dossier TRANSHUMANISME_volet 1/3

Sémaphores va aussi réduire ses mises à jour durant cette période vacancière d’août, mais il est certains fers qu’il faut battre tandis qu’ils sont encore chauds, et voici donc le premier volet de notre dossier consacré à cette idéologie transhumaniste que certains nous annoncent inévitable.

Kézaco ?

Julian Huxley

Julian Huxley

Pour la petite histoire, on doit le terme «transhumanisme» à Julian Huxley, frère d’Aldous Huxley (L’auteur en 1932 du roman de science-fiction Le meilleur des mondes). Julian était biologiste et théoricien de l’eugénisme dans les années 1930.

Pour ce qui est de notre époque, force est de constater que, seulement dix ans en arrière, le sujet était quasiment tabou et les premiers alerteurs traités de «complotistes» ou «catastrophistes». En 2015, un journal comme Les Échos peut annoncer que «L’ère de l’homme augmenté a débuté» sans heurter personne.
De son côté, Le Monde offre à cette idéologie une chronique hebdomadaire signée Laurent Alexandre –sans que cela émeuve quiconque (enfin presque). Le transhumanisme ne semble plus aujourd’hui qu’une option à discuter parmi d’autres. Quant à la population… que chacun interroge son entourage pour savoir ce qu’il pense du transhumanisme, c’est la meilleure façon de mesurer le vide sidéral sur le sujet, à un moment où il est plus qu’urgent de s’y intéresser si l’on souhaite arrêter les ennemis de l’humain.

Or, cette dernière semaine de juillet, voilà que de gros titres pleuvent comme autant de sonnettes d’alarme, depuis l’Humanité qui nous invite à voir de plus près « Le futur que Google nous prépare », jusqu’à Mediapart qui se fend d’un long article (nous y reviendrons) où l’on découvre à quel point la presse française ne doit plus qu’à son financement par Google d’être encore debout. Peut-être faut-il dire merci au géant américain (plutôt géant planétaire), mais sans doute faut-il y réfléchir par deux fois avant d’applaudir.

Bienvenue à Gattaca

schmidt google À lire dans l’article de l’Huma, découvrons d’abord que « Éric Schmidt, le PDG de Google, ne se présente pas comme dirigeant d’entreprise. Il ne parle pas business, mais révolution et vision du monde. Son avant-dernier livre, The New Digital Age, se conclut ainsi : « Notre ambition est de créer le meilleur des mondes. » Et Google ne se contente pas de paraphraser Aldous Huxley. Il se donne aussi les moyens de sa puissance. Avec, tout d’abord, une assise économique phénoménale. Un trésor de guerre de près de 60 milliards de dollars, placés bien au chaud aux Bermudes, et des ressources abyssales issues de son quasi-monopole de la publicité sur Internet avec ses régies Adword et Adsense. Mais ce n’est là qu’une partie de son activité. L’entreprise est perpétuellement dans une logique de création et de conquête. Grossir toujours. Alors Google crée et détruit à coups d’innovation technologique. Ces dernières années, l’entreprise a investi massivement dans la santé, la robotique, l’intelligence artificielle, la culture et même l’automobile… »

Chez Mediapart, on conclura pareillement que « Google ne cherche pas à dominer le monde, il veut en créer un nouveau ». « Aux yeux de Google, les États sont dépassés et incapables d’affronter les défis du XXIe siècle, que ce soit le réchauffement climatique ou l’accès à la santé. Les algorithmes de Google en seraient, eux, capables. Et le géant américain a déjà commencé à organiser son propre approvisionnement en énergie renouvelable, à tirer ses propres câbles de communication sous les océans ou à tester une voiture sans conducteur qui nous débarrasserait des fléaux des accidents de la route et des insuffisantes régulations étatiques en matière de sécurité routière. »

En effet, chez les libertariens et chez Google en particulier, domine la croyance que l’humain est fondamentalement imparfait. Trop déterminés par les impulsions et les passions, les hommes ne sont pas objectifs. Il faut ainsi compter sur la science et la technologie pour les améliorer. Par le transhumanisme d’un côté et la volonté de combattre la mort, mais aussi en faisant mieux que l’humain, grâce à la technologie. « Quel que soit le problème rencontré, que ce soit un grand challenge pour l’humanité ou un problème très personnel, il y a une idée, une technologie qui attend d’être découverte pour le résoudre », assurait au Time Magazine Ray Kurzweil, l’ingénieur en chef de Google. Le principe de la Google Car, voiture automatisée qui circule déjà aux États-Unis, est, par exemple, de remplacer le principal facteur de risque d’accidents de voiture – le conducteur – par une machine, supposée bien plus fiable. Éric Schmidt le confirme : « Votre voiture doit se conduire toute seule, il est impensable de laisser des humains conduire. C’est un “bug” que les voitures aient été inventées avant les ordinateurs.»

Mais il faut bien voir que le champ d’application de Google ne s’arrête pas, et tant s’en faut, à de bons sentiments en matière de circulation routière et d’aide à la presse pour maintenir sa pluralité. Il est donc l’heure de parler des NBIC, en tout cas, pour commencer dans ce vaste sujet, d’écouter Laurent Alexandre. C’était en 2012, lors de sa présentation à Ted-X-Paris, le sujet était « Le recul de la mort – l’immortalité à brève échéance ? »

L’année dernière (2014) sur Europe 1, dans les grands débats d’Europe Soir, le même Laurent Alexandre était reçu par Nicolas Poincaré, ainsi qu’Ariel Kyrou et Jean-François Lemoine, pour apporter ou pas la contradiction.

 

À suivre…
Prochain épisode : La révolte des chimpanzés du futur.