Pour résister à l’obsolescence programmée

De la nécessite productiviste

Dans les années 20 aux États-Unis, une idée qui deviendra le socle de la société de consommation émerge : pour stimuler la production, il faut inciter les ménages à consommer. Cette volonté qui émerge d’un compromis entre travailleurs et producteurs s’explique aisément : la consommation favorise la production, fait tourner les usines, créée des emplois, favorise donc le pouvoir d’achat et de facto la consommation qui fait tourner les usines, et ainsi de suite. La boucle est bouclée, le mythe de la croissance perpétuelle est né.

Les ingénieurs qui s’affairaient alors à fabriquer des appareils toujours plus fiables sur le plan qualitatif durent revoir leurs plans de production. Du moins pour certains. Car c’est là où le bât blesse, la trop grande fiabilité des appareils ralentit la consommation et donc la production. Une hérésie pour les cartels industriels qui auraient la capacité de s’entendre sur des normes. Exit donc la fiabilité des appareils, sacrifiée sur l’autel de l’avidité croissante, le nouveau mot d’ordre est l’obsolescence ou en d’autres termes, la réduction du cycle de vie d’un produit ou tout simplement la « faible qualité » afin de favoriser un achat ultérieur plus rapidement.

Pas qu’une question de matériel

À en croire Gull et ses sources, les exemples d’obsolescences programmées sont multiples : télévisions dont les condensateurs sensibles à la chaleur sont placés près d’un radiateur, imprimantes implémentées d’une puce pour bloquer l’appareil après un certain nombre d’impressions, batterie de portable soudée à la coque pour empêcher tout remplacement, Internet grouille de cas en tout genre pour qui se donne le temps de fouiller.

Mais l’obsolescence, nous explique Gull, n’est pas que matérielle, elle connait également une dimension psychologique puissante et nous la subissons tous à des degrés différents. Nous n’attendons par exemple pas systématiquement qu’un vêtement soit usager avant de faire une nouvelle acquisition. La société de consommation nous inflige des désirs qui nous affligent et pour se faire plaisir ou être à la mode, nous renouvelons notre garde-robe en dépit, souvent, de nos besoins véritables. De fait, nous jouons parfois le jeu de la productivité à tout crin malgré nous, même si cela impliqué des conséquences pour l’environnement.

Cette fuite en avant productiviste est à l’origine de problèmes écologiques et éthiques complexes : sans compter que les matières premières s’épuisent de manière inexorable, la production de déchets atteint des seuils dépassant l’entendement. Difficile également de démontrer l’utilisation de l’obsolescence, tellement celle-ci est discrète. En matière d’électroménager, le recyclage connait des limites et dès lors, les fabricants n’hésitent pas à considérer certaines régions d’Afrique comme des décharges à ciel ouvert où s’entassent cartons et débris en tout genre.

Loin de céder à la fatalité, les solutions pour se prémunir de cette obsolescence existent, fait valoir Gull. Internet fourmille de solutions et constitue une belle arme contre cette pratique. Le libre échange d’informations concernant les produits ménagers permet de se faire une idée concrète de l’achat que nous voudrions effectuer. Des documents, des tutoriels existent pour passer de bricoleur gaucher à bricoleur adroit, des hackers mettent à disposition des programmes pour reprogrammer l’obsolescence de certains appareils comme l’imprimante d’Epson.

Mais ce n’est pas tout, le marché de l’occasion, les cafés de réparation, l’entraide entre voisins, sonnent comme autant de solutions pacifistes qui constituent des poches de micro-résistance utiles et bénéfiques. En réprouvant certains désirs matérialistes et en nous organisant pour partager l’information à l’ensemble de la communauté, nous combattons déjà d’une certaine manière l’objectif même de l’obsolescence programmée

Source : https://mrmondialisation.org/gull-nous-explique-lobsolescence-organisee/

 

de l’obsolescence de l’homme

Extrait de L’obsolescence de l’homme, de Gunther Anders, 1956

Un texte d’une étonnante actualité

« En général, on fera en sorte de bannir le sérieux de l’existence, de tourner en dérision tout ce qui a une valeur élevée, d’entretenir une constante apologie de la légèreté ; de sorte que l’euphorie de la publicité devienne le standard du bonheur humain et le modèle de la liberté. Le conditionnement produira ainsi de lui-même une telle intégration, que la seule peur – qu’il faudra entretenir – sera celle d’être exclus du système et donc de ne plus pouvoir accéder aux conditions nécessaires au bonheur. L’homme de masse, ainsi produit, doit être traité comme ce qu’il est : un veau, et il doit être surveillé comme doit l’être un troupeau. Tout ce qui permet d’endormir sa lucidité est bon socialement, ce qui menacerait de l’éveiller doit être ridiculisé, étouffé, combattu. Toute doctrine mettant en cause le système doit d’abord être désignée comme subversive et terroriste et ceux qui la soutienne devront ensuite être traités comme tels. »

Un autre extrait du même ?

« Pour étouffer par avance toute révolte, il ne faut pas s’y prendre de manière violente. Les méthodes du genre de celles d’Hitler sont dépassées. Il suffit de créer un conditionnement collectif si puissant que l’idée même de révolte ne viendra même plus à l’esprit des hommes. Lire la suite