OTAN en apporte le vent_2

ajouts le 07 septembre

Eh bien ! Citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre….

Jean Jaurès     Extrait, Vaise, 25 juillet 1914

Une escalade aveugle vers la guerre

Vendredi, le journaliste François Bonnet notait dans son article à Mediapart que « l’opération se profile déjà très différente de celle qui fut présentée aux opinions comme aux parlementaires. Cette dynamique de guerre rend plus urgente encore la nécessité pour le pouvoir américain et l’exécutif français de s’expliquer par le menu s’ils veulent espérer convaincre l’opinion. »

Car les questions s’accumulent face à des réponses floues ou dilatoires.

1. Est-il vraiment impossible de construire un consensus sur la responsabilité directe du régime d’Assad dans l’utilisation d’armes chimiques ? Pourquoi, plutôt qu’un rapport de cinq pages de synthèse, ne pas rendre publics des éléments matériels de preuves : script des enregistrements de communications de militaires syriens, analyses scientifiques des échantillons collectés sur le terrain ; photos satellites ?

2. Quels sont les termes de l’analyse qui conduit Washington et Paris à affirmer que des frappes « dissuaderont » Assad de recommencer ?

3. Quelles sont les analyses des militaires sur les capacités de représailles du régime syrien ?

4. Quelles sont les garanties que l’opération militaire sera « limitée » ?

5. Y a-t-il une estimation des dommages collatéraux sur la population civile d’une telle campagne ?

6. Pourquoi le Hezbollah, aujourd’hui engagé sur le champ de bataille syrien, serait-il dans l’incapacité de récupérer des armes chimiques ? Quelles sont les garanties qu’il ne mette pas le Liban à feu et à sang ou ne s’en prenne à Israël ?

7. Comment la Russie, l’Iran mais aussi les milices chiites irakiennes peuvent-elles répondre à une telle intervention ?

8. Comment et par qui, jusqu’à aujourd’hui, ont été armées les forces rebelles syriennes ? Comment distinguer entre l’Armée syrienne libre, des forces kurdes, les combattants islamistes, les groupes liés à Al Qaïda ? Comment armer les uns et pas les autres ?

9. Quels ont été les rôles de l’Arabie saoudite et du Qatar. Comment s’impliqueraient-ils dans une telle opération militaire ?

10. Pourquoi la France n’a-t-elle pas convoqué un conseil européen extraordinaire ou, à tout le moins, une réunion en urgence des ministres européens des affaires étrangères ?

11. Pourquoi une politique de sanctions drastique (gel des avoirs, interdiction de voyager, embargo) n’a-t-elle pas été mise en place depuis des mois ?

12. Pourquoi Bachar al-Assad et les principaux dirigeants et militaires syriens ne sont-ils pas inculpés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale, dont la mission est justement de « punir et sanctionner » ?

A-t-on entendu des réponses précises à ces questions simples (et il pourrait y en avoir bien d’autres) ?

Oui, il pourrait y avoir d’autres questions, et Sémaphores n’en ajoutera qu’une pour aujourd’hui : qui veut bien nous rappeler que 53 ans après la fin de la guerre au Vietnam, les USA n’ont toujours réduit leurs stocks d’armes chimiques que de 50 % ? A l’époque c’était du gaz orange (merci encore Monsanto) qui a été répandu sur plus de 10 % du territoire vietnamien. Et les séquelles sont toujours là, témoin cette photo prise au hasard dans l’exposition qu’en fit le photographe Brian Driscoll en 2008 sous le titre « Cela cessera-t-il un jour ? » (Will it ever end ?). Les ravages n’ont jamais cessé.

ajout le 06 septembre

Ambiance glaciale au dîner réunissant les vingt plus grandes puissances mondiales. Le premier dîner du G20 qui s’est tenu ce jeudi à Saint-Pétersbourg s’est terminé sur un constat d’échec pour Barack Obama et François Hollande qui espéraient obtenir de nouveaux soutiens sur la Syrie. Vladimir Poutine a d’abord sèchement suggéré d’aborder le dossier syrien directement pendant le dîner de gala, traditionnellement dévolu aux questions économiques. Et selon le chef du gouvernement italien Enrico Letta, les discussions n’ont fait que « confirmer la division » sur le dossier syrien des dirigeants du G20.

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C’était il y a dix ans, à l’Assemblée Nationale, quelqu’un tenait ces propos :

« Il s’agit non pas uniquement d’arrêter une crise, mais de préserver la stabilité du monde. En cet instant, l’ONU doit se faire respecter. Elle joue là son avenir dans la période de l’après-guerre froide. L’Europe doit comprendre qu’elle est l’instrument d’un monde multipolaire et qu’elle ne peut pas être simplement une union agglomérant des intérêts de marché. L’Europe doit également comprendre que de sa capacité à intervenir dépend aussi la stabilité du monde. Enfin, la France doit porter son message universel, celui de la paix, du droit, de la justice internationale contre la force. Cette position, nous, les socialistes, nous voulons qu’elle soit tenue jusqu’au bout, sans relâche, sans faiblesse, sans fléchissement. Cette position, la nôtre, monsieur le Premier ministre, ne variera pas. C’est et ce sera toujours « Non à la guerre ! », et je souhaite, au plus profond de mon cœur, que ce soit aussi celle de la France. »

François Hollande,
Assemblée Nationale,
Le 16 février 2003

Mardi, Itélé lançait sa première de « Duel » (ce sera chaque mardi). Les invités étaient Edwy Plenel et Alexis Brézet, pour évoquent le sujet épineux du conflit syrien qui met à mal le leadership de François Hollande.

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Jean-Luc Mélenchon était entendu sur LCI à l’émission Le grand jury

Jean-Luc Mélenchon au « Grand Jury » sur LCI 1ère… par lepartidegauche

Syrie, l’avis d’anciens de l’ONU

Des anciens responsables de l’ONU et de plusieurs organisations internationales -OIT, Unicef, Unesco- mettent en garde contre une intervention armée en Syrie, rappelant la nécessité d’obtenir un accord du conseil de sécurité des Nations Unies. «Les gouvernements syriens, iraniens et russes ont fait des offres de négociations qui ont été traitées par le mépris en Occident», assurent-ils, appelant à relancer un vrai processus de négociations politiques.

Les bruits de bottes se font entendre une nouvelle fois au Moyen Orient, avec la possibilité d’une attaque imminente sur la Syrie, suite aux allégations d’usage d’armes chimiques par son gouvernement. C’est précisément dans des temps de crise comme ceux-ci que les arguments en faveur de la paix sont les plus clairs et les plus évidents.

Tout d’abord, nous n’avons pas de véritables preuves de l’usage des armes chimiques par le gouvernement syrien. Et même si des preuves étaient fournies par des gouvernements occidentaux, il y a lieu de rester sceptiques en se souvenant de tous les prétextes discutables ou fabriqués utilisés pour justifier les guerres antérieures ; l’incident du Golfe du Tonkin et la guerre du Vietnam, les couveuses koweitiennes et la première guerre du Golfe,  le massacre de Racak et la guerre du Kosovo, les armes de destruction massive irakiennes et la deuxième guerre du Golfe, les menaces sur Benghazi et la guerre de Libye. Notons aussi que certaines preuves de l’usage d’armes chimiques sont fournies aux États-Unis par les services de renseignement israéliens (lire ici) qui ne sont pas une source tout-à-fait neutre.

Même si, cette fois-ci, les preuves sont authentiques, cela ne légitimerait en aucune façon une quelconque action unilatérale. Toute action militaire nécessite l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Ceux qui se plaignent de « l’inaction » de ce Conseil devraient se rappeler que l’opposition de la Chine et de la Russie à une intervention en Syrie est en partie motivée par l’abus par les puissances occidentales des résolutions sur la Libye, de façon à opérer un « changement de régime » dans ce pays.

Ce qu’on appelle en Occident la « communauté internationale », prête à attaquer la Syrie, est réduite à essentiellement à deux pays importants (États-Unis et France), sur les presque deux cents pays au monde. Aucun respect du droit international n’est possible sans un minimum de respect pour ce qu’il y a de décent dans les opinions du reste du monde.

Même si une action militaire était autorisée et menée, que pourrait-elle accomplir ? Personne ne peut sérieusement contrôler des armes chimiques sans troupes au sol, option que nul ne considère comme réaliste après les désastres en Irak et en Afghanistan. L’Occident n’a pas réellement d’allié fiable en Syrie. Les jihadistes qui combattent le gouvernement n’ont pas plus d’amour pour l’Occident que ceux qui ont assassiné l’ambassadeur américain en Libye. C’est une chose d’accepter de l’argent et des armes venant d’un pays donné, une toute autre d’être son véritable allié.

Les gouvernements syriens, iraniens et russes ont fait des offres de négociations qui ont été traitées par le mépris en Occident. Ceux qui disent « nous ne pouvons pas parler ou négocier avec Assad » oublient qu’on a dit la même chose du FLN algérien, d’Ho chi Minh, de Mao, de l’URSS, de l’OLP, de l’IRA, de l’ETA, de Mandela et de l’ANC, ainsi que de plusieurs guérillas en Amérique Latine. La question n’est pas de savoir si on va parler à l’adversaire, mais après combien de morts inutiles on va accepter de le faire. L’époque où les États-Unis et les quelques alliés qui leur restent agissaient comme gendarme du monde est révolue. Le monde devient plus multipolaire, et les peuples du monde veulent plus de souveraineté, pas moins.

La plus grande transformation sociale du vingtième siècle a été la décolonisation et l’Occident doit s’adapter face au fait qu’il n’a ni le droit ni les compétences ni les moyens pour gouverner le monde.

Il n’y a pas d’endroit où la stratégie de guerre permanente a échoué plus misérablement qu’au Moyen-Orient. A long terme, le renversement de Mossadegh en Iran, l’aventure du canal de Suez, les nombreuses guerres israéliennes, les deux guerres du Golfe, les menaces et sanctions d’abord contre l’Irak, ensuite contre l’Iran, n’ont rien accompli d’autre qu’augmenter le  sang versé, la haine et le chaos. La Syrie ne peut être qu’un nouvel échec occidental sans un changement radical de politique.

Le véritable courage ne consiste pas à envoyer des missiles de croisière pour exhiber une puissance militaire qui devient de plus en plus inefficace. Le véritable courage consiste à rompre radicalement avec cette logique mortifère : obliger Israël à négocier de bonne foi avec les Palestiniens, convoquer la conférence Genève II sur la Syrie, et discuter avec les Iraniens de leur programme nucléaire, en prenant honnêtement en compte les intérêts légitimes de l’Iran en matière de sécurité et d’économie.

Le vote récent contre la guerre au parlement britannique, ainsi que les réactions sur les médias sociaux, reflètent un changement massif de l’opinion publique. Nous, Occidentaux, sommes fatigués des guerres et nous sommes prêts à rejoindre la véritable communauté internationale, en exigeant un monde fondé sur la Charte de l’ONU, la démilitarisation, le respect de la souveraineté nationale et l’égalité de toutes les nations.

Les peuples en Occident veulent aussi exercer leur droit à l’auto-détermination : si des guerres doivent être menées, elles doivent l’être après un débat ouvert et en tenant compte de préoccupations affectant directement notre sécurité, et non sur une notion mal définie de « droit d’ingérence », qui peut être aisément manipulée et qui est ouverte à tous les abus.

Il nous reste à forcer nos hommes et femmes politiques à respecter ce droit.

Signataires :

Dr. Hans-Christof von Sponeck, Secrétaire général adjoint de l’ONU et coordinateur humanitaire des Nations Unies en Irak de 1998 à 2000.
Dr. Denis J. Halliday
, Secrétaire général adjoint de l’ONU de 1994 à 1998.
Dr. Saïd Zulficar
, Fonctionnaire de l’Unesco de 1967 à 1996. Directeur des Activités opérationnelles, Division du Patrimoine Culturel de 1992 à 1996.
Dr. Samir Radwan
, Fonctionnaire OIT de 1979 à 2003. Conseiller du Directeur général de l’OIT sur les politiques de développement de 2001 à 2003. Ministre égyptien des Finances de janvier à juillet 2011.
Dr. Samir Basta,
directeur du bureau régional pour l’Europe de l’Unicef (1990 à 1995). Directeur Bureau d’Evaluation de l’Unicef (1985-1990)
Miguel d’Escoto Brockmann, président de la 63e Assemblée générale des Nations Unies (2008-2009) et ministre des affaires étrangères du Nicaragua (1979-1990).

OTAN en apporte le vent

Bruit de bottes à Chypre… L’arrivée d’avions de combat et d’avions de transports britanniques sur une base de Chypre fait monter la pression. Aux armes, et cætera. Des brèves de ce genre tombent en continu, comme les coups qui précèdent un lever de rideau. Mais bien futé qui connaitrait le script du spectacle annoncé, tout juste sait-on que le metteur en scène s’appelle oncle Sam, et que le suivent quelques aveugles.

Pas plus que d’autres blogs et journaux, Sémaphores ne saurait démêler l’info de l’intox dans ce flot de données aussi complémentaires que contradictoires. La presse se déchaîne et ses lecteurs se déchirent, même sur Mediapart qui a pris depuis hier une position atlantiste en ne publiant pas de contre-article à celui de Caroline Donati. Nous en publions plus loin les principaux extraits, mais nous préférons commencer par partager le point de vue de José Fort paru dans l’Humanité.

Avec la peau des autres

C’est un monde, la chronique de José Fort.  Sur toutes les radios et télés publiques et privées, sur la plupart des sites internet, la mobilisation est générale. Chroniqueurs du matin, experts en tout et pour tout, observateurs jamais démentis, militaires à la retraite, sont sur le pont avec pour seule lettre de mission : faire accepter par l’opinion publique l’entrée en guerre des puissances occidentales dans le conflit syrien.

Il y a comme un goût de déjà vu. Souvenez-vous de la première guerre US en Irak lorsque les médias français s’étaient transformés en studios d’état major diffusant en direct les frappes et leurs traînées verdâtres, diffusant des informations mensongères avec le terrible résultat que l’on connaît. Ces gens là sont prêts à en découdre avec la peau des autres. L’Irak, l’Afghanistan, la Libye ne leur suffisent pas : les petits nouveaux à la sauce Obama et Hollande veulent leur guerre et peuvent compter sur des médias à la botte. Lire la suite