Suite papale n°3

Le Vatican n’est pas un État !

Qui est le père du Vatican ? Mussolini !

… “Après l’échec de la vague révolutionnaire de 1917-1922, sur la base de l’écrasement du mouvement ouvrier, Mussolini prend le pouvoir en 1922, la même année que le pape Pie XI.

Les accords du Latran sont signés le 11 février 1929 par Benito Mussolini en personne. Le quartier de 44 hectares (l’équivalent de la distance entre deux stations de métros) du Vatican est déclaré indépendant le 7 juin 1929. Acte bilatéral entre l’Église catholique et le régime fasciste.”

Ce troisième volet sémaphorien consacré à l’intervention du Pape François au parlement européen est plus spécialement destiné aux passionnés d’Histoire, ceci éclairant cela, et permettant de comprendre les diverses réactions qui animent le débat. Voici ce qu’écrivait Jean-Marc Schiappa le samedi 26 janvier 2008

A chaque visite papale, on nous ressort les mêmes inepties. Par ignorance ou par calcul, c’est selon. Mais, bon gré mal gré, on nous dit « que voulez-vous, le pape est un chef d’État » ; parfois, des laïques bien intentionnés se récriant contre cette affirmation osée affirment « c’est un État totalitaire ».

Et bien, non ! Le Vatican n’est pas un État, ni dictatorial, ni même théocratique. Il n’est pas un État du tout.

Origines

Grâce à Pépin le Bref, cher au Président Sarkozy, pour des raisons qui sont, peut-être, de l’ordre de l’identification psychanalytique, les États Pontificaux sont créés en 756. Sous l’autorité temporelle du Pape, ils vont évoluer tout au long du Moyen-âge comme n’importe quelle structure féodale, ni plus ni plus : extensions, conquêtes, querelles, conflits, scissions.

Les choses changent avec la Révolution française et la condamnation par le pape de celle-ci. La population d’Avignon, par exemple, alors sous domination papale décide de demander son rattachement à la France ; ce qui fut fait en 1791. C’est un des premiers exemples du droit des peuples à disposer d’eux mêmes.

Les États Pontificaux forment à cette époque – et le resteront tout au long du XIXe siècle – une partie essentielle du centre de l’Italie, autour de Rome, de l’Adriatique à la Tyrrhénienne, empêchant l’unité de la Nation italienne. Voilà pourquoi tous les unitaires italiens, de Buonarroti à Garibaldi, combattront l’existence de ces États, à la fois, spirituels et temporels.

C’est l’intervention des troupes de Napoléon III, dit « le Petit » (décidemment !) qui permet le maintien de ces États en 1867. La chute du second Empire en 1870 voit l’entrée des troupes italiennes à Rome, par la Porte Pia (saluée au Congrès international de la Libre Pensée de 1904). L’unité de l’Italie est réalisée et Rome devient logiquement sa capitale.

Il n’y a plus, dès lors, de pouvoir temporel du pape. Celui-ci, Pie IX, conteste ces décisions et se qualifie de « prisonnier du Vatican », refusant les tentatives de tractations de l’État italien ; ses successeurs agiront de même. Nous remarquerons que cela n’a pas empêché l’Église catholique ni d’exister ni de fonctionner (Condamnation du modernisme, de la loi de Séparation de 1905 etc.). L’Église catholique n’a pas besoin d’un État pour fonctionner. L’affirmation de La grande Encyclopédie des pays, publiée par le Figaro-Magazine « l’autonomie de l’État du Vatican … est nécessaire …pour assurer l’indépendance de la charge du pape » est une contre-vérité. L’Histoire l’a prouvé.

Les Accords de Latran (ou « du Latran »)

 Les accords du Latran, Mussolini et le Pape

Après l’échec de la vague révolutionnaire de 1917-1922, sur la base de l’écrasement du mouvement ouvrier, Mussolini prend le pouvoir en 1922, la même année que le pape Pie XI [1]. Le pouvoir fasciste n’est cependant pas stable : l’assassinat du dirigeant socialiste Matteotti en 1924 et la proclamation des lois dites « ultra-fascistes » sont plus un signe de faiblesse que de force. Mussolini a besoin d’une forme de reconnaissance internationale d’où ses négociations avec le pape qui, lui même, a besoin de pérenniser et de clarifier sa situation.

Les accords du Latran sont signés le 11 février 1929 par Benito Mussolini en personne. Le quartier de 44 hectares (l’équivalent de la distance entre deux stations de métros) du Vatican est déclaré indépendant le 7 juin 1929. Acte bilatéral entre l’Église catholique et le régime fasciste. Lire la suite

Suite papale n°2

Le pape François était en visite officielle à Strasbourg ce 25 novembre au siège du Parlement européen.
Il a évoqué les racines chrétiennes de l’Europe et appelé à une « Europe qui soit capable de faire un trésor de ses propres racines religieuses », car ainsi elle resterait plus facilement « exempte de tous les extrémismes qui se répandent dans le monde moderne, à cause, entre autres, du grand vide auquel nous assistons en Occident. (…) C’est l’oubli de Dieu et non sa glorification qui génère la violence. »


Mélenchon : « Un Parlement n’est pas le lieu d… par lepartidegauche

Suite, par Mario, apostat et cependant chrétien :

C’est très bien que le pape François veille à bien nous rappeler les prétendues « racines chrétiennes » de l’Europe, tout comme Marine Le Pen nous rappelle à celles de la France. Reste à savoir de quelle France on parle, de quelle chrétienté, et à quelle Histoire on se réfère.

Avant que de devoir son nom à un certain Clovis qu’on voudrait roi des Francs, il convient de rappeler qu’il était avant toute chose un Mérovingien et que, comme tous les dignes descendants de Mérovée, ses dévotions allaient à un paganisme que l’Église naissante n’avait de cesse de voir disparaître. La trahison fatale viendra avec la fameuse « donation de Constantin » (document qui s’avèrera faux, ou pour le moins antidaté) par lequel l’empereur Constantin 1er donnera l’imperium sur l’Occident au pape Sylvestre.

À partir de là, très loin de toute spiritualité qui eut été véritablement chrétienne, l’Église sera de toutes les magouilles politiques, sans cesse présente à la cour de ceux qu’elle fait et défait à sa guise, à la table de tous les puissants mais pas celle des gueux à qui elle fermera maintes fois ses portes, pour atteindre des sommets d’horreur et de barbarie lors de la « Sainte Inquisition » (fallait oser l’adjectif !). Doit-on oublier que plus de 400 000 femmes, pour la seule Europe, finiront sur le bûcher pour soupçon de sorcellerie ? Doit-on oublier les accords signés entre le Vatican et les régimes mussolinien et hitlérien ?

Quand l’Église aurait-elle cessé de flatter les pires dictateurs, ou dans le moindre des cas de les couvrir par son silence ? On n’a pas entendu s’élever la voix de l’Argentin et futur pape François lorsqu’il était aumônier des brigades qui torturaient les prisonniers dans les geôles de Videla ! Et l’on voudrait venir donner des leçons de conduite en 2014 jusque dans les parlements ? Plus de cent ans après la séparation de l’Église et de l’État ? Ce n’est pas acceptable !

Qu’attendre d’une église qui n’a reconnu qu’en 1995 que la Terre et ronde et qu’elle tourne ? (clôture du procès Galilée). Qu’elle nous considère comme des brebis égarées lorsque nous déclarons que notre corps nous appartient, lorsque notre amour est homosexuel, lorsque nous voulons avorter parce que nous estimons que c’est dans l’intérêt de l’enfant qui naîtrait, lorsque nous voulons éteindre la lumière de notre propre vie plutôt que d’imposer de la souffrance à nos proches ? Dans quel obscurantisme voudrait-on nous maintenir encore plus longtemps ?

Non, le pape n’est pas un chef d’État mais un chef religieux et le Vatican ne saurait être considéré comme un État !

Et non, monsieur le Pape, les religions ne sont pas le remède à la guerre et à la violence, elles en sont la cause profonde, ce siècle comme les précédents en est une preuve éclatante.

« Les religions sont le soupir de la créature affligée, l’esprit d’un monde sans esprit, le cœur d’un monde sans cœur ; elles sont l’opium des peuples. » Karl Marx

 

Les canons de Valls

La visite de Manuel Valls chez le Pape n’est pas sans faire couler d’encre, et à juste titre. Cette rencontre n’est pourtant pas la première pour qui se souvient que déjà le 11 octobre 2012, Jacques Berthieu et Louis Brisson étaient canonisés en présence de Manuel Valls. Sans doute l’hidalgo qui nous sert de Premier ministre n’a-t-il pas lu le fameux Brisson dans le texte. Sur son blog, François Cocq nous rappelle quelques perles édifiantes du canonisé :

 « Au lieu de laisser aux prêtres l’instruction et l’éducation, on établit des gymnases où on enseigne à la jeunesse la littérature, les arts, les coutumes et les religions des peuples étrangers. »

« Le confesseur doit toujours tenir pour la loi et pour l’autorité. Il doit apprendre (…) à la femme à obéir à son mari. Il ne faut jamais que le confesseur donne raison aux enfants contre leurs parents, contre leurs frères ou sœurs plus âgés, à la femme contre son mari. »

« Il faut obéir sans raisonner, ne pas écouter ce nous dit notre jugement propre. »

 « La femme est fourbe naturellement. (…) La femme est menteuse naturellement. (…) La femme est traîtresse. »

« C’étaient les couvents qui conduisaient le monde. Aujourd’hui ce sont les Francs-maçons et les Juifs. Ils sont partout. Tous nos livres d’histoire sont faussés par eux. C’est Satan qui est l’inspirateur de tout cela. » Lire la suite

Le pape à Lampedusa: retour sur la «mondialisation de l’indifférence»

Une fois n’est pas coutume, et il en faut vraiment pour que Sémaphores répercute un article en faveur du Pape. Disons que c’est par rebond car le sujet traite de l’immigration, mais sous l’angle rarement abordé de l’humain plutôt que du nationalisme ou des comptabilités frontalières. On le doit à  Carine Fouteau qui l’a publié le 10 juillet sur son blog et suit régulièrement le sujet. Et si nous partageons quelque chose avec Carine, c’est bien notre déception de ne pas entendre ces paroles reprises, voire devancées par les politiques.

photo extraite du film Terre Ferma

En visite à Lampedusa, le pape a dénoncé la «mondialisation de l’indifférence» à l’égard des migrants. Cela fait écho aux propos de l’un d’entre eux, filmé aux abords de Melilla, fustigeant le silence de l’Europe et des médias, alors qu’il porte sur son dos un ami en train de mourir.

Face caméra, il dit : «Nos frères meurent chaque jour qui passe, le Maroc garde le silence, l’Europe garde le silence, l’Espagne garde le silence, chaque jour qui passe on tue nos frères (…). Personne ne fait un signe, les journalistes viennent ici prendre les photos comme vous prenez les photos, mais rien, ça n’aboutit à rien». Ces paroles ont été enregistrées ce printemps dans une forêt à proximité de l’enclave espagnole au Maroc, porte d’entrée dans l’Union européenne. Clément, un Camerounais qui comme lui a tenté de franchir les clôtures barbelées, décèdera quelques heures plus tard.

Clément, un migrant camerounais, décédé au Maroc des suites de ses blessures.© Sara Creta

Ce silence mortel dont il est question semble avoir inspiré le nouveau pape. Lors de sa première visite hors de Rome, ce dernier s’est rendu à Lampedusa, petite île italienne de 6.000 habitants située à quelques kilomètres des côtes tunisiennes, sur laquelle accostent chaque année des milliers d’exilés africains. Depuis 1999, ils seraient environ 200.000 à avoir transité par ce bout de terre, avant d’être rapatriés sur le continent où leur statut est examiné par les autorités. Le matin même de sa venue, une embarcation transportant 166 personnes était arrivée au port.

Dans un discours politique, prononcé le 8 juillet 2013, le premier pape du Sud s’est aventuré au-delà des pleurs et de l’indignation. Rappelant les drames répétés en mer Méditerranée, il a évoqué le sort de ces «immigrés morts en mer, dans ces bateaux, qui au lieu d’être un chemin d’espérance ont été un chemin de mort». Il n’a certes pas parlé de droits, mais il a cherché des responsabilités. «Qui est responsable de ce sang?», a-t-il lancé, pointant la «cruauté» de «ceux qui dans l’anonymat prennent les décisions socio-économiques qui ouvrent la voie à des drames comme celui-ci». En Italie, plusieurs représentants politiques se sont sentis visés. À l’inverse, le pape a salué la «solidarité» des habitants de l’île – et notamment de la maire Giusi Nicolini – pour lesquels l’accueil des migrants, réalité quotidienne, n’est pas un vain mot (lire notre reportage réalisé à l’été 2012).

Mais ces gestes de soutien sont l’exception. «Aujourd’hui, personne dans le monde ne se sent responsable de cela (…); nous regardons le frère à demi mort sur le bord de la route, peut-être pensons-nous “le pauvre”, et continuons notre route», a-t-il regretté. «Dans ce monde de la mondialisation, nous sommes tombés dans la mondialisation de l’indifférence. Nous sommes habitués à la souffrance de l’autre, cela ne nous regarde pas, ne nous intéresse pas, ce n’est pas notre affaire», a-t-il insisté, appelant de ses vœux un «réveil des consciences» et des «changements concrets».

Cette «indifférence» généralisée se traduit aussi par de l’invisibilité. C’est ce qu’a récemment décrit un conseiller d’État français, Thierry Tuot, auquel le premier ministre avait demandé de dresser le bilan de trente années de politique d’intégration des immigrés dans l’Hexagone. Dans son rapport au vitriol, il a fustigé l’oscillation des pouvoirs publics entre stigmatisation et inaction. «On peut mesurer la conspiration du silence en observant le nombre de débats parlementaires consacrés à l’intégration depuis 1945 (zéro) ou le grand texte de loi auquel un ministre attaché son nom en la matière (zéro)», tonne-t-il. Ce silence «assourdissant» a pour conséquence, selon lui, l’«effondrement» et le «repli». «Échec scolaire, chômage, insalubrité du logement, ségrégation spatiale, fermeture de l’accès à la culture, déstructuration familiale, atteinte aux libertés, notamment de conscience, santé chancelante, espérance de vie moindre, discours violent et accusatoire des pouvoirs publics: alors on se tait, on souffre entre soi, on attend», observe-t-il avant de s’interroger: «Il est permis de se demander si le projet n’est pas, ici ou là, de faire que les indésirables deviennent aussi des invisibles.»

Ces propos sont d’autant plus dérangeants qu’ils sont issus du cœur de l’institution (Vatican, conseil d’État). Mais il n’est pas certain qu’ils soient audibles par des gouvernants pour lesquels la frontière entre respect des droits et «angélisme» est flou, ou plutôt utilitaire.