Pour en finir avec le marronnier des morts de froid

Sylvain, Lionel… premiers morts de froid 2014. Vous faites la Une… après plus de 425 morts de la rue en 2014. Un « SDF » mort à Douai, un autre à Paris… serait-ce une hécatombe ? Il y a 3 jours d’autres mouraient sans que l’on en parle !

Depuis le début de l’année 2014, Le Collectif Les Morts de la Rue a recueilli des informations concernant des personnes décédées. Nous ne pouvons encore affirmer de chiffres précis, mais le nombre de décès appris en 2014 dépasse actuellement 425 et nous continuons à en apprendre au jour le jour.

Parmi ces personnes, nous déplorons 3 morts de froid, 15 suicides,  la première cause de décès est bien la violence. Souvent accidentelle, parfois au cours d’agressions… 3 morts de froid sur 425 décès !

Ces trois personnes décédées récemment avaient des prénoms, des amis, comme les 425 autres. L’un d’entre eux était en fauteuil roulant à la rue et recherchait en vain un lieu d’hébergement. Nous partageons la peine de leurs proches, le scandale de leur mort.

Une petite fille prépare son lit pour la nuit

Mais nous souhaiterions que ce branlebas général des médias autour de ces décès par le froid se poursuive tout au long de l’année !

Chaque année, en écho à l’augmentation du nombre de personnes sans domicile, le grand froid amène comme une justification, les mêmes réponses publiques :

  • La mort de froid d’une personne « SDF » faisant l’évènement, attendu et guetté par les médias. Il arrive tard cette année. Il a failli ne pas exister en 2014… On ne pose pas la question des autres centaines de personnes mortes cette année à 49 ans en moyenne. Ni du fait que c’est vivre à la rue qui est  un scandale qui n’a rien de saisonnier, ni par le chaud ni par le froid. Et vivre à la rue tue toute l’année.
  • On entendra également : il y avait des places, il ne voulait pas y aller. Et du coup, sous-entendu : notre société fait tout ce qu’il faut, ce sont ces pauvres gens qui meurent par leur faute. On ne pose pas la question du manque criant de places qui a été dénoncé à plusieurs reprises cette année : le 115 a du mal à répondre au téléphone, et encore plus de mal à répondre à la demande d’hébergement.  Il n’est pas relevé que les personnes en situation de rue sont découragées de ces demandes au quotidien sans réponses, …
  • Et après les fausses bonnes propositions : faut-il emmener de force ces pauvres gens vers des centres d’hébergement, pour les sauver d’eux-mêmes ? durant ces périodes de grand froid… et les remettre dehors dès que la température remonte de quelques degrés. …

Ce n’est pas le climat qui tue. Ni l’été, ni l’hiver, ni le chaud, ni le froid. C’est vivre à la rue qui tue.  Le nombre de personnes à la rue augmente. Les enquêtes démontrent le manque d’hébergement et de logement. Quand à la motivation des personnes, le rapport de la Fondation Abbé Pierre montre que même en travaillant des personnes se retrouvent à la rue.

Si le froid vous intéresse ainsi, réveille votre sensibilité, vous apitoie, alors sachez que votre soutien est nécessaire toute l’année et non quand la température est négative. N’hésitez pas à rencontrer, écouter, être en lien avec ceux qui vivent toute l’année à la rue.

Le fait qu’il gèle fin décembre n’est en rien un évènement. C’est bien naturel sous nos climats.

Le collectif continuera de dénoncer la mort prématurée des personnes à la rue et souhaite que l’ensemble des responsables et acteurs politiques prennent leurs responsabilités dans ce drame.

Collectif Les Morts de la Rue

Bonus pour rappel

Les morts de la rue

« Le printemps fut l’automne et l’été fut l’hiver. L’automne arrive encor’, puis reviendra l’hiver.»

Sémaphores avait déjà fait suivre cette info l’année dernière, c’est ce que le jargon journalistique appelle un « marronnier ». Ça tombe bien, l’automne approche, ce serait bien qu’il y ait des marrons chauds pour réchauffer ceux qui en auront bien besoin, et des marrons tout court pour refroidir ceux qui en sont encore à croire que le changement c’est maintenant mais n’ont pas bougé le petit doigt depuis 2012. Non, la France n’est pas la Palestine ou la Syrie ; on n’y meurt pas sous les bombes, mais en terme de civilisation et d’humanité… ça ne vaut pas mieux.

Comme chaque année, le Collectif « Les morts de la rue » a édité son rapport et… c’est encore une fois une gifle et une grande honte pour la France. Le pays des droits de l’homme ne les étend pas jusqu’à celui d’avoir un toit où s’abriter du froid et, pour le moins, on peut encore constater combien il y a loin du droit à la réalité des choses.

C’est dans cette France, dont nombre de femmes et d’hommes politiques se plaisent à rappeler à la moindre occasion qu’elle est la deuxième puissance économique de l’Europe, la cinquième du monde… c’est dans cette France que des centaines de personnes SDF dont des enfants meurent chaque année dans la rue, comme au moyen-âge.

Oui, la France progresse ! Cette année, parmi ses sans domicile fixe, 15 enfants sont morts, là où ils n’étaient que trois en l’an 2012. Ils ont fait mieux que les adultes qui, eux, n’ont progressé que de 16% par rapport à l’année précédente ! Bravo les enfants, vous avez su crever mieux que les adultes !

Au total, 517 décès ont été recensés dans la rue annonce le Collectif, qui reconnait que les chiffres qu’il avance sont limités par le fait que ses données ne sont pas exhaustives, malgré leur veille et leur excellent travail de regroupement.

L’Inserm Cépi-DC pense que nous avons recensé entre 2008 et 2010 seulement 17% des décès de personnes « SDF ».

Si le pourcentage restait le même en 2013, il faudrait multiplier par presque 6 les décès que nous avons appris… soit plus de 2500 décès « SDF » par an. Leur moyenne d’âge d’environ 48 ans est un vrai scandale.

La rue n’est pas une fatalité.

Leur vie devait-elle s’achever là ?

Certaines personnes ont pu

être enterrées dignement

et en présence de leurs proches,

d’autres dans des conditions

parfois révoltantes.

 OBJECTIFS DU COLLECTIF LES MORTS DE LA RUE

  • Faire savoir que beaucoup de personnes qui vivent ou ont vécu à la rue en meurent.
  • Mettre en œuvre et développer les moyens et actions nécessaires :
    • pour la recherche, la réflexion et la dénonciation des causes souvent violentes des morts de la rue ;
    • pour des funérailles dignes de la personne humaine ;
    • pour l’accompagnement des personnes en deuil, sans distinction sociale, raciale, politique ni religieuse.
  • Nous apprenons chaque jour des décès de personnes « SDF ».
  • Age moyen : environ 48 ans
    Espérance de vie nationale : 80 ans.

En interpellant, en accompagnant ces Morts, nous agissons aussi pour les vivants

[FACEBOOK page : https://www.facebook.com/mortsdelarue]

Collectif Les Morts de la Rue

Le rapport « Dénombrer et Décrire »

Le Collectif Les Morts de la Rue publie son rapport sur les personnes SDF décédées en 2013.