La garde ne baisse pas

Organisé par le collectif 3A (Alternative à l’austérité), le meeting au gymnase Japy à Paris a réuni, mardi soir, les acteurs du mouvement politique, syndical et associatif décidés à dénoncer la loi Macron. Ils ont donné rendez-vous lors de la mobilisation intersyndicale du 9 avril.

Ne pas baisser la garde. C’est le principal message que voulaient faire passer les intervenants, représentant une mosaïque de la gauche et du mouvement social et associatif, réunis ce mardi soir au Gymnase Japy dans 11e arrondissement parisien. En cause : la loi Macron, passée en force grâce au recours au 49-3 à l’Assemblée nationale et en débat depuis mardi au Sénat.

« Qui un jour a voté la loi Macron ? Personne ! Qui a voté l’austérité ? Personne ! En 2012, nous avons voté pour l’inverse ! » Le ton est donné par Willy Pelletier, de la fondation Copernic, devant un parterre de plusieurs centaines de participants parmi lesquels a pris place notamment l’ex-candidat du Front de gauche à la présidentielle, Jean-Luc Mélenchon. « Si on est en mesure de faire descendre des centaines de milliers de personnes dans la rue on a une chance de faire reculer Macron », poursuit Karl Ghazi, responsable de la CGT Commerce de Paris. « Le problème, ce n’est pas de travailler plus mais de travailler moins pour travailler tous » renchérit, pour Sud Commerce, Laurent Degousee.

Côté institutionnel, ce sont « 480 amendements qui seront déposés par le groupe Front de gauche au Sénat, nous nous battrons pied à pied sur chaque article de la loi », promet le porte-parole du PCF, Olivier Dartigolles, plaidant pour « la reconstruction d’un imaginaire de gauche ». Gérard Filoche, membre du Parti socialiste, dénonce dans la loi outre la «  facilitation du droit de licencier », la volonté de détacher les contrats des salariés du Code du travail en modifiant l’article 2 064 du Code civil qui y fait référence. « Jusqu’ici, en échange de la subordination hiérarchique liée au contrat de travail, le salarié avait des droits inscrits dans le Code du travail, mais la loi Macron veut permettre la mise en place de contrats de gré à gré, détachés du Code du travail, donc des droits des salariés », s’indigne l’inspecteur du travail. Eric Coquerel, pour le Parti de gauche, s’est livré quant à lui à un comparatif des comportements des gouvernements grecs et français, très cruel pour le second, soulignant la soumission de François Hollande et Manuel Valls à l’austérité au plan européen quand Alexis Tsipras tente avec ses moyens de la combattre.

« Le budget 2015 est un budget d’austérité, le pacte de responsabilité est une injustice. La philosophie de la loi Macron est éculée, c’est celle de Thatcher qui veut faire croire que l’État est le problème et le marché la solution ! Sans changement de cap, notre pays court à la catastrophe d’ici deux ans », prévient de son côté Liêm Hoang-Ngoc, membre du bureau national du PS, qui redoute un remaniement ministériel « avec du rose foncé et du vert » sans véritable réorientation politique.

Malika Zédiri, qui défend les chômeurs dans l’Apeis, rappelle que « c’est moins d’un chômeur sur deux qui est aujourd’hui indemnisé, et le corollaire du chômage, c’est la précarité. Le chômage ça isole, ça fragilise, ça fabrique aussi du vote colère, du vote FN… »

Mobiliser pour faire bouger les choses. Magistrate, Évelyne Sire-Marin tient à rappeler que, bien que votée en 2006, la loi instituant le CPE a été abrogée, justement grâce à la mobilisation. La soirée de Japy sera en filigrane un appel au rassemblement le plus large possible. C’est à sa manière ce que relaiera Olivier Besancenot, du NPA, pour qui « il faut mener la bataille de la convergence. Si on veut se mettre à l’heure grecque ou à l’heure espagnole, il ne faut pas oublier que cette heure, elle a commencé sur le pavé ! » Coup d’envoi le 9 avril, pour la manifestation intersyndicale ?

Source : http://www.humanite.fr/qui-un-jour-vote-la-loi-macron-personne-570493

Informer n’est pas un délit

C’est une mobilisation sans précédent dans le monde du journalisme d’enquête. Des centaines de journalistes de la presse écrite, web et audiovisuelle française font cause commune contre un amendement de la loi Macron qui, en voulant instaurer un « secret des affaires », met gravement en péril la liberté d’informer. Chacun peut signer ici l’appel (lien en fin d’article).

 

Il y a un loup dans la loi Macron. Le projet de loi actuellement discuté à l’Assemblée nationale contient un amendement, glissé en catimini dans le texte, qui menace d’entraver le travail d’enquête des journalistes et, par conséquent, l’information éclairée du citoyen. Sous couvert de lutte contre l’espionnage industriel, le législateur instaure comme nouvelle arme de dissuasion massive contre le journalisme un « secret des affaires » dont la définition autorise ni plus ni moins une censure inédite en France. Lire la suite

Le travail en miettes

La loi Macron, les 35 heures, l’ANI, le taux écrasant de CDD, le travail intérimaire, le taux de chômage très élevé, le code du travail raboté de toute part, la justice prud’homale attaquée, la faiblesse des syndicats… Mediapart a fait le point avec ses invités, chercheurs comme acteurs de ces luttes.

Pour ceux qui n’ont pu suivre la soirée, Sémaphores en reprend deux parties. La première est une interview de Pierre Joxe. D’une grande clarté et d’une sincérité dont on aimerait qu’elle soit celle de tous les élus socialistes, l’ancien ministre dresse un état des lieux accablant.


Pierre Joxe : « La gauche n’a pas été élue pour… par Mediapart

Une autre partie de la soirée laissait la parole à des citoyens (si, si, ça change des « experts »). On pouvait y entendre :
Frédéric Dippah
, ancien chef d’entreprise prestataire de Chronopost qui s’est fait laminer par cette sous-traitance.
Christian Lahargue, ancien secrétaire CGT du CE de l’usine Continental de Clairoix.
Isabelle Maurer, au chômage, membre du Mouvement national des précaires et des chômeurs. En octobre 2013, sur France 2, elle avait renvoyé dans les cordes Jean-François Copé.
Karl Ghazi, responsable de CGT-commerce et du Clic-P, l’intersyndicale (CGT, CFDT, Sud, CGC et Unsa) qui lutte contre toute extension du travail dominical et du travail de nuit.


Le travail en miettes : état des luttes par Mediapart