y a vingt ans la gauche était en ébullition parce que Chirac parlait de bruits et d’odeurs. Il y a quatre ans les associations antiracistes poursuivaient Brice Hortefeux pour ses propos déplacés à l’égard d’un militant maghrébin. Et là, une ministre noire peut être comparée à un singe deux fois en une semaine, dont une fois par des enfants, un curé, le père Xavier Beauvais, peut défiler contre le mariage homo en criant dans un porte-voix « Y’a bon Banania, y’a pas bon Taubira », mais ce serait une anecdote. Il faudrait ne pas remarquer.

      Être prudent, comme dans le métro, quand quelqu’un est attaqué par des voyous, et que tout le monde se contente… de regarder ses chaussures. »

Pour écouter le billet en intégralité :

Dans le même ordre d’idée, nous ne doutons pas que d’aucuns n’auront vu que banalité dans cette Lettre à Leonarda née sous la plume visqueuse de Christophe Barbier, dans laquelle on pouvait lire ces mots :

« La France vous doit la vérité : l’expulsion de votre famille n’est pas seulement légale, elle est nécessaire. Parce que notre pays ne peut accueillir plus de réfugiés économiques qu’il ne le fait ; parce que nos comptes publics ne nous permettent pas d’être aussi généreux que l’idéal républicain le souhaite ; parce qu’aucun espoir illusoire ne doit germer dans le cœur des millions de jeunes qui, épars dans la moitié pauvre du monde, vous ressemblent et attendent un destin.

(…)Français aléatoire, scolarité chaotique et famille difficile, vous incarnez cette « misère du monde » dont la France ne peut plus prendre qu’une maigre part, et la fatalité séculaire des pauvres hères. (…) Votre patrie, Leonarda, c’est malgré tout le Kosovo, que la France, avec d’autres, a courageusement libéré du joug serbe en 1999 et qu’il faut rebâtir et protéger. »

Notons que Christophe Barbier se contente pour l’heure de justifier de nécessaires expulsions. Il ne parle pas de « centres spéciaux d’internement ». Pas encore.

Et pour ceux qui pensent que nous exagérons en exhumant des similitudes entre la situation actuelle et celle de la fin des années 30, ce petit bonus qui démonte toute idée qu’un changement aurait eu lieu. C’était une des couvertures du journal Détective, en 1938, une superbe époque où l’on pouvait compter les étrangers à un individu près, où l’on se posait la cruelle question de savoir où les expulser (le Kosovo n’existait pas encore, les arabes n’étaient pas revenus depuis leur branlée à Poitiers…), bref il était question de la sûreté nationale. Heureusement, en 39, le sauveur est arrivé, ce cher Adolf qui ne sera payé que d’ingratitude, pas même une statue sur nos places publiques, ni rue ni boulevard… Oui, vraiment, quelle ingratitude envers ceux qui ont fait le plus pour nous débarrasser des indésirables.