Humour noir et parole blanche

Un humour noir : Hollande, Haïti et les réparations
11 mai 2015 | Par Eric Fassin (note : les illustrations sont un choix Sémaphores)

Bamboula
À quoi joue François Hollande ? Pour refuser les réparations, il continue de juger l’esclavage « irréparable ». Pourtant, à Pointe-à-Pitre, il se fait applaudir en déclarant : « quand je viendrai en Haïti, j’acquitterai la dette que nous avons ». Mais son entourage précise aussitôt « qu’il s’agissait d’une « dette morale » ». Le verbe présidentiel, ce n’est pas « pour de vrai ». L’humour noir de François Hollande est une parole blanche.
Le 10 mai 2015, à l’occasion de la journée nationale de commémoration de la traite et de l’abolition de l’esclavage, le Président de la République inaugure le Mémorial ACTe en Guadeloupe. Il n’hésite pourtant pas à évoquer le présent : « de nouveaux négriers monnaient des cargaisons humaines. En Méditerranée, des passeurs criminels remplissent des bateaux d’êtres humains. » Christiane Taubira tente de corriger : l’esclavage qu’on commémore, c’était un système d’État « codifié et régulé ». Et de s’agacer : « on doit combattre l’esclavage aujourd’hui, mais la confusion est mauvaise conseillère, et en plus elle est l’apanage des imbéciles ». Mais n’est-ce pas, pour la Garde des Sceaux comme pour le Président de la République, une manière d’éviter de reconnaître la responsabilité de l’Union européenne, et donc des États actuels ? Car « l’Europe forteresse » est la première responsable des morts en Méditerranée.

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Quant à l’héritage de l’histoire, on sait François Hollande opposé aux réparations financières ; il leur préfère les gestes symboliques – moins coûteux. Deux ans plus tôt, le 10 mai 2013, n’a-t-il pas parlé d’« impossible réparation » ? C’était une fin de non recevoir adressée au Conseil représentatif des associations noires (CRAN). Il ajoute aujourd’hui : « Le seul choix possible, le plus digne, le plus grand, c’est la mémoire, la vigilance et la transmission ». Toutefois, l’argument laisse perplexe : à n’en pas douter, la Shoah est irréparable ; pourtant, l’Allemagne pourrait-elle s’exempter de toute réparation ? François Hollande n’en répète pas moins sa formule : « j’ai repris à mon compte il y a déjà longtemps les mots d’Aimé Césaire quant à la nature irréparable du crime. » Pourtant, en 2013, Louis-Georges Tin, président du CRAN, ne mâchait pas ses mots : « François Hollande trahit l’esprit même du texte d’Aimé Césaire car ce texte est favorable aux réparations. Ce n’est pas très honnête. » Lire la suite

Ça va mal finir

  Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE) tenait une conférence de presse au siège de l’institution à Francfort lorsqu’une manifestante s’est ruée sur lui : «Arrêtez la dictature de la BCE !» Un slogan qu’elle arborait aussi sur son t-shirt, tout en lançant des confettis.

Pour une fois qu’une femme se jette sur lui…

Cette activiste s’appelle Josephine Witt. Elle a 21 ans, de nationalité allemande, se présente comme féministe, ex Femen même si elle entend prendre ses distances avec ce mouvement et se présente aujourd’hui comme « une activiste free-lance ».

On aime aussi beaucoup le discours de Sahra Wagenknecht (Vive-présidente de Die Linke) au Bundestag. C’était le 19 mars 2015.


Une députée allemande Die Linke démonte la… par lepartidegauche

On n’a pas beaucoup aimé les paroles de François Hollande assimilant le comportement du FN à celui des communistes de 1970, mais on aime bien les réponses…

Ce que ne peut se permettre de dire Pierre Laurent c’est que François Hollande parle comme un tract du MEDEF : capitalisme, globish bruxellois, ordo-libéralisme, PIB, productivisme, dividendes, évasion fiscale, oligarchie, autoritarisme, choc des civilisations, paternalisme, surveillance, divisions, inégalités, répression syndicale, médias verrouillés, colonialisme, guerre, anti-républicanisme… demandez le programme !

Hollande a bien plus de vocabulaire en commun avec Le Pen que le PC n’en n’a jamais eu.

Enfin, s’il valait mieux en rire… on choisirait au moins Didier Porte


MediaPorte : « Je ne suis pas le pom-pom boy de… par Mediapart

 

Demain sera pire

Hollande a prévenu. « Je ne changerai ni de Premier ministre ni de politique », a-t-il dit dans Challenges le 12 mars. Quelle violence ! Avec Hollande c’est « vote toujours, tu m’intéresses ». Les électeurs socialistes sont prévenus. Le gouvernement n’a pas besoin de leur soutien pour continuer.

Mais nous, ne nous laissons pas leurrer. Hollande va changer de politique. C’est-à-dire qu’il va durcir sa pratique et son programme de réformes structurelles. La Commission européenne le lui a ordonné. Demain sera donc pire qu’aujourd’hui ! Il ne peut en être autrement.

Le gouvernement prépare un plan caché pour après les départementales. Pour le dire crûment, « ça va saigner ». En effet, la Commission européenne exige de la France de nouveaux « efforts ». Les 28 ministres des Finances de l’Union européenne ont validé le 10 mars la proposition de la Commission concernant la France. Quelle est cette proposition ? Accorder un délai supplémentaire de deux ans pour ramener le déficit public sous la barre des 3% de la richesse du pays en 2017 au lieu de 2015. Comme toujours avec l’Union européenne, il ne faut pas croire aux bonnes nouvelles. Cette décision s’accompagne d’un chantage toujours plus odieux. D’autant que les maîtres allemands ont beaucoup froncé les sourcils. Et ça, ça ne pardonne pas dans l’Europe actuelle.

La Commission exige un nouveau plan d’austérité pour la France. Elle exige 30 milliards d’euros de coupes budgétaires de plus que les 50 milliards d’euros déjà prévus par le gouvernement Valls d’ici 2017. Et pour commencer, la Commission exige 4 milliards d’euros de coupes supplémentaires dès cette année 2015. Dans son interview au Parisien, mercredi 4 mars, François Hollande a déjà accepté le nouveau diktat de la Commission. Il a déclaré que « si Bruxelles demande 4 milliards de plus pour respecter nos engagements en matière de réduction des déficits publics, ils seront trouvés par des économies nouvelles ».

Ce n’est pas tout. Lire la suite

Hollande et le 49-3

Confronté à une majorité fragile, François Hollande a autorisé, mardi, le gouvernement à recourir à l’article 49.3 pour faire adopter la loi Macron. Un épisode qui en rappelle un autre, il y a une dizaine d’années…


VIDEO – Quand Hollande dénonçait le recours à l… par LCP

«Le combat de 2012, c’est de préserver le principe du repos dominical, c’est-à-dire de permettre aux travailleurs de consacrer un jour de leur semaine à leur famille, au sport, à la culture, à la liberté. Et j’y veillerai !»

(F. Hollande pendant sa campagne)

Tiens, voilà du Macron !

Affaire Piketty : histoire d’une amnésie collective

Pour ceux qui l’auraient raté sur Mediapart, le dernier billet de Hubert Huertas, qui remet quelques pendules à l’heure et des médailles à leur place.

« Des artistes, des savants, des acteurs publics qui refusent la légion d’honneur, il y en a des dizaines, pour des motifs les plus divers. L’indépendance, comme Edmond Maire l’ancien patron de la CFDT ; la protestation, comme la chercheuse Annie Thébaud-Mony en 2012 ; la colère, comme Hector Berlioz à qui l’État devait de l’argent ; le haussement d’épaules comme le dessinateur Jacques Tardi en 2013 ; Georges Brassens en son temps, se moquant du « fatal insigne qui ne pardonne pas », ou Léo Ferré dénonçant « ce ruban malheureux et rouge comme la honte ». Claude Monet, Georges Bernanos, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Georges Sand, Pierre Curie, à chaque refus son anecdote et son bon mot.

La différence avec Piketty, c’est que l’État n’a pas écrit de roman avec Georges Sand, n’a pas cherché avec Pierre Curie, n’a pas chanté avec Brassens ou Ferré, ni dessiné avec Tardi, alors que le candidat François Hollande n’avait à la bouche que « la grande réforme fiscale » inspirée par un économiste en vue, dont le nom circulait sur toutes les lèvres.

Thomas Piketty, dans la campagne victorieuse de François Hollande, de l’automne 2011 au printemps 2012, ce n’était pas un conseiller parmi tant d’autres, c’était l’inspirateur, et la caution. La preuve que les quelques hardiesses économiques du candidat n’étaient pas improvisées. Si l’équipe entourant le futur président, et si le candidat lui-même promettaient d’agir sur la relance en pleine période de crise, c’est qu’une répartition plus juste de l’argent public recueilli par l’impôt allait créer un choc de confiance. À chaque question sur le déficit, ou sur la faisabilité de telle ou telle mesure, François Hollande répondait par « la grande réforme fiscale », et cette grande réforme fiscale, avec, entre autre, la fusion de la CSG et de l’Impôt sur le revenu, était issue des travaux de Thomas Piketty…

“Piketty”, c’était le Sésame, un mélange de magie et de science… La réponse globale et la réponse à tout.

Après les élections, la réponse globale s’est transformée en une succession d’ajustements qui ne répondaient qu’aux exigences de la droite et des organisations patronales, et le Sésame fut renvoyé à ses chères études, ses conférences, ses critiques, puis son best-seller mondial, tandis que le nouveau Président se consacrait aux 20 milliards d’allègements de charge du CICE, puis aux 40 milliards du pacte de responsabilité.

La grande réforme fiscale fut vaguement évoquée par Jean-Marc Ayrault en décembre 2013 avant d’être définitivement enterrée par la nomination de Manuel Valls au printemps 2014.

Si bien que l’attribution de cette Légion d’honneur apparaît, au seuil de 2015, comme une brassée de fleurs et de couronnes jetées sur la tombe d’une promesse, plutôt que l’aboutissement d’une carrière au service de la Nation… Geneviève Fioraso, la secrétaire d’État chargée de l’enseignement supérieur, à l’origine de cette proposition, aurait pu deviner que cette “récompense” ne chatouillerait pas la vanité du bouillant Piketty, mais l’agacerait plutôt.

Elle n’a pas réalisé. Elle n’a pas mesuré la dimension symbolique de cette décision a priori anecdotique, et elle n’est pas la seule. Quand l’affaire a éclaté, c’est tout le gouvernement qui a semblé frappé d’amnésie. Piketty n’était plus l’homme qui avait travaillé avec les ministres d’aujourd’hui, autour du candidat devenu Président, il était un intello, une espèce d’allumé, une star de l’édition dont on moquait les caprices…

Pour l’excellent Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, il y a d’un côté quelqu’un « qui a des idées intéressantes mais qui est un chercheur dans son bureau, qui fait des calculs », et de l’autre « la politique, qui est confrontée à la réalité ». Ah bon… Donc, François Hollande ne faisait pas de politique pendant sa campagne présidentielle !

Pour le secrétaire d’État Thierry Mandon, la réforme fiscale de Thomas Piketty est simplement inapplicable. Ah bon… Une réforme peut donc être inapplicable et promise à la fois !

Pour Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique, Thomas Piketty « confond peut-être le fait qu’une légion d’honneur est une récompense pour un mérite reconnu par la Nation, et pas une adhésion à une politique économique »… Ah bon. Donc, François Hollande n’adhérait pas au discours de sa campagne.

De bout en bout, de l’attribution de la médaille aux éléments de langage distillés dans les médias, le gouvernement et le Président se retrouvent confrontés à eux-mêmes, dans une sorte d’amnésie collective, et c’est ce face-à-face avec soi-même qui donne son côté accablant à cette affaire au départ insignifiante.

Pire encore. En opposant le mauvais coucheur Piketty au bon récipiendaire Jean Tirole, prix Nobel d’Économie, qui a accepté la médaille, les ministres confirment leur virage politique, c’est-à-dire la “trahison” que leur reproche le Front de gauche, la plupart des écologistes, et les frondeurs du PS. Car Tirole, pour Nobelisé qu’il soit, n’est pas un homme de gauche. Il a dû frémir au discours du Bourget (« mon ennemi, c’est la finance ») inspiré par Piketty. Jean Tirolle, le nouveau compagnon de route, est d’abord un libéral, et c’est lui le bon élève.

Pour compléter le tableau, notons encore ce “détail” de l’histoire… L’année éditoriale de la France a été marquée par deux livres. La vengeance de Valerie Trierweiller, et les errances d’Éric Zemmour. Tout le monde en parle parce qu’ils se sont beaucoup vendus. Le succès de Zemmour serait même un symptôme de l’extrême droitisation de la société française. Or Piketty, dans un pavé de 900 pages, publié en 2013, un ouvrage exigeant qui démonte les excès d’un libéralisme tout puissant en Europe, a vendu trois fois plus, et que trouve à déclarer le gouvernement PS, vexé : que cet économiste ferait mieux de retourner à ses chères études.

Si ce n’est pas un divorce, c’est carrément une fracture.

 

En bonus sémaphorien, cette vidéo qu’il est de bon ton de ressusciter pour mieux comprendre le billet précédent. Nous sommes en 2011, avant l’élection de François Hollande et le discours du Bourget. On pouvait encore y croire, même si on devine en filigrane au fil de cet entretien Piketty-Hollande combien était déjà contenue la trahison qui allait venir. La révolution fiscale n’aura pas lieu sous ce gouvernement, maintenant on en est sûr.

Hollande – Piketty et la révolution fiscale


Hollande – Piketty et la révolution fiscale 1-2 par Mediapart

 

Repos dominical

 « Nous refusons que la civilisation du supermarché remplace la civilisation du loisir. La citoyenneté ne se résume pas à l’acte de consommation. Quelle vie privée, quelle vie de famille sans jour de repos hebdomadaire commun, alors que justement nos sociétés souffrent déjà d’une déstructuration des liens sociaux ? »

Ces lignes sont extraites d’une tribune publiée en 2008 dans Libération, intitulée « Dimanche : Yes week-end ! » . Elle prétendait s’élever contre la réforme du travail dominical voulue alors par la majorité UMP et Nicolas Sarkozy. Parmi les 122 signataires de cette tribune initiée notamment par Christian Eckert, aujourd’hui secrétaire d’État au Budget, et l’ancien Premier ministre Jean-Marc Ayrault, figuraient dix personnalités devenues aujourd’hui ministres du gouvernement Valls. A savoir : Christian Eckert, Bernard Cazeneuve, Marylise Lebranchu, Jean-Marie Le Guen, George Pau-Langevin, Sylvia Pinel, Christiane Taubira, Marisol Touraine, Alain Vidalies et Annick Girardin.

En bref un gouvernement de socio-traîtres avec un traître en chef


« Le combat de 2012 c’est de préserver le repos…

Tout est dit, non ?

 

La république aquatique de Hollande

mis à jour 28 août

 Nul ne pourra dire que François Hollande est un président qui ne se mouille pas. Ainsi avait-il déjà donné le ton dès le début du quinquennat, n’hésitant même pas à s’attirer la foudre pour aller rendre visite à la voisine Angela. C’est dans cette humide continuité que se déroule la suite des aventures du capitaine tout terrain, qui n’hésite pas à passer du pédalo flottant dans la tempête au Titanic sombrant dans les glaces de l’austérité.

Est-ce d’ailleurs ladite austérité qui fait qu’il n’y a même pas un parapluie pour abriter le président sur un haut lieu de commémoration ? La question s’est largement posée dans la presse internationale, d’autant qu’on imagine mal Angela ou Barak discourir sans protection sous une pluie battante. Mais François est un battant, lui. Ce ne sont pas trois gouttes qui le feront renoncer à… à… à quoi, au fait ? Aux engagements pris devant le peuple cocufié de France ?

Hier, Mediapart chapeautait un article en disant : « Arnaud Montebourg remplacé par Emmanuel Macron: c’est le grand symbole du remaniement ». Sont gentils, à Mediapart, de ne voir qu’un remaniement quand il s’agit de la phase finale du reniement.

 » Mon véritable partenaire a un nom, Macron, un visage, un parti, celui de l’argent. Il ne présentera jamais sa candidature et pourtant il gouverne. Ce partenaire, c’est le monde de la finance  » 

Bref. Pour ceux que ça intéresse voici la liste des remaniés. Fin du pédalo et du Titanic, nous passons au radeau de la Méduse. Comme aurait dit Victor Hugo : « Un aveugle en vigie, un manchot à la barre… » Bon vent, les Français !

Les ministres

Laurent Fabius (affaires étrangères)              Ségolène Royal (écologie)

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l’éducation et de l’enseignement supérieur

Christiane Taubira (garde des sceaux)      Michel Sapin (finances et comptes publics)

Jean-Yves Le Drian (défense)

Marisol Touraine (santé, affaires sociales, elle récupère les droits des femmes)

François Rebsamen (travail)     Bernard Cazeneuve (intérieur)

Stéphane Le Foll (agriculture et porte-parolat)

Emmanuel Macron (économie, industrie et numérique)

Sylvia Pinel (logement)     Marylise Lebranchu (décentralisation et fonction publique)

Fleur Pellerin (culture)     Patrick Kanner (ville, jeunesse et sports)

George-Pau Langevin (outre-mer)

Les secrétaires d’État

Geneviève Fioraso (enseignement supérieur et recherche)

Harlem Désir (affaires européennes)  Annick Girardin (développement et francophonie)

Thierry Mandon (réforme de l’État et simplification)   Axelle Lemaire (numérique)

Kader Arif (anciens combattants et mémoire)   Alain Vidalies (transports)

Thierry Braillard (sports)

Ségolène Neuville (personnes handicapées et lutte contre l’exclusion)

Laurence Rossignol (famille, personnes âgées et autonomie)

Pascale Boistard (droits des femmes)    Myriam el-Khomri (ville)

Christian Eckert (budget)    Thomas Thévenoud (commerce extérieur)

Carole Delga (commerce et artisanat)    André Vallini (réforme territoriale)

Jean-Marie Le Guen (relations avec le Parlement)

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Les insubmersibles: Emmanuel Macron par lepartidegauche

au fil des blogs :

par POL

Les banquiers, les financiers, les entreprises vont continuer à spéculer pour faire des profits au détriment des hommes et de la nature. La croissance ne reviendra pas… Et il pleut avec insistance. Il pleut et cette pluie nous dit simplement que le dérèglement climatique est bien installé. Il va pleuvoir plus, là où il pleuvait déjà, puis ces pluies deviendront plus violentes encore. Plus d’inondation, de glissement de terrain, de catastrophe. Ailleurs la sécheresse. Bientôt des ouragans, des tornades. Cela vient si lentement que nous sommes comme la fameuse grenouille qui ne sent pas que l’eau se réchauffe autour d’elle et qui mourra ébouillantée. Comme il a tort le Président – il a tort sur à peu près tout – de dire « Ce n’est pas l’intempérie que nous redoutons le plus ». Il devrait trembler, trembler pour son image d’homme trempé et déconfit, trembler pour ce qu’il laissera comme trace dans l’histoire. L’empreinte d’un petit politicien qui ne se préoccupe de rien d’important, dont le logiciel remonte à 1983 quand le néolibéralisme triomphait. Mais la modernité maintenant – si ce mot dégoûtant sert à quelque chose – c’est de se rendre compte que le dérèglement climatique va nous coûter très cher, que la mer monte et va engloutir toutes les côtes, que le pergélisol fond et laisse sortir par de grands effondrements le méthane jusqu’ici piégé dans la glace… Il devrait avoir peur, le Président, du ciel qui lui tombe sur la tête et apprendre, comprendre que la sixième extinction a commencé depuis longtemps… Mais aujourd’hui, elle pointe dans l’image. L’image ne ment pas. La pluie tombe Nous avons un besoin urgent d’une politique écologique, c’est vital. Est-ce qu’Emmanuel Macron ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, a appris ce que c’est que le pergélisol ? En tout cas, ils vont faire une politique qui ne fera pas tomber la pluie normalement. François Hollande, un Président normal, il ne fait pas la politique pour lequel il a été élu, normal diront les gens qui pensent que tous les hommes politiques sont pourris. Moi personnellement je ne crois pas cela, c’est le temps qui est pourri… Il serait temps de changer de politique qui nous mène à la catastrophe… Il pleut. Peut-être qu’ils ne feront pas la photo traditionnelle du nouveau gouvernement sur le perron, il risque de pleuvoir.

http://blogs.mediapart.fr/blog/pol/270814/un-temps-pourri

par Patrick Rodel

Le hasard me met sous les yeux un texte de Guillemin qui vient de La capitulation de Paris. C’est un texte qui date de 1960. Guillemin y parle du gouvernement des Jules, ce fameux gouvernement de défense nationale, gouvernement républicain. « Ces “ hommes de gauche ”, depuis qu’ils sont au pouvoir, passent leur temps à donner des gages à la droite. On les voit affamés d’obtenir la considération des milieux où ils se sentaient, jusqu’ici méprisés. A se renier comme ils le font pour séduire la société élégante, ils ne gagnent rien du reste. On les emploie, mais avec un sourire où la condescendance se mêle au dégoût. »

A quoi j’ajoute un passage de Mauriac, dans un Bloc-notes de 1956 : « Qu’est-ce qu’un ministère socialiste ? Nous le savons aujourd’hui : c’est un ministère qui exécute les besognes que le pays ne souffrirait pas d’un gouvernement de droite. »

Avec quelques retouches de vocabulaire, on croirait que l’un et l’autre parlent de la situation dans laquelle nous sommes. Quelle misère que nous soyons à ce point oublieux de notre histoire que nous retombions, chaque fois, dans les mêmes pièges !

C’est la trêve ! De plaisanterie ?

Un cessez le feu de 72 heures à Gaza a débuté mardi 5 août à 7 heures. Bonne occasion de faire le point, plus particulièrement à l’attention de ceux qui prennent le combat en marche et ignorent encore certains tenants et aboutissants.

Signalons tout d’abord que, à quelques heures d’intervalle, le ministre des Affaires étrangères et le président de la République ont tous les deux employé le mot « massacre » pour qualifier la situation au Proche-Orient. Hollande, Valls et Fabius commencent à modifier leurs commentaires en dénonçant enfin les massacres. Il leur aura fallu 28 jours et plus de 1800 morts !

Si ça vous intéresse c’est ici : http://www.huffingtonpost.fr/2014/08/04/francois-hollande-laurent-fabius-haussent-ton-israel-conflit-gaza_n_5647574.html

Plus intéressante est la tribune publiée sur le site du Monde.fr (hélas pour les seuls abonnés). Rony Brauman, Régis Debray, Edgar Morin et Christiane Hessel exhortent François Hollande à agir sur la scène internationale. Ça ne coûte pas cher d’espérer, surtout quand on ne sait toujours pas si le Président a bien lue la précédente lettre d’Edwy Plenel ou l’appel de Dominique de Villepin. Mais on nous permettra de douter que la réponse de François Hollande puisse être autre chose qu’une pirouette pour essayer de sauver son honneur définitivement sali par son soutien inconditionnel à la politique d’Israël. Poser le véritable problème, qui est d’en finir avec le colonialisme, il ne faut pas attendre ça de ce gouvernement, ni maintenant, ni demain. Son inféodation à Israël comme au CRIF ne sont pas des gages de changement possible.

C’est pourquoi nous mettons aussi dans la balance de l’info l’article suivant, précisément pour ne pas oublier le fond du problème : http://www.legrandsoir.info/pardon-mais-israel-n-a-aucun-droit-d-exister-al-akhbar.html

Ne pas lâcher la réalité présente, en observant une fois de plus cette carte territoriale qui vaut tous les longs discours de ces messieurs-dames.

Pour mieux comprendre où nous en sommes aujourd’hui, voici le dessous des cartes

Pourquoi les rétropédalages de l’hidalgo Manuel ne suffisent pas à nous convaincre ? Voici la vidéo que ses services ont tenté à maintes reprises de faire disparaître du Net :

Ou cette autre vidéo dont François Hollande trouve regrettable qu’elle circule aussi sur les réseaux. Le fameux « chant d’amour »…

Et pour rester dans les censures…

Saviez-vous qu’en 2011, pour la campagne des primaires socialistes, François Hollande avait été financé en partie par un lobby israélo-américain dénommé Elnet ? Si ça vous interesse suivez ce lien : http://www.panamza.com/280214-elnet-hollande. Mais vous pouvez aussi savoir qu’à la suite de l’article de Panamza qui relatait cette affaire en février 2014, le témoignage-clé du président d’Elnet a été auto-censuré par le média juif américain à l’origine -incidemment- de cette information. Aucun organe de presse traditionnel issu du paysage médiatique français n’a depuis traité le sujet {http://panamza.com/6267}.

Dernière vidéo pour clore ce billet, à l’attention des Grandes Gueules de RMC qui ont coupé le micro à un auditeur qui osait laisser entendre que l’hidalgo Valls soutiendrait la LDJ (Ligue de Défense Juive). Certes, on ne peut pas dire qu’il la soutienne ouvertement. Mais quand les politiques auront compris que la langue de bois ne passe plus, peut-être les comprendra-t-on plus clairement.

Vous aurez noté qu’à la fin de la vidéo, le pingouin Fabius donne la position de la France : elle s’abstient ! Au prétexte de sa position lors de l’accord de Genève. Ainsi la France est un pays qui s’abstient ! Le pays des Lumières, le pays des droits de l’homme, de Rousseau, de Montesquieu, de Robespierre ou de Jaurès s’abstient !

N’acceptons pas qu’il soit dit que cette position est celle de la France. Elle n’est que celle de son gouvernement, le fruit d’élections, qui plus est, non démocratiques. Monsieur Fabius, quand bien même il faudrait tenir compte des engagements précédents de la France, vous gagneriez à tenir aussi compte de ce que le monde et la situation ont changé. C’est au présent que la croissance des multinationales que vous défendez va de pair avec ces massacres d’enfants, de femmes, de vieillards qui meurent sous les missiles. Comment pouvez-vous seulement tolérer l’idée qu’il en meure un seul de plus cette nuit ? En vous abstenant ? À Edwy Plenel, à Edgar Morin, à Régis Debray, à qui vous voulez, monsieur Fabius : répondez ! Répondez à tous les français car, ne vous déplaise, ils sont de plus en plus nombreux à ne pas vouloir être pris en otages. Cette France que vous croyez représenter ne les représente pas et tant s’en faut !

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Monsieur le Président, vous égarez la France

Dans un parti pris en forme de lettre ouverte, Edwy Plenel s’adresse au président François Hollande.

ndlrSémaphores : à l’instar de nombreux médiapartiens qui tiennent leurs propres blogs, nous prenons sur nous de reproduire ce parti pris d’Edwy Plenel parce qu’il nous semble bienvenu dans un contexte qui alterne silences et/ou désinformation sur la position de la France dans le conflit Israël-Palestine. Nous rappelons cependant que Mediapart ne vit que de ses abonnements et que là comme ailleurs l’argent est le nerf de la guerre. L’info de qualité a un prix, la presse indépendante est une nécessité politique… Que ceux qui le peuvent n’hésitent pas à s’abonner !

 

Monsieur le Président, cher François Hollande, je n’aurais jamais pensé que vous puissiez rester, un jour, dans l’histoire du socialisme français, comme un nouveau Guy Mollet. Et, à vrai dire, je n’arrive pas à m’y résoudre tant je vous croyais averti de ce danger d’une rechute socialiste dans l’aveuglement national et l’alignement international, cette prétention de civilisations qui se croient supérieures au point de s’en servir d’alibi pour justifier les injustices qu’elles commettent.

Vous connaissez bien ce spectre molletiste qui hante toujours votre famille politique. Celui d’un militant dévoué à son parti, la SFIO, d’un dirigeant aux convictions démocratiques et sociales indéniables, qui finit par perdre politiquement son crédit et moralement son âme faute d’avoir compris le nouveau monde qui naissait sous ses yeux. C’était, dans les années 1950 du siècle passé, celui de l’émergence du tiers-monde, du sursaut de peuples asservis secouant les jougs colonisateurs et impériaux, bref le temps de leurs libérations et des indépendances nationales.

Guy Mollet, et la majorité de gauche qui le soutenait, lui opposèrent, vous le savez, un déni de réalité. Ils s’accrochèrent à un monde d’hier, déjà perdu, ajoutant du malheur par leur entêtement, aggravant l’injustice par leur aveuglement. C’est ainsi qu’ils prétendirent que l’Algérie devait à tout prix rester la France, jusqu’à engager le contingent dans une sale guerre, jusqu’à autoriser l’usage de la torture, jusqu’à violenter les libertés et museler les oppositions. Et c’est avec la même mentalité coloniale qu’ils engagèrent notre pays dans une désastreuse aventure guerrière à Suez contre l’Égypte souveraine, aux côtés du jeune État d’Israël.

Mollet n’était ni un imbécile ni un incompétent. Il était simplement aveugle au monde et aux autres. Des autres qui, déjà, prenaient figure d’Arabes et de musulmans dans la diversité d’origines, la pluralité de cultures et la plasticité de croyance que ces mots recouvrent. Lesquels s’invitaient de nouveau au banquet de l’Histoire, s’assumant comme tels, revendiquant leurs fiertés, désirant leurs libertés. Et qui, selon le même réflexe de dignité et de fraternité, ne peuvent admettre qu’aujourd’hui encore, l’injustice européenne faite aux Juifs, ce crime contre l’humanité auquel ils n’eurent aucune part, se redouble d’une injustice durable faite à leurs frères palestiniens, par le déni de leur droit à vivre librement dans un État normal, aux frontières sûres et reconnues.

Vous connaissez si bien la suite, désastreuse pour votre famille politique et, au-delà d’elle, pour toute la gauche de gouvernement, que vous l’aviez diagnostiquée vous-même, en 2006, dans Devoirs de vérité (Stock). « Une faute, disiez-vous, qui a été chèrement payée : vingt-cinq ans d’opposition, ce n’est pas rien ! » Sans compter, auriez-vous pu ajouter, la renaissance à cette occasion de l’extrême droite française éclipsée depuis la chute du nazisme et l’avènement d’institutions d’exception, celles d’un pouvoir personnel, celui du césarisme présidentiel. Vingt-cinq ans de « pénitence », insistiez-vous, parce que la SFIO, l’ancêtre de votre Parti socialiste d’aujourd’hui, « a perdu son âme dans la guerre d’Algérie ». Lire la suite

« Les Solfériniens », des paroles et des actes.

Napoléon III à la bataille de Solférino par Jean-Louis-Ernest Meissonier. Huile sur toile, 1864

« Solferino est la grande bataille de Napoléon le Petit comme aimait à nommer Victor Hugo. Celui qui avait au préalable pris le pouvoir par un coup d’état contre la IIème République a cru pouvoir flatter les prolétaires avant de remplacer la carotte par le bâton. Son visage s’est immanquablement révélé et le peuple a chassé cet empereur avide de la reconnaissance des puissances de l’argent et qui fricotait avec l’ennemi contre les siens. Les solfériniens peuvent croire que le 6 mai 2012 est leur apogée. Mais les mêmes causes produisent les mêmes effets. Le Front du peuple qui se lève sera là pour le leur rappeler. »

C’est François Cocq qui ouvre par ces lignes la très heureuse compilation de chroniques qu’il a tenues sur son blog durant les années 2012_2013, c’est-à-dire les deux premières années du quinquennat Hollande. Et comme les vacances s’accompagnent souvent de devoirs et de révisions, les cancres que nous sommes gagneront à réviser ces deux années si catastrophiques pour la gauche. Car il y a des raisons aux catastrophes, et pas toujours très difficiles à comprendre. Se souvenir, par exemple, du président Hollande en vautour hellène, de la Valse des Roms, ou du cercueil en Sapin pour l’École. À Sémaphores, on a particulièrement aimé Robespierre expliqué à Luc Carvounas. Alors on ne saurait mieux vous conseiller de télécharger le fichier Pdf de cette compil pour la lire à votre aise. 50 pages d’un blog qu’on aime bien. Merci François ! François Cocq, bien sûr ! L’autre…

Pour ouvrir ou télécharger c’est ici : les-solfériniens

Pour jeter un œil sur les titres, c’est juste après. Bonnes révisions !

1. Avant-propos 5

2. Des paroles 8

i. François Hollande : Le vautour hellène

ii. Jean-Marc Ayrault : Le Ayrault du patronat 12

iii. Michel Sapin : Un cercueil en sapin pour l’École 14

iv. François Hollande : Au pied François ! 15

v. Harlem Desir : A Solferino, c’est tapis rouge pour le Medef 17

vi. Luc Carvounas : Robespierre expliqué à Luc Carvounas 19

vii. François Hollande : Du mépris des lois 21

viii. Pierre Moscovici : En voiture Mosco 23 Lire la suite

Libéral Thermidor

Olivier Tonneau est blogueur dans la partie Club de Mediapart et ses « Lettres » sont, pardon du jeu de mots mais il s’impose, souvent du meilleur tonneau. En complément au précédent billet de Christian Salmon, voici la lettre publiée le 29 mai. (ndlr : le choix des photos illustrant l’article n’est pas de l’auteur mais de Sémaphores)

Dix-neuvième lettre : libéral Thermidor

Par Olivier Tonneau

Chers amis,

S’il est vrai, comme le suggère le beau documentaire de Jean-Robert Viallet, que la crise est la cause première de la montée du Front National, les chiffres annoncés au lendemain des élections européennes ne sont pas faits pour nous rassurer : le chômage continue d’augmenter et les impôts ont rapporté deux fois moins que prévu à l’État. Espériez-vous autre chose ? Non : ces tristes nouvelles ne suscitent plus aujourd’hui qu’une morne résignation.

Le plus affolant dans la situation actuelle n’est pas que les raisons de l’échec soient très faciles à comprendre ; c’est que les solutions sont bien connues. La première partie de cette lettre les récapitule en quelques mots. Mais si les solutions sont connues, comment le gouvernement peut-il ne pas les mettre en œuvre ? Je ne ferai pas l’injure à François Hollande et ses sbires de les prendre pour des imbéciles et j’explorerai dans la seconde partie de cette lettre l’autre explication possible : la malhonnêteté.

         Nous avons donc appris hier que malgré les augmentations d’impôts directs et indirects, les rentrées n’augmentent pas. Malgré la flexibilisation du marché du travail et le Crédit Impôt-Compétitivité, les entreprises n’embauchent pas. Comment ne pas voir que les deux échecs sont liés ? Se pourrait-il que les augmentations de TVA aient contraint les ménages appauvris à diminuer leur consommation, contribuant ainsi aux banqueroutes de TPE/PME privées de clients et diminuant d’autant les rentrées de l’État au titre de l’impôt sur les sociétés ?

Mais les TPE/PME n’ont pas fini de souffrir. C’est en leur nom que le gouvernement entend procéder à des exonérations de charges, qu’il veut financer en faisant des « économies », c’est-à-dire principalement en diminuant les dotations de l’État aux collectivités locales. Mais là où le bât blesse, c’est que les premiers clients des PME sont – vous avez deviné – les collectivités locales elles-mêmes. La vague de faillites n’est donc pas près de refluer. Le nombre de chômeurs augmentera donc, et l’État s’appauvrira d’autant. Mais comment un État toujours plus pauvre pourra-t-il indemniser un nombre de chômeurs toujours plus grand, sinon en creusant les sacrosaints déficits ?

A moins, bien sûr, qu’il ne rabote sur d’autres dépenses – peut-être les services publics ? Moins de subventions aux associations, moins de culture, moins de soutien aux plus fragiles, moins de lien social : plus d’isolement, de précarité, de solitude, d’ennui, d’angoisse, de sentiment de déclassement. Dans ces conditions, vous êtes sans doute comme moi sur des charbons ardents : le Front National baissera-t-il aux prochaines élections ? Les Français se seront-ils miraculeusement « rassemblés » ?

Trêve de balivernes. Il y a maintenant trois ans que les Économistes Atterrés publiaient un petit manifeste dans lequel ils prévenaient que l’austérité ne pouvait qu’étouffer l’activité, donc augmenter le chômage et diminuer les recettes, donc creuser les déficits, ce qui entraînerait davantage d’austérité en une spirale récessive sans fin.

Pauvres atterrés ! De quel adjectif les qualifier aujourd’hui ? Cela fait deux ans que leurs pronostics se vérifient ponctuellement – on rêve de voir leurs préconisations mises en œuvre. Elles sont nombreuses et je vous laisse les découvrir. Je n’en retiendrai ici qu’une seule: il faut relancer l’activité via des investissements massifs dans la fameuse « transition énergétique » porteuse de millions d’emplois (isolation thermique, géothermie, hydroliennes, recherche scientifique) mais également dans les services publics. Plus d’assistants sociaux, plus d’hôpitaux, d’instituteurs font un accroissement de bien-être, renouent le lien social, secourent les plus faibles, permettant un assainissement de la société – peut-être la décrue du Front National ? Oh les belles perspectives !

Tout cela serait possible si la Banque Centrale Européenne (BCE) pouvait prêter aux États à taux zéro, voire créer ex nihilo la monnaie qu’il leur faut (création monétaire qui aurait le petit inconvénient de provoquer un peu d’inflation mais aussi l’avantage de dévaluer un euro dont chacun s’accorde à dire qu’il est trop fort). Mais comme vous savez, les traités européens l’interdisent et privent au contraire les États de toute marge de manœuvre budgétaire. Tout revient donc à ce fameux Traité sur la Stabilité, la Coordination et la Gouvernance (TSCG) que François Hollande avait promis de renégocier, ce dont il n’a rien fait.

                 Mais peut-être a-t-il du moins essayé ? Nous avons une preuve irréfutable du contraire : souvenez-vous. En 2012, la Grèce est engagée sur la pente d’une austérité qui va la dévaster, imposant la baisse des salaires et des retraites, le démantèlement des services sociaux et par conséquent le retour de la malaria, une épidémie de SIDA, l’explosion de la mortalité infantile, des suicides et de la prostitution. Les élections présidentielles approchent et déjà Syriza est très haut dans les sondages.

A l’aube de son martyr, la Grèce tient le sort de l’Europe dans sa main. Vous connaissez l’adage : si vous devez 500 euros à votre banquier, c’est un problème pour vous, mais si vous lui devez cinq milliards, c’est un problème pour lui. Si la Grèce avait refusé, à ce moment-là, d’obéir aux injonctions de la Troïka, l’Europe n’aurait eu d’autre choix que de mettre en place une autre politique : laisser la Grèce sortir de l’Euro, c’était condamner à la faillite instantanée la Société Générale, la BNP, la Deutsche Bank et donc plonger la zone euro dans une crise mortelle.

La victoire de Syriza eût été pain béni pour un président souhaitant réorienter l’Europe. Imaginez ce qui se serait passé si François Hollande avait annoncé que la France de gauche était prête à soutenir la Grèce dans son combat contre la Troïka ! Alors, la face de l’Europe aurait changé. Diplomatiquement impossible ? Mais il pouvait au moins espérer silencieusement en une victoire de Syriza. Il aurait alors eu beau jeu de dire à Angela Merkel : « Ni vous, ni moi n’y pouvons rien ; les Grecs ne céderont pas ; il faut renoncer à leur imposer l’austérité. La Banque Centrale doit donc leur prêter directement de l’argent pour engager un plan de relance de l’activité qui leur permette, à terme, de rembourser leur dette ». Lire la suite

Un président qui rétrécit

Pour préparer cet article, Christian Salmon s’est entretenu avec un certain nombre de conseillers et de ministres du gouvernement. Pour des raisons évidentes, ils ont souhaité rester anonymes. C’était le prix d’une plus grande liberté de parole et l’auteur les en remercie. Manuel Valls et ses conseillers sont les seuls à avoir refusé de répondre à ses questions.

Christian Salmon brosse ici un large récapitulatif de ce qui était observable de cette présidence de la République depuis deux ans. À l’attention des non abonnés à Mediapart, nous en reproduisons de larges extraits.

copyright Élysée

François Hollande, un président qui rétrécit

|  Par christian salmon

Son allocution au lendemain des européennes en est une nouvelle illustration. La chronique du hollandisme se donne à lire comme une suite incohérente de contre-performances, une succession de couacs, de tête-à-queue idéologiques, de télescopages entre la vie privée et la vie publique, de trahisons et de scandales d’État. Ce n’est pas seulement à la chute de la maison Hollande que nous assistons mais aux derniers jours de la Ve République. (…)

On peut invoquer toutes sortes de raisons pour expliquer cette situation, la principale étant l’orientation politique suivie par le gouvernement contrairement aux engagements pris pendant la campagne, au contrat noué avec les Français au moment de l’élection. De ce point de vue, la déception des électeurs socialistes est à la mesure des réformes ajournées : réforme du traité européen de stabilité budgétaire, taxe à 75 % des hauts revenus, réforme bancaire, réforme fiscale transformée en pause fiscale, droit de vote des étrangers, récépissés pour les contrôles policiers… Des batailles perdues parfois sans combat et parfois sans ennemis déclarés ou face à des ennemis imaginaires, des fantômes d’ennemis, fabriqués et agités par les médias.

Le discrédit qui frappe François Hollande à mi-mandat ne se résume pas à une liste de promesses non tenues, ni même à l’absence de résultats économiques en matière de croissance, de chômage. L’écart entre les discours de la campagne et l’orientation politique n’est devenu explicite qu’au début de l’année 2014, avec l’annonce du pacte de responsabilité. Son discrédit est bien plus ancien ; il date des premiers mois de son mandat. (…)

Dès l’automne 2012, la presse n’a pas eu de mots assez durs pour dénoncer l’amateurisme de l’exécutif, le défaut de communication ou de cap, bref l’absence d’un récit structurant qui serait le péché originel du hollandisme. C’est en effet l’illusion fréquente des communicants, qui appliquent à la vie politique les recettes du marketing. L’identification avec un président de la République n’est pas simple « connexion » avec une marque. C’est un enjeu symbolique complexe, qui dépend du succès ou de l’échec d’une série de performances : la cohérence du récit politique, le système de métaphores utilisé, le contrôle de la réception et de la diffusion de ce récit sur les réseaux sociaux. C’est une bataille qui oppose des forces sociales, des institutions, des narrateurs sur une scène – la médiasphère – où chacun intervient, usant d’un langage de persuasion. (…)

L’épreuve des mots

Le premier plateau que doit traverser l’acteur politique, c’est le champ lexical. Un véritable champ de bataille, qui a pour enjeu le contrôle des mots. Si vous cédez sur les mots, disait Freud, vous cédez sur les choses. Si vous voulez changer les choses, il faut savoir changer les mots. Face au cryptage néolibéral des enjeux de la crise, forger une nouvelle « lingua franca » politique n’est pas chose aisée. Les éléments de langage n’y suffisent pas. (…)

Dès les premiers mois de son mandat, François Hollande s’est fondu dans un univers lexical de droite (« coût du travail », « compétitivité », « charges sociales », attractivité des investissements étrangers), un ralliement que le ministre de l’économie, Pierre Moscovici, qualifia de « révolution copernicienne ». À l’automne 2013, l’introduction dans le débat public de l’expression « pause fiscale » rendit évidente l’influence des thèses néolibérales sur le gouvernement. (…)

La guerre des récits

Un simple examen des discours et des déclarations du gouvernement au cours des six premiers mois du mandat de François Hollande fait apparaître au moins deux lignes narratives, déclinées en plusieurs variantes selon les auditoires et les circonstances. Le premier de ces récits – l’appel au « patriotisme économique » – est un récit de guerre qui s’inscrit dans un champ lexical cohérent : « bataille », « front », « bras armé », « puissance ». Le deuxième de ces récits, c’est « l’épopée des inventeurs », qui évoque un nouvel âge industriel dont les héros seraient les ingénieurs, les techniciens, les créateurs. (…)

Faute de choisir entre ces différentes lignes narratives, le gouvernement a multiplié les lapsus, les couacs et les équivoques. On ne peut être à la fois Achille et Ulysse, a fortiori Reagan et Roosevelt. Or ces deux postures cohabitent dans le discours des ministres, et même chez le seul ministre du redressement productif. Parfois c’est l’une qui prend l’ascendant sur l’autre. Depuis le remaniement, elles ont fusionné, donnant naissance à un hybride affreux, qui parle la novlangue – le Vallsebourg –, amalgame de discours sécuritaire et de patriotisme économique, accouplement républicain de la matraque et de la marinière.

La trahison des images

La télévision par câble et l’explosion d’Internet ont imposé une forme de téléprésence des gouvernants et substitué à l’incarnation de la fonction, la surexposition de la personne des présidents.

Dès sa prise de fonctions, les images à l’Arc de triomphe du nouveau président trempé sous la pluie, les lunettes embuées, le visage ruisselant constituaient l’anti-portrait d’un président en majesté… La photo officielle du président réalisée par Raymond Depardon est venue confirmer la contre-performance de la cérémonie d’investiture. Le photographe de la France rurale et des gens simples réalisa le portrait d’un président non plus simplement normal mais banal, un « monsieur Tout-le-Monde » égaré dans les jardins de l’Élysée, figé, les bras ballants, un sous-préfet aux champs.

Dans les palais de la monarchie républicaine. © (Elysée)

Cette image est en contradiction avec le décorum monarchique lié à l’exercice de l’État. Un conseiller à Matignon observait qu’il est « extrêmement difficile » pour la gauche de gouverner la France dans un « décor de droite : des hôtels particuliers, entourés de gardes républicains, avec des huissiers qui ont des chaînes, dans des escaliers en marbre,  et des bureaux couvert d’or et de miroirs, ces hôtels qui ont appartenu soit à la Pompadour, soit au prince de Monaco, etc. » Lire la suite

Dernier fil d’actu sémaphorien

rappel ndlr : Sémaphores.info est à J-1. Ce blog cessera les mises à jour au soir du 31 mai.

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Deux sinistres, un enterrement et une congélation.

L’enterrement c’est celui du droit de vote des étrangers aux élections municipales. Circulez, y a plus rien à voir. C’est Bernard Cazeneuve, nouveau sinistre de l’intérieur, qui l’a annoncé lui-même. Nous avions pourtant cru entendre le président de la République décréter le contraire le 6 mai dernier, second anniversaire de son élection, en assurant que sa promesse de campagne serait tenue pour les prochaines municipales.

La deuxième surprise est venue de François Rebsamen, sinistre du travail et de la congélation. Après le gel des salaires, on va essayer celui des droits sociaux des travailleurs. Pendant trois ans, « les seuils sociaux » seraient suspendus, c’est-à-dire qu’une entreprise ne serait plus tenue d’installer un comité d’entreprise à partir de cinquante salariés, ni de nommer un délégué du personnel à partir de dix salariés. Paraît que ça faciliterait l’embauche.

« C’est considérer que les représentants du personnel, les droits des salariés, le syndicalisme sont un frein au développement de l’entreprise » a estimé Thierry Le Paon, pour la CGT.

Mais Le Paon n’a pas tout compris. Pour le Medef, le syndicalisme est surtout un frein au rétablissement de l’esclavage. C’est pourquoi nous proposons aussi le rétablissement de la peine de mort pendant 3 ans. Si la criminalité ne baisse pas, ça prouvera que l’idée était mauvaise. Et puisque Valls est en si bonne odeur de sainteté avec le Pape, c’est le moment de proposer le rétablissement de la torture et de l’inquisition. Si au bout de trois ans il n’y a plus de sorcières, ça prouvera que l’idée était bonne. Ça coûte quoi d’essayer, hein ?

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L’UMP a (encore) changé de logo

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le dessin du jour

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lien pour une carte interactive et très pratique des résultats des européennes, toutes les communes de France.

http://www.lepoint.fr/europeennes-2014/europeennes-les-resultats-16-04-2014-1813638_2095.php

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Les ministres sont « persona non grata » à Avignon. Les intermittents menacent d’interrompre les spectacles auxquels assisteraient cet été des ministres au Festival d’Avignon ou ailleurs en France, pour protester contre la réforme de leur régime.

« Nous nous mettrons en grève dès lors que des ministres participent à un spectacle et nous ne reprendrons que lorsqu’ils en seront sortis », a expliqué Marc Slyper, un des responsables de la CGT spectacle lundi 26 mai lors de la conférence de presse du Festival « off » à Avignon.

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Le « Collectif pour un audit citoyen de la dette publique » a dévoilé ce mardi un rapport important qui ruine l’idée selon laquelle le pays vivrait au-dessus de ses moyens. Ce rapport établit clairement que la dette publique aurait été limitée à 43 % du PIB en 2012, au lieu des 90 % constatés, si la France ne s’était pas lancée dans une course folle aux baisses d’impôt et avait refusé de se soumettre à des taux d’intérêt exorbitants.

Ce constat est évidemment ravageur car il suggère que la politique économique actuelle, conduite par François Hollande et Manuel Valls, est construite sur un mensonge : elle tend à faire croire aux Français que le pays vit au-dessus de ses moyens et que c’est cela qui est à l’origine du creusement des déficits et de la dette.

Audit de la dette publique

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parce que les chiffres et les graphiques parlent mieux que les discours…

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Il est minuit moins cinq

Les Français ont voté…

Un camembert qui, selon le bon goût français, commence à puer…

Le « vrai » résultat, c’est-à-dire en rapportant le nombre d’exprimés à celui des inscrits.
Abstention : 58%
FN : 10,5%
UMP : 8,7%
PS : 5,9%
UDI-Modem : 4,1%
EELV : 3,8%
FDG : 2,7%
Autres : 6,3%

La chronique de Didier Porte


Didier Porte : « Le FN à 25% : pas de panique ! » par Mediapart

 

Le parti-pris de François Bonnet (Mediapart) sera notre sélection du jour :

Il est minuit moins cinq

C’est donc sous la présidence de François Hollande que le Front national, à l’occasion d’un scrutin à la proportionnelle intégrale, est devenu le premier parti de France. Et c’est sous la présidence de François Hollande que l’ensemble de la gauche se désintègre en réalisant un score historiquement bas : tout juste un tiers des suffrages exprimés. Pire qu’en 1994, pire qu’en 1984, deux élections terribles pour la gauche, mais lors desquelles celle-ci réunissait tout de même 39 % des suffrages. Cette fois, PS, écologistes, Front de gauche et Nouvelle Donne ne totalisent que 33 % des voix. Jamais depuis la Seconde Guerre mondiale, la gauche – les gauches – n’ont été dans un tel état de faiblesse, tandis que l’extrême droite caracole.

«Séisme», «choc», ont reconnu hier les principaux responsables socialistes. «Une information suffocante», a lancé Jean-Luc Mélenchon. C’est une défaite historique, dont il faut bien prendre la mesure et comprendre les dynamiques mortifères qu’elle porte. En 1994, Michel Rocard, chef de file du PS, défait avec 14 % des voix, voyait sa carrière brisée net. Il payait cher l’usure du pouvoir socialiste après treize ans de mitterrandisme, mais d’autres forces à gauche (à l’époque la liste Tapie) venaient amortir ce choc. Rien de tel cette fois-ci. La sanction – un PS sous les 14 % –, qui amplifie encore la défaite des municipales, intervient deux ans seulement après l’installation de François Hollande à l’Élysée.

En deux ans, le président a tout à la fois perdu son électorat, détruit son parti et entraîné au fond du gouffre l’ensemble de la gauche.

photo Reuters

Dès lors, deux questions majeures vont se poser dans les jours à venir. La première est de savoir comment Hollande pourra terminer son mandat présidentiel et, si oui, ce qu’il compte faire des trois longues années qui nous séparent de 2017. La seconde va porter sur les nouvelles stratégies à développer pour empêcher ce qui, aujourd’hui, devient un scénario crédible : celui de l’élection de Marine Le Pen à la présidence de la République en 2017. Lire la suite

Le flou, le loup et le lapin blanc

Vrais chiffres chômage Mars 2014 :

10 000 chômeurs de plus, malgré 324 000 radiés

Toujours 1 inscrit sur 2 qui ne perçoit aucune indemnité de Pôle emploi.

Seuls 2 chômeurs sur 10 sortent des listes pour « reprise d’emploi déclarée ».

Environ 1 emploi, trop souvent précaire, pour 100 demandeurs.

33 % environ de la population active sans emploi ou sans emploi stable.

Tous les détails par catégories et le reste : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/vrais-chiffres-chomage-mars-2014-151156

Mardi 29, Daniel Schneidermann titrait sa chronique au Nouvel Obs « Apprentissage des seniors : un loup dans le lapin blanc », en référence au grand magicien qu’est devenu François Hollande. Énième idée pour résorber le chômage : les seniors sont invités à « s’approprier l’idée » qu’ils pourraient retrouver un emploi. Une idée, en effet, ça coûte encore moins cher que le Smic au rabais proposé par certains. Mais que cache le flou, et où se tient le loup ? Voici le nouveau contrat de génération !

« De son grand chapeau, Hollande a tiré une trouvaille géniale : envoyer en apprentissage les « chômeurs de longue durée ». Dans la novlangue des communicants et des consultants, « chômeur de longue durée » est synonyme de déchet humain non-recyclable de plus de cinquante ans. On peut aussi parler de « senior », les termes sont désormais équivalents. Hollande n’a mis au courant ni ses ministres, ni les patrons, ni les syndicats, l’effet en aurait été atténué. Ainsi lancé sans préavis, le lapin blanc des « seniors en apprentissage » vise droit le journal de 20 Heures, qu’il atteint d’ailleurs sans difficulté. Médusé, Pujadas relate « l’annonce de cette disposition inédite » (comme si elle allait entrer en vigueur demain matin), tandis que l’on se demande vaguement où est le loup, et pourquoi personne n’y a pensé avant. Lire la suite

le fil sémaphorien_avril2014_n°1

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Le gouvernement turc a décidé jeudi 3 avril de lever le blocage du réseau Twitter. La Cour constitutionnelle turque avait jugé mercredi que la mesure constituait une violation de la liberté d’expression et ordonné sa levée immédiate. L’accès au réseau Twitter avait été bloqué sur instruction du premier ministre Recep Tayyip Erdogan, menacé par la diffusion quotidienne de bandes audio dans lesquelles le premier ministre turc demande à son fils de dissimuler plusieurs millions de dollars, alors que la police procède à un vaste coup de filet anticorruption.

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La présidente du Front national, Marine Le Pen, a été condamnée, jeudi 3 avril, à 10 000 euros d’amende par le tribunal correctionnel de Béthune (Pas-de-Calais) pour avoir diffusé de « faux tract » visant Jean-Luc Mélenchon.

Marine Le Pen était citée à comparaître pour « manœuvre frauduleuse » et publication d’un montage sans le consentement de l’intéressé, délits passibles d’un an d’emprisonnement et 15 000 euros d’amende, ainsi que d’une peine complémentaire de privation des droits civiques, autrement dit d’inéligibilité.

« C’est une condamnation sans faille (…) qui démontre que Marine Le Pen a eu des agissements délinquants, répréhensibles, contraires aux valeurs fondamentales de la République, et c’est un grand jour pour la démocratie », a réagi Me Raquel Garrido, avocate de Jean-Luc Mélenchon. Mme Le Pen n’est pas condamnée à l’inéligibilité.

Source Le Monde

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le dessin du jour (2 avril)

Ségo_le retour_3

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Quand Edwy Plenel se trompe : « Il n’y aura pas de Manuel Valls Premier ministre, c’est impossible. La ligne Manuel Valls a été sanctionnée dimanche ».


plenel-bfmtv par asi
C’était un pronostic de l’entre deux tours. Edwy a dû reconnaître son erreur de jugement dans un tweet.

Et là, on serait prêt à parier qu’il voit juste : Plus dure sera la chute.

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Élections : des lendemains qui déchantent. Petite revue de presse…

« Liliane, fais tes valises ! » doit répéter Georges Marchais du fond de sa tombe…

Le PC perd 19 villes de plus de 10 000 habitants sur 81, et 7 villes de plus de 30 000 habitants sur 28, provoquant un recul communiste inédit depuis les élections de 1983 et 1989.

Lire en détail sur : http://www.regards.fr/web/municipales-pc-l-autre-berezina,7615

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Autre débâcle : celle des socialistes qui ont perdu plus de 150 villes de plus de 10 000 habitants, dont certains bastions historiques.

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Plusieurs journaux et sites ont mis en ligne une carte interactive où l’on peut trouver le résultat de sa commune, de sa région. Cliquer sur la carte pour accéder à mise en ligne par Sud-Ouest.

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Ayrault_l’étrange silence

ce ne sont que 8 secondes, mais elles semblent une éternité.

Il paraît qu’il a failli dire : « Les citoyens ont légitimement le sentiment que ce gouvernement a renoncé à transformer la société. Qu’une oligarchie politique et économique dirige le pays et que le gouvernement n’y a pas mis fin ». Mais non, on déconne. Le 1er avril tout est permis en info. En réalité c’est l’eurodéputé EELV Yannick Jadot qui a dit ça. Même qu’il a ajouté : « Dire que les Français n’ont pas compris est insupportable. Ils ont compris que jusqu’à maintenant, le gouvernement s’était plus inquiété de convaincre le Medef de sa crédibilité que de combattre le chômage hors du logiciel libéral européen. Et le symbole Valls, ce n’est pas celui de plus de social et de plus d’écologie. » « Si c’est Valls, Hollande nous fait Guy Mollet »

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Allocution du président François Hollande

« Ce sont les entreprises qui créent les emplois.» Vous avez entendu ? La politique de l’offre est maintenue et il ne faut donc espérer aucun changement.

Car non, monsieur Hollande, ce ne sont que très accessoirement les entreprises qui créent l’emploi. Ce qui crée l’emploi, c’est d’abord un chiffre d’affaire, et pour cela il faut des acheteurs, donc des citoyens disposant d’un pouvoir d’achat. C’est ce qui alimente une boucle d’activité économique où chacun est le fournisseur et le client de quelqu’un. C’est ce que nous appelons un cercle vertueux. Hors d’une hausse spectaculaire des bas salaires et des minima sociaux, aucune relance n’est possible pour vaincre l’austérité. Et on vous met au défi de trouver un seul économiste qui aurait le courage de venir expliquer le contraire à la face de tous les Français. Vous continuez donc dans le mensonge.

Ensuite, pourquoi faudrait-il accepter la logique de l’Union Européenne, de l’Organisation Mondiale du Commerce, des milieux financiers, des grandes multinationales… ? Absolument aucun de leurs dirigeants n’ont été élus ! Allons-nous rester encore longtemps dans le déni de la démocratie et la perte des souverainetés ?

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Mélenchon appelle à manifester le 12 avril par FranceInfo

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Et pour finir sur Valls, on peut se souvenir que sous la plume d’Alain Gresh, Le monde Diplo avait déjà prévenu en mai 2012 : Vous avez aimé Claude Guéant ? Vous adorerez Manuel Valls. à lire ou relire:  http://blog.mondediplo.net/2012-05-16-Vous-avez-aime-Claude-Gueant-Vous-adorerez-Manuel

L’hidalgo Valls passe aux manettes

Selon Jean-Luc Mélenchon : « à un désastre électoral, le chef de l’État répond par un suicide politique. ». Pour Mediapart, « Valls à Matignon : un triple contre sens ». L’Humanité titre : La double peine.

En nommant Manuel Valls premier ministre, François Hollande fait un choix contraire aux leçons des municipales. Là où une demande de gauche et de justice sociale s’est exprimée, le président brandit le discours d’ordre, de sécurité et de libéralisme : celui-là même qui a organisé la descente aux enfers de la gauche.


« La politique de F. Hollande a rencontré son… par lepartidegauche

Bonus sémaphorien :

Léo Ferré disait déjà de la gauche qu’elle était la salle d’attente pour le fascisme. Parole d’anar ? Peut-être. Mais ça vaut le coup d’y réfléchir pour mieux cerner le désastre électoral de la gauche de 2014.

Le virage de Hollande. Quel virage ?

Vu que des tonnes d’articles pleuvent encore sur le prétendu virage libéral de Hollande et son gouvernement, il nous a semblé que quelques piqûres de rappel étaient nécessaires, ne serait-ce que pour se souvenir que, non, hélas, il n’est rien de nouveau sous le soleil noir de l’austérité.

Quand la gauche a basculé à droite, par Fakir

Il y a trente-et-un ans, en 1983, la gauche basculait à droite. En dix jours, au mois de mars, se déroule un thriller politique : le 13 mars encore, François Mitterrand souhaite une « autre politique ». Le 23 mars, c’est plié : ce sera le « tournant de la rigueur » et l’Europe de l’austérité. S’ouvre alors la « parenthèse libérale ».

Cet abandon, François Hollande ne le subit pas : il en tire une fierté. D’une oraison à Pierre Mauroy à un hommage à Pierre Bérégovoy, en passant par une génuflexion à Jacques Delors, l’actuel président glorifie les héros de ce virage gestionnaire. Se veut leur continuateur dans le reniement des espérances. Et il y parvient.
Impossible de comprendre la gouvernance d’aujourd’hui, le Parti socialiste, les choix économiques présent sans en revenir à cette période clé, déterminant pour l’avenir.
Fakir TV revient sur ce débat crucial en images, et en archives.

 

Et pour qui veut une autre piqûre de rappel, cette autre vidéo – très décapante – qui s’offre une seconde vie en ce moment sur le Net et que nous avions déjà proposée en mai 2013 : « La deuxième droite » avec J-P Garnier

Résumé : Le 10 mai 1981, François Mitterrand devient président de la République. Les illusions de la gauche tiennent jusqu’au fameux « tournant de la rigueur » en 1983. Dès 1981, Jean-Pierre Garnier et Louis Janover faisaient partie des sceptiques sur la volonté de changement de cap. En 1986, ils co-écrivent « La deuxième droite » pour répondre à ceux qui s’auto-proclamaient « deuxième gauche », une gauche moderne, entrepreneuriale. Jean-Pierre Garnier est au moins d’accord sur un point avec Manuel Valls : il faut changer le nom du parti socialiste. J-P Garnier propose de le rebaptiser : le Parti de Solférino. Un an après le retour aux affaires du PS, un an après le retour d’un François au château, l’analyse de J-P Garnier sonne comme un claquement de fouet… ça réveille !

La vidéo est ici