Compañero Eduardo Galeano, presente !

« Somos lo que hacemos para cambiar lo que somos » / « Nous sommes ce que nous faisons pour changer ce que nous sommes. »

Galeano nous quitte. Son nom ne parlera peut-être pas à beaucoup d’entre nous, sans doute moins que celui de François Maspero qui vient de nous quitter aussi, et dont le nom ne chantait déjà pas à toutes les oreilles. Problème de générations ? Peut-être pour une part. Mais plus sûrement peut-on y mesurer la dépolitisation du peuple ces dernières décennies, au profit d’un gavage d’oies télévisuelles pour qui prendre un moment de réflexion revient à « se prendre la tête ». Or Galeano n’encombrait pas les écrans. Pour partager ses visions lucides et parfois décapantes, il fallait être lecteur du Monde Diplomatique, ou de ses livres (et là, même les enfants avaient leur chance), ou garder un œil sur cette Amérique Latine qui l’avait vu naître et dont il percevait en visionnaire les secousses qui l’agitaient.

Sur son blog du Club Mediapart, Raymond Macherel a choisi de nous rappeler un livre de Galeano. C’est aussi celui que nous aurions choisi pour les lecteurs de Sémaphores qui ne le connaîtraient pas et voudraient combler cette lacune.

Eduardo Galeano (Montevideo 1940 – Montevideo 2015) © TeleSUR

par Raymond Macherel

Eduardo Galeano, le grand écrivain et essayiste uruguayen, né à Montevideo le 3 septembre 1940, est mort à Montevideo le 13 avril 2015. De toutes les phrases lues et relues, depuis Les Veines ouvertes de l’Amérique Latine (1971) jusqu’à El Futbol a sol y sombra (1995) en passant par ses livres pour les enfants comme Les Boîtes à mots ou Papagayo, il y a celle-ci qui peut guider toute une vie : « Somos lo que hacemos para cambiar lo que somos » / « Nous sommes ce que nous faisons pour changer ce que nous sommes. »

Je garde près de moi un livre magistral L’École du monde à l’envers (1998), fait pour percer les cauchemars d’enfants et hanter les rêves d’adultes, où Galeano dresse le portrait d’un monde renversé où « le vrai est un moment du faux ».

Voici un des textes de ce livre, que j’ai plaisir à partager en ces temps où le monde va tellement à l’envers qu’on se met à espérer qu’il finisse par retomber sur ses pieds :

« Il y a 130 ans, après avoir visité le Pays des Merveilles, Alice traversa le miroir pour y découvrir le monde à l’envers. Si Alice renaissait de nos jours, elle n’aurait nul besoin de traverser le miroir : il lui suffirait de se pencher à la fenêtre. »

« Le monde à l’envers nous apprend à subir la réalité au lieu de la changer, à oublier le passé au lieu de l’écouter et à accepter l’avenir au lieu de l’imaginer : ainsi se pratique le crime, et ainsi est-il encouragé. Dans son école, l’école du crime, les cours d’impuissance, d’amnésie et de résignation sont obligatoires. Mais il y a toujours une grâce cachée dans cette disgrâce, et tôt ou tard, chaque voix trouve sa contre-voix et chaque école sa contre-école. »

Pour changer le monde, changer l’école, changer la télécommande, changer les mots, commençons par changer ce que nous sommes… Compañero Eduardo Galeano, presente !

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Info de dernière minute par Là-bas si j’y suis

La joie de lire, c’était la librairie tenue par François Maspero à Saint-Michel. François Maspero, libraire, éditeur, voyageur, écrivain, disparu samedi dernier, quelques jours avant la mort d’Eduardo Galeano, l’auteur du fameux livre Les Veines ouvertes de l’Amérique latine. Il fallait bien une émission spéciale pour revenir sur les luttes et les combats de ces deux figures d’engagement.

Venez assister à l’enregistrement de la prochaine émission mercredi 15 avril à 18h à la Rotonde, place de la Bataille de Stalingrad Paris XIXème (entrée libre dans la limite des places disponibles).

Avec, entre autres, autour de Daniel MERMET : Ignacio RAMONET, Ramón CHAO, Éric HAZAN, Julien HAGE, Didier PORTE, Hervé KEMPF, Gérard MORDILLAT, Nicolas BACCHUS

François Maspero nous a quitté

Pourquoi se battre pour un monde meilleur si ce monde-là ne doit pas être plus beau, c’est-à-dire plus juste, plus fraternel mais aussi esthétiquement plus harmonieux ?

François Maspero est mort samedi chez lui, à Paris. Né le 19 janvier 1932, il avait 83 ans.

« Libraire, puis éditeur, enfin écrivain et traducteur, François Maspero, grande figure de la gauche intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle, a été toute sa vie un passeur de livres et de mots, menant tous les combats nécessaires, de la lutte contre la guerre d’Algérie à la recherche d’alternatives au capitalisme, en passant par le tiers-mondisme, l’anti-stalinisme ou le féminisme. »

C’est ainsi que commence l’hommage de Politis sous le titre « François Maspero : l’homme du partage ». Un hommage à un de plus qui s’en va, un de ceux dont la disparition ne laisse à mesurer que le vide qu’elle met en avant. Sémaphores ne peut qu’inviter ceux qui ne connaîtraient pas François Maspero à lire l’article de Politis (lien ci-après). On y découvre aussi que lors de l’exposition lui était consacrée en 2009 « François Maspero et les paysages humains », les intitulés des différents panneaux étaient éloquents : « Algérie », « Cuba si », « La solidarité des peuples colonisés (1955-1967) », « La longue marche des Noirs américains vers l’égalité », « Vietnam », « Palestine », « Les années 68 », et même « Amiante, 1977. Le collectif de Jussieu »…

Oui, c’était un homme de tous les combats et de tous les partages, sa part à l’élévation de la conscience politique aura été énorme.

L’article de Politis  lire ici  : http://www.politis.fr/Francois-Maspero-l-homme-du,8174.html

Bonus sémaphoriens :

François Maspero interviewé par Chris Marker. En 1970

En septembre dernier (2014) François Maspero était l’invité de Mediapart