Hommages d’artistes aux migrants

africampeduzaQuand les artistes s’en mêlent… ça mérite bien un petit best of sémaphorien des glanes du jour. Avec un peu plus d’humour que le dessin ci-dessus, celui-ci-après ne contient pas moins son pesant de vérité. La Méditerranée n’est pas le cimetière des seuls derniers migrants naufragés. Pour ces deux dernières décennies, le chiffre de 20 000 morts serait largement dépassé sans que l’Union Européenne ait bougé le petit doigt.

mediterranéo

Par ailleurs on apprécie que : « La 56e Biennale d’art contemporain de Venise, qui ouvrira ses portes le 9 mai prochain, accueillera un bateau de quinze mètres plié dans la Une d’un journal relatant la mort de 366 migrants, victimes du naufrage d’un chalutier en 2013.

venise2
Cette œuvre, conçue par l’artiste brésilien Vik Muniz et intitulée Lampedusa, est composée d’une structure en bois réalisée par des charpentiers vénitiens. Elle sera recouverte d’une reproduction géante de la première page d’un quotidien italien relatant le naufrage d’un chalutier transportant des migrants africains qui eut lieu le 3 octobre 2013 à cinq cents mètres de l’île de Lampedusa, près de la Sicile. » Source : Alain Korkos (Arrêt sur Image)

venise_lampeduzaBel hommage aussi que ce « Perdus en mer »…

perdus en mer

Perdus en mer. Encre et feutre sur papier, 26x36cm. 2015 © ARySQUE

« C’était un flot d’hommes robustes, jeunes pour la plupart, porteurs des espérances de tout un clan, de tout un village. Ils étaient les plus brillants d’entre les leurs et c’est pour cela qu’ils partirent, jusqu’au bout du continent, jusqu’à cette ligne tourmentée où la mer fait barrage.
C’était aussi des femmes et des enfants, des amants comme nous autres. Des êtres de chair et de cœur : je les imagine, hommes, femmes, grands et petits, traversés de frissons à l’odeur de l’aimé. » La suite du texte sur Le blog de ARySQUE

erri_luca_migrants_lampedusaLa perle du jour est due à Erri de Luca pour sa Prière aux migrants morts dans le naufrage

Notre mer, toi qui n’es pas aux cieux
Et qui embrasses les rives de l’île
Et du monde, avec ton sel,
Que soit béni le fond de ton océan
Tu accueilles les navires bondés
Sans route sur tes ondes
Les marins pêcheurs sortis dans la nuit
Leurs filets parmi tes créatures
Qui reviennent au matin avec pour prise
Des naufragés sauvés.

 

Notre mer qui n’est pas aux cieux
A l’aube tu as la couleur du blé
Au coucher du soleil, celle du raisin et des vendanges
Nous t’avons semée de noyés plus
Que n’importe quelle époque de tempête.

Pour lire le texte intégral en français et en italien, c’est ici : https://www.actualitte.com/international/priere-d-erri-de-luca-aux-migrants-morts-dans-le-naufrage-56399.htm

 

L’Europe des assassins

Ndlr_sémaphores : cet article a été publié dans left.gr et a été traduit par Frédérique Bouvier. Aucun titre français n’y ayant fait écho (pas même Mediapart), c’est Pierre Magne qui a relayé l’info sur son blog. Nous en faisons suivre ces quelques extraits par une lettre qu’Alexis Tsipras (président du parti grec Syriza) adresse à Hermann Van Rompuy, président du Conseil Européen.

Jeudi 23 janvier à 10h20 du matin, sont arrivés au port du Pirée -porte E1 à bord du navire « Diagoras » – les rescapés du naufrage de Farmakonisi. En tout 12 personnes ont perdu la vie, tous des femmes et des enfants. Les dépouilles d’un enfant de 11 ans et d’une femme de 38 ans, qui étaient parmi les 12 migrants disparus au large de Farmakonisi, ont été repérées sur des plages turques.

« Ils ont vu les femmes et les enfants se noyer et ils n’ont rien fait « 

Les témoignages de ces réfugiés qui ont survécu donnent à la tragédie de Farmakonisi la dimension d’un crime abominable. Dans un témoignage bouleversant, un homme, qui a perdu sa femme et ses trois enfants, souligne que « la police portuaire les a délibérément jetés à la mer ». Comme il le dénonce, ils se sont efforcés de les noyer. Les survivants, en évoquant les victimes, demandent que les corps de leurs proches soient retrouvés. « Alors qu’il restait 100 mètres avant les côtes grecques, la police portuaire les a remorqués à grande vitesse et à un moment ils sont tombés à la mer. Encore, les hommes de la police portuaire les ont insultés, menacés avec leurs armes et les ont frappés », rapportent les survivants en décrivant la brutalité.

« Les hommes de la police portuaire ont frappé la barque des réfugiés avec leurs pieds en s’efforçant de la faire chavirer » témoignent avec effroi les survivants, parlant de menaces de la part du chef de la police portuaire. En effet, un homme de la police portuaire a empêché un enfant d’attraper un morceau de bois et d’être ainsi sauvé, a déclaré un des réfugiés. Les hommes de la police portuaire ont filmé les faits en vidéo et ont refusé de jeter des bouées de sauvetage à ceux qui noyaient. « Ils pouvaient sauver les nôtres et ils ne l’ont pas fait », déclare, accablé, un des naufragés sauvé.

 » Ils les ont repoussés et ne les ont pas laissé monter à bord du bateau de la police. Une femme dit que, alors qu’elle s’agrippait au pied d’un des policiers pour monter à bord, celui-ci l’a jetée à la mer d’un coup de pied et a même jeté à la mer son bébé de l’autre côté. » Les hommes de la police portuaire ont éteint le projecteur qui était alors allumé pour qu’on ne voit pas depuis les côtes turques ce qui se passait en mer »

Article entier ici  : http://blogs.mediapart.fr/blog/pierre-magne/260114/l-europe-des-assassins-l-europe-forteresse-12-migrants-assassines-noyes-au-large-de-la-mer-egee

 Lettre d’Alexis Tsipras à Herman van Rompuy : Il faut changer de politique migratoire européenne.

Monsieur le Président du Conseil Européen,

La disparition de centaines de migrants dans les mers de l’Europe du Sud continue de se produire à un rythme inquiétant. Après le drame de Lampedusa, neuf enfants et trois mères ont perdu de façon tragique la vie il y a quelques jours, au nord de la mer Égée.

Jusqu’à présent, les initiatives de l’Union Européenne destinées à la régulation du problème de la migration au niveau des pays de provenance n’ont eu aucune influence déterminante. Les projets de mise en application de la Déclaration de Barcelone ont été dans les faits abandonnés, sans atteindre aucun de leurs objectifs. A l’évidence, le dessein d’une aide aux pays de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient destinée à l’amélioration de leurs économies et à la réduction de leurs chiffres de chômage, n’a pas atteint sa cible. C’était pourtant un moyen qui aurait pu abaisser le nombre de leurs citoyens, ayant pour seul recours l’émigration légale ou illégale vers l’Union européenne.

De surcroît, les guerres, qui constituent des facteurs déterminants de déclenchement des mouvements migratoires, ont été intensifiées autour de la Méditerranée et du Moyen Orient, en augmentant les flux et en multipliant le nombre de morts tragiques dans la mer Méditerranée. Lire la suite

Non-assistance : un non-lieu pour des non-personnes

Lampedusa_le suivi

Le 27 mars 2011, 72 Africains (dont 20 femmes et 2 bébés) quittent Tripoli pour Lampedusa avec des vivres pour une traversée de 18 heures ; mais l’embarcation tombe en panne et dérive pendant 14 jours. Le 10 avril, une tempête finit par rejeter le Zodiac sur une plage de Libye où les 11 survivants sont incarcérés ; 2 d’entre eux décèdent encore, l’une au moment de débarquer, un autre en prison. 63 personnes sont ainsi mortes de faim et de soif.

Pareille tragédie est banale : depuis 20 ans, 20 000 migrants ont péri en Méditerranée. Mais cette fois, avec le soutien d’associations (Migreurop, FIDH, LDH et Gisti), deux survivants ont porté plainte pour « non-assistance à personne en danger » – en France, mais aussi en Italie, en Espagne et en Belgique. En effet, en raison de la guerre civile libyenne, 38 bâtiments de guerre, dont plusieurs français, croisaient dans les parages dans le cadre de l’opération militaire de l’OTAN baptisée « Unified Protector » (sic). Lire la suite

À propos de Lampedusa et des poules de l’Assemblée

On se croirait revenus près de trois ans en arrière, quand l’UMP défendait jusqu’au bout les dictatures « amies de la France ». Samedi, le sénateur UMP de Compiègne Philippe Marini a confessé sa nostalgie du régime de Mouammar Kadhafi. « L’afflux des réfugiés africains à Lampedusa et bientôt chez nous me fait regretter la disparition du régime Kadhafi en Libye ! » a-t-il écrit sur Twitter.

Là où n’importe quelle personne un peu humaine voit d’abord un drame, Marini ne voit qu’immigration clandestine et invasion. Et ce type est sénateur !…

A part ça, Vendredi soir, un nouveau naufrage a fait au moins 30 morts, selon les autorités italiennes, huit jours après la tragédie qui a coûté la vie à plus de 300 personnes au large de la petite île sicilienne. L’embarcation a chaviré en quelques minutes, vendredi vers 17 h 15, dans une zone au centre d’un triangle entre Malte, la Libye et Lampedusa. Qui Marini va-t-il regretter cette fois ?

Et pour rester dans les incivilités de ces messieurs les représentants du peuple…

Il faut dire qu’il n’est pas grand-chose à l’honneur de l’UMP ces derniers temps. Mardi soir à l’Assemblée, en plein débat sur les retraites, c’était Philippe Le Ray qui imitait une poule pendant l’intervention de la députée EELV Véronique Massonneau. Il a fallu interrompre la séance (alors qu’il vaudrait mieux interdire la buvette à certains…).

On apprend toutefois que Philippe Le Ray a été sanctionné à l’unanimité des présidents de groupe – il doit renoncer pendant un mois à un quart de son indemnité de député. Waouh, la punition ! Seulement 8 000 euros pour boucler le mois, ça va être dur…

Nous préférons signaler qu’Une pétition demandant des sanctions systématiques contre les parlementaires au comportement sexiste a déjà recueilli 10 000 signatures.

De Lampedusa à Syracuse_ le suivi

Lampedusa, un avant-poste du rêve italien pour les milliers de réfugiés qui viennent de la mer, est toujours au centre d’une chronique la plus triste.

Mais Lampedusa n’est pas seulement cela. Personne ne parle de la vie sur l’île. A Lampedusa, « il y a beaucoup », mais il manque beaucoup de choses. Il n’y a pas de livres, par exemple. Et le maire Giusi Nicolini veut remédier à cette situation en faisant de Lampedusa un avant-poste pour les lecteurs et le berceau du livre comme un outil d’intégration.

 

Elle a lancé cet appel :

Lampedusa ne dispose pas d’une bibliothèque et même une boutique où vous pouvez acheter des livres, vous vivriez dans une ville où vous ne pouvez acheter des livres ? Je ne le crois pas ! Donc, si vous avez des livres à la maison, de toute nature, que vous ne lisez pas ou qui ont déjà été lus et dont vous voulez vous débarrasser, adhérer à l’initiative »

Tout le monde peut contribuer. Comment ? Les livres doivent être adressées directement au maire de l’île : Giusy Nicolini, maire-don de livres pour l’ouverture prochaine de la Bibliothèque de Lampedusa Ibby Via Cameroni, 92010.

Source et autres renseignements concernant notamment les livres pour les péquélets : http://blogs.mediapart.fr/edition/immigration-un-autre-regard/article/110813/livres-sans-mots-direction-lampedusa

Par ailleurs, vendredi 16 août 2013, une véritable chaîne humaine s’est constituée pour sauver les 160 migrants cherchant à rejoindre la plage de la station balnéaire de Pachino Morghella, dans la région de Syracuse en Sicile. Ces baigneurs ont contribué avec la Garde côtière au sauvetage de plusieurs femmes enceintes et cinquante enfants dont la plupart sont âgés de moins de trois ans.

 

Par ailleurs encore, avez-vous entendu parler de Riace ? Non ? Eh bien c’est très dommage !

Il y a près de 10 ans, Riace était un de ces petits patelins, perdu au milieu de la Calabre et destiné à disparaître à cause d’un exode rural massif de ses habitants. Aujourd’hui, c’est devenu l’un des bourgs les plus connus d’Europe, repeuplé grâce à l’immigration outre-marine.

Sémaphores vous invite à vous rendre sur le site Café Babel pour un plongeon dans une expérience à ciel ouvert, qui donne du crédit à ceux qui voient dans l’immigration une ressource pour la société italienne et européenne.

Un beau reportage qui donne autant la pêche que des idées, et que nous n’avons pas hésité à envoyer à Manuel Valls ! Manière de rappeler à l’hidalgo qu’il y a d’autres manières d’envisager l’immigration dès lors qu’on veut bien considérer que ce sont d’abord des humains qui émigrent, avant toute autre considération. Suivez ce lien, vous n’allez pas le regretter.

http://www.cafebabel.fr/societe/article/immigration-riace-la-cite-du-futur.html