Ce que les charniers nous ont appris

Par Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International.

C’est le genre de découverte qui vous hante : une fillette de 11 ans terrifiée, tapie dans un coin d’une maison mise à sac, trois jours après que son village eut été attaqué lors d’une abominable opération de nettoyage ethnique. Ses parents avaient été tués et dans les rues autour de chez elle, des chiens se nourrissaient des corps en décomposition de ses voisins.

Cette scène, dont des délégués d’Amnesty International ont été témoins, pourrait rappeler le génocide rwandais. Mais la fillette était musulmane, pas tutsi. Le village en question se trouve en République centrafricaine, pas au Rwanda. Et cela s’est passé en février dernier, pas il y a 20 ans.

En 2004, à l’occasion du 10e anniversaire du génocide rwandais, Kofi Annan, alors secrétaire général des Nations unies, avait déploré l’échec collectif de la communauté internationale, qui avait manqué à son devoir de protéger les 800 000 personnes ayant péri.

« De tels crimes sont irréversibles. De telles erreurs ne peuvent être réparées. Les morts ne peuvent être ramenés à la vie. Alors que pouvons-nous faire? » Cela n’avait rien d’une question rhétorique ; Kofi Annan soulevait le principal problème auquel sont confrontés tous ceux qui essaient de prévenir les génocides, les crimes de guerre et les crimes contre l’humanité.

Depuis le génocide rwandais, les instances régionales et internationales ont élaboré de nouveaux mécanismes et normes visant à apporter des réponses à la question de Kofi Annan.

La Cour pénale internationale et d’autres tribunaux bénéficiant de l’assistance des Nations unies, notamment le Tribunal pénal international pour le Rwanda, essaient de veiller à ce que ceux qui commettent des atrocités soient amenés à rendre des comptes. En vertu du principe de la « responsabilité de protéger », les États sont par ailleurs tenus de protéger leurs populations des crimes contre l’humanité. Lire la suite