Des nouvelles Frêche de Valls ?

par Pascal Campel

« L’homme de gauche doit dépasser le pallier de la social démocratie pour devenir social-libéral (…) Il faut que la gauche comprenne que nous avons tous besoin d’entreprises prospères pour pouvoir pratiquer ensuite une redistribution sociale durable »

Manuel Valls dixit ? « J’écarte les mots piégeux qui enferment » répond-il dans l’Obs nouvelle cuvée. Qui donc, alors ?

Georges Frêche, en 2004 ! Et d’ajouter « Vous voudriez que je m’embarrasse encore des préjugés marxistes sur le patronat ». C’est beau comme du Valls.

Il n’est pas sans intérêt de relire ce livre d’entretien au titre provocateur « Il faut saborder le PS ». Avec un peu d’attention, on y retrouve la plupart des idées qui structurent l’action de M. Valls — et du Président de la République, nous sommes sous la V°, diantre !– la réforme territoriale, la diminution de la dépense publique, entre autres.
Mais c’est dans l’aire du politique que G. Frêche allait plus loin encore. Le titre de son livre en faisait foi : « Il faut saborder le PS » dans lequel, horresco referens, il appelait à une alliance avec le Modem de François Bayrou ! Et M. Valls dix ans plus tard comme en écho « En 2012 nous avons commis l’erreur de ne pas tendre la main à François Bayrou ».

Le PS enfin ! A l’affirmation de Georges Frêche « un parti de gauche aujourd’hui ce n’est plus un parti du XX°siècle, c’est à dire un parti de tradition marxiste fondé sur la défense de la classe ouvrière qui constituait le corpus central de l’idéologie de gauche » répond aujourd’hui presque mot pour mot Manuel Valls « On ne milite plus au XXI° siècle comme au XIX° siècle ».

Il y a dix ans, les propos de Georges Frêche avaient fait dresser quelques sourcils rue de Solferino. Avec le recul, il est singulier de constater que ce n’est pourtant pas pour son social-libéralisme totalement revendiqué qu’il avait été exclu. Est ce à penser que cette doxa plus libérale que sociale avait déjà droit de cité à la tête d’un Parti Socialiste dirigé alors par un certain Hollande François ?

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Bonus ndlr :

Le député PS Henri Emmanuelli a estimé jeudi que la ligne défendue par les sociaux-libéraux, Manuel Valls en tête, n’était « pas majoritaire à gauche » ni au PS et leur demande de se taire et de « faire leur travail » et non de la « philosophie de bazar ».

« En 1992, Michel Rocard m’a déjà expliqué que j’étais passéiste parce que, m’a-t-il dit à l’époque, dans une tribune – déjà – dans le Nouvel Observateur, je n’avais pas compris qu’il fallait laisser les Asiatiques fabriquer des toiles de parasol pendant que l’Europe fabriquerait des ordinateurs. Je n’aurais pas la cruauté aujourd’hui de leur demander, à tous ces messieurs modernistes : quelle est la marque des ordinateurs européens? », a lancé M. Emmanuelli.

source : http://www.lepoint.fr/politique/emmanuelli-la-ligne-des-sociaux-liberaux-n-est-pas-majoritaire-au-ps-qu-ils-se-taisent-23-10-2014-1874988_20.php

info de dernière minute : Le président socialiste du Conseil Général du Jura, Christophe Perny, va encore plus loin et demande, dans un communiqué, au Premier ministre de « partir« . Tout simplement : Manuel Valls doit partir pour la gauche, pour la France.

Autre argument qui revient avec régularité chez les anti-Valls du PS : son faible score à la primaire PS de 2011 qui reflète son tout aussi faible poids dans le parti, selon eux. « Le scandale est que cet homme ultra minoritaire au PS et à gauche porte la ligne politique gouvernementale« , continue le président du Jura. Qui ajoute :

À ce rythme, le PS portera bientôt, non seulement les idées, mais aussi le score de Manuel Valls.