La veste bleu marine de Collard

Dans notre série « Tenons notre Collard au chaud »…

Cet article était paru en septembre 2012 sous la plume de Jean-Baptiste Malet. Les amis Graulens de Sémaphores ont tenu à le rappeler aux amis Saint-Gillois à qui le Collard s’apprête à faire le coup du « il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis ». Il est vrai qu’en matière de retournement régulier de veste, nous pouvons tous en prendre de la graine… ou avoir le tournis.

Gilbert Collard, maquignon politique opportuniste, carriériste et arriviste, bref, mariniste.

Si vous cherchez le sens du vent, il vous l’indiquera. Après trente années de militantisme politique, le 17 juin dernier Gilbert Collard savourait enfin sa victoire : il était élu député de la deuxième circonscription du Gard sous les couleurs du «Rassemblement Bleu Marine» soutenu par le Front national.

L’avocat médiatique, élève dès l’âge de 8 ans chez les pères maristes de l’Institution Sainte-Marie à La Seyne-sur-Mer (Var), se souvient «en être sorti avec un très mauvais souvenir. Mais maintenant, un très bon. Quand on avait un contentieux avec un camarade, on devait le régler sur un ring de boxe, pendant une fête de division. Cela nous apprenait la confrontation, c’était une manière loyale de régler les conflits. Cela codifiait la violence».

Enfant d’une famille bourgeoise, il grandit au château de la Madone à Marseille. Son père, maurassien, était membre des Camelots du Roi et aurait été l’ami de Léon Daudet. «Mon père m’a fait lire Maurras, Marx, j’ai lu Bainville, Jaurès, Proudhon…» étale-t-il volontiers. Après la faculté de droit à Aix-en-Provence, il devient avocat et installe son cabinet à Marseille, un cabinet devenu depuis une puissante machine bien rodée, éminemment lucrative, dont la vitrine est la forte teneur médiatique de «Maître Collard», toujours animateur de l’émission «Les Grandes Gueules» sur RMC, et qui, malgré son mandat de député, ne compte pas abandonner sa profession d’avocat.


Socialiste, trotskiste…
Le parcours politique sinueux de Gilbert Collard commence au Parti socialiste où, dès 1981, il entre au comité de soutien de François Mitterrand. Mais pour la présidentielle de 1988, son appui va plutôt à l’extrême gauche trotskiste, puisqu’il soutient Pierre Boussel, le candidat du Mouvement pour un parti des travailleurs (MPPT).

Filmé dans le clip de campagne de Pierre Boussel, Collard condamne à l’époque les centres de rétention pour étrangers. Sur un ton solennel, dans une archive disponible à l’INA (Institut national de l’audio-visuel), il proclame : «Je suis ici en tant que témoin. Je crois qu’à l’heure actuelle, sans que les gens s’en rendent bien compte, les droits de l’homme sont en danger. Comme partout on cherche, sur les mécanismes de la peur et de l’inquiétude, à gagner des voix. On peut se demander si ces hommes, ces femmes, ces enfants entassés dans ces cimetières de béton, que sont les centres de rétention, et qui subissent l’expulsion comme on subit l’humiliation, ce n’est pas plus la raison d’État racoleuse que la justice».

Deux ans plus tard, membre du secrétariat national du MRAP (Mouvement contre le racisme), au moment où il défend un négationniste, il est exclu en même temps qu’il démissionne du mouvement. Lire la suite

Silence on coule

billet d’humeur, par Mario

Oui, on coule dans un silence de plus en plus effrayant sur ce qui devrait éveiller notre indignation face à l’inadmissible. Comme le pointait le chroniqueur Hubert Huertas dans son billet du 29 octobre : « C’est sans doute un signe des temps. Les « inquiétudes » de Christiane Taubira sur la société française ne retiennent pas l’attention. La ministre de la justice a été insultée deux fois en une semaine, par des propos racistes, elle s’est émue hier d’un relâchement public, mais personne ne l’a noté. »

Certes on nous dira que les médias n’ont pas été avares pour diffuser l’image de la ministre comparée à une guenon, ou cette « manifestante » âgée de 12 ans qui voulait lui offrir une banane. Et tout ça ne devrait pas faire plus qu’une brève ? Pas mieux qu’un gag à rajouter dans le flot d’abrutissement proposé par un Petit Journal ou autre insipidité télévisuelle ? Peut-on se contenter de traiter avec humour ce qui n’est que le fruit d’une odieuse pensée, hélas trop bien connue, celle de la bête immonde qui veut croire à sa résurrection ?

Il serait temps de se réveiller en dehors du seul intérêt pour des échéances électorales. Lorsqu’on formate un peuple à être soumis, on en fait un peuple de lâches. Et la lâcheté se répand y compris parmi les personnalités politiques qui prennent un peu trop de temps pour s’indigner de l’inadmissible, et en l’occurrence pour voir qu’avec l’affaire Taubira c’est un véritable retournement qui s’opère sous nos yeux. Voilà qu’on laisse un Front National s’indigner de ce que madame Taubira parle à son égard d’une “pensée mortifère et meurtrière”, et de vouloir saisir la justice contre la garde des sceaux, comme il faudrait la laisser faire contre tous ceux qui disent que le FN est un parti d’extrême droite. Ainsi, le note Huertas, le procès ne sera pas celui du racisme, mais de la personne insultée par le racisme.

« Il y a vingt ans la gauche était en ébullition parce que Chirac parlait de bruits et d’odeurs. Il y a quatre ans les associations antiracistes poursuivaient Brice Hortefeux pour ses propos déplacés à l’égard d’un militant maghrébin. Et là, une ministre noire peut être comparée à un singe deux fois en une semaine, dont une fois par des enfants, un curé, le père Xavier Beauvais, peut défiler contre le mariage homo en criant dans un porte-voix « Y’a bon Banania, y’a pas bon Taubira », mais ce serait une anecdote. Il faudrait ne pas remarquer.

      Être prudent, comme dans le métro, quand quelqu’un est attaqué par des voyous, et que tout le monde se contente… de regarder ses chaussures. »

Pour écouter le billet en intégralité :

Dans le même ordre d’idée, nous ne doutons pas que d’aucuns n’auront vu que banalité dans cette Lettre à Leonarda née sous la plume visqueuse de Christophe Barbier, dans laquelle on pouvait lire ces mots :

« La France vous doit la vérité : l’expulsion de votre famille n’est pas seulement légale, elle est nécessaire. Parce que notre pays ne peut accueillir plus de réfugiés économiques qu’il ne le fait ; parce que nos comptes publics ne nous permettent pas d’être aussi généreux que l’idéal républicain le souhaite ; parce qu’aucun espoir illusoire ne doit germer dans le cœur des millions de jeunes qui, épars dans la moitié pauvre du monde, vous ressemblent et attendent un destin.

(…)Français aléatoire, scolarité chaotique et famille difficile, vous incarnez cette « misère du monde » dont la France ne peut plus prendre qu’une maigre part, et la fatalité séculaire des pauvres hères. (…) Votre patrie, Leonarda, c’est malgré tout le Kosovo, que la France, avec d’autres, a courageusement libéré du joug serbe en 1999 et qu’il faut rebâtir et protéger. »

Notons que Christophe Barbier se contente pour l’heure de justifier de nécessaires expulsions. Il ne parle pas de « centres spéciaux d’internement ». Pas encore.

Et pour ceux qui pensent que nous exagérons en exhumant des similitudes entre la situation actuelle et celle de la fin des années 30, ce petit bonus qui démonte toute idée qu’un changement aurait eu lieu. C’était une des couvertures du journal Détective, en 1938, une superbe époque où l’on pouvait compter les étrangers à un individu près, où l’on se posait la cruelle question de savoir où les expulser (le Kosovo n’existait pas encore, les arabes n’étaient pas revenus depuis leur branlée à Poitiers…), bref il était question de la sûreté nationale. Heureusement, en 39, le sauveur est arrivé, ce cher Adolf qui ne sera payé que d’ingratitude, pas même une statue sur nos places publiques, ni rue ni boulevard… Oui, vraiment, quelle ingratitude envers ceux qui ont fait le plus pour nous débarrasser des indésirables.

Maître Connard

Franchement, ce n’est pas à Sémaphores que nous aurions osé un tel titre 😉 Mais si c’est Jean-Marie Le Pen en personne qui le dit…

Quoi qu’il en soit, cet article du Canard Enchaîné vient à point pour lancer notre série sur ce casse-couilles autoproclamé dont on vous promet qu’il ne va pas nous les casser longtemps. Notre série est prévue pour toute la durée de la campagne municipale, c’est promis, vous saurez tout ce qu’il faut savoir sur ce menteur, frimeur et magouilleur de première.

(cliquer sur l'image pour éventuellement agrandir)

Oui, Marine Le Pen est d’extrême droite

par Alexis Corbière

Marine Le Pen connaît-elle l’histoire de son parti fondé le 5 octobre 1972 par une poignée de militants de l’extrême droite néo fasciste (comme François Duprat), ex collaborateur (comme François Brigneau), ex PPF (comme Victor Bathélémy), OAS ou autres groupuscules de la galaxie de l’extrême droite de l’époque (tel Jean-Pierre Stirbois) ? Ou, peut être, se moque-t-elle tout simplement de nous ?(…)

Depuis toujours l’extrême droite ne veut pas qu’on l’appelle extrême droite. Jamais elle n’a assumé ce terme et surtout depuis l’horreur de la seconde guerre mondiale. A quelques exceptions près, les fascistes français des années 30 refusaient aussi qu’on les appelle fascistes. Toujours, cette famille politique a cherché à camoufler sa véritable identité. Elle prospère dans la confusion.(…)

Pourtant, Marine Le Pen s’est toujours revendiquée de la continuité de son père. Il n’existe aucune déclaration de sa part qui prendrait des distances avec les 60 ans d’engagement politique de papa. Elle a également été élue présidente du FN en 2011 avec le soutien actif de son père et non contre lui ni ses idées. Elle l’a ensuite toujours défendu, affirmant qu’il « avait toujours eu raison ». Toujours, avec une belle constance et fidélité, elle s’est placée dans son sillage. Sans cela, sa carrière politique n’aurait d’ailleurs jamais existé. Elle est une pure héritière, qui a essentiellement bénéficié de son nom pour faire de la politique. (…)

La présidente du Fn a remplacé le juif cible de toutes les abjections, par un autre bouc émissaire : l’immigré de confession musulmane. Depuis 2011, Marine Le Pen a substitué la rage antisémite de papa et de beaucoup des fondateurs du FN, en une rage contre nos concitoyens musulmans, ce qui ne change pas fondamentalement la nature de ce courant politique ni de ce parti.(…)

Tout dans le FN, même « marinisé » reste d’extrême droite. Les termes qu’elle emploie, les thèmes qu’elle développe. Le ciblage systématique des étrangers comme responsables de la crise et du chômage. Sa haine des syndicats et du mouvement ouvriers organisé, c’est l’extrême droite. Lire la suite

Lettre ouverte à Marine Le Pen

La dirigeante du Front national a annoncé qu’elle envisageait de saisir la justice à chaque fois que son parti serait désigné comme un parti extrémiste. Pour Thomas Guénolé, politologue à Sciences-Po, l’analyse de l’idéologie du FN montre pourtant qu’il se situe bien à l’extrême droite. Il lui adresse une lettre ouverte.

Madame Le Pen,

Le mercredi 2 octobre, vous avez menacé de poursuites judiciaires quiconque dirait que le FN est d’extrême-droite. Pourtant, votre formation critiqua longtemps la loi Gayssot, qui rend illégaux les propos négationnistes, au motif que cette loi porterait atteinte à la liberté d’expression. C’est une incohérence intéressante.

Ce préalable posé, je vous écris cette lettre ouverte pour vous confirmer, sans aucune animosité personnelle, que le FN est bien un parti d’extrême-droite. De fait, si vous portez plainte, je serai à votre disposition pour vous le démontrer plus avant dans une salle d’audience.

Un constat de localisation dans le paysage politique

Le FN est d’abord d’extrême-droite car, contrairement à ce que vous prétendez souvent, ses idées sont celles d’une droite radicalisée, extrémisée. Le dire d’extrême-droite est donc un constat de localisation dans le paysage politique. De fait, on retrouve bien chez vous les quatre familles de la droite, mais toujours sous forme extrémiste.

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Le nazisme dans la peau

 Lorsque Gilbert Collard se dédouane en disant qu’il n’est pas encarté au FN, c’est surtout pour ne pas avoir à partager l’héritage, lourd en dérapages et autres détails de l’histoire, du papa de Marine. Et de nous repeindre la fifille en bleu avec une touche de blanc (bien blanc, s’il vous plaît, c’est si vite gris), manière d’achever la période de « dédiabolisation » pour entrer enfin dans celle de la respectabilité. La vente de chants nazis, la nostalgie du Troisième Reich, tout ça c’est fini nous jure-t-on par Ste Jeanne d’Arc.

Mais non mais non, maître Gilbert, il reste pas mal de boulot de nettoyage et c’est bien dommage, à l’heure où tous les partis s’occupent du leur, que le FN laisse partir en campagne et en son nom de bien tristes hères.

Par exemple au FN 51, dans la Marne, l’exemple dynastique des Le Pen semble avoir déteint sur la famille Erre qui, contrairement à ce que pourrait laisser entendre son nom, sait très bien où elle veut aller. C’est ainsi qu’aux cantonales de 2004 ils étaient trois membres de la famille à se présenter, puis six à celles de 2008 et encore cinq aux cantonales de 2011. Jusque là, puisque la cinquième république le permet, rien à redire, du moins pour ceux qui ont accepté que le FN soit un parti républicain comme les autres.

Or, la cuvée législatives 2012 de la famille Erre laisse partir au front un de ses rejetons en la personne de Bryan PUIREUX (un prénom très français).

L’affiche électorale (ci-contre) nous semble en raconter beaucoup par elle-même sur la posture identitaire du garçon.

Délit d’intention ou de faciès, direz-vous ? Plus si sûr lorsque le jeune frontiste Bryan se met torse nu pour montrer à ses potes ou sa chérie le magnifique tatouage qui couvre son dos.

Rien n’y manque, les avions Stukas, les fantassins nazis avec le drapeau à la croix gammée, les tanks, et surtout, dans un cadre d’ossements, la devise « Blut und Ehre ! » (Sang et Honneur) qui était celle des Jeunesses hitlériennes et ornait la lame de leurs poignards.

Le FN a changé, monsieur Collard ? On va attendre encore un peu avant de vous croire. Et vous laisser le temps d’expliquer au garçon (vous êtes avocat, non ?) que l’article R645-1 du Code pénal prohibe « le port ou l’exhibition d’uniformes, insignes ou emblèmes rappelant ceux portés ou exhibés par des personnes reconnues coupables de crime contre l’Humanité ». Et, de grâce, ne nous répondez pas que ce candidat fait campagne habillé et non pas torse nu ; votre défense convaincrait peut-être un prétoire acquis à votre cause s’il en existe, mais nous ne la trouverions pas moins des plus creuses.

Et comme votre néo-programme entend porter sur des « valeurs humaines », profitez-en pour parler aussi avec le papa et la maman du brillant Bryan. Il nous semble pour notre part qu’ils portent leur poids de responsabilité. Et sans trop tarder, mestre Gilbert. De préférence avant que le papa, un certain Pascal Erre, Conseiller régional de Champagne-Ardenne et secrétaire départemental de la Marne, ne reprenne la parole sur les ondes, comme samedi dernier en direct sur France 3 Champagne-Ardenne. Là, le Bryantissime papa a d’abord tenté de nier les faits avant de déclarer qu’il s’agit d’une «affaire purement familiale et privée » ou encore que «chacun a droit à disposer librement de son corps ».

Expliquez à ce monsieur Pascal que, peut-être, les limites de la vertu républicaine ne sont pas tout à fait celles du troisième Reich. Allez, beaux joueurs que nous sommes, nous vous donnons des éléments à sa décharge puisqu’il a fini par dire à l’antenne : « si ça s’avère exact, la première chose que je ferai… je vais demander sa suspension, son exécu… son exclusion… c’est inadmissible… ». Expliquez-lui qu’on lui pardonne le lapsus. On sait ce que c’est quand la langue fourche. Exécuter Bryan, tout de même, on ne lui en demande pas tant. Et quant à rencontrer toute la famille, profitez-en pour partager avec le garçon ce rappel fait par Philippe Le Claire dans l’article qu’il leur a consacré via le journal L’Union :

« Pour mémoire, la politique raciale est au cœur de l’idéologie nazie qui visait à régénérer la supposée race aryenne, notamment par la stérilisation puis élimination des handicapés, l’extermination industrielle des juifs, des tziganes, des populations polonaises, slaves, russes. Dans le détail, le bilan humain du IIIe Reich c’est 55 millions de morts, dont 12 millions dans les camps de concentration ; Reinhard Heydrich, adjoint de Himmler avait déclaré : « La solution finale du problème juif en Europe sera appliquée à 11 millions de personnes environ… », ils n’auront le temps d’en exterminer qu’environ six millions. Il faut y ajouter 35 millions de blessés du fait de la guerre, et encore 7 millions de travailleurs forcés ou d’esclaves, sur 20 millions d’étrangers contraints à travailler pour le IIIe Reich…

On ne peut impunément se revendiquer d’une telle idéologie sans insulter tous ceux qui en ont souffert et leurs descendants aussi. À méditer en ces temps de petits jeux électoraux… »

Si, si ! Y a encore du nettoyage à faire, cher monsieur Gilbert. Et vous ne pourrez pas dire que vous ne saviez pas.

 

Source : http://www.lunion.presse.fr/article/francemonde/tatouage-nazi-une-tache-sur-la-campagne-du-fn

Et : http://www.lunion.presse.fr/article/region/fn-de-la-marne-le-nazisme-dans-la-peau#comments-box

Un témoin du poignard de Le Pen nous a quitté

Mohamed Moulay est mort samedi 28 avril 2012, à Alger, d’une embolie pulmonaire. Il avait 67 ans. Son histoire était parue dans Le Monde du samedi 4 mai 2002, à la veille du second tour de l’élection présidentielle.S’il avait accepté de se confier c’était, disait-il,  « parce que la situation est grave. Un homme qui a les mains pleines de sang prétend entrer à l’Élysée. »

Mohamed Moulay avait perdu son père le 3 mars 1957.
Dans la nuit, une patrouille d’une vingtaine de parachutistes conduite, selon les témoins,
par un homme grand, fort, et blond, que ses hommes appellent  « mon lieutenant » et qui se
révèlera plus tard être Jean-Marie Le Pen, fait irruption au domicile des Moulay, un petit
palais de la Casbah d’Alger. Ahmed Moulay, le père, 42 ans, va être soumis à la « question »
sous les yeux de ses six enfants et de sa jeune femme.

Ceux qui ne connaissent pas l’histoire de ce poignard peuvent toujours la découvrir par notre article précédent et ceux qui veulent aller plus loin gagneront à regarder cette vidéo de 20 mn qui resitue le témoignage dans le contexte de la guerre d’Algérie.


Jean-Marie Le Pen et La Torture [1/3] Excellent ! par CatusJack

 

Le grand blond au poignard

Au matin du 3 mars 1957 Mohamed Cherif Moulay, 12 ans, découvre un poignard dans le couloir d’entrée de la maison familiale, dans la Casbah d’Alger. Accrochée à une ceinture de couleur kaki, l’arme git dans un recoin obscur. C’est un oubli des parachutistes français qui ont soumis la nuit précédente son père « à la question ».

Ahmed Moulay, 42 ans a été torturé à l’eau et l’électricité, en présence de ses six enfants et de son épouse, avant d’être achevé d’une rafale de mitraillette. Le supplicié a les commissures des lèvres tailladées au couteau.

Quand il trouve le poignard, Mohamed Moulay le cache dans le placard du compteur électrique de       l’entrée. Les parachutistes reviennent à deux reprises, les jours suivant, mettent la maison à sac. Pour rien. L’enfant se tait. Rania Moulay, elle, se rend au commissariat pour porter plainte. On lui dit : « votre mari est mort au cours d’un règlement de comptes entre fellaghas ».

Apprenant l’épisode, un père blanc, le père Nicolas, s’indigne et intervient. Les gendarmes finissent par ouvrir une enquête. « Pour qu’ils soient obligé d’admettre que ce n’était pas des fellaghas mais des militaires français qui avaient tué mon père, je leur ai donné la ceinture de toile kaki, mais pas le poignard que j’ai détaché de la ceinture et gardé » se souvient Mohamed Cherif Moulay, âgé aujourd’hui de 67 ans.

L’enquête n’aboutira jamais. Le poignard atterrit dans le buffet de la salle à manger ou il y restera jusqu’en 2003, date à laquelle l’envoyée spéciale du Monde à Alger réussit à le rapporter en France.

En acier trempé, long de 25 cm, il s’agit d’un couteau du type de ceux qu’utilisaient les jeunesses hitlériennes, fabriqué par des couteliers allemands de la Ruhr, selon l’enquête mené par le journaliste Sorj Chalandon. La lame porte le nom de J.A. Henckels, fabricant a Solingen. Le manche, en partie recouvert de bakélite noire, est incrusté d’un losange dont l’écusson est tombé dans les années 1970, à force d’avoir été manipulé par les enfants Moulay. Sur le fourreau de ce poignard on peut lire : J.M. Le Pen 1er REP. Cette pièce à conviction sera présentée à la 17eme chambre lors du procès en diffamation intenté par Jean Marie Le Pen contre le Monde le 15 mai suivant.

Cet article et rappel historique vient de (re)- paraître dans le hors-série du Monde (février-mars 2012) Guerre d’Algérie, Mémoires parallèles.