Les 50 ans du Procès d’Auschwitz

En Allemagne comme ailleurs, les gens n’aiment pas trop se souvenir de ce genre de date, surtout pas à quelques jours de Noël.

Nous non plus à Sémaphores, mais les dates sont les dates, et il nous plairait encore moins de nous soustraire à un devoir de mémoire, surtout à l’heure d’une recrudescence de formations ouvertement néo-nazies en Espagne, en Grèce, en Hongrie, etc. Non, la bête immonde n’est pas morte et son ventre est encore fécond.

Que soit ce modeste hommage à Fritz Bauer, initié par le blogueur Kai Littmann.

Le 20 décembre 1963 s’ouvrait le «Procès d’Auschwitz» à Frankfurt, un des moments les plus pénibles dans la conscience collective allemande. Seulement 18 ans après la fin de nazisme, 211 survivants du camp de concentration d’Auschwitz témoignaient contre 22 personnes portant des responsabilités à des degrés différents pour l’assassinat de centaines de milliers de victimes des nazis : juifs allemands et européens, roms, homosexuels, prisonniers politiques et d’autres.

Fritz Bauer

Ce procès avait été initié par le procureur général de Frankfurt, Fritz Bauer, issu d’une famille juive ayant réussi à quitter l’Allemagne à temps. Rentré après la guerre, animé par la volonté de faire connaître la vérité au monde, il organisait ce procès géant.

« Pour les 211 survivants, le témoignage était un supplice. Face à face avec leurs tortionnaires, ils vivaient le cauchemar suprême une deuxième fois, comme en témoignent les enregistrements audio de ce procès qui sont difficiles à supporter. Encore plus insupportable était l’attitude des accusés. Laissés en libertés, ils se baladaient devant le tribunal, en riant et en blaguant et aucun mot d’excuse, aucun remord ne leur échappait pendant le procès. La politique voulait s’y mêler, à une époque où comme la justice, la politique aussi était encore sous l’emprise des vieux réseaux nazis qui fonctionnaient encore avec une terrible perfection allemande. (…)

En Allemagne comme ailleurs, les gens n’aiment pas trop de souvenir de ce genre de date, surtout pas à quelques jours de Noël. Pourtant, il est tellement important de se souvenir des visages des victimes de cette horreur, des atrocités et barbaries commises par des êtres humains, pour comprendre ce que c’est que le fascisme. Il ne faut jamais oublier les mécanismes qui conduisent des gens «normaux» à devenir des monstres, qui transforment le voisin en un bourreaux dépourvu de toute humanité, pour ne jamais plus suivre ces séducteurs extrémistes qui stimulent la haine et par la suite, la violence.(…)

Les idées ayant mené à cette catastrophe, existent toujours. Et tant que ces idées existent encore, il faut continuer à commémorer ces dates peu joyeuses. Ah oui, Fritz Bauer, contrairement à bon nombre de vieux nazis, n’a jamais reçu la moindre distinction de la part de la République Fédérale. Il est mort dans des conditions jamais élucidées et mystérieuses – le dossier a été clos avec la conclusion «suicide». »

Article complet, c’est ici : http://blogs.mediapart.fr/edition/eurojournal/article/201213/les-50-ans-du-proces-dauschwitz

Ici la fiche Wikipedia sur Fritz Bauer : http://fr.wikipedia.org/wiki/Fritz_Bauer

en relisant Stéfan Zweig

En 1941, dans son dernier livre autobiographique Le Monde d’Hier, Stéfan Zweig notait ceci dans le chapitre intitulé « Incipit Hitler » :

« Cela reste une loi inéluctable de l’histoire : elle défend précisément aux contemporains de reconnaître dès leurs premiers commencements les grands mouvements qui déterminent leur époque. […] 

L’inflation le chômage, les crises politiques et pour une bonne part la folie des gouvernements étrangers avaient soulevé le peuple […] Et quiconque promettait l’ordre avait aussitôt des centaines de milliers de gens derrière lui. »

Dans l’introduction on pouvait aussi lire :

« Tous les chevaliers livides de l’Apocalypse se sont rués à travers mon existence, la révolution et la famine, l’avilissement de la monnaie et la terreur, les épidémies et l’émigration ; j’ai vu croître sous nos yeux, et se répandre parmi les masses, les grandes idéologies, le fascisme en Italie, le national-socialisme en Allemagne, le bolchevisme en Russie et avant tout, cette plaie des plaies, le nationalisme qui a empoisonné la fleur de notre culture européenne. Il m’a fallu être le témoin sans défense et impuissant de cette inimaginable rechute de l’humanité dans un état de barbarie qu’on croyait depuis longtemps oublié, avec son dogme antihumaniste consciemment érigé en programme d’action». « Tous actes de bestialité que les cinquante dernières générations n’avaient plus connus et que les futures, espérons-le, ne souffriront plus.»

Le plus terrible, cher Stéfan, est qu’en 2013 nous devions toujours nous contenter de l’espérer. Les leçons de l’Histoire sont très longues à assimiler. Le monde d’hier n’est pas terminé.