dossier TRANSHUMANISME_volet 3/3

Pour partie, ce troisième volet ne se rattache qu’indirectement au transhumanisme mais il se propose de faire le point sur d’autres aspects de la politique googolienne, vue à travers la presse française récente. Mais auparavant, faisons un petit retour en arrière pour comprendre quelle est précisément la position française vis-à-vis du géant.

Le 29 octobre 2012, le président de Google Éric Schmidt débarque en France pour évaluer la situation. Il est reçu à l’Élysée par François Hollande. L’un des objectifs est d’instaurer un « droit voisin » au droit d’auteur, qui permettrait aux éditeurs de presse de réclamer une rémunération aux moteurs reprenant leurs articles. Cette « lex Google », telle qu’elle est surnommée par ses adversaires, bénéficie du soutien de la ministre de la culture de l’époque, Aurélie Filippetti.


Conférence de presse avec M. Eric SCHMIDT… par elysee

Nous n’allons pas reprendre le long article de Dan Israel (Mediapart, Comment la presse française a fondu face à Google), plus particulièrement axé sur l’immixtion de Google dans la presse (et pas seulement française), mais y relever tout de même quelques éléments qui devraient susciter plus d’inquiétude que de béatitude.

« Lors d’une rencontre spécialisée, le Forum de Tokyo le 2 décembre 2014, la secrétaire d’État au numérique (Axelle Lemaire), a appelé à passer du siècle du dadaïsme à celui du « dataïsme ». A l’image de cette formule plutôt incompréhensible, les pouvoirs publics ne savent pour l’heure pas sur quel pied danser face à cette immixtion du géant numérique dans tous les secteurs de la société. Ce n’est pas l’omniprésence brutale et despotique de Big Brother, non. Mais comme dans la fable prophétique de George Orwell, le triomphe du soft power de Google n’est envisageable que grâce à l’acceptation tacite de ses règles par ceux à qui il s’impose. Voire à leur franche et volontaire soumission à ce si doux règne.

A l’aune de ce cas d’école, il est nécessaire de lire l’ouvrage écrit par Eric Schmidt, le patron de Google, et Jared Cohen, le directeur de Google Ideas, intitulé The New Digital Age. Cet ouvrage, presque intégralement écrit au futur, décrit, dixit les auteurs des États-Unis de Google, « une utopie politique qui se distingue de presque toutes les autres utopies politiques jusqu’alors connues en ce qu’elle est prétendument apolitique. L’État, le gouvernement, le Parlement ? Ils ne jouent, dans cette utopie, qu’un tout petit rôle. Remplacés par quelque chose qui, d’après les deux hommes, est plus puissant, plus fiable, plus rapide – quelque chose de mieux, en somme, que la politique telle qu’on la connaît. Ils sont remplacés par la technique ».

Pourtant, comme l’écrivent les auteurs de United States of Google : « Aujourd’hui déjà, Google est plus puissante que tous les autres groupements industriels de la planète. C’est une puissance mondiale. Une puissance mondiale qui n’est représentée sur aucun atlas. Une puissance mondiale sans frontières. Une puissance mondiale à laquelle nous sommes pourtant déjà liés avec de grandes angoisses et de grands espoirs. Assurément, Google ne possède ni porte-avions, ni police, ni tribunaux, ni prisons. Seuls les États traditionnels ont ce genre de choses. Google n’écrit aucune loi. Et pourtant Google a du pouvoir, beaucoup de pouvoir. Car Google formule d’autres règles, qui régissent nos vies : du code informatique. »

Ajoutons à l’article de Dan Israel que si Google formule en effet d’autres règles, il le fait avec une force de frappe financière capable d’apaiser les voix les plus discordantes.

Signalons aussi, pour rester sur le sujet, cet autre texte (accès gratuit) d’Adrienne Charmet-Alix : Google, le rêve de vivre sans État
« l’entreprise met en cause les mécanismes politiques traditionnels – et se différencie aussitôt de la plupart des autres entreprises en ce qu’elle ne veut pas simplement voir grimper son chiffre d’affaire, accroître la valeur de ses actions, maximiser ses profits. Google veut bien plus que cela. Google veut diffuser une idéologie. »
« Google et de manière plus générale les grands services de l’Internet (le plus souvent californiens) sont en train de prendre, sans qu’on s’en rende compte, la place de l’État, des États, dans la gestion quotidienne de nos droits et libertés. Cette évolution quasiment invisible s’est faite avec l’assentiment tacite (parce que l’enjeu est incompris) des citoyens-internautes-clients, et avec la complicité aveugle des gouvernements qui, par manque de vision politique, ont cédé chaque jour davantage de terrain en croyant y trouver leur intérêt. Si, en moins de vingt ans, une entreprise comme Google a pu prendre une place aussi gigantesque dans le cœur même des usages et des infrastructures numériques, c’est qu’elle a su maîtriser son développement sur tous les fronts.

À lire ici : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/300715/google-le-reve-de-vivre-sans etat?utm_campaign=2868127&utm_medium=email&utm_source=Emailvision

google deleteEnfin ce volet ne serait pas complet sans rendre compte du litige actuel qui oppose la CNIL à Google sur le sujet du droit à l’oubli. En effet, le moteur de recherche refuse l’injonction de la Commission nationale de l’informatique et des libertés d’étendre le «droit à l’oubli» à l’extension .com.

Google dit non à la Cnil. Le moteur de recherche a annoncé qu’il refusait de se mettre totalement en conformité, arguant que l’instance française n’était pas compétente «pour contrôler» les informations accessibles à travers le monde.
«Nous respectons la position de la CNIL mais nous contestons par principe l’idée qu’une agence nationale de protection des données personnelles revendique une autorité à l’échelle mondiale pour contrôler les informations auxquelles ont accès les internautes à travers le monde», indique Google dans son billet. Article AFP à lire dans Libé : http://www.liberation.fr/societe/2015/07/30/google-refuse-le-droit-a-l-oubli-impose-par-la-cnil_1356543

Rappel pour qui aurait manqué le début : depuis le mois de mai 2014, et la publication d’un arrêt de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE), les internautes européens peuvent faire jouer leur « droit à l’oubli », ou plutôt droit au déréférencement.
En juin 2015, la Cnil avait mis en demeure Google de déréférencer les contenus sur toutes les versions du site, et pas uniquement sur les versions européennes, sous peine d’une amende pouvant aller jusqu’à 1,5 millions d’euros, rappelle Next Inpact. Pour la Cnil, les différentes extensions ne représentent que des « chemins d’accès » différents à un seul et même « traitement » des données. Le fait que des informations supprimées de certaines versions du moteur de recherche soient toujours accessibles sur d’autres est donc un manquement à la jurisprudence européenne, selon la commission.

La CNIL menace aujourd’hui d’une amende de 150 000 euros. On est sérieux, là ?

google341M

Mais on peut savoir par ailleurs que le droit à l’oubli ne fait pas l’unanimité même en France, l’occasion de glaner l’avis du même Laurent Alexandre présenté dans les volets précédents et de revenir à ce transhumanisme qui n’est pas la branche la plus glorieuse soutenue par la firme de Mountain View.

Comment l’innovation numérique va contrôler l’humanité

Interview par Stéphane SOUMIER, journaliste BFM

Bonus sémaphorien. Pour la petite histoire, ce dossier consacré à Google et au transhumanisme est né de la vision d’un documentaire coproduit par Arte et Cinétévé en 2012, réalisé par Philippe Borrel sur une idée originale de Noël Mamère. Ce film de 52 mn, « Un monde sans humains », n’est plus rediffusé et Arte ne propose qu’un lien pour se procurer le DVD (http://www.arte.tv/fr/un-monde-sans-humains/6968786,CmC=6968904.html ). Nous ne pouvons le diffuser dans ces pages pour des questions de droits mais nous ne doutons pas qu’il soit régulièrement visible sur Youtube sous le même titre « Un monde sans humains ».

Pour notre part, nous préférons conclure avec cette vidéo de notre ami et écrivain Alain Damasio, lors de son passage à Ted-X Paris, c’était le 6 octobre 2014. Avec un titre tel que« Très humain plutôt que transhumain », pas de doute, ça nous ressemble plus.

 

Grèce_le suivi

 Quoi ? Un référendum en Grèce ?

CIgw9ImWsAEkhrkCIgw9S_WcAAKV78CIgw9fqWwAAs7tl
Mais plus sérieusement, voici une petite revue des articles que vous avez peut-être manqués ce lundi 29 juin 2015.

Le spectre de la démocratie dans les couloirs de Bruxelles

Blog de Jacques Sapir dans Marianne

« On ne peut, et on ne doit, préjuger du résultat de ce référendum. Il est même possible que, devenu sans objet, il ne se tienne pas. Mais on doit souligner qu’il représente le retour de la démocratie dans un espace européen dont elle était absente. De ce point de vue, l’initiative prise par Alexis Tsipras représentait la dernière chance d’introduire de la démocratie dans le système européen.

Il est aussi probable que les partis d’opposition, que ce soit Nouvelle Démocratie ainsi que le Parti de centre-gauche La Rivière (To Potami) protestent et cherchent à empêcher par divers recours légaux ce référendum d’avoir lieu. On ne peut plus exclure le fait que ces partis, avec l’aide des nervis fascistes d’Aube Dorée, ne tentent de déstabiliser le gouvernement grec. Ces réactions sont exemplaires des comportements antidémocratiques qui s’épanouissent aujourd’hui en Europe. Ils apportent de l’eau au moulin d’Alexis Tsipras. On sent comment les acteurs européistes de ce drame sont aujourd’hui terrorisés par le spectre de la démocratie.
(…)
Tsipras ne doit ainsi pas s’attendre à un quelconque soutien de la part de François Hollande, renvoyé sans ménagement à sa propre médiocrité et à ses basses compromissions, ni de celle d’Angela Merkel dont la politique est la véritable cause de cette crise. Mais il peut s’attendre au soutien de tous ceux qui, en Europe, se battent pour la démocratie et la souveraineté. »
Lire la suite sur le blog de Jacques Sapir

*=*=*=*=*=*=*

Politis a choisi la bonne photo, accompagnée d’une aussi bonne question :

Voulez-vous vraiment être gouverné par ces gens ?

59575894-600x393-97aac_by Politis
« Il aura suffi d’une pichenette grecque, d’un simple bon vieux croche-patte à l’ancienne sous forme de référendum, pour que l’Europe laisse tomber ses derniers oripeaux de bienséance démocratique.
En témoigne cette réunion tragi-comique des ministres des Finances réunis en catastrophe le samedi 27 juin à Bruxelles, et qui vit la meute perdre totalement les pédales, désemparée et déchirée, ne sachant plus à quel saint financier se vouer, et allant jusqu’à exclure stupidement et par dépit, en toute illégalité, le mouton noir Varoufakis de sa très glauque cour de récré. »

« Une bande de petits dictateurs amateurs »

La suite sur Politis : http://www.politis.fr/Grece-quand-l-UE-perd-les-pedales,31726.html

*=*=*=*=*=*=*

o-EUROPE-facebook

Du côté de Mediapart, c’est le philosophe Étienne Balibar qui a initié un appel de solidarité. Il n’est pas en concurrence avec ceux déjà existants mais vise prioritairement le champ « culturel ».
« Le peuple grec n’a pas un problème avec l’Europe. Lui et nous avons un problème avec ce pouvoir « européen » qui asservit et détruit l’Europe !
Nous ne croyons pas que le peuple grec soit coupable du doublement de sa dette publique en moins de dix ans (1). Ni qu’il doive payer cette dette artificiellement gonflée du saccage de ses droits sociaux, du naufrage de sa démocratie.

Depuis des années les pouvoirs nationaux et supranationaux qui contrôlent l’Union Européenne lui infligent une austérité assortie de « réformes structurelles » qui ruinent son économie et l’enfoncent dans une misère croissante.
Aujourd’hui, le peuple grec dans un sursaut de dignité et de lucidité a donné une majorité électorale à une gauche radicale étrangère aux corruptions et aux compromissions d’hier, qui a formé un gouvernement dont le mandat est de repousser les diktats de la « Troïka » (FMI, BCE, Commission européenne) et d’appliquer une politique de rupture avec cette austérité criminelle.

L’objectif des classes dirigeantes européennes est, non pas d’obliger à rembourser une dette dont tout le monde sait qu’elle ne peut l’être, qui n’a pour fonction que de drainer les fonds publics vers les banques, mais de contraindre le gouvernement d’Alexis Tsipras et de Syriza à la capitulation. Cela afin de pouvoir continuer à étrangler le peuple grec, condamné à mendier indéfiniment des prêts de plus en plus onéreux, et de faire la démonstration aux yeux de toute l’Europe qu’il est impossible de s’attaquer aux banques, de contester le pouvoir absolu des classes dirigeantes, d’ouvrir une alternative à l’austérité…

Lire ici : http://blogs.mediapart.fr/edition/que-vive-la-grece/article/290615/la-grece-au-coeur-de-l-europe

232659Tsirpas2015Finalw

Alexis Tsipras

Épreuve des peuples sur le climat

Une large coordination internationale de mouvements sociaux, d’ONG écologistes, d’associations d’aide au développement, de syndicats et de groupes religieux s’associent dans un texte commun sur le climat.

« Tout indique que les résultats du sommet sur le climat de Paris ne seront pas à la hauteur des enjeux. Au contraire, il risque de légitimer les rapports de force actuels en faveur des élites, en ne proposant que des changements marginaux », s’inquiètent-ils.

Reuters, Mediapart et The Guardian publient conjointement ce texte.

Epreuve des peuples pour le climat

 

Dossier Kerviel_ le suivi

mise à jour 25 mai 2015

« Affaire Kerviel ». Un scandale d’État

Dominique Sicot Vendredi, 22 Mai, 2015 Humanité Dimanche

kerviel-societe-generale-plainteQui peut encore croire que Jérôme Kerviel est un trader fou qui a engagé 50 milliards d’euros sur les marchés – soit l’équivalent des fonds propres de la Société générale – à l’insu de ses supérieurs hiérarchiques ? Le témoignage de la commandante de police de la brigade financière chargée de l’affaire, en 2008 puis en 2012, révélé par Mediapart, dynamite le récit servi par la banque et complaisamment gobé tant par la justice que par les gouvernements qui se sont succédé depuis sept ans.

Cette commission avait constaté par exemple qu’en 2007 les « appels de marge » (sorte de dépôts de garantie) payés par la banque en contrepartie des paris pris par Jérôme Kerviel avaient engendré 25 milliards d’euros de flux de trésorerie – des sommes colossales qui ne pouvaient passer inaperçues. Ou encore qu’entre 2005 et 2007, l’activité de Jérôme Kerviel avait suscité 74 alertes internes, sans compter celles de partenaires extérieurs. À l’évidence, beaucoup « savaient » mais se taisaient, car jusqu’à la fin 2007 Jérôme Kerviel a fait gagner beaucoup d’argent à son employeur.

À lire sur l’Huma : http://www.humanite.fr/affaire-kerviel-un-scandale-detat-574812

mise à jour 20 mai 2015

D’abord quelques mots du principal intéressé…


Interview exclusive de Jérôme Kerviel: « Ce… par LEXPRESS

Ensuite cet entretien d’Eva Joly sur Mediapart, où l’on est bien obligé de noter ces mots qui font froid dans le dos :

« La justice est totalement démunie face aux banques. (…) Et ce n’est qu’un début. Avec le secret des affaires, il ne sera peut-être même plus possible de parler des banques du tout. »

L’ancienne juge d’instruction et ancienne candidate EELV à la présidentielle, Eva Joly, qui a dénoncé depuis longtemps les dysfonctionnements intervenus dans l’affaire Kerviel, revient sur les révélations de Mediapart. Tout comme l’avocat de l’ancien trader, elle demande elle aussi une révision du procès. Selon Eva Joly, la justice devrait prendre elle-même l’initiative de cette demande, afin de restaurer son honneur.

Le témoignage de la principale enquêtrice de l’affaire Kerviel est sans précédent dans l’histoire judiciaire. Que pensez-vous de ces révélations ?

Eva Joly. Entendre un enquêteur n’est pas exceptionnel. Il arrive même que ceux-ci soient appelés à témoigner à l’audience. Mais ce témoignage, il est vrai, est hors norme. Il faut le prendre très au sérieux. Nathalie Le Roy est une personne très professionnelle, très respectée. Elle ne comptait pas son temps quand je l’ai connue à la brigade financière. Elle incarne l’intégrité, l’honnêteté, le sens du service public. Il faut faire en sorte que cette parole soit entendue.
Il n’y a pas eu de procès équitable dans cette affaire. Ce n’est pas la faute des juges. Mais l’instruction a été orientée. Les enquêteurs ne peuvent pas tout connaître dans tous les domaines. Consciente qu’elle n’avait pas les moyens et les effectifs nécessaires, Nathalie Le Roy a choisi de faire confiance à une partie civile [la Société générale – ndlr] qui lui semblait coopérante. Ce n’est que plus tard, quand elle s’est rendu compte qu’elle n’obtenait pas les éléments qu’elle demandait, qu’elle a commencé à avoir des doutes.
L’enjeu était énorme pour la Société générale : il y avait 1,7 milliard d’euros d’avoir fiscal. Mais celui-ci n’existe plus, car il est probablement prescrit. Auparavant, il était possible de revenir pendant dix ans sur un crédit fiscal, si des faits délictueux étaient découverts. Mais cette procédure a été modifiée du temps de Nicolas Sarkozy. Maintenant, il y a prescription au bout de quatre ans, quelles que soient les circonstances. Lire la suite

Dossier Kerviel_le suivi

Juste un petit détail avant de parler de l’affaire Kerviel/Société Générale…

CFOt9GtWoAM6TOD

jk_avril2012_cop_Reuters

Pour entrer un peu dans les détails de l’affaire et entendre comment on peut être de gauche et prendre malgré tout la défense d’un ex-trader, nous renvoyons sur le dernier billet de Jean-Luc Mélenchon. C’est ici : http://www.jean-luc-melenchon.fr/2013/06/20/kerviel-est-innocent/

DBouton le 24_01_2008_copyright_Reuters

Daniel Bouton révélant les pertes de la Société générale, le 24 janvier 2008. © Reuters

A écouter Daniel Bouton, le PDG de la Société générale, le récit était presque parfait.
« C’est une histoire extraordinaire », a-t-il déclaré à la presse, allant même jusqu’à qualifier le coupable de « personnage de fiction« . « Ses motivations sont totalement incompréhensibles. Il ne semble pas avoir bénéficié à titre personnel de ces fraudes« , ajouta le patron de la banque française. Un génie du décodage donc, qui aurait créé une fiction d’entreprise, une banque dans la banque, d’où il passait ses ordres d’achat en les couvrant par des ordres fictifs, au nez et à la barbe de ses supérieurs, mais sans raison, pour la beauté du geste, une forme d’espièglerie numérique…
Billet intégral à lire sur le blog de Christian Salmon, qui analyse « la construction d’un coupable » : http://blogs.mediapart.fr/blog/christian-salmon/170515/affaire-kerviel-construction-dun-coupable#comment-6437375

Et pour les toujours pas abonnés à Mediapart, cet appel, signé Edwy Plenel, à une nécessaire révision du procès, suite aux révélations et à l’excellent article de Martine Orange.

« Car nous voulons croire que l’argent n’a pas définitivement détrôné l’homme, et que la France n’est pas encore devenue une banque. »

Pour la révision du procès Kerviel

De mémoire de chroniqueur des affaires judiciaires et policières, c’est un événement sans précédent. Voici donc un officier de police judiciaire, toujours en fonction au sein de la police nationale, qui affirme avoir été manipulé, au détriment de la vérité, dans une enquête particulièrement sensible. Il ne s’agit pas d’une confidence volée mais d’une déposition sur procès-verbal, faite dans le cabinet d’un juge d’instruction. Et loin d’être vague et incertain, ce témoignage est ferme et précis, accompagné d’informations vérifiables.

Chargée de l’enquête au tout début de l’affaire, en 2008, la commandante de police Nathalie Le Roy donne aujourd’hui raison à la version de Jérôme Kerviel, dès sa garde à vue, dont il n’a pas varié depuis. En substance, il reconnaît avoir commis les actes qu’on lui reproche mais dans le cadre d’un système pousse-au-crime, celui de sa banque, et d’une culture incitant au risque, celle de la spéculation. Il n’a pas, il n’a pu engager seul, tel un desperado de la finance, cinquante milliards d’euros – soit plus que les fonds propres de la Société générale !

Ce qu’affirme la policière, ce n’est pas seulement qu’un coupable manque à l’appel – la banque elle-même. C’est aussi que son éventuelle culpabilité pourrait innocenter le seul coupable désigné depuis le premier jour à l’opinion et à la justice par la Société générale, Jérôme Kerviel, que le PDG d’alors n’avait pas hésité à qualifier de « terroriste ». La force de ce témoignage est qu’il émane précisément de celle qui, dans un premier temps, accabla le trader et qui, depuis 2012, s’est mise à douter, puis à revisiter et, enfin, à remettre en cause ses propres conclusions initiales. Lire la suite

Valls est Charlie mais pas Coupat

« Nous autres, révolutionnaires, sommes comme retenus par les fils invisibles d’une tradition que nous craignons continuellement de trahir. […] Mais y a-t-il de plus grand risque, dans la situation actuelle, que de ne pas prendre de risque ? »

Près de sept ans après l’interpellation, au petit matin du 11 novembre 2008, de 15 membres du groupe de Tarnac (Corrèze), le parquet de Paris a rendu le 6 mai son réquisitoire définitif et demande le renvoi devant le tribunal correctionnel de trois militants pour terrorisme dont Julien Coupat.

Pourtant… Comme le rappelait Le Monde du 30mai 2009,  » François Hollande, alors président du conseil général de Corrèze, où se situe Tarnac, prenait position dans une tribune publiée sur Slate. Il estimait alors que « la qualification de terrorisme a été utilisée bien imprudemment » avant d’évoquer un « ratage policier » et une « palinodie judiciaire. »


MediaPorte : « Valls, il est Charlie mais pas… par Mediapart

à lire sur le sujet : http://www.mediapart.fr/journal/france/080515/tarnac-le-parquet-colle-la-version-policiere-et-veut-un-proces-pour-terrorisme

À rapprocher également du dernier article de Michel Deléan « La justice a peur de son ombre », où l’on apprend que « Avocats et journalistes n’auront aucun moyen de communication dans les salles d’audience du futur palais de justice de Paris, à cause d’un dispositif de brouillage.»
http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-delean/110515/la-justice-peur-de-son-ombre

Lu sur l’Humanité dimanche 10 mai

La maire de Tarnac dénonce « l’acharnement » judiciaire

« Cette soi-disant affaire tourne à l’acharnement ! » écrit dans un communiqué l’élue corrézienne du Front de Gauche. « On peut s’interroger sur la concordance entre cette annonce et la succession de lois sécuritaires depuis un an », ajoute-t-elle en les jugeant « dangereuses ». « Il ne faudrait pas que certains utilisent ce climat sécuritaire pour tenter de masquer les difficultés accumulées dans la procédure« , estime l’élue corrézienne.
Elle rappelle que deux des cinq personnes mises en examen et résidant à Tarnac, sur les huit militants, « sont des élus municipaux et font un travail sérieux au sein de notre équipe municipale pour le bien de tous les habitants ». Et d’ajouter que Tarnac, « depuis cette affaire, a repris son développement et porte aujourd’hui des projets utiles à tous ». Et « c’est bien cette image, qu’il faut retenir de notre commune, conclut-t-elle.

Par ailleurs, Julien Coupat était l’invité de Léa Salamé mardi 12 mai sur France Inter. Il a accepté pour la première fois de s’exprimer à la radio, sept ans après le début de l’affaire dite de Tarnac.


Julien Coupat : « Le 11 janvier c’est d’abord… par franceinter

Non à la surveillance de masse !

sur ecoute4 mai : Mediapart organise les «Six heures contre la surveillance»

Ce sera le lundi 4 mai, sur Mediapart, diffusé en direct de 16 h à 22 h : débats, interpellations, chroniques, chansons, duplex pour une opération exceptionnelle «Six heures contre la surveillance». A la veille du vote solennel des députés sur le projet de loi sur le renseignement, il s’agit de fédérer et relayer toutes les initiatives, de donner la parole à tous ceux qui s’inquiètent ou refusent un texte qui menace nos libertés individuelles et collectives.
Un nouvel acteur de poids vient de rejoindre le mouvement de refus de ce projet de loi du gouvernement sur la surveillance : il s’agit de la Fondation Mozilla, qui développe le navigateur Firefox. Près de 800 acteurs du numérique, parmi lesquels OVH, le plus grand hébergeur français, mais aussi Mediapart, ont signé un appel intitulé « Ni pigeons, ni espions ».
Capture_decran_2015-04-24_a_17.24.26

 

Les organisations qui appellent au rassemblement le 4 mai à 18h30, Place des Invalides.

Les organisations qui appellent au rassemblement le 4 mai à 18h30, Place des Invalides.

Petits bonus en attendant :

La résistance s’organise…

Comment faire rougir les futures sondes et autres boîtes noires du projet de loi sur le renseignement ? Tout simplement en les noyant avec une pluie de mots clefs étudiés pour exciter leurs jauges.
« Si les boîtes noires du gouvernement analysent tout ce que l’on écrit, on va leur donner de quoi analyser ! » Voilà comment Geoffrey Dorne et Cahnory introduisent leur petit plug-in pour Firefox ou Chrome. L’idée est simple : après installation, il rajoutera automatiquement des mots clefs « sensibles » à vos tweets et messages Facebook.
Sur-écoute est une extension pour navigateur dont le but est de lutter contre la surveillance de masse mise en place par la Loi Renseignement.

surecouteAinsi, chaque fois que vous écrirez sur Twitter ou Facebook, Sur-écoute publiera des mots-clefs considérés comme suspects pour les boîtes noires du Gouvernement 😉
« Le fonctionnement de cette extension est simple : les milliards de données citoyennes collectées chaque jour par les services de renseignement sont analysées notamment en fonction des mots que vous employez. Ainsi, si vous êtes allés en « Hollande » avec votre ami « Charlie » qui est un passionné de « drones » mais que vous êtes rentrés en « catastrophe » à cause du « virus » de la grippe, vous serez certainement analysé par l’algorithme comme une personne vraiment très dangereuse. Ainsi, l’extension sur-ecoute démontre l’absurdité de ce système en ajoutant des mots clefs « pertinents » à chacune de vos phrases. Si nous sommes tous surveillés, alors renseignons les renseignements ! »
Plus d’info et vidéo sur le site NextInpact, c’est ici : http://www.nextinpact.com/news/93935-loi-renseignement-extension-pour-faire-fumer-boites-noires.htm
Pour télécharger et installer l’extention « Sur-écoute ! » pour Chrome ou Firefox, c’est par là : http://sur-ecoute.org/

non_a_la_surveillance_de_masse

Israël-Palestine_le suivi

Une heure pour faire le point sur la situation Israël/Palestine, avec ceux qui savent de quoi ils parlent. Une rencontre passionnante animée par René Backmann et Edwy Plenel. Invités :

Leïla Shahid. Elle vient de quitter le poste d’ambassadrice de la Palestine à Bruxelles auprès de l’Union européenne, fonction occupée durant dix années. Elle avait été auparavant ambassadrice de la Palestine en France.
Charles Enderlin. Il est le correspondant de France 2 à Jérusalem depuis 1981 et l’auteur de nombreux ouvrages sur le conflit israélo-palestinien.

Israël-Palestine, la guerre comme seul horizon

 

François Maspero nous a quitté

Pourquoi se battre pour un monde meilleur si ce monde-là ne doit pas être plus beau, c’est-à-dire plus juste, plus fraternel mais aussi esthétiquement plus harmonieux ?

François Maspero est mort samedi chez lui, à Paris. Né le 19 janvier 1932, il avait 83 ans.

« Libraire, puis éditeur, enfin écrivain et traducteur, François Maspero, grande figure de la gauche intellectuelle de la seconde moitié du XXe siècle, a été toute sa vie un passeur de livres et de mots, menant tous les combats nécessaires, de la lutte contre la guerre d’Algérie à la recherche d’alternatives au capitalisme, en passant par le tiers-mondisme, l’anti-stalinisme ou le féminisme. »

C’est ainsi que commence l’hommage de Politis sous le titre « François Maspero : l’homme du partage ». Un hommage à un de plus qui s’en va, un de ceux dont la disparition ne laisse à mesurer que le vide qu’elle met en avant. Sémaphores ne peut qu’inviter ceux qui ne connaîtraient pas François Maspero à lire l’article de Politis (lien ci-après). On y découvre aussi que lors de l’exposition lui était consacrée en 2009 « François Maspero et les paysages humains », les intitulés des différents panneaux étaient éloquents : « Algérie », « Cuba si », « La solidarité des peuples colonisés (1955-1967) », « La longue marche des Noirs américains vers l’égalité », « Vietnam », « Palestine », « Les années 68 », et même « Amiante, 1977. Le collectif de Jussieu »…

Oui, c’était un homme de tous les combats et de tous les partages, sa part à l’élévation de la conscience politique aura été énorme.

L’article de Politis  lire ici  : http://www.politis.fr/Francois-Maspero-l-homme-du,8174.html

Bonus sémaphoriens :

François Maspero interviewé par Chris Marker. En 1970

En septembre dernier (2014) François Maspero était l’invité de Mediapart

 

Apologie et brouhaha

Rythm&News n°4. Apologie et brouhaha

Au milieu du brouhaha national, la Parisienne Libérée questionne son piano : quelle est cette idéologie guerrière qui n’en finit pas de prendre de l’importance ?

extraits

Je vous signale qu’au lendemain des assassinats de Charlie HebdoJean-François Chazerans, professeur de philosophie, a été suspendu pour des propos pédagogiques jugés « inadéquats » par sa hiérarchie. Je vous signale que dans la foulée de cette sanction disciplinaire, une plainte a été déposée contre lui pour «apologie du terrorisme». Je vous signale que tout cela se déroule dans la belle académie de Poitiers, en pointe dans les nouvelles méthodologies de repérage des élèves radicalisés par détection de leur habillement musulman. Je vous signale que Jean-François Chazerans, très soutenu localement, a un parcours philosophique et social et militant tout à fait digne d’intérêt, certes plus engagé et anticonformiste que celui de son zélé recteur Jacques Moret. Je vous signale que l’avocat de l’enseignant a pu consulter le dossier avant la commission disciplinaire qui se déroulera le 13 mars et n’y a pas trouvé d’élément concluant. Je vous signale, sur un plan plus théorique, que la construction d’un propos philosophique nécessite de pouvoir énoncer sans crainte des positions diverses et de formuler des hypothèses, éventuellement inadéquates, pour les confronter, y adhérer un temps et les contredire au besoin ensuite, ou l’inverse. Bref, philosopher implique de pouvoir s’exprimer librement afin d’élaborer une pensée complexe. Je vous signale que la traque obsessionnelle de l’apologie (du terrorisme ou de toute autre chose, d’ailleurs) implique logiquement l’interdiction pure et simple de philosopher. C’est une mesure envisageable, mais qu’il faudrait assumer plus clairement.

Je vous signale que la ministre de l’éducation nationale soutient qu’un petit garçon n’a pas été entendu au « poliçariat » pour apologie du terrorisme, tandis que son avocat dit avoir signé le PV de sa propre main. Je vous signale que celui des deux qui ment devra mettre fin à sa carrière rapidement. Je vous signale qu’un autre petit garçon a été dénoncé à tort par une responsable de cantine et je vous encourage à écouter le témoignage de son père. Je vous signale que la cantine en question est gérée par une municipalité Front national. Je vous signale aussi qu’une petite fille a été convoquée à la gendarmerie pour une phrase écrite dans une rédaction suite au signalement fait par une employée municipale. Je vous signale que cette municipalité est gérée par le Parti socialiste. Je vous signale qu’on a passé des menottes à un petit poisson de 14 ans pour une phrase qu’il avait prononcée en classe lors d’un débat. Je vous signale que dans le cadre de ce débat, l’enseignante aurait déclaré « Si tu penses ça, tu sors de la classe ». Je vous signale que tout cela corrobore ce que je disais plus haut : la traque de l’expression apologétique est contraire à la notion même de débat.

Comme je l’ai déjà signalé, on poursuit aussi des personnes dont les troubles psychiques sont avérés. C’est particulièrement dégueulasse.

Je vous signale que pendant ce temps, la France vend des avions militaires au régime répressif en Égypte et que des musclés se baladent sur la Zad de Sivens et aux alentours, armés de barres de fer et de manches de pioche, sans être inquiétés par la gendarmerie, dont ils prétendent être un club de soutien.

Je vous signale que selon un sondage du ministère de l’intérieur (réalisé par téléphone auprès d’un échantillon représentatif de terroristes ?) 90 % des personnes qui basculent dans des activités terroristes le font après avoir fréquenté internet. Je vous signale que si vous lisez ces lignes, vous êtes déjà sur la mauvaise pente.

Je vous signale que le blocage administratif du web, c’est-à-dire la censure de contenus sans recours au juge, vient d’entrer en vigueur en France. Je vous signale que vous pouvez écouter l’audition de Jérémie Zimmermann au Sénat ici et . Je vous signale que ce qu’il dit est exact, car je l’ai moi-même testé : le navigateur Tor s’installe effectivement en un clic, ce qui signifie concrètement que le contournement de la censure est à la portée de tout le monde (sauf peut-être de Bernard Cazeneuve, qui devra d’abord consulter ce tutoriel).

Je vous signale qu’Amnesty International trouve la définition de l’infraction d’apologie du terrorisme « vague ».  Je vous signale que ce sont des modifications très récentes de la loi qui permettent de multiplier ainsi les poursuites pour « apologie du terrorisme » et de recourir à des comparutions immédiates. Je vous signale que le Syndicat de la magistrature évoque à ce propos une « désastreuse justice, produite par la loi du 13 novembre 2014 ». Je vous signale que la notion même de terrorisme n’est pas particulièrement claire et que son usage concernant l’attaque de Charlie Hebdo est parfois jugé discutable. Je vous signale que cette nouvelle lubie politique et juridique qui consiste à poursuivre les « apologues » dissimule mal une incapacité manifeste à assurer la sécurité des personnes menacées, ainsi qu’une grave et déjà ancienne dérive de la France dans l’intolérance. Je vous signale que tout cela rentre en résonance de façon paradoxale avec les grands-messes nationales sur la liberté d’expression.

Je vous signale que la très néolibérale loi d’Emmanuel Macron, ce faux prodige jamais élu, est en passe d’être adoptée sans vote au parlement. Vous me direz peut-être que cela n’a rien à voir : détrompez-vous, je vous signale que c’est lié.

Soucieuse de participer à l’effort national, je terminerai cette introduction sur une note constructive et, je l’espère, conforme à l’esprit de mon époque, en signalant à l’attention de mes lecteurs une lettre modèle qui peut être recopiée et adaptée aux circonstances, puis envoyée directement au premier ministre. Si ce modèle policier et quelque peu daté ne vous convient pas, vous pouvez utiliser celui-ci ou celui-là qui sont très bien aussi.

Le Désordre des Familles. Lettres de cachet des Archives de la Bastille. A. Farge et M. Foucault (p. 265)

 

Chronique entière ici : http://www.mediapart.fr/journal/france/180215/rythmnews-n-4-apologie-et-brouhaha

 

Le pouvoir nous prend pour des couillons

Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne) : «Le pouvoir nous prend pour des couillons»

Nouvelle Donne revendique douze mille adhérents. Son créateur, Pierre Larrouturou, aujourd’hui co-président du mouvement, était l’invité d’Objections sur Mediapart.

Il écarte toute alliance avec le PS mais lance une invitation au Front de gauche et à Europe Écologie : «Prenons six mois pour construire un projet.»

 « Avec Stéphane Hessel, explique-t-il d’emblée, on est allés à Europe Écologie, après avoir quitté le PS, parce qu’on pensait qu’Europe Écologie allait avoir un autre rapport à la politique, permettre au citoyen de s’exprimer, et on a été déçus. Si on a créé Nouvelle Donne, c’est qu’on a l’impression qu’il y a besoin de quelque chose de vraiment nouveau. »


Pierre Larrouturou (Nouvelle Donne) : « Le… par Mediapart

« Pour nous, la vie politique ne se réduit pas aux élections. Dans les six mois, on va lancer une grande campagne, une bataille culturelle expliquant comment on peut sortir du chômage et de la précarité. On pense que si les libéraux sont arrivés au pouvoir c’est d’abord qu’ils avaient gagné une bataille culturelle. Et donc nous, puisque l’UMP et le PS ont tout fait pour faire croire que le progrès social est impossible, on va publier cent mille exemplaires d’un petit bouquin que tout le monde pourra lire en un week-end. On va former nos douze mille adhérents. L’essentiel pour nous, c’est de montrer que “pour de vrai” on peut sortir du chômage, de la précarité, que “pour de vrai” on peut changer l’Europe. Mais en même temps, on ne va pas faire une croix sur les départementales, et je crois qu’il y a cinquante endroits où il y a des candidats de Nouvelle Donne, parfois tout seuls, parfois avec des alliances, comme à Grenoble. »

« Avec qui ? demande Mediapart. Vous pourriez envisager d’avoir des alliances locales avec le PS ? »

La réponse est un réquisitoire : « Non, je pense que non. On a des amis au PS, mais la démocratie a besoin de clarté . Aujourd’hui s’allier avec le PS n’a pas de sens (…) Le PS n’apporte plus rien, et il aggrave les problèmes. Tout ce qui est fait depuis deux ans, ou presque tout, est dramatique. Je suis allé quinze fois à l’Élysée, et quinze fois à Matignon, et c’est juste honteux… Ils le savent que ça ne peut pas marcher ! On nous prend pour des couillons ! On a l’impression que ce gouvernement s’écrase devant les lobbies. »

« Dès lors avec qui s’allier ? » interroge Mediapart.

« On n’est pas dans un système d’alliance, objecte Pierre Larrouturou. Il faut d’abord faire connaître nos idées. Jean Jaurès disait que la politique, c’est des idées simples qu’on répète simplement jusqu’à ce que tout le monde comprenne que ça peut marcher. Il faut user le doute comme on fatigue la salade. Si on continue à compter sur le PS et sur l’UMP pour sortir de la crise, on va à la catastrophe. »

 

le FN et la liberté de la presse

La Société des journalistes de Mediapart condamne l’agression de deux de ses journalistes par des responsables du micro-parti de Marine Le Pen, alors qu’ils faisaient leur travail d’enquête dans des conditions tout à fait claires et transparentes. Des menaces de mort ont été proférées. C’est inadmissible. Cela s’ajoute à l’exclusion systématique par le Front national de nos journalistes de ses événements politiques et militants. La SDJ de Mediapart, solidaires de ses journalistes, en appelle à la vigilance démocratique face à de telles atteintes aux libertés publiques.

 

La violence du FN contre la liberté de la presse

06 février 2015 |  Par Edwy Plenel

Edwy Plenel

« Je vais te tuer » : c’est ainsi qu’un proche de Marine Le Pen s’est adressé, en la menaçant physiquement, à notre consœur Marine Turchi, qui suit l’extrême droite à Mediapart. Loin d’être anecdotiques, ces faits ne sont pas sans rapport avec l’interdit proclamé par le Front national à l’encontre de notre journal en ligne, au mépris du respect du pluralisme de la presse.

Vendredi 30 janvier, vers 16 heures, Marine Turchi et Karl Laske se rendent, dans le seizième arrondissement de Paris, au siège des diverses sociétés d’Axel Loustau, le trésorier de « Jeanne » le micro-parti personnel de la présidente du FN. Ils sonnent, entrent, demandent à parler aux dirigeants et déposent leurs cartes de visite après qu’on leur ait répondu qu’ils étaient absents. Cette démarche s’inscrit dans notre enquête au long cours sur la part d’ombre financière de l’extrême droite et, plus précisément, sur des virements et des sorties d’argent en liquide qui intriguent la justice. Lire la suite

Informer n’est pas un délit

C’est une mobilisation sans précédent dans le monde du journalisme d’enquête. Des centaines de journalistes de la presse écrite, web et audiovisuelle française font cause commune contre un amendement de la loi Macron qui, en voulant instaurer un « secret des affaires », met gravement en péril la liberté d’informer. Chacun peut signer ici l’appel (lien en fin d’article).

 

Il y a un loup dans la loi Macron. Le projet de loi actuellement discuté à l’Assemblée nationale contient un amendement, glissé en catimini dans le texte, qui menace d’entraver le travail d’enquête des journalistes et, par conséquent, l’information éclairée du citoyen. Sous couvert de lutte contre l’espionnage industriel, le législateur instaure comme nouvelle arme de dissuasion massive contre le journalisme un « secret des affaires » dont la définition autorise ni plus ni moins une censure inédite en France. Lire la suite

À qui appartient votre journal


À qui appartient votre journal ? par Mediapart

Mediapart repart en campagne pour consolider son indépendance, en invitant un public encore plus large à nous rejoindre. Dans l’époque incertaine que nous vivons, la démocratie a besoin d’une presse qui aide à réfléchir en informant, plutôt que de médias qui attisent les peurs en inquiétant.

Sémaphores partage autant que faire se peut des articles de Mediapart à l’attention de celles et ceux qui n’y sont pas abonnés mais, dans le contexte actuel de l’état de la presse en général, et de la presse de qualité en particulier, nous ne pouvons qu’inciter une fois de plus à rejoindre les rangs des Médiapartiens

En savoir plus ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/la-redaction-de-mediapart/110115/mediapart-seuls-nos-lecteurs-peuvent-nous-acheter

 

Affaire Piketty : histoire d’une amnésie collective

Pour ceux qui l’auraient raté sur Mediapart, le dernier billet de Hubert Huertas, qui remet quelques pendules à l’heure et des médailles à leur place.

« Des artistes, des savants, des acteurs publics qui refusent la légion d’honneur, il y en a des dizaines, pour des motifs les plus divers. L’indépendance, comme Edmond Maire l’ancien patron de la CFDT ; la protestation, comme la chercheuse Annie Thébaud-Mony en 2012 ; la colère, comme Hector Berlioz à qui l’État devait de l’argent ; le haussement d’épaules comme le dessinateur Jacques Tardi en 2013 ; Georges Brassens en son temps, se moquant du « fatal insigne qui ne pardonne pas », ou Léo Ferré dénonçant « ce ruban malheureux et rouge comme la honte ». Claude Monet, Georges Bernanos, Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir, Albert Camus, Georges Sand, Pierre Curie, à chaque refus son anecdote et son bon mot.

La différence avec Piketty, c’est que l’État n’a pas écrit de roman avec Georges Sand, n’a pas cherché avec Pierre Curie, n’a pas chanté avec Brassens ou Ferré, ni dessiné avec Tardi, alors que le candidat François Hollande n’avait à la bouche que « la grande réforme fiscale » inspirée par un économiste en vue, dont le nom circulait sur toutes les lèvres.

Thomas Piketty, dans la campagne victorieuse de François Hollande, de l’automne 2011 au printemps 2012, ce n’était pas un conseiller parmi tant d’autres, c’était l’inspirateur, et la caution. La preuve que les quelques hardiesses économiques du candidat n’étaient pas improvisées. Si l’équipe entourant le futur président, et si le candidat lui-même promettaient d’agir sur la relance en pleine période de crise, c’est qu’une répartition plus juste de l’argent public recueilli par l’impôt allait créer un choc de confiance. À chaque question sur le déficit, ou sur la faisabilité de telle ou telle mesure, François Hollande répondait par « la grande réforme fiscale », et cette grande réforme fiscale, avec, entre autre, la fusion de la CSG et de l’Impôt sur le revenu, était issue des travaux de Thomas Piketty…

“Piketty”, c’était le Sésame, un mélange de magie et de science… La réponse globale et la réponse à tout.

Après les élections, la réponse globale s’est transformée en une succession d’ajustements qui ne répondaient qu’aux exigences de la droite et des organisations patronales, et le Sésame fut renvoyé à ses chères études, ses conférences, ses critiques, puis son best-seller mondial, tandis que le nouveau Président se consacrait aux 20 milliards d’allègements de charge du CICE, puis aux 40 milliards du pacte de responsabilité.

La grande réforme fiscale fut vaguement évoquée par Jean-Marc Ayrault en décembre 2013 avant d’être définitivement enterrée par la nomination de Manuel Valls au printemps 2014.

Si bien que l’attribution de cette Légion d’honneur apparaît, au seuil de 2015, comme une brassée de fleurs et de couronnes jetées sur la tombe d’une promesse, plutôt que l’aboutissement d’une carrière au service de la Nation… Geneviève Fioraso, la secrétaire d’État chargée de l’enseignement supérieur, à l’origine de cette proposition, aurait pu deviner que cette “récompense” ne chatouillerait pas la vanité du bouillant Piketty, mais l’agacerait plutôt.

Elle n’a pas réalisé. Elle n’a pas mesuré la dimension symbolique de cette décision a priori anecdotique, et elle n’est pas la seule. Quand l’affaire a éclaté, c’est tout le gouvernement qui a semblé frappé d’amnésie. Piketty n’était plus l’homme qui avait travaillé avec les ministres d’aujourd’hui, autour du candidat devenu Président, il était un intello, une espèce d’allumé, une star de l’édition dont on moquait les caprices…

Pour l’excellent Stéphane Le Foll, porte-parole du gouvernement, il y a d’un côté quelqu’un « qui a des idées intéressantes mais qui est un chercheur dans son bureau, qui fait des calculs », et de l’autre « la politique, qui est confrontée à la réalité ». Ah bon… Donc, François Hollande ne faisait pas de politique pendant sa campagne présidentielle !

Pour le secrétaire d’État Thierry Mandon, la réforme fiscale de Thomas Piketty est simplement inapplicable. Ah bon… Une réforme peut donc être inapplicable et promise à la fois !

Pour Axelle Lemaire, secrétaire d’État chargée du numérique, Thomas Piketty « confond peut-être le fait qu’une légion d’honneur est une récompense pour un mérite reconnu par la Nation, et pas une adhésion à une politique économique »… Ah bon. Donc, François Hollande n’adhérait pas au discours de sa campagne.

De bout en bout, de l’attribution de la médaille aux éléments de langage distillés dans les médias, le gouvernement et le Président se retrouvent confrontés à eux-mêmes, dans une sorte d’amnésie collective, et c’est ce face-à-face avec soi-même qui donne son côté accablant à cette affaire au départ insignifiante.

Pire encore. En opposant le mauvais coucheur Piketty au bon récipiendaire Jean Tirole, prix Nobel d’Économie, qui a accepté la médaille, les ministres confirment leur virage politique, c’est-à-dire la “trahison” que leur reproche le Front de gauche, la plupart des écologistes, et les frondeurs du PS. Car Tirole, pour Nobelisé qu’il soit, n’est pas un homme de gauche. Il a dû frémir au discours du Bourget (« mon ennemi, c’est la finance ») inspiré par Piketty. Jean Tirolle, le nouveau compagnon de route, est d’abord un libéral, et c’est lui le bon élève.

Pour compléter le tableau, notons encore ce “détail” de l’histoire… L’année éditoriale de la France a été marquée par deux livres. La vengeance de Valerie Trierweiller, et les errances d’Éric Zemmour. Tout le monde en parle parce qu’ils se sont beaucoup vendus. Le succès de Zemmour serait même un symptôme de l’extrême droitisation de la société française. Or Piketty, dans un pavé de 900 pages, publié en 2013, un ouvrage exigeant qui démonte les excès d’un libéralisme tout puissant en Europe, a vendu trois fois plus, et que trouve à déclarer le gouvernement PS, vexé : que cet économiste ferait mieux de retourner à ses chères études.

Si ce n’est pas un divorce, c’est carrément une fracture.

 

En bonus sémaphorien, cette vidéo qu’il est de bon ton de ressusciter pour mieux comprendre le billet précédent. Nous sommes en 2011, avant l’élection de François Hollande et le discours du Bourget. On pouvait encore y croire, même si on devine en filigrane au fil de cet entretien Piketty-Hollande combien était déjà contenue la trahison qui allait venir. La révolution fiscale n’aura pas lieu sous ce gouvernement, maintenant on en est sûr.

Hollande – Piketty et la révolution fiscale


Hollande – Piketty et la révolution fiscale 1-2 par Mediapart

 

Le travail en miettes

La loi Macron, les 35 heures, l’ANI, le taux écrasant de CDD, le travail intérimaire, le taux de chômage très élevé, le code du travail raboté de toute part, la justice prud’homale attaquée, la faiblesse des syndicats… Mediapart a fait le point avec ses invités, chercheurs comme acteurs de ces luttes.

Pour ceux qui n’ont pu suivre la soirée, Sémaphores en reprend deux parties. La première est une interview de Pierre Joxe. D’une grande clarté et d’une sincérité dont on aimerait qu’elle soit celle de tous les élus socialistes, l’ancien ministre dresse un état des lieux accablant.


Pierre Joxe : « La gauche n’a pas été élue pour… par Mediapart

Une autre partie de la soirée laissait la parole à des citoyens (si, si, ça change des « experts »). On pouvait y entendre :
Frédéric Dippah
, ancien chef d’entreprise prestataire de Chronopost qui s’est fait laminer par cette sous-traitance.
Christian Lahargue, ancien secrétaire CGT du CE de l’usine Continental de Clairoix.
Isabelle Maurer, au chômage, membre du Mouvement national des précaires et des chômeurs. En octobre 2013, sur France 2, elle avait renvoyé dans les cordes Jean-François Copé.
Karl Ghazi, responsable de CGT-commerce et du Clic-P, l’intersyndicale (CGT, CFDT, Sud, CGC et Unsa) qui lutte contre toute extension du travail dominical et du travail de nuit.


Le travail en miettes : état des luttes par Mediapart

 

Snowden, Amnesty et les droits humains

Le lanceur d’alerte américain Edward Snowden, ancien sous-traitant de la NSA ayant révélé l’étendue de ses pratiques de surveillance d’Internet, fera sa première apparition publique en France, par vidéoconférence, le 10 décembre.

M. Snowden prendra la parole, depuis la Russie où il a obtenu l’asile, à la Gaîté Lyrique, dans le 3e arrondissement de Paris, à l’occasion d’un événement organisé pour la journée internationale des droits de l’homme par Amnesty International avec le soutien du Monde, de Mediapart et d’Arte.

Outre un concert et la projection d’un film, deux tables rondes seront organisées au cours de cette journée, notamment sur le thème de la « surveillance des données et respect de la vie privée.

Source Le Monde

Refuser de fermer les yeux sur les violations de droits humains dont trop de personnes sont victimes, c’est déjà contribuer à les faire reculer.
À partir du 3 décembre, Amnesty International lance 10 jours pour signer, sa campagne annuelle de mobilisation. Les citoyens du monde entier sont invités à agir pour des personnes dont les droits fondamentaux sont bafoués et à faire de leur regard une arme contre les violations des droits humains.
Dès le 3 décembre, nous comptons sur vous pour agir sur 10jourspoursigner.org et lors des évènements organisés par nos militants dans plus de 200 villes en France.
LE 10 DECEMBRE EN COMPAGNIE D’EDWARD SNOWDEN
Le 10 décembre à la Gaîté lyrique (Paris), journée internationale des droits de l’homme, venez participer aux tables rondes  » Torture et sécurité : le modèle américain  » et  » Surveillance des données et respect de la vie privée « . Edward Snowden y sera en téléconférence ouverte au public pour la première fois en France.
Cet évènement est ouvert à tous dans la limite des places disponibles et pourra aussi être suivi en direct sur notre chaîne Youtube.
La journée se terminera par un concert d’Emily Loizeau, « Piano-Cello Tour ». Réservez votre place (12 €)
LA PLUS GRANDE MOBILISATION MONDIALE ANNUELLE EN FAVEUR DES DROITS HUMAINS
En 2013 dans le monde, 2,3 millions d’actions ont été réalisées dans le cadre de cette campagne annuelle : pétitions, courriers aux autorités, messages de soutien, en provenance de 140 pays.
Notre mobilisation change des vies
Fin 2013, Jabeur Mejri en Tunisie, Yorm Bopha au Cambodge, Nguyen Tien Trung au Vietnam, Vladimir Akimenkov et Mikhaïl Kosenko en Russie, étaient tous en prison : tous ces prisonniers d’opinion sont aujourd’hui libres, et notre mobilisation collective y a largement contribué !
Nous comptons sur vous !

Il n’y a pas de journalistes à Mediapart

Alors que son congrès se tiendra à Lyon les 29 et 30 novembre, le Front national a refusé lundi d’accréditer Mediapart et « le Petit Journal » de Canal Plus. Les raisons ?

Une source au FN a confirmé à l’AFP que Mediapart n’était pas accrédité, en justifiant : « Il y a beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde. »

« Le vice-président du FN, Florian Philippot, a donné une tout autre explication de ce refus d’accréditer les deux médias, lundi soir, sur i-Télé : « Ce n’est pas nouveau… On accepte au congrès du Front national les militants du Front national et les médias, on n’accepte pas les militants des autres partis. Ce sont des militants, il faut l’assumer. En tout cas, ce sont des militants anti-Front national (… ) Ce ne sont pas des médias, ce ne sont pas des journalistes. »

Ben dis-donc, s’il n’y a pas de journalistes à Mediapart, cher Florian, faudra nous dire où. Chez Minute, peut-être ?

Marine, elle, livre encore une autre explication : sur Twitter, lundi soir, elle se défend de vouloir écarter certains médias, tout en évoquant des « médias hostiles », parmi lesquels elle place l’Agence France-Presse (AFP) : « Nous ne refusons pas l’accès du #CongrèsFN aux médias hostiles : la preuve M. Daudin de l’AFP, entre autres, est accrédité. MLP »

Outre Canal Plus et Mediapart, le Front national refuse aussi ponctuellement l’accès à ses événements à d’autres journalistes, notamment dans ses villes : exemples avec France Info et L’Express à Fréjus ; Le Ravi au Pontet, ou encore un photographe de l’AFP, qui n’avait pas reçu l’aval de la direction du FN pour assister à une conférence de presse, en décembre 2012.

Re-ben-dis-donc, qu’est-ce que ça donnerait comme presse libre si le F-Haine accédait au pouvoir !

Au fait, chère Marine, ton ami Franz Shonhuber, il est accrédité ?

Bonus pour les amis Lyonnais (et ceux qui voudront s’y joindre :

Rémi Fraisse_la faute des gendarmes et le mensonge de l’Etat

Les raisons de contester l’utilité du barrage de Sivens.


Les raisons de contester l’utilité du barrage… par Mediapart

Qui va démissionner ?

Le gendarme qui a lancé la grenade ?

Le chef qui a donné l’ordre ?

Le préfet du Tarn qui a voulu une extrême fermeté (pour défendre des intérêts privés en toute opacité) ?

Le ministre de l’intérieur (ou de la défense) qui est responsable des actes de ses troupes ?

Le premier ministre qui est le chef du gouvernement et défend prioritairement la chaîne ci-dessus ?

Le président qui est supposé défendre la démocratie, l’égalité, la liberté et la fraternité ?

Ou tous ceux-là en même temps ?

*=*=*=*=*=*

Sivens: la faute des gendarmes, le mensonge de l’État

06 novembre 2014 |  Par Michel Deléan

L’État l’a su immédiatement et l’a caché: c’est bien une grenade offensive qui a tué sur le coup dans la nuit du 25 au 26 octobre Rémi Fraisse. D’après les premiers éléments de l’enquête et des témoignages de gendarmes mobiles, une longue chaîne de responsabilités a abouti à la mort de l’étudiant écologiste. Le gouvernement a tenté durant quarante-huit heures de brouiller les pistes.

«Grenade ! », crie le chef J. à l’attention de ses hommes, en joignant le geste à la parole. Des grenades offensives (OF) de ce type, la plupart des gendarmes mobiles avouent ne jamais en avoir lancé. Ce sont des armes de guerre, que seul un gradé peut projeter, et encore : dans certains cas bien précis, et seulement en les jetant à terre, prévoit le règlement. Mais cette nuit du 25 au 26 octobre, dans la forêt de Sivens, environ 40 grenades de type OF sont lancées par les militaires, sur un total de plusieurs centaines d’engins divers utilisés.

(…)Très vite, en tout cas, vers 2 heures du matin, la zone a été éclairée au projecteur, et le corps de Rémi Fraisse récupéré. Et en langage militaire, il a été « rendu compte » immédiatement au commandant d’escadron, et donc au préfet, au procureur, puis aux ministres de tutelle (intérieur et justice).

Discrètement, un premier examen médico-légal de Rémi Fraisse est pratiqué deux heures à peine après sa mort dans une morgue d’Albi. Le médecin qui examine le corps conclut immédiatement à un décès provoqué par une explosion, mais on n’en savait rien jusqu’ici. Des photos sont alors faites du cadavre. Il ne reste rien ou presque du sac à dos de Rémi Fraisse. Ce dimanche 26 octobre, l’État sait déjà tout ou presque du drame, mais va choisir de feindre l’ignorance et de minimiser pendant 48 heures.

(…) le matin précédant le drame, à 9 h 30, une réunion entre officiers est organisée à Gaillac, dirigée par le lieutenant-colonel Andreani, qui commande le groupement du Tarn. Il est alors décidé ceci : créer une « zone de vie » sur le chantier de la forêt de Sivens, et « tenir le site ».

(…)Dans un rapport de 7 pages, daté du 27 octobre, le professeur Telmon et le docteur Savall, du CHU de Toulouse, détaillent les blessures fatales provoquées par l’explosion d’une grenade offensive tirée par les gendarmes mobiles au cours des incidents.

Dans la « région dorsale haute du dos » de Rémi Fraisse, ils constatent « une large perte de substance de 16 cm sur 8 cm, à disposition quasi horizontale, atteignant la cavité thoracique, présentant à son extrémité inférieure de multiples dilacérations sur 3,5 cm de haut ». Les légistes font également état d’une « dilacération du lobe supérieur du poumon gauche et un fracas de la partie postérieure de la région thoracique haute, intéressant les omoplates, les arcs postérieurs des côtes et le rachis avec disjonction rachidienne du niveau T5/T6 avec rupture du cordon médullaire en regard ».

En clair, le jeune homme a eu une partie de la colonne vertébrale et de la moelle épinière arrachées par l’explosion, et il est très certainement mort sur le coup.

À lire aussi

Très bel article d’Edgar Morin dans Le Monde : http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/11/04/remi-fraisse-victime-d-une-guerre-de-civilisation_4517856_3232.html