le fil sémaphorien_février2014_n°1

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photo Reuters

Le 22 janvier dernier, nous apprenions que la Commission des financements politiques venait de déclarer « non conformes » les comptes de Cotelec, le micro parti de Jean-Marie Le Pen. Ainsi se voyait-il perdre le droit de financer toute campagne électorale, ce qui impliquait que ses prochains donateurs seraient privés de déduction fiscale.

Fin de Cotelec ? Bienvenue à Promelec ! On ne perd pas de temps chez les Le Pen. Au Journal officiel du 25 janvier, ce nouveau micro-parti fait son apparition, avec des statuts qui ne laissent pas de doute sur son objet : « promouvoir l’image de marque et l’action de Jean-Marie Le Pen et de Marine Le Pen ».

Après ça, Marine peut toujours courir pour nous faire croire que sa ligne bleue se distingue du F-Haine. En tout cas pas côté finances. Par ailleurs, on peut aussi savoir que le micro-parti « Jeanne », plus spécifiquement consacré aux dépenses de la Marine, se trouve également sous la lorgnette de la commission des finances. Le nombre de millions d’euros qui transitent par là est sans commune mesure avec le nombre de ses adhérents. À suivre.

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Les utilisateurs de Google auront pu découvrir le « doodle » du jour, une bien particulière manière de célébrer les Jeux olympiques de Sotchi. C’est en effet les couleurs du drapeau arc-en-ciel des lesbiennes, gays, bisexuels et transsexuels (LGBT), accompagnées d’un article issu de la Charte olympique qu’il est bon de rappeler à Poutine et aux homophobes.

Indépendamment de ça et n’en déplaise aux sémaphoriens sportifs, il est clair que nous ne ferons aucun écho à ces Jeux car nous les boycottons totalement, comme nous boycottons par avance ceux du Qatar. S’il nous fallait en développer les raisons, nous ne saurions le faire mieux que par l’article suivant, certes long mais ô combien édifiant –et surtout très documenté–, que nous recommandons à nos lecteurs :

Médaille d’or du grand projet inutile et imposé

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Il n’y aura pas de sanction pour Philippe Courroye, pour avoir enfreint la loi sur la protection des sources des journalistes en tentant d’identifier les auteurs de fuites dans l’affaire Bettencourt. La ministre de la Justice Christiane Taubira a annoncé ce mardi qu’elle n’irait pas à l’encontre de l’avis du Conseil supérieur de la magistrature. « Depuis que nous sommes aux responsabilités, nous respectons les avis du CSM (…), je n’irai pas à l’encontre de cet avis » a-t-elle dit, soulignant toutefois « un hiatus entre l’analyse que fait le CSM de la faute et la décision de ne pas sanctionner, de ne pas prononcer de mesure disciplinaire« . En effet, le CSM a considéré qu’il n’y avait « pas lieu à sanctions disciplinaires » tout en se montrant très critique envers le magistrat Courroye, estimant qu’il « ne disposait pas des qualités requises pour diriger un parquet« .

Des poids et des mesures. Et dire qu’on commençait à croire en Christiane Taubira !

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Affaire Snowden_le suivi, par un hacker qui nous tient à cœur…

Avec le scandale de la NSA, une distinction claire est en train d’apparaître aux yeux de tous entre la technologie qui contrôle et la technologie qui libère », affirme le hacker Jérémie Zimmerman. C’est sa manière de rester optimiste malgré les révélations chaque jour plus effarantes sur la surveillance qui s’est mise en place sur le Net.

À l’attention de ceux qui ne le connaissent pas : Zimmermann se bat depuis des années sur un terrain que très peu d’entre nous pratiquent : celui des droits de l’Homme dans la société numérique. A son palmarès : il a réussi, pratiquement seul, à faire rejeter par le Parlement européen l’accord ACTA, un traité liberticide négocié en secret par 39 pays et de très puissants lobbies.

D’autres renseignements et une autre vidéo ici : http://www.ventscontraires.net/article.cfm/12507_jeremie_zimmermann_:_

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Travailleurs, travailleuses, ça va vous faire plaisir…

L’ONG Oxfam vient de livrer un rapport de 34 pages sur les inégalités économiques et la confiscation du pouvoir politique au profit de minorités nationales privilégiées

On y lit entre autres données que la richesse combinée des 85 personnes les plus riches du monde est égale à celle de la moitié la moins riche de l’humanité.

Ou qu’aux États-Unis, par exemple, les 1 % les plus riches ont confisqué 95 % de la croissance financière depuis 2009, tandis que les 90 % les moins riches se sont appauvris.

« Sans une véritable action pour réduire ces inégalités, les privilèges et les désavantages se transmettront de génération en génération, comme sous l’Ancien régime. Nous vivrons alors dans un monde où l’égalité des chances ne sera plus qu’un mirage » conclut l’organisation.

ndlr : si le rapport ci-après s’ouvrait mal dans nos pages, suivez ce lien : http://www.scribd.com/doc/200885137/bp-working-for-few-political-capture-economic-inequality-200114-fr-pdf

bp-working-for-few-political-capture-economic-inequality-200114-fr.pdf

 

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Apparemment personne n’a relevé cette petite information, sans doute couverte par le feu de l’affaire Dieudonné. C’est pourtant le journal officiel qui a annoncé la création d’une « association Manuel Valls »destinée à soutenir sa politique.

Nous n’en savons pas plus pour l’instant mais on ne peut empêcher certains d’y voir un de ces micro-partis propres à recevoir des subventions. Un pied à l’étrier en vue des présidentielles 2017 ?

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Espérons pour le moins qu’ils soient bien formés…

Selon un rapport de la Cour des comptes sur l’école des commissaires de police, une année de formation y coûte 260.000 euros par élève, soit trois fois plus qu’un élève de l’ENA.

Le Canard Enchaîné en a parlé mercredi dernier. Et pour ceux qui ont le goût des chiffres, le rapport est accessible à partir d’ici : Ecole nationale supérieure de la police (ENSP) – Exercices 2006 à 2011.

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TVA sur la presse en ligne : une victoire pour toute la presse.

Le gouvernement a annoncé le prochain alignement du taux de TVA à 2,1 % pour toute la presse en ligne (ce qu’elle était déjà pour la presse papier) au lieu des 20 % envisagés. La mobilisation n’a donc pas été vaine.

En savoir plus : http://www.spiil.org/20140117/tva-presse-ligne-une-victoire-toute-presse

Ce qui n’arrête pas la mobilisation contre l’augmentation globale de la TVA et l’on peut toujours signer la pétition ici : http://www.stop-tva.fr/

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Ça peut vous intéresser…

Réouverture de l’enquête sur les attentats du 11 septembre ?

C’est une dépêche Reuters vieille d’un mois, passée quasiment inaperçue sauf chez les « complotistes », bien sûr. Pour faire court, un juge vient de donner raison aux familles de victimes qui voulaient cette réouverture d’enquête. Pourquoi ? Parce que de nouveaux éléments visent clairement l’Arabie saoudite ainsi que le rôle trouble du FBI. Selon Agoravox, on n’est plus dans le complot fumeux ou les élucubrations délirantes mais face à des éléments factuels. Le sénateur démocrate Bob Graham (ancien gouverneur de Floride) avait déjà soulevé le problème l’an passé. En vain. Comme d’habitude, la vérité prend du temps…

L’article du Huffington Post : http://www.huffingtonpost.fr/bob-graham/enquete-attentats-11-septembre_b_1872744.html

L’annonce par Jonathan Stempel pour l’agence Reuters, le 19 décembre 2013

La tribune libre sur Agoravox : http://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/reouverture-de-l-enquete-sur-les-146570

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On n’a pas du tout aimé…

L’état de l’Ohio a exécuté un condamné à mort avec un mélange de deux produits jamais utilisés à ce jour aux USA : il a agonisé pendant 24 minutes.

Un mélange de somnifère et d’antidouleur (midazolam et hydromorpone) injecté par intraveineuse a été utilisé pour la première fois aux USA pour exécuter un condamné à mort. L’expérience a mal tourné puisque le prisonnier a agonisé pendant 24 minutes, dans la Southern Ohio Correctional Facility prison, située aux portes de Lucasville (Ohio).

Ces médicaments ont été utilisés car le produit habituel, le pentobarbital, d’abord destiné à anesthésier les animaux, n’est plus fabriqué aux USA depuis 2011. Et le fabricant refuse son emploi pour les exécutions.

Il y a encore cinq exécutions prévues cette année dans l’Ohio. Lire la suite

le fil d’actu sémaphorien_janvier2014_n°2

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Espagne

On n’en parle pas assez.

Il n’y a pas que sur le droit à l’avortement que le gouvernement espagnol opère un recul. Le droit de manifester sera également limité en Espagne d’après le dispositif de la nouvelle loi de Sécurité Citoyenne, (projet adopté le 29 novembre 2013), qui prévoit trois niveaux d’infractions :

Très graves (amendes allant de 30.001 à 600.000 euros),

Graves (entre 1.001 et 30.000 euros)

et légères (entre cent et mille euros).

Écrit sur la banderole : »La prison contre les manifestations citoyennes ? Nous sommes là Mariano »

Face aux critiques, le gouvernement conservateur a légèrement reculé. Exemple : tout rassemblement non autorisé, même non violent, mais perturbant la sécurité publique, à proximité du Parlement, du Sénat, d’un parlement régional ou d’un tribunal n’est plus considéré comme un délit très grave puni d’une amende allant jusqu’à 600 000 euros, mais seulement comme un délit grave risquant une amende entre 1 000 et 30 000 euros.

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Le commentaire du jour : « À un moment donné, quelqu’un, quelque part, se décidera à dire à François Hollande que pour rester président, il faut d’abord le devenir. »

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Le conseil du jour

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La vidéo du jour

Une question.

Que se passerait-il si vous aviez le temps de discuter avec le conducteur devant vous avant un accident fatal ? Les concepteurs de cette pub néo-zélandaise contre la vitesse au volant ont réfléchi à la question et livrent une vidéo à la fois frappante et touchante. Une campagne de sensibilisation qui rappelle qu’il vaut mieux ralentir, puisque tout le monde peut faire des erreurs au volant…

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Censure ? Pas sûr mais ça y ressemble

« Reportages » est le magazine d’information le plus ancien de TF1, diffusé depuis 1987 tous les samedis après le 13h. La semaine dernière on y apprenait que le thème de la prochaine émission serait sur… les différentes combines pour obtenir un permis de construire sur la Côte d’Azur. Mais non, vous ne verrez pas ce sujet à la date prévue puisqu’il a finalement été déprogrammé.

Pour comprendre ce qui a pu bloquer, il faut revenir à la fameuse « affaire du Château Robert », révélée en son temps par Le Canard enchaîné et Mediapart.

Rappel. Le prince Mohamed ben Fahd Al-Saoud, fils du défunt roi Fahd d’Arabie saoudite et neveu de l’actuel souverain Abdallah, a obtenu le déclassement d’une zone protégée en plein cœur de Vallauris (Alpes-Maritimes) pour y construire un immense palais. Propriétaire d’un domaine de 13 hectares non constructibles, comprenant un château en ruines, le prince saoudien a fini par céder le château et une partie du terrain à la mairie pour 300 000 euros, une somme jugée dérisoire. Entre-temps, il a réussi à obtenir un permis de construire pour deux villas en bord de mer, sur une zone considérée jusqu’à présent comme non constructible. Deux villas officiellement destinées à la famille du prince, mais qui ont été mises en vente depuis, pour la modique somme de 64 millions d’euros.


valloris-reportages-TF1 par asi

Certains se souviendront que l’association Anticor a déposé plainte contre X en mai 2012 pour « déclassement illégal d’espaces boisés classés à protéger ou à créer, trafic d’influence, détournement de fonds publics, corruption, recel, et toutes qualifications susceptibles de se rattacher au détournement de pouvoir ». Visé parmi d’autres par l’association : le maire UMP Alain Gumiel, qui assure avoir respecté toutes les règles.

Rien n’empêche le petit doigt d’en démanger certains, qui pensent que le reportage ne sera reprogrammé qu’au lendemain des municipales. Ah, cette chère, si chère Côte d’Azur… à propos, il ne serait pas étonnant qu’on vous parle prochainement d’une certaine Tabarot. Promis, on le fera avant les municipales.

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Une maîtresse hollandaise ? On s’en fout !  La nouvelle devrait plutôt nous réjouir, elle prouve que la médecine a fait des progrès. Les problèmes de prostate n’endommagent pas les coucougnettes.

Et dire que nous l’imaginions seulement en pédalo…

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Affaires Dassault_le suivi

Lu sur Politis_le 10 janvier :

Suite au recoupement réalisé par le tumblr « Qui a sauvé Dassault ? », et sous réserve que les sénateurs interrogés n’ont pas menti, les coupables seraient… (roulement de tambour)… Alain Anziani, sénateur (PS) de la Gironde, et Jacques Gillot, sénateur (divers gauche), membre de la commission des Affaires étrangères et de la Défense, et président du conseil général de la Guadeloupe. À gauche, ce sont les deux seuls élus qui ont refusé de faire connaître leur vote.

S’il n’est pas question de jeter l’opprobre sans preuve, le « cas Alain Anziani » intrigue. Un petit tour sur sa page Wikipedia ne peut ainsi que mettre la puce à l’oreille. Le questeur du Sénat, « rapporteur du projet de loi relatif à la lutte contre la fraude fiscale et la grande délinquance financière », est aussi candidat à Mérignac (Gironde) pour les prochaines municipales. Or, toujours selon Wikipedia, il est en charge, pour sa ville et la communauté urbaine de Bordeaux, « de Bordeaux Aéroparc, parc industriel et scientifique dédié à l’aéronautique ». Un article du quotidien Sud Ouest ayant pour sujet la présentation de sa liste dans la brasserie « Lulu dans la prairie » à Mérignac nous informe en outre que le lieu a été choisi à dessein : « On est ici en plein cœur d’une zone en développement. Thales a choisi de s’y implanter, avec 2 000 emplois à la clé. Et Dassault pourrait de son côté construire un nouveau hangar. » Voilà qui ne tombera pas dans l’oreille d’un sourd…

À Sémaphores, on relève surtout que cette traque au « traître » de gauche (alors qu’au Sénat il n’y a plus qu’une droite et une drauche…) occulte presque que la droite UMP à l’unanimité trouve normal qu’un personnage impliqué dans une tentative d’assassinat n’ait pas à s’expliquer devant la justice. Faut-il qu’elle soit vraiment décomplexée…

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Pour ceux qui veulent suivre l’affaire Dieudonné…

La circulaire du ministre de l’Intérieur aux préfets_ 6 janvier 2014 est ici : circulaire-valls-dieudonne

L’ordonnance du 9 janvier du Tribunal Administratif est ici : conseil_dEtat

Arrêt du conseil d’État qui interdit le spectacle_ 9 janvier 2014 est ici : Dieudonne

et un petit conseil d’Anonymous

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Vous ne le saviez peut-être pas…

Depuis le 1er janvier, l’Assemblée nationale publie sur son site web la liste des «représentants d’intérêt» qui entrent en contact avec les député(e)s pour influencer leurs votes.

http://www2.assemblee-nationale.fr/representant/representant_interet_liste

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Si même le Figaro le dit…

Les vœux de François Hollande le 31 décembre auraient provoqué une remontée du Président dans l’estime que lui porte la classe politique. Dans le détail ça donne :

MoDem (+5)

UMP (+3)

Front de gauche (- 4)

PS (- 5) !

Tout est dit.

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Vous n’êtes pas obligés…

Les concerts en flop majeur de Carla Bruni !

La chanteuse avait prévu une tournée nord-américaine, notamment au Québec. Mais voilà que ses rendez-vous ont été annulés… faute de spectateurs ! La faute à la faible teneur de ses albums ? À Sémaphores on avait pourtant bien aimé le titre ci-après mais voilà… elle ne l’a jamais enregistré sur aucun album.

Toi, président de la «FrançoisAfrique»

Note du 30 décembre 2013 des Invités de Mediapart

 « En Centrafrique comme ailleurs, (…) la solution est d’abord africaine, et les troupes militaires françaises doivent maintenant partir de ce continent », estiment Olivier Besancenot, membre de la direction du NPA et Almamy Kanouté, porte-parole du mouvement Émergence, rappelant à François Hollande ses promesses électorales.


 Après le Mali, la Centrafrique. Deux guerres françaises menées en Afrique en un an, ce n’est pas rien. La France est l’unique pays au monde qui peut prétendre additionner une quarantaine d’interventions militaires sur le continent africain en cinquante ans. Toujours au nom de la démocratie, la lutte pour les droits de l’homme et la sécurisation des populations. Et pour quels résultats.

Bien sûr, les images de violences, d’exactions et de lynchages nous touchent et ont au moins le mérite de déranger l’indifférence de l’opinion occidentale, habituellement de mise, en rendant visible une réalité qui dure depuis de longues années et dépasse de loin les seules frontières de la République centrafricaine. En Centrafrique, depuis 2007 au moins, les exactions contre la population civile de la part de l’armée sont dénoncées par des organisations de défense des droits de l’homme comme Human Rights Watch. Sans que l’État français ne s’en émeuve plus que ça jusqu’à présent, et pour cause, les responsables étant alors considérés comme nos alliés. Lire la suite

Et ce sont toujours les banques qui gagnent à la fin

Ce titre est celui d’un article de Martine Orange (Mediapart) publié il y a deux jours et qui n’a pas eu beaucoup d’écho. Nous avons été plusieurs à demander qu’il figure à la une, mais en vain. Aussi le republions-nous en intégralité sur Sémaphores par crainte que peu de médias n’y portent attention alors qu’il s’agit encore une fois de la gestion des finances publiques. Mais en préalable à l’article, il reste valable de se remémorer ces propos tenus il n’y a pas si longtemps par un François Hollande candidat.

(…) je vais vous confier une chose. (…), je vais vous dire qui est mon adversaire, mon véritable adversaire. Il n’a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc pas élu, et pourtant il gouverne. Cet adversaire, c’est le monde de la finance. Sous nos yeux, en vingt ans, la finance a pris le contrôle de l’économie, de la société et même de nos vies. Désormais, il est possible en une fraction de seconde de déplacer des sommes d’argent vertigineuses, de menacer des États.

Cette emprise est devenue un empire. (…) Les banques, sauvées par les États, mangent désormais la main qui les a nourries. (…). Quant aux fonds spéculatifs, loin d’avoir disparu, ils sont encore les vecteurs de la déstabilisation qui nous vise. Ainsi, la finance s’est affranchie de toute règle, de toute morale, de tout contrôle. (…)

Un seul mot résume cette présidence : la dégradation. Tout s’est dégradé. Je ne parle pas d’une note. Je ne parle même pas des comptes publics. Je parle des conditions de vie, des comportements, tout simplement de la situation du pays. A l’injustice dans les choix, l’incohérence des décisions se sont ajoutés l’accaparement du pouvoir et la connivence avec les puissants, avec ce paradoxe ultime que la volonté d’omnipotence débouche sur un aveu d’impuissance.(F.Hollande, discours du Bourget, 22/01/2012)

Ah bon, j’ai dit ça, moi ?

Et ce sont toujours les banques qui gagnent à la fin

18 novembre 2013 par Martine Orange

En se cachant derrière la débâcle de Dexia et des emprunts toxiques, le gouvernement vient de faire un formidable cadeau aux banques. Au mépris du principe de rétroactivité, il les amnistie de toutes leurs erreurs sur les prêts.

En matière de cadeaux aux banques, le gouvernement a déjà fait beaucoup. Mais il a décidé de faire plus. Après la farce sur la séparation des activités bancaires, c’est une véritable loi d’amnistie que vient d’accorder le gouvernement aux banques. À l’avenir, celles-ci vont pouvoir à titre rétroactif bénéficier d’une totale immunité sur les contrats de prêt signés avec toutes les personnes morales, et ne pourront plus être poursuivies si ces contrats n’indiquent pas le taux effectif global, comme le prévoyait jusqu’ici la loi.

L’affaire s’est jouée dans la discrétion au cours de la nuit du 14 novembre, à l’occasion de la discussion de l’article 60 de la loi de finances. Un article compliqué et très attendu par les collectivités locales : il s’agissait de trouver une sortie convenable pour les collectivités territoriales prises dans les rets des emprunts toxiques tout en limitant les risques pour l’État, et surtout ceux pesant sur la banque Dexia, qui depuis son effondrement est totalement à la charge de ce dernier. Lire la suite

Histoire de carambars et de petits suisses

Le cabinet privé Poxinvest a publié des chiffres sur la rémunération des présidents des 120 plus grandes entreprises cotées à la bourse de Paris. Résultat : les revenus de leurs patrons ont augmenté de 6% en 2012. Quelqu’un pourrait-il nous rappeler quelle a été l’augmentation du SMIC sur la même période ? Facile ! Sachant qu’il a été indexé sur la valeur du carambar, on arrive à 0,6%, soit dix fois moins que les salaires des grands patrons !

Mais il y a patrons et patrons, et la solidarité devrait nous inciter à sortir les mouchoirs pour certains. En effet, sur les 120 boites citées, il faut d’abord défalquer les 40 patrons du CAC40 qui, eux, ont vu leur revenus baisser de 6,3% sur la même période, cependant que les 80 patrons des plus grosses entreprises suivantes voyaient les leurs progresser de 9,3%.

Un pauvre patron du CAC 40 a ainsi gagné en moyenne 3,96 millions d’euros en 2012. Finalement vous êtes autorisés à ranger les mouchoirs, d’autant que les 80 suivants ont gagné en moyenne 2,2 millions d’euros au cours de l’année.

Pour un patron du CAC 40, cela représente un gain de 10 849 euros par jour ! Eh oui, par jour ! Ce qui représente un gros manque à gagner en carambars pour les 80 patrons suivant qui n’auront gagné que 6 027 euros par jour !

Mais ne chipotons pas et faisons la moyenne de ces 120 premiers patrons de France : ils se sont donc adjugé chacun 2,79 millions d’euros pour la seule année 2012, ce qui ne représente en fin de compte que 7 634 euros par jour !

Sachant qu’un smicard à temps complet gagne environ 17 000 euros bruts par an, chacun des 120 premiers patrons du pays a touché en 2012 l’équivalent de 164 années de SMIC !

Sachant par ailleurs que la finance n’a pas de visage mais qu’elle a néanmoins des noms, on peut citer par exemple Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes. Ce Charlès qui n’est pas un charlot a empoché 14,9 millions d’euros en 2012, soit une hausse de 36%. Nous n’avons pas fait le calcul en carambars mais, traduit en SMIC, cela représente 876 années ! Osera-t-on citer le Poulidor de ce classement en la personne de Carlos Ghosn, fossoyeur de l’entreprise Renault ? Oui, mais alors du bout du clavier car le pauvre n’a atteint que 13,4 millions d’euros, soit seulement 788 années de SMIC. Devrait pouvoir faire mieux en 2013.

Trêve de plaisanterie, il va bien falloir songer plus sérieusement à limiter l’écart entre le salaire du patron et le salaire du salarié du bas de l’échelle à un niveau moralement acceptable. On se souvient que le Front de Gauche proposait (et propose toujours dans son programme) que cet écart soit de 1 à 20. Cela signifie que dans une entreprise où le salarié le moins payé l’est au SMIC, le patron conserve la possibilité de se payer 28 600 euros bruts par mois !

Ce n’est pas assez ? Certains pourtant trouvent que ça fait encore trop, et l’on ne saurait taxer de gauchistes les Jeunes Socialistes qui, en Suisse, ont rassemblé assez de signatures pour qu’un référendum d’initiative populaire soit organisé le 24 novembre prochain. Eux proposent de limiter les écarts de salaires dans les entreprises de 1 à 12, ce qui reviendrait à ce que personne ne gagne en un mois plus que ce que gagne le salarié le moins bien payé en un an.

Certes, rien n’est encore acquis et l’on ne sait si du côté de Genève l’indice de référence sera le carambar ou le petit Suisse, mais au vu de la proposition en cours, c’est Méluche qui va finir par passer pour un libéral…

Sondage du Gorafi

 Sondage : seulement huit personnes s’estiment satisfaites de l’action de François Hollande 

C’est pour rire, même si nous ne doutons pas que certains riront jaune. Mais c’est dimanche, on vous emmène faire un tour sur le site du Gorafi. Comment ça, vous ne connaissez pas le Gorafi ? Tout ce qu’on peut vous dire c’est que c’est différent du Figaro.

Photo: iStock/Remi Jouan/Wikicommons

Nouvel effondrement de la popularité du chef de l’État. Cette fois, selon un nouveau sondage, le nombre de personnes satisfaites de l’action du Président de la république s’élève à 8. Dans un entretien, elles expliquent pourquoi elles soutiennent encore François Hollande contre vents et marées.

Ce sont donc à peine huit personnes qui, aujourd’hui en France, affirment encore soutenir le Président François Hollande. Un chiffre faible mais relativement stable sur les mois écoulés. « Il y a encore un fond de partisans très resserré. C’est le dernier carré d’irréductibles » explique un sondeur de l’institut CSA. Marion, 32 ans, est l’une de ces personnes. « Oui je soutiens François Hollande » dit-elle au téléphone. « Je n’en parle pas beaucoup autour de moi, c’est un choix » explique-t-elle. Même réponse pour Samuel de Bayonne. « Je n’ai pas à me justifier. Je ne comprends pas cet acharnement contre lui ». Le jeune homme ne nie pas avoir été un militant actif au niveau local lors de l’élection de 2012, mais refuse d’en parler plus avant au téléphone.

Betty et Hamed vivent à Lyon. Ils sont heureux et ont deux enfants. Eux aussi soutiennent François Hollande. « Ce n’est pas facile, on évite d’en parler à la famille ou dans le quartier. Même si on n’est pas d’accord avec tout ce qu’il fait, c’est important de ne pas renier son vote » déclarent-ils de concert. Sylvain affirme vivre en Guadeloupe. Cet ingénieur a refusé de nous rencontrer et nos échanges se sont déroulés sur un forum clandestin, par le biais du réseau crypté Tor. « On est plus nombreux qu’on ne le pense. Les gens ont peur de l’avouer en fait. Mais je pense que nous sommes plus d’une dizaine ».

Jean-Marc vit à Paris. Après plusieurs années à Nantes, ce haut-fonctionnaire a été muté. « Mon gouvernement et moi soutenons de manière indéfectible l’action du Président, il fixe les grands axes autour desquels nous organisons nos actions ». Claude, 68 ans, retraitée, et son mari Joseph, 71 ans, sont de retour d’un séjour de plus de trois ans à l’étranger. « Je n’ai pas trop suivi l’actualité récente en France, j’étais trop loin. Je vais lire un peu les journaux pour rattraper mon retard mais en attendant, on peut me classer comme personne soutenant le gouvernement, le temps de me faire un avis » note-t-elle sur son blog.

Dans l’immédiat, l’Élysée s’est félicité du sondage, affirmant dans un communiqué que l’assise du gouvernement dans l’opinion est toujours relativement solide. Une proposition de rencontre entre ces huit Français et le Président devrait avoir lieu dans les jours à venir.

La Rédaction

Sémaphores vous invite particulièrement à lire le billet suivant sur le président Mugabe (Zimbabwe) et, mais c’est vraiment si ça vous tente) participer à une collecte de déclarations des droits de l’homme pour aider ce gouvernement en difficulté à nettoyer les vitres du palais présidentiel.

http://www.legorafi.fr/2013/10/10/zimbabwe-mugabe-a-court-de-declarations-des-droits-de-lhomme-pour-nettoyer-les-vitres-de-son-palais/

 

OTAN en apporte le vent_2

ajouts le 07 septembre

Eh bien ! Citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre….

Jean Jaurès     Extrait, Vaise, 25 juillet 1914

Une escalade aveugle vers la guerre

Vendredi, le journaliste François Bonnet notait dans son article à Mediapart que « l’opération se profile déjà très différente de celle qui fut présentée aux opinions comme aux parlementaires. Cette dynamique de guerre rend plus urgente encore la nécessité pour le pouvoir américain et l’exécutif français de s’expliquer par le menu s’ils veulent espérer convaincre l’opinion. »

Car les questions s’accumulent face à des réponses floues ou dilatoires.

1. Est-il vraiment impossible de construire un consensus sur la responsabilité directe du régime d’Assad dans l’utilisation d’armes chimiques ? Pourquoi, plutôt qu’un rapport de cinq pages de synthèse, ne pas rendre publics des éléments matériels de preuves : script des enregistrements de communications de militaires syriens, analyses scientifiques des échantillons collectés sur le terrain ; photos satellites ?

2. Quels sont les termes de l’analyse qui conduit Washington et Paris à affirmer que des frappes « dissuaderont » Assad de recommencer ?

3. Quelles sont les analyses des militaires sur les capacités de représailles du régime syrien ?

4. Quelles sont les garanties que l’opération militaire sera « limitée » ?

5. Y a-t-il une estimation des dommages collatéraux sur la population civile d’une telle campagne ?

6. Pourquoi le Hezbollah, aujourd’hui engagé sur le champ de bataille syrien, serait-il dans l’incapacité de récupérer des armes chimiques ? Quelles sont les garanties qu’il ne mette pas le Liban à feu et à sang ou ne s’en prenne à Israël ?

7. Comment la Russie, l’Iran mais aussi les milices chiites irakiennes peuvent-elles répondre à une telle intervention ?

8. Comment et par qui, jusqu’à aujourd’hui, ont été armées les forces rebelles syriennes ? Comment distinguer entre l’Armée syrienne libre, des forces kurdes, les combattants islamistes, les groupes liés à Al Qaïda ? Comment armer les uns et pas les autres ?

9. Quels ont été les rôles de l’Arabie saoudite et du Qatar. Comment s’impliqueraient-ils dans une telle opération militaire ?

10. Pourquoi la France n’a-t-elle pas convoqué un conseil européen extraordinaire ou, à tout le moins, une réunion en urgence des ministres européens des affaires étrangères ?

11. Pourquoi une politique de sanctions drastique (gel des avoirs, interdiction de voyager, embargo) n’a-t-elle pas été mise en place depuis des mois ?

12. Pourquoi Bachar al-Assad et les principaux dirigeants et militaires syriens ne sont-ils pas inculpés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale, dont la mission est justement de « punir et sanctionner » ?

A-t-on entendu des réponses précises à ces questions simples (et il pourrait y en avoir bien d’autres) ?

Oui, il pourrait y avoir d’autres questions, et Sémaphores n’en ajoutera qu’une pour aujourd’hui : qui veut bien nous rappeler que 53 ans après la fin de la guerre au Vietnam, les USA n’ont toujours réduit leurs stocks d’armes chimiques que de 50 % ? A l’époque c’était du gaz orange (merci encore Monsanto) qui a été répandu sur plus de 10 % du territoire vietnamien. Et les séquelles sont toujours là, témoin cette photo prise au hasard dans l’exposition qu’en fit le photographe Brian Driscoll en 2008 sous le titre « Cela cessera-t-il un jour ? » (Will it ever end ?). Les ravages n’ont jamais cessé.

ajout le 06 septembre

Ambiance glaciale au dîner réunissant les vingt plus grandes puissances mondiales. Le premier dîner du G20 qui s’est tenu ce jeudi à Saint-Pétersbourg s’est terminé sur un constat d’échec pour Barack Obama et François Hollande qui espéraient obtenir de nouveaux soutiens sur la Syrie. Vladimir Poutine a d’abord sèchement suggéré d’aborder le dossier syrien directement pendant le dîner de gala, traditionnellement dévolu aux questions économiques. Et selon le chef du gouvernement italien Enrico Letta, les discussions n’ont fait que « confirmer la division » sur le dossier syrien des dirigeants du G20.

*=*=*=*

C’était il y a dix ans, à l’Assemblée Nationale, quelqu’un tenait ces propos :

« Il s’agit non pas uniquement d’arrêter une crise, mais de préserver la stabilité du monde. En cet instant, l’ONU doit se faire respecter. Elle joue là son avenir dans la période de l’après-guerre froide. L’Europe doit comprendre qu’elle est l’instrument d’un monde multipolaire et qu’elle ne peut pas être simplement une union agglomérant des intérêts de marché. L’Europe doit également comprendre que de sa capacité à intervenir dépend aussi la stabilité du monde. Enfin, la France doit porter son message universel, celui de la paix, du droit, de la justice internationale contre la force. Cette position, nous, les socialistes, nous voulons qu’elle soit tenue jusqu’au bout, sans relâche, sans faiblesse, sans fléchissement. Cette position, la nôtre, monsieur le Premier ministre, ne variera pas. C’est et ce sera toujours « Non à la guerre ! », et je souhaite, au plus profond de mon cœur, que ce soit aussi celle de la France. »

François Hollande,
Assemblée Nationale,
Le 16 février 2003

Mardi, Itélé lançait sa première de « Duel » (ce sera chaque mardi). Les invités étaient Edwy Plenel et Alexis Brézet, pour évoquent le sujet épineux du conflit syrien qui met à mal le leadership de François Hollande.

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Jean-Luc Mélenchon était entendu sur LCI à l’émission Le grand jury

Jean-Luc Mélenchon au « Grand Jury » sur LCI 1ère… par lepartidegauche

Syrie, l’avis d’anciens de l’ONU

Des anciens responsables de l’ONU et de plusieurs organisations internationales -OIT, Unicef, Unesco- mettent en garde contre une intervention armée en Syrie, rappelant la nécessité d’obtenir un accord du conseil de sécurité des Nations Unies. «Les gouvernements syriens, iraniens et russes ont fait des offres de négociations qui ont été traitées par le mépris en Occident», assurent-ils, appelant à relancer un vrai processus de négociations politiques.

Les bruits de bottes se font entendre une nouvelle fois au Moyen Orient, avec la possibilité d’une attaque imminente sur la Syrie, suite aux allégations d’usage d’armes chimiques par son gouvernement. C’est précisément dans des temps de crise comme ceux-ci que les arguments en faveur de la paix sont les plus clairs et les plus évidents.

Tout d’abord, nous n’avons pas de véritables preuves de l’usage des armes chimiques par le gouvernement syrien. Et même si des preuves étaient fournies par des gouvernements occidentaux, il y a lieu de rester sceptiques en se souvenant de tous les prétextes discutables ou fabriqués utilisés pour justifier les guerres antérieures ; l’incident du Golfe du Tonkin et la guerre du Vietnam, les couveuses koweitiennes et la première guerre du Golfe,  le massacre de Racak et la guerre du Kosovo, les armes de destruction massive irakiennes et la deuxième guerre du Golfe, les menaces sur Benghazi et la guerre de Libye. Notons aussi que certaines preuves de l’usage d’armes chimiques sont fournies aux États-Unis par les services de renseignement israéliens (lire ici) qui ne sont pas une source tout-à-fait neutre.

Même si, cette fois-ci, les preuves sont authentiques, cela ne légitimerait en aucune façon une quelconque action unilatérale. Toute action militaire nécessite l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Ceux qui se plaignent de « l’inaction » de ce Conseil devraient se rappeler que l’opposition de la Chine et de la Russie à une intervention en Syrie est en partie motivée par l’abus par les puissances occidentales des résolutions sur la Libye, de façon à opérer un « changement de régime » dans ce pays.

Ce qu’on appelle en Occident la « communauté internationale », prête à attaquer la Syrie, est réduite à essentiellement à deux pays importants (États-Unis et France), sur les presque deux cents pays au monde. Aucun respect du droit international n’est possible sans un minimum de respect pour ce qu’il y a de décent dans les opinions du reste du monde.

Même si une action militaire était autorisée et menée, que pourrait-elle accomplir ? Personne ne peut sérieusement contrôler des armes chimiques sans troupes au sol, option que nul ne considère comme réaliste après les désastres en Irak et en Afghanistan. L’Occident n’a pas réellement d’allié fiable en Syrie. Les jihadistes qui combattent le gouvernement n’ont pas plus d’amour pour l’Occident que ceux qui ont assassiné l’ambassadeur américain en Libye. C’est une chose d’accepter de l’argent et des armes venant d’un pays donné, une toute autre d’être son véritable allié.

Les gouvernements syriens, iraniens et russes ont fait des offres de négociations qui ont été traitées par le mépris en Occident. Ceux qui disent « nous ne pouvons pas parler ou négocier avec Assad » oublient qu’on a dit la même chose du FLN algérien, d’Ho chi Minh, de Mao, de l’URSS, de l’OLP, de l’IRA, de l’ETA, de Mandela et de l’ANC, ainsi que de plusieurs guérillas en Amérique Latine. La question n’est pas de savoir si on va parler à l’adversaire, mais après combien de morts inutiles on va accepter de le faire. L’époque où les États-Unis et les quelques alliés qui leur restent agissaient comme gendarme du monde est révolue. Le monde devient plus multipolaire, et les peuples du monde veulent plus de souveraineté, pas moins.

La plus grande transformation sociale du vingtième siècle a été la décolonisation et l’Occident doit s’adapter face au fait qu’il n’a ni le droit ni les compétences ni les moyens pour gouverner le monde.

Il n’y a pas d’endroit où la stratégie de guerre permanente a échoué plus misérablement qu’au Moyen-Orient. A long terme, le renversement de Mossadegh en Iran, l’aventure du canal de Suez, les nombreuses guerres israéliennes, les deux guerres du Golfe, les menaces et sanctions d’abord contre l’Irak, ensuite contre l’Iran, n’ont rien accompli d’autre qu’augmenter le  sang versé, la haine et le chaos. La Syrie ne peut être qu’un nouvel échec occidental sans un changement radical de politique.

Le véritable courage ne consiste pas à envoyer des missiles de croisière pour exhiber une puissance militaire qui devient de plus en plus inefficace. Le véritable courage consiste à rompre radicalement avec cette logique mortifère : obliger Israël à négocier de bonne foi avec les Palestiniens, convoquer la conférence Genève II sur la Syrie, et discuter avec les Iraniens de leur programme nucléaire, en prenant honnêtement en compte les intérêts légitimes de l’Iran en matière de sécurité et d’économie.

Le vote récent contre la guerre au parlement britannique, ainsi que les réactions sur les médias sociaux, reflètent un changement massif de l’opinion publique. Nous, Occidentaux, sommes fatigués des guerres et nous sommes prêts à rejoindre la véritable communauté internationale, en exigeant un monde fondé sur la Charte de l’ONU, la démilitarisation, le respect de la souveraineté nationale et l’égalité de toutes les nations.

Les peuples en Occident veulent aussi exercer leur droit à l’auto-détermination : si des guerres doivent être menées, elles doivent l’être après un débat ouvert et en tenant compte de préoccupations affectant directement notre sécurité, et non sur une notion mal définie de « droit d’ingérence », qui peut être aisément manipulée et qui est ouverte à tous les abus.

Il nous reste à forcer nos hommes et femmes politiques à respecter ce droit.

Signataires :

Dr. Hans-Christof von Sponeck, Secrétaire général adjoint de l’ONU et coordinateur humanitaire des Nations Unies en Irak de 1998 à 2000.
Dr. Denis J. Halliday
, Secrétaire général adjoint de l’ONU de 1994 à 1998.
Dr. Saïd Zulficar
, Fonctionnaire de l’Unesco de 1967 à 1996. Directeur des Activités opérationnelles, Division du Patrimoine Culturel de 1992 à 1996.
Dr. Samir Radwan
, Fonctionnaire OIT de 1979 à 2003. Conseiller du Directeur général de l’OIT sur les politiques de développement de 2001 à 2003. Ministre égyptien des Finances de janvier à juillet 2011.
Dr. Samir Basta,
directeur du bureau régional pour l’Europe de l’Unicef (1990 à 1995). Directeur Bureau d’Evaluation de l’Unicef (1985-1990)
Miguel d’Escoto Brockmann, président de la 63e Assemblée générale des Nations Unies (2008-2009) et ministre des affaires étrangères du Nicaragua (1979-1990).

Pour ne surtout pas en finir avec l’affaire Cahuzac

Par Mario, billet de mauvaise humeur

On entend souvent cette expression : « On ne tire pas sur l’ambulance ». Eh bien, dut-il ne rester qu’un seul franc-tireur, je serai celui-là. Par économie de balles, je respecte toujours le corbillard, mais l’ambulance… ça dépend qui se trouve à l’intérieur ! En l’occurrence, il ne faudrait plus toucher à Jérôme Cahuzac. Ben voyons, on va se gêner alors que le gugusse songeait encore il y a quelques jours à se présenter aux législatives partielles sur sa ville ! Et l’on apprend qu’il ne le fera pas, uniquement parce qu’un sondage commandé par le PS annonce qu’il ne récolterait que 11 % des voix ! Et l’on apprend aussi (interviewé hier sur RTL par le triste sire Jean-Michel Aphatie) qu’il prépare actuellement un livre sur son affaire qui devrait sortir avant l’été. Ce qui est sûr, c’est qu’il ne pourra pas l’appeler « Mémoires d’un tricheur », c’est déjà pris par Sacha Guitry. Je préfère signaler un autre bouquin qui, lui, est déjà sorti : celui signé par Fabrice Arfi « L’affaire Cahuzac, en bloc et en détail », disponible en librairie et sur Mediapart, pour moins de 10 euros en version électronique.

Mais soyons clairs. Si je pense qu’il ne faut pas cesser de tirer sur l’ambulance, ce n’est pas pour cribler un homme déjà à terre. Il ne s’agit pas d’une affaire de « personne », quand bien même les responsabilités de Cahuzac n’étaient et ne sont toujours pas celle d’un quidam. Il est parfaitement légitime de se demander qui il continue de couvrir, et je ne suis pas sûr que son bouquin annoncé contiendra les déflagrantes révélations dont nous avons besoin. L’affaire Cahuzac n’est pas celle d’un homme mais d’un système complètement défaillant à ses plus hauts niveaux, sur le triple plan de la démocratie, des institutions et de la Constitution.

Hier mardi 21 mai s’est tenue la première séance de la commission d’enquête relative à ce que l’affaire Cahuzac a mis à jour, à savoir les « éventuels dysfonctionnements dans l’action du gouvernement et des services de l’État, notamment ceux des ministères de l’économie et des finances, de l’intérieur et de la justice, dans la gestion d’une affaire qui a conduit à la démission d’un membre du gouvernement ».

Étaient entendus tout au long de la matinée Edwy Plenel et Fabrice Arfi, qui ont clairement devancé tout le monde en sortant l’affaire, tandis qu’un grande part de l’après-midi était consacrée à l’audition de Michel Gonelle (avocat, ex député-maire de Villeneuve-sur-Lot), détenteur de l’enregistrement qui a mis le feu aux poudres. Le compte-rendu minutes par minutes de cette journée est disponible ici : http://www.mediapart.fr/journal/france/210513/affaire-cahuzac-les-auditions-de-la-commission-denquete

Les auditions sont disponibles sur le site LCP de l’Assemblée Nationale et sans doute sur Dailymotion. Chacun pourra se faire son idée.

Ce qui motive ce billet de mauvaise humeur est l’attitude affichée par la plupart des parlementaires PS qui composent ladite commission d’enquête. Sous couvert de vouloir comprendre tel ou tel détail de l’affaire, ils n’ont eu de cesse de vouloir transformer la commission en tribunal où les accusés seraient précisément Plenel, Arfi et Gonelle. Les deux premiers pour n’avoir en quelque sorte pas assez enquêté, le dernier pour avoir conservé trop longtemps par-devers lui un enregistrement d’intérêt public et tardé à se saisir de la justice. J’ai cru rêver, mais non !  A de très rares exceptions près, ces  députés n’ont pas compris l’objet même de la commission à laquelle ils participent. Plutôt que réfléchir aux « éventuels » (c’est quand même un sacré cadeau qu’on leur fait en ne les considérant que comme « éventuels ») dysfonctionnements dans l’action du gouvernement et des services de l’État, ils ont préféré chercher les dysfonctionnements possibles chez Mediapart ou chez Gonelle.  Lamentables ! Les pauvres ! Ils sont tellement préoccupés à vouloir sauver le soldat Hollande, et la tête de Pierre Moscovici, voire celle de Manuel Vals, qu’ils n’hésitent pas à se faire accusateurs des seuls qui ont bien fait leur boulot !

Ce qui est lamentable, c’est que la police ait été mise en branle pour surveiller les rapports téléphoniques entre Edwy Plenel et l’un des protagonistes de l’affaire. Ce qui est lamentable c’est la manœuvre de Bercy pour tenter de blanchir Jérôme Cahuzac. Ce qui est lamentable (oui, moi aussi je sais faire des anaphores…), c’est que Bercy obtienne une réponse négative de la Suisse, tandis que le parquet de Paris obtient une réponse positive. Ce qui est lamentable __et il a fallu que Michel Gonelle demande à la commission le droit d’être « impertinent » pour pouvoir le rappeler__ c’est que la quasi totalité de la classe politique et des médias a pris la défense de Jérôme Cahuzac jusqu’à ce qu’il y aille de ses aveux.

Et même si Fabrice Arfi souligne que Mediapart a fait l’objet de moins de pressions sous la présidence de François Hollande qu’au moment des révélations sur l’affaire Bettencourt, sous Nicolas Sarkozy, cela ne m’apparaît pas suffisant au vu des erreurs commises et de tout ce qui est encore maintenu dans l’ombre. Messieurs les députés PS, on espère que vous ferez montre du même acharnement lors de la prochaine séance où vous entendrez cet autre triste sire qu’est le juge Bruguière

(note : Jean-Louis Bruguière a été en possession d’un double de l’enregistrement, qui lui a été remis en 2006 par M.Gonelle en personne. Il dit avoir détruit ce mini CD. Destruction de preuve ? Par un magistrat de renom ? L’affaire Cahuzac est loin d’être finie car nous ne lâcherons rien !).

addendum jeudi 23 mai

Rectificatif et mea culpa relatif à l’intervention supposée des services de police pour « traquer » les sources de Mediapart. Sur ce point, on peut dire qu’Edwy Plenel et Fabrice Arfi y sont un peu allés de leur parano. (Faut dire qu’ils avaient été échaudés sous la Sarkozie). Comment la connaissance du coup de fil entre Plenel et Gonelle est-elle remontée jusqu’au ministère ? Il suffit d’écouter Gonelle raconter ce qui s’est passé. Ça commence avec une simple panne de batterie de téléphone, puis tout s’enchaîne et c’est finalement assez rigolo, tout en en disant long sur le « principe de précaution ».

Gonelle demande à un policier qu’il connait de lui prêter son portable pour rappeler le patron de Mediapart. N’arrivant pas à le joindre, Gonelle a ensuite rendu son portable au policier, lequel a reçu un peu plus tard un appel de Plenel… croyant joindre Michel Gonelle.

« à ce moment là, le policier a pris peur (…) il s’est dit : « ouh là là, je vais avoir des ennuis, il faut que je fasse trois lignes de rapport à mon chef de service. Il a donc fait trois lignes de rapport à son chef de service, lequel a dit, semble-t-il : « ouh là là, ouh là là, ouh là là, il faut que j’avise monsieur le préfet. Lequel a dit « ouh là là, ouh là là, ouh là là, il faut que j’avise le cabinet du ministre ».


gonelle-flics par asi

de belles lettres_5

De la part de Patrick Warin, ancien élève de l’ENA, Promotion Voltaire, ancien Directeur à la Caisse des Dépôts et Consignations, Professeur associé aux Universités, membre de Démocratie 2012.

Monsieur le Président, mon cher camarade, cher François,

J’ai décidé de vous adresser cette lettre, écrite ce matin du 30 octobre, alors qu’une nouvelle opération de police de grande envergure se déroule à quelques dizaines de kilomètres d’Angers, mon lieu de résidence, ville et région qui vous sont également familières.

Sur le territoire prévu pour accueillir le futur aéroport de Nantes/Grand Ouest des hommes et des femmes qui, pour l’écrasante majorité d’entre eux ont voté pour vous, doivent se confronter une nouvelle fois à un déploiement de forces de police dépêchées par un gouvernement de gauche, dirigé par l’ancien maire de Nantes. Alors que depuis des années ces femmes et ces hommes, tous non violents, tous soutenus par une solidarité locale, régionale et nationale demandent simplement à être entendus au-delà des procédures légales et formelles dont ils estiment à juste titre qu’elles ont été menées de manière tronquées, et trompeuses, la seule réponse que votre gouvernement leur apporte est celle de l’emploi de la force. Cette attitude, Monsieur le Président, cher camarade est inacceptable.

Le PS est en train de s’isoler

Parmi bien d’autres, je me suis engagé pour assurer votre élection, puis vous garantir une majorité solide. Dans notre circonscription du Maine et Loire tenue par la droite depuis plusieurs dizaines d’années nous avons failli à 86 voix près envoyer l’ancien ministre Marc Laffineur à une retraite bienvenue. Nous sommes fiers d’avoir mené ce combat et de nous retrouver dans cet Ouest déjà largement conquis par la gauche en terre de futures conquêtes en compagnie de nos alliés écologistes.

Cher François, la manière dont le pouvoir que vous incarnez gère le projet Notre Dame des Landes va totalement bouleverser ces positions politiques chèrement acquises car vous n’imaginez pas l’immense potentiel de sympathie, de soutien militant, de soutiens politiques à la base dont bénéficient ces personnes en lutte, alors que la technostructure du Parti socialiste et des grands élus régionaux est en train de s’isoler.

Vous êtes face à un nouveau Larzac !

Monsieur le Président je vous l’affirme avec la conviction d’un sympathisant socialiste de longue date, de tradition enracinée auprès de mes proches, mon père Jacques Warin, qui collabora avec Pierre Mauroy au moment de l’alternance en 1981, vous êtes face à un nouveau Larzac !

Déjà au moment de votre élection je vous avais alerté discrètement, par l’intermédiaire de nos amis communs de Démocratie 2012, dont Pierre René Lemas, pour éviter qu’en pleine campagne la situation ne provoque des conséquences électorales néfastes. Il me semblait avoir, avec bien d’autres qui avaient intercédé, été entendu.

Aujourd’hui il est temps que vous ne vous contentiez plus de répondre aux lettres qui vous sont adressées à ce sujet par des formules standards qui renvoient à votre ministre Monsieur Cuvillier le soin de traiter le dossier. Outre que cette attitude peu respectueuse de l’écoute citoyenne ne vous ressemble pas, vous êtes face à une situation qui exige une attitude d’homme d’État.

Provocations dont vous porterez seul la responsabilité

La révision du Schéma national des infrastructures de transport, l’emploi parcimonieux de la dépense publique, le souci de la transition écologique, l’application loyale de la Loi sur l’Eau, dans sa dimension universelle et a fortiori européenne, sont autant de motifs pour rouvrir le dialogue et éviter que votre quinquennat ne soit entaché par un abcès de fixation politiquement désastreux. Cela vous fait courir, compte tenu de la manière utilisée aujourd’hui, des risques sérieux de dérapages, de provocations dont vous porterez seul la responsabilité face à des personnes dont la conviction s’exprime de manière pacifique, non violente, respectueuse de la loi républicaine dès lors que celle-ci s’exerce elle aussi dans le respect du dialogue citoyen.

Monsieur le Président, cher camarade, j’ai eu le privilège de vivre un parcours professionnel dont tous ceux qui furent mes supérieurs, collaborateurs, collègues, partenaires s’accordent à dire qu’il fut toujours ouvert à l’innovation, à l’adaptation au monde changeant, à la recherche de nouveaux paradigmes et à la réalité de la concurrence globalisée. Je continue en tant qu’enseignant universitaire à stimuler la créativité de mes étudiants, dans le monde entier, tout en leur transmettant mon expérience de dirigeant du service public puis d’homme d’entreprise. Je ne suis pas un nostalgique, ni un tenant de la décroissance, ni un « illuminé anti progrès ». Ces traits de caractère sont partagés par les personnes que je côtoie lors des réunions d’information sur le projet Notre Dame des Landes. En vérité, c’est nous qui incarnons la modernité et l’ouverture au 21éme siècle.

Mégalomanie ridicule

En effet, qui peut croire que les opérateurs aériens vont implanter dans le Grand Ouest des infrastructures aéroportuaires renforcées et surdimensionnées, au moment où nous atteignons le pic de l’énergie fossile, et alors que leur modèle économique est de ramener les passagers vers quelques hubs majeurs soit par des avions qui rallient Nantes à Orly, ou Charles De Gaulle, ou Francfort ou Londres, ou Amsterdam ou Madrid ? A partir de ces plateformes le modèle est alors de procéder au remplissage maximum de très gros porteurs économes en carburant. Sauf à souffrir d’une mégalomanie ridicule, qui peut croire qu’un Grand Ouest aujourd’hui déjà bien relié par TGV aux plates formes parisiennes en cours de modernisation a besoin d’un équipement nouveau, coûteux, détruisant plusieurs milliers d’hectares de terres agricoles, déracinant au propre et au figuré paysages et hommes attachés à leur territoire ?

Nantes a déjà 2 aéroports qui figurent dans les codes internationaux de l’IATA, Nantes Atlantique qui croît sans que cela permette de justifier le transfert coûteux et… la gare SNCF de Nantes qui est utilisée dans la tarification aérienne pour acheminer les passagers vers les plateformes parisiennes et retour. Nantes Atlantique va devoir de toute façon être conservé pour les besoins logistiques de la fabrication d’Airbus sur l’usine nantaise, et la gare de Nantes me parait être une bonne solution pour les voyageurs de notre région pour leur transfert vers les hubs parisiens. Posons donc la question à Air France sur sa vision du transport aérien au 21ème siècle et remettons-nous autour d’une table pour réexaminer les prévisions de trafic utilisées pour justifier le transfert !

Je vous conjure d’écouter ce qui se vit

Monsieur le Président, cher camarade, vous qui êtes aujourd’hui soucieux que vos hautes fonctions et votre agenda ne vous coupent pas de la réalité que vivent nos concitoyens, vous qui vous entourez des avis et opinions issus de la société civile, comme en témoigne la mission confiée à votre proche Bernard Poignant (qu’en dit-on à Quimper ?), je vous conjure d’écouter ce qui se vit dans notre région auprès de personnes qui vous soutiennent, qui partagent vos valeurs, qui se mobiliseront autant qu’il le faudra et aussi longtemps qu’il le faudra pour que leurs argument soient écoutés une fois que les gaz lacrymogènes de ce matin se seront dissipés.

Cher François, le Larzac a rencontré son homme d’État, le magnifique film qui a retracé cette lutte rend hommage à des Français ordinaires, femmes et hommes de conviction mais aussi à l’homme d’État qui les a entendus.

Ceux de Notre Dame des Landes et ceux du Larzac sont de la même trempe de Français, nous serons des millions à les soutenir pour qu’on les écoute.

Monsieur le Président, cher François Hollande, nous attendons de vous que vous soyez à notre rendez-vous citoyen comme l’a été François Mitterrand.

Je vous prie d’agréer l’expression de mes sentiments respectueux et de mon cordial souvenir,

Patrick Warin, ENA Promotion Voltaire

Copie : Monsieur Jean Marc Ayrault, Monsieur Pierre René Lemas, Monsieur Michel Sapin, Monsieur Jean Pierre Jouyet, Monsieur Bernard Poignant, Monsieur le Préfet de la Région Pays de la Loire.

Copies adressées par courrier électronique : élus de la région Pays de la Loire, divers collectifs au sein d’ACIPA

Gauche, droite, question de cadre selon Lordon

Le 14 mars 2012 François Hollande répond à une question d’un journaliste du New York Times. (on apprend ça en page 231 du livre de Laurent Binet « Cela ne se passe pas comme prévu« )

question du NYT: Il y a beaucoup de points communs entre les positions de Hollande et Sarkozy sur bon nombre de réformes. S’agit il de choisir un caractère ?

réponse de FH: Oui mais il y a deux façons de faire: brutalement ou harmonieusement.

Ben dis-donc ! Si c’est tout ce que notre président peut faire comme différence entre un gouvernement de droite et un prétendu de gauche, on comprend que Frédéric Lordon soit amené à tenter de redéfinir qui est de droite et qui est de gauche.

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Nous n’avons pas exactement voté pour ça

Lettre ouverte à François Hollande, président socialiste de la république française.


Cher François Hollande, peut-être n’avez-vous pas tout à fait entendu par qui et pour quoi vous avez été élu. Sans doute votre élection a-t-elle en grande partie résulté d’un vaste mouvement de rejet de l’inacceptable, incarné par un représentant local de la multinationale ultralibérale qui s’acharne à détruire partout dans le monde et par tous les moyens les outils de la solidarité. Certes. Mais il ne semble pas que dans l’ensemble vous ayez été élu président de la république française par des gens qui rêvent d’un Tony Blair après l’inoubliable Margaret Thatcher, poursuivant la même politique destructrice en l’enrobant d’un sourire amical pour mieux en faire passer l’horreur.

Peut-être sous-estimez-vous cette réalité – et nous vous pensons suffisamment intelligent pour vous en rendre compte, en espérant que ce ne soit pas trop tard – mais vous avez été élu en bonne partie par un certain nombre de gens qui rêvent vraiment d’un autre monde que celui de la course au profit et de la déshumanisation générale. Des gens qui souvent œuvrent quotidiennement pour cela avec courage et dont certains, sans doute utopistes, imaginent par instants possible l’irruption d’un inespéré « hollandisme révolutionnaire » évoqué avec optimisme et malice par Emmanuel Todd.

Permettez-moi de soulever ici en quelques mots une question qui me tient à cœur et qui va au-delà des questions politiques au sens le plus courant du mot. Celle de l’importance des symboles.

Il est probable que vous ne mesuriez pas tout à fait la puissance des symboles, cher François Hollande, et c’est sans doute de notre faute à tous, nous dont le métier est d’essayer de raconter le monde, il faut la rappeler sans cesse, il faut que nous en parlions plus. Nous avons eu maintes fois chez nous et ailleurs la preuve ample et éclatante que les histoires que l’on raconte aux peuples, les tristement fameux «storytellings», ne sont la plupart du temps que des instruments de pouvoir creux, vides de sens, à l’usage totalement mensonger  – à la manière dont George Orwell en anticipa les sinistres dérives.

Il n’en reste pas moins que faire l’Histoire, comme vous y prétendez ambitieusement et je l’espère à juste titre, c’est également, et de tout temps, porter un récit, raconter une histoire tout en essayant de la faire, de façon à ce que l’on soit nombreux, ensemble, à la partager pour tenter de la mettre en route.

Or, comme le rappelait Mircea Eliade, les histoires, les contes et les mythes, instruments de transmission majeurs au sein de toutes les civilisations et de toutes les cultures, doivent absolument, pour être à même de nous instruire des éléments fondamentaux de l’existence, faire un bon usage des symboles. Les symboles sont des outils extrêmement puissants qui, dans toutes les cultures, ouvrent des fenêtres nouvelles dans l’imaginaire des hommes et les poussent à l’action. Ils ont ceci de particulier qu’ils parlent à chacun et à tous, à différents niveaux. Leur force évocatrice fait que chacun, à sa façon, les entend résonner au fond de soi, du fond de notre histoire commune, les savants comme les gens simples. Nous nous efforçons depuis longtemps de défendre en ce sens ce qu’on appelle «culture» et ce sont des symboles qui permettent de transmettre un certain horizon de l’humain vers lequel on doit tendre, de tenter de renverser les perspectives comme on doit le faire pour résister au pire et élever la condition humaine, pour forger les outils de la construction de l’humain.

Ce sont des symboles qui nous permettent de croire encore lorsque tout semble perdu, c’est avec des symboles que les anciens de la Résistance au nazisme ont transmis leurs valeurs, ce sont des symboles qui partout dans le monde portent aujourd’hui des mouvements d’«indignés» grandissants, des symboles qui ouvrent à l’humanité un horizon que le chiffre lui ferme. Et depuis Jaurès, on le sait, les socialistes ne peuvent ignorer la force des symboles.

Mais quels chemins mènent aux Roms ?…

Le sort fait aux Roms est un symbole fondamental d’un choix de civilisation. Au-delà de toutes discussions techniques et économiques, il porte une vision de notre avenir. Or, face à cela, c’est sous le poids écrasant, accablant, et pour beaucoup désespérant, d’une posture délétère et contradictoire que s’est déroulée votre première rentrée politique en tant que président socialiste de la république française. Lire la suite

Le plan de bataille des financi€rs

Nous avions déjà passé ce document relatif au TSCG mais il nous semble utile de le reproduire au vu de la rentrée parlementaire qui approche et du flou encore entretenu par le gouvernement. Sans contrainte majeure, il ne faut pas attendre des financiers qu’ils changent leur plan de bataille. Il n’y a que deux issues si l’on veut échapper à la catastrophe austéritaire que nous promet le TSCG : ou le président Hollande honore vraiment son engagement électoral et obtient une renégociation substantielle – ce qui est peu probable -, ou bien un mouvement de protestation d’ampleur contraint le président au référendum. Dans les deux cas les citoyens n’ont que le choix d’une mobilisation massive. Dans tous les cas le TSCG ne pourra être adopté que lorsque 12 membres au moins sur 25 l’auront ratifié. 6 pays l’ont déjà adopté. Ça laisse encore le temps d’organiser une mobilisation et des manifestations au niveau européen. Mais en France les citoyens doivent se mobiliser dès maintenant pour avoir une chance d’empêcher la ratification en l’état par le parlement. Autrement dit, les partis de gauche, aile gauche du PS comprise, syndicats, associations, indignés etc vont devoir se mobiliser sous toutes les formes possibles pour faire entendre leurs voix.

Exigeons un référendum !

Sous la plume de Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité et député au parlement européen, une pétition a été lancée depuis le 20 juillet pour dire « Non à l’austérité dans le droit européen, exigeons un référendum!« .
Mais c’est l’été, les vacances, et sa collatérale démobilisation. Or ceux qui dirigent le monde de la finance et de ses crises ne débrayent jamais. C’est toujours pendant qu’on bronze qu’ils avancent leurs pions (Ne vous inquiétez pas pour eux, ils sont bronzés toute l’année). Mais il faut se défendre parce ce que ce qui se prépare est non seulement très grave mais inacceptable. Signer une pétition ne prend que cinq minutes, ça ne bousille pas des vacances et ça prépare la rentrée. Et pour toutes celles et ceux qui n’ont pas la chance d’être bronzés toute l’année, ça peut être important de savoir à quelle sauce on va être mangés à la rentrée. Un petit rien peut parfois sauver tant de choses…
extraits :
« Pourquoi le traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire – le TSCG – est-il caché aux citoyens de l’Europe ? Pourquoi ce silence autour d’un texte si important que ses rédacteurs principaux, M. Sarkozy et Mme Merkel, déclaraient qu’il allait permettre de sortir de la crise et de… sauver l’Europe ?
François Hollande avait fait de l’objectif de la renégociation de ce traité l’un des axes essentiels de sa campagne. Parmi ses soixante engagements, la proposition numéro 11 est la « réorientation de la construction européenne », qui stipule : « Je renégocierai le traité européen issu de l’accord du 9 décembre 2011 en privilégiant la croissance et l’emploi et en réorientant le rôle de la Banque centrale européenne dans cette direction.» Le candidat socialiste l’a fortement réaffirmé le 22 janvier 2012, lors de son discours du Bourget, et le 15 avril au meeting de Vincennes. Ce thème a été l’objet d’un engagement net de François Hollande dans le face-à-face qui l’a opposé à M. Sarkozy à la télévision le 2 mai dernier. «Ce que j’ai demandé, c’est qu’il y ait une renégociation du traité», puis, quelques minutes plus tard, « je prends l’engagement de venir au lendemain de l’élection présidentielle porter ce plan de renégociation ». Ce moment fut particulièrement intense dans le débat, où curieusement M. Sarkozy a très peu défendu le texte qu’il avait approuvé quelques semaines plus tôt.
Le nouveau traité est pire que ceux de Maastricht et de Lisbonne. Sous couvert de «discipline budgétaire», les critères de déficit public comparé aux richesses produites sont modifiés, imposant le niveau de 0,5 % contre 3 %. Si cet objectif n’est pas atteint, un « mécanisme de correction » se déclenche automatiquement.
Un État ne se conformant pas à ces injonctions sera traduit devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Souvenons-nous qu’on nous a déjà confisqué ça en 2005 :
L’urgence et la gravité de ce qui se joue imposent de réagir au cœur de l’été avec une étape retentissante lors de la Fête de l’Humanité les 14, 15 et 16?septembre.

Le texte de la pétition.

Pétition pour un référendum sur le nouveau traité européen. François Hollande s’était engagé à renégocier le traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG), appelé aussi pacte budgétaire, signé par N. Sarkozy et A. Merkel. Il n’en est rien. Or ce texte durcit encore les traités de Maastricht et de Lisbonne et prône à la fois l’austérité à perpétuité, et le contrôle des budgets par la Commission de Bruxelles. Pourtant l’expérience montre que cette orientation n’a fait qu’enfoncer les pays européens dans la crise et les peuples dans la souffrance. N. Sarkozy battu, son traité ne doit pas être appliqué. Il faut aujourd’hui un débat public sur les orientations européennes et un référendum sur le nouveau traité. Seul le peuple souverain peut décider de son avenir. C’est une question de démocratie. Je demande au président de la République de convoquer la tenue d’un référendum sur l’approbation ou non de ce traité (TSCG).

Lire l’article entier : http://www.humanite.fr/politique/non-l%E2%80%99austerite-dans-le-droit-europeen-exigeons-un-referendum%E2%80%89-501172

signer la pétition :
https://docs.google.com/spreadsheet/viewform?formkey=dHUzNk8tQmNKb0tqdzdYZEpoNlBIVFE6MQ#gid=0

Les belles lettres_3

Lettre ouverte d’un membre du Parti Socialiste au Président de la République Française

J’ai cru en vous, je vous ai parlé (Université d’été 2011), j’ai rencontré un homme abordable, affable, normal (tout le contraire de votre prédécesseur), je vous ai donné mon livre (Nouvelle Civilisation 2012) et je veux encore croire en vous mais, j’ai quelques questions et quelques suggestions.

 

Pensez-vous que les réflexions politiques et les analyses économiques de citoyens qui ne sont pas issues de l’ENA ne sont pas dignes d’intérêt ? Pensez-vous que toutes personnes non issues de l’ENA sont des imbéciles et qu’il n’est pas utile de les lire ?

 Comme nous savons vous et moi ainsi que nombre de nos concitoyens, le problème des dettes souveraines a pour origine la loi n°73-7 du 3 janvier 1973, remplacé par les articles 104 (Maastricht) puis123 (Lisbonne). Alors, quand pensez-vous aborder un débat ouvert, serein et sincère sur le fait que les États européens se sont interdit à eux-mêmes de se prêter de l’argent sans intérêt ? Et au delà, une réflexion générale sur notre système monétaire à réserves fractionnaires qui débouche sur un empilage de dettes sans fin et qui nous emprisonne dans une croissance obligatoire afin de payer, jusqu’à la fin des temps, une rente à l’oligarchie financière de la planète ? En clair, pensez-vous que la privatisation de la planche à billet soit une idée supportable pour un socialiste ?

 La crise de confiance dans le système bancaire associée au manque de courage des politiques est à la base d’un mélange détonnant, capable de transformer la crise financière en catastrophe politique et sociale irréversible.

 Les récentes révélations concernant l’implication de banques, parmi les plus importantes de la planète, dans des manipulations frauduleuses de taux de référence de marché (LIBOR, EURIBOR, TIBOR servant à la fixation des conditions financières de contrats portant sur des trillions de dollars) sont capables de porter un coup fatal à la réputation déjà sulfureuse des banquiers et c’est tant mieux ! Au même moment, d’autres institutions confessent des violations caractérisées de la réglementation sur le blanchiment d’argent, des transgressions d’embargos officiels ou encore d’assistance à la fraude fiscale. Lire la suite

On va où, comme ça ?

Un bilan déjà catastrophique pour le gouvernement

 Depuis son élection et l’annonce de la composition de son gouvernement, François Hollande n’a fait que renforcer toutes les craintes qui s’étaient levées durant la campagne : chacun de ses choix montre qu’il n’a ni vision ni même un quelconque souci de l’écologie.

  • Sur les permis de forage en Guyane : malgré les risques démesurés qui devront être supportés au cœur d’un site d’une incroyable richesse écologique, François Hollande a fait le choix des multinationales et des lobbys. Pire encore, il a démis de ses fonctions Madame Bricq, éphémère ministre de l’écologie, qui avait osé suspendre ces permis d’exploration.

    Aujourd’hui, Madame Duflot, préférant son portefeuille de ministre au programme de son parti, juge elle-même qu’il ne faut pas s’opposer à l’exploitation.

  • Sur le nucléaire, Monsieur Hollande a indiqué ne pas se sentir concerné par l’accord signé avec EE-LV. Après avoir confirmé la politique impérialiste d’Aréva au Niger, si cela n’était pas assez clair, il a lui même décidé de l’avènement rapide des réacteurs de 4è génération, dont le projet « ASTRID » (en coopération CEA/Bouygues). Il s’est par ailleurs empressé de confirmer solennellement son adhésion au maintien de l’arme nucléaire. Enfin Monsieur Fabius, a fait preuve d’indécence en éludant le risque que le MOX français a fait peser sur le monde entier lors de la catastrophe de Fukushima. Il propose maintenant de renforcer la collaboration nucléaire avec le Japon. Cette attitude nie au peuple japonais, qui souhaite sortir du nucléaire, son droit de déterminer sa propre politique énergétique.
  • Sur la question des gaz de schistes : on apprend qu’Arnaud Montebourg, Ministre du redressement productif, s’alignant sur les récents propos du candidat Hollande, souhaite rouvrir le dossier des permis d’exploration/exploitation, en vertu de la « sacro-sainte » croissance. Et cela, sans même tenir compte du vote unanime des députés socialistes sur la question de la limitation des explorations et des exploitations.
  • Les grands projets inutiles continuent leurs cheminements – à commencer par l’aéroport de Notre Dame des Landes, petit joujou du premier ministre Ayrault.
  • Il refuse enfin de désobéir aux directives libérales européennes au sujet des prix de l’électricité et du gaz, alors mêmes que ces orientations bafouent le droit à l’énergie pour toutes et tous. Ainsi, une simple tentative de régulation des prix du gaz est immédiatement cassée par le Conseil d’État qui agit à rebours de l’intérêt général.
  • Incapable d’agir en État actionnaire, le gouvernement se retrouve confronté aux logiques de profits dans l’industrie automobile. Partout où la situation sociale s’annonce catastrophique, Monsieur Arnaud Montebourg préfère s’accorder avec les investisseurs ou les repreneurs pour à nouveau, injecter l’argent public dans la poche des actionnaires. L’État a pourtant le pouvoir de reconvertir les travailleurs pour, par exemple, développer les transports en commun, le rail et le ferroutage. Ce serait, au final, autant d’emplois durables créés.
  • Dans le cadre de la réforme de la PAC, Le Ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll a mené une bataille inattendue et scandaleuse auprès de ses collègues européens, non seulement pour revenir sur les obligations en matière d’agriculture biologique, mais également en luttant contre toute conditionnalité écologique des aides agricoles.

 Monsieur Hollande ne montre aucune réserve dans sa recherche aveugle de la croissance.
Pourtant, il est clair aujourd’hui que ce modèle a vécu : aucune activité n’est durable quand on néglige son impact social et environnemental, et sans tenir compte de la consommation de ressources naturelles qu’elle implique.
Même au sein du PS, des voix s’élèvent pour montrer l’absurdité à long terme de ces choix. Bien plus important, dans le contexte actuel de pénurie prochaine de ressources naturelles (pic pétrolier, pic du cuivre, etc.), la recherche de croissance à tout prix est la politique du pire.

Il nous faut non seulement lancer la réflexion sur les indicateurs de développement, mais il est essentiel que l’État, les travailleurs et les citoyens reprennent toute leur place face aux actionnaires.

Remettre l’humain au centre des décisions, c’est planifier la transition énergétique et la reconversion vers des activités utiles socialement.

Alors que le gouvernement égrène des décisions contraires à tous les déterminants de l’écologie, on n’entend pas beaucoup les oppositions et les contestations parmi les responsables d’EE-LV.

Le Parti de Gauche, partenaire des Verts sur de nombreuses luttes, s’inquiète de voir ce parti ami aux abonnés absents. Loin de la scène politique, et s’abstenant de toute dénonciation claire, alors que la présence de deux ministres dans le gouvernement Ayrault lui en donnerait la possibilité, EE-LV fait le choix de la discrétion. Serait-ce le prix à payer en contrepartie de l’accord électoral des dernières élections ?

Mercredi 18 Juillet 2012

Loic Petit-Guillaume et Mathieu Agostini

 

LETTRE OUVERTE À FRANÇOIS HOLLANDE

NON AU « PACTE BUDGÉTAIRE », PAS D’EUROPE SANS CITOYENS !

Monsieur le président de la République,

Lors de la campagne électorale, vous avez annoncé votre volonté de renégocier le Traité pour la stabilité, la coordination et la gouvernance (TSCG) de la zone euro, dit Pacte budgétaire, signé par Nicolas Sarkozy et 24 autres dirigeants européens le 2 mars dernier.

Ce traité durcit et rendrait irréversibles les politiques d’austérité en Europe en interdisant définitivement tout déficit « structurel » supérieur à 0,5%. Le déficit « structurel », notion incompréhensible des citoyens et fort controversée parmi les économistes, sera évalué de façon arbitraire par les experts de la Commission. Le Pacte budgétaire prévoit des sanctions automatiques contre les pays contrevenants, coupant court à tout débat. L’aide aux pays en difficulté, prévue par le Mécanisme européen de stabilité, sera conditionnée par l’application de plans d’austérité, de privatisation et de libéralisation. Les marchés financiers et les banques, activement soutenus par la BCE, continueraient à imposer leur loi aux gouvernements. L’Europe s’enfoncerait encore plus dans la dépression et le déni de démocratie, et signifierait la misère pour le plus grand nombre. L’extrême droite continuerait à se renforcer jusqu’à imposer ses thèses autoritaires et xénophobes sur les débris de l’Union européenne.

Pour éviter cela vous souhaitez « ajouter un volet sur la croissance » au Pacte budgétaire. La croissance ? Nous ne voulons plus de cette croissance prédatrice et inégalitaire portée par le néolibéralisme. Lire la suite

Hold-up électoral à Athènes

Source : article publié dans les blogs de Mediapart. Par Vicky Skoumbi, rédactrice en chef de la revue grecque aletheia et Dimitris Vergetis, psychanalyste, directeur de la revue.

Ndlr : les illustrations ainsi que la vidéo en fin d’article sont ajoutées par Sémaphores.

Le 17 juin, le peuple grec s’est prononcé pour un gouvernement de coalition autour de la Nouvelle Démocratie, c’est du moins sous cet angle que l’énorme majorité des médias présentent les résultats électoraux en Grèce. Le verdict populaire aurait porté au pouvoir ce parti et son ex-adversaire, et actuel allié, le Pasok. « C’est la volonté exprimée du peuple grec que tout bon démocrate a le devoir de respecter », martèle-t-on de tous les côtés. S’agit-il pour autant d’une volonté librement exprimée ? Depuis plusieurs mois, et plus particulièrement depuis le 6 mai, les dirigeants européens s’acharnent à terroriser le peuple grec en brandissant la menace de l’exclusion de l’Eurozone et en lui promettant l’apocalypse, si jamais il osait confier l’avenir du pays à Syriza. Les Grecs ont été mis face à un choix forcé, à l’instar du dilemme biaisé « la bourse ou la vie ». Le couteau sous la gorge, ils se sont résignés à porter le parti de droite, la Nouvelle Démocratie, au pouvoir – avec moins de 30% de voix, une majorité toute relative. Mais, dans ces conditions, parler d’élections libres est une duperie. La liberté n’est pas seulement une question de respect tatillon de procédures formelles, elle relève surtout du libre exercice du droit de vote. Or, le peuple grec avait subi avant les élections un matraquage médiatique impitoyable, fait de déclarations allant de la menace sournoise à la consigne de vote.

Dans le deuxième cas, l’exemple le plus flagrant est l’éditorial du Financial Times Deutschland, écrit en grec, qui exhortait les électeurs à ne pas voter pour « le démagogue » –Tsipras, pour ne pas le nommer– tout en les appelant explicitement à voter pour la Nouvelle Démocratie. Dans le premier cas, Hollande, dans le rôle du conseiller amical, prévenait les électeurs grecs que, pour leur propre bien, il ne fallait pas voter Syriza au risque de le payer très cher. De l’intimation à voter pour la droite ou à voter contre la gauche radicale, se répète, à quelques nuances près, le même motif : surtout ne pas voter Syriza ! Ainsi une opération internationale de dépossession du peuple grec de sa souveraineté se déployait à ciel ouvert, sans que la plupart de ceux qui jurent par la démocratie ne trouvent grand-chose à redire.

Cette campagne d’intimidation et de manipulation a en partie porté ses fruits : Syriza n’est pas arrivé en tête, et l’Europe, nous-dit-on, a échappé de justesse à la désagrégation qu’aurait inévitablement produite le rejet de la politique d’austérité. Oui, le peuple grec a voté la peur au ventre : 48% des électeurs se sont décidés en redoutant qu’une dénonciation du Mémorandum et des mesures d’austérité qui l’accompagnent, conduise au bannissement de la Grèce hors de l’Europe. La propagande orchestrée dans le pays et à l’étranger s’est avérée d’une efficacité redoutable.

Cependant, on aurait tort de croire que l’opération d’intimidation et de chantage s’est limitée à des ingérences étrangères. A l’intérieur même du pays, elle a pris l’allure d’une véritable campagne de terreur. Les médias de masse et le personnel politique d’ex-grands partis se sont livrés à une surenchère de diffamation de Syriza, versant dans le catastrophisme le plus délirant. Qui plus est, au sein de banques et de grandes entreprises, les employés ont été mis en demeure de faire le bon choix : en cas de victoire de Syriza, ils devraient s’attendre à des dépôts de bilan et à des licenciements massifs. Dans ces conditions, le fait que 27% des électeurs aient fait confiance à Syriza constitue un vrai acte de courage.

Quant aux dirigeants européens, ils pensaient être dans leur droit en imposant à un peuple européen des élections sans véritable choix.  Mais dès lors que les élections se réduisent à une mascarade où les dés sont pipés, la démocratie s’en trouve fatalement frappée de discrédit. Il y a fort à parier que bientôt l’Aube Dorée, le parti néonazi, fera un score à deux chiffres. Car l’exaspération et l’impuissance face à ces ingérences indécentes, ainsi que la certitude d’avoir été dépossédé de la souveraineté tant populaire que nationale, alimentent un sentiment violement anti-européen qui fait le lit du parti néonazi. Une Europe construite comme un ensemble de mécanismes institutionnels destinés à servir les intérêts financiers et allant, pour ce faire, jusqu’à déposséder les peuples de leurs droits, est-t-elle encore compatible avec la démocratie ? En écartant les peuples européens de toute prise de décision importante, les dirigeants européens font le bonheur des partis nationalistes et de l’extrême droite. La prise en otage d’un peuple entier, pour lui extorquer un semblant d’assentiment à un processus de dévastation sociale, est-il le signe annonciateur d’un divorce définitif entre l’Europe et l’idéal démocratique ? L’UE, à la pointe de la campagne de désinformation et d’intimidation du peuple grec, a-t-elle dores et déjà signé le décret de mort de l’idée-même d’Europe démocratique ?

 

La vidéo qui suit a été (pas assez) largement diffusée. Elle témoigne, sans que nous ayons besoin d’ajouter d’autres commentaires, des « arguments » avancés par le parti néo-nazi Aube Dorée lors de débats télévisés.

Carton rouge vif pour gouvernement rose pâle

« Je suis pour que la Grèce reste dans la zone euro mais les Grecs doivent savoir que cela suppose qu’il y ait une relation de confiance », a osé affirmer François Hollande mercredi dernier, dans un entretien accordé à la chaîne de télévision grecque Mega Channel

« Il appartient aux Grecs de se prononcer souverainement. Mais leur choix est aussi de savoir s’ils veulent rester ou non dans la zone euro. Ce qui suppose le respect des disciplines budgétaires et des mesures concrètes pour la croissance », a expliqué Bernard Cazeneuve, ministre délégué aux affaires européennes. Disant cela il ne faisait que remettre une couche d’intox aux propos déjà tenus par ses patrons Fabius et Moscovici qui rabâchent depuis une semaine que « Différer tous les engagements revient à sortir mécaniquement de la zone euro. Ce qui est négociable, c’est la croissance, ce n’est pas le respect des disciplines budgétaires. »

Que la honte soit donc sur ces messieurs du social-libéralisme qui n’osent même pas prononcer le nom de Syriza, qui se sont autorisé sans vergogne une ingérence dans la politique d’un pays étranger tout en feignant de souligner sa souveraineté, et tentent de faire croire aux Français que le vote grec peut entraîner mécaniquement une sortie de la zone euro.

Mensonge ! Où ce mécanisme serait-il inscrit et acté dans le Traité de Lisbonne ou le mémorandum ?  Non messieurs les socialo-libéraux, personne ne peut sortir la Grèce de l’euro sauf à le faire en toute illégalité. Alors à quoi riment ces menaces et cette intimidation ? Et combien de fois faudra-t-il répéter que Syriza n’a JAMAIS souhaité sortir de l’euro contrairement au mensonge que vous voulez imposer, pas plus que ne le souhaitent les fronts de gauche français, allemand ou espagnol ? Ainsi que le rappelle Pierre Laurent, secrétaire national du PCF : « La France ne doit pas appuyer le chantage de Mme Merkel et des tenants du consensus libéral. La question n’est pas la sortie de la zone euro ou non, mais sa refonte ».

On peut comprendre qu’il ne soit pas aisé pour le gouvernement Hollande de rassurer de rassurer à la fois Mme Merkel et les marchés financiers tout en soutenant un parti de gauche tel que Syriza. C’est néanmoins une position claire qu’attendent dans les jours à venir les quatre millions d’électeurs français qui ont permis aux socialistes et à quelques Verts de devenir le gouvernement actuel. Et ne nous y trompons pas en ce temps où toutes les digues semblent se rompre, la vraie question posée en filigrane de cette attente est : le PS est-il toujours un parti de gauche ?

Car la victoire présidentielle française, confirmée par les législatives, ne doit pas faire oublier qu’elle est due à l’ensemble des forces de gauche. Rapportée au scrutin grec de ce dimanche 17 juin, et si l’on peut se permettre de « traduire » en français le résultat grec malgré les quelques différences d’un parti à l’autre, la situation est grosso mode celle-là : UMP (Nouvelle Démocratie) = 30%, FRONT de GAUCHE (Syriza) = 27%, PS (Pasok) = 12%.

Or, sous la pression des marchés (mais semblant aussi réjouir les socialistes français), le bruit court d’une possible alliance entre le Pasok et ND, une Démocratie Nouvelle qui, il faut le savoir, n’existe que parce qu’elle a déjà rallié en son sein d’anciens dirigeants du parti LAOS, qui était un équivalent du FN français, distinct en Grèce du parti néo-nazi Aube Dorée.

Ainsi, si la nouvelle majorité grecque devait être un UMPS extrême-droitisé dans le seul but d’écarter un Front de Gauche et que ce choix soit entériné par le PS français, notre question « Le PS est-il encore à gauche ? » n’en serait que davantage légitimée. Les réponses à la question appartiennent donc encore à un futur bien proche qu’il serait injuste ou précipité d’hypothéquer. Nous croisons juste les doigts, sachant que l’Histoire aime bien bégayer, pour que nul ne soit tenté de répéter : « Plutôt Hitler que le Front populaire ! »

Ne reste pas moins que ces manipulations déplacées du gouvernement Hollande, arrivant de surcroît après un refus de recevoir Alexis Tsipras (voir notre article précédent) méritaient tout de même ce carton rouge, ne serait-ce que pour ouvrir le nécessaire débat.