David Pajudas et les CDD

En France, 84% des embauches se font en CDD

Ce n’est pas nous qui le disons, c’est ce qu’a annoncé David Pujadas au 20h du 28 août. Sont balèzes, n’est-ce pas, les journaleux de France 2. Ils ont même réussi à rencontrer des salariés inquiets de se retrouver au chômage à l’issue de leur contrat saisonnier. Fallait les trouver, non ? Ce sont des agents de loisirs ou des maîtres nageurs, crapahuteurs dans les arbres ou surveillants de trampoline, bref des saisonniers. Mais curieusement, dans cette recherche de ces oiseaux pas si rares que ça s’ils sont 84 %, ils n’ont pas trouvé un seul journaliste en CDD. À France Télévisions ! On a du zapper un morceau sans faire gaffe…

Lu le 29/08/2014 sous la plume de Sébastien Rochat (Arrêt sur Image) :

Le 20 heures de France 2 s’est donné bien du mal pour trouver des CDD. Pourtant, il n’était pas utile de monter sur un arbre ou d’enfiler un maillot pour trouver des témoins. Il suffisait pour la chaîne d’interroger les propres journalistes de sa rédaction. C’est ce qu’avait fait Télérama en mai 2014, ou plus récemment Le Canard enchaîné, qui a publié cette semaine cinq témoignages pour raconter « la vie quotidienne au paradis des CDD de France Télés ».

France 2 a raconté la galère d’un maître-nageur de 45 ans ?

L’histoire de ce journaliste de France 3, âgé de 44 ans, n’est pas mal non plus : après 12 ans d’ancienneté, il cumule plus de 560 CDD et 40 demandes de titularisation. « Caméra à l’épaule, ce JRI (Journaliste reporter d’images) a couru le tour de France 3 pendant dix ans : une semaine chez lui, à Lille, la suivante à Périgueux, la troisième à Clermont-Ferrand. Le jour, à la rédaction ; le soir, seul à l’hôtel dans un foyer de jeunes travailleurs, faute de moyens ; les week-ends de repos, dans le train« , raconte l’hebdomadaire. En mai 2013, le PDG de France TV, Rémy Pfimlin, croisé à Lille, lui aurait alors assuré qu’il faisait partie « des gens à régulariser vite ». Raté : on vient de lui accorder un nouveau CDD de six mois à Besançon. Il a saisi les Prud’hommes.

Dans le genre galère, le 20 heures de France 2 aurait pu aussi raconter le cas d’Odile, qui cumule les CDD à France 2 et France 3 depuis quatre ans. « Pour la deux, elle assure parfois les permanences 24 heures sur 24. Tarif de la prime de nuit : 24 euros », écrit Le Canard. Et depuis trois mois, son activité s’est considérablement réduite. Et pour cause : cette remplaçante va être remplacée par un autre CDD dont le contrat a été transformé en CDI… à la suite d’un jugement des Prud’hommes.

Le Canard cite d’autres exemples : Christine (qui cumule les CDD depuis quatre ans), Adèle (70 contrats en seulement deux ans) ou encore Djamel, 52 ans, qui réclame un CDI devant les Prud’hommes après avoir accumulé trop de CDD.

Mais le record reste détenu par Funambule, pseudonyme utilisé par une journaliste de France Télévisions ayant écrit une lettre ouverte publiée sur le site de Télérama. En dix ans, elle a accumulé… 400 contrats à durée déterminée. Ça aurait bien mérité quelques secondes dans le sujet du 20 heures de France 2, non ?

 

Quoi de neuf du côté des fachos ?

La comédie humaine c’est avant tout l’échec du politique. Ce n’est donc pas un signe de bonne santé démocratique que d’être bien adapté à une société profondément malade. Balzac 

Didier Porte a titré l’une de ses chroniques de la semaine : « Les Le Pen, pujadistes de père en fille ». Le lecteur pressé pourrait conclure à la coquille typographique alors qu’il n’en est rien. Il s’agit bien ici du Pujadas, qu’un certain journaliste appelle d’ailleurs Pajudas, comme pour mieux souligner la traîtrise du plus mielleux présentateur du moment en matière de désinformation sur une chaîne publique. Mais qu’on aime ou pas cet autre Foutriquet de l’info, on pouvait croire jusque-là qu’il restait maître dans le choix des invités à son émission Des Paroles et Des Actes, et non que les ordres de mise en scène pouvaient arriver par la famille Le Pen.


Didier Porte : « Les Le Pen pujadistes de père… par Mediapart

Par ailleurs, et pour rester encore un peu en cette charmante compagnie des Le Pen, il est bon de savoir que pour la 17e chambre correctionnelle du tribunal correctionnel de Paris, le terme « fasciste » est « dépourvu de caractère injurieux lorsqu’il est employé entre adversaires politiques sur un sujet politique ».

Poursuivi par Marine Le Pen pour injure, pour avoir employé le terme « fasciste » à son égard, Jean-Luc Mélenchon a été relaxé par cette 17e chambre. À l’audience du 6 mars, les débats avaient porté sur le fait de savoir si le terme « fasciste » devait être considéré comme une injure ou une caractérisation politique

Cité comme témoin, Michel Soudais avait rappelé que Politis avait inscrit à sa Une, le 23 mai 1990, « Le Pen est un fasciste » et qu’aucune poursuite n’avait alors été intentée contre notre journal. Il avait poursuivi en expliquant que le changement de présidence à la tête du FN n’en avait pas changé la nature profonde, comme il avait eu l’occasion de l’écrire sur ce site.

On se souviendra aussi que dans l’affaire des « faux tracts » jugée par le tribunal correctionnel de Béthune où Marine Le Pen était citée à comparaître, elle a été jugée coupable de « manœuvre frauduleuse » et publication d’un montage sans le consentement de l’intéressé, Jean-Luc Mélenchon. Et condamnée à une peine de 10 000 euros d’amende. Comme il fallait s’y attendre elle a fait appel de ce jugement, ce qui lui permet de prétendre que cette condamnation n’est pas définitive, ce qui est faux, ainsi que l’a démontré Maître Eolas. Déjà condamnée pour procédure abusive, mi-janvier, Marine Le Pen est en outre sous le coup d’une enquête pour « incitation à la haine raciale » suffisamment sérieuse pour que le Parlement européen accepte de lever son immunité parlementaire.

On est comme ça chez les Le Pen, on adore les procès, ça fait partie du plan médiatique de dédiabolisation. N’empêche qu’à pouvoir, selon la loi, « caractériser » de fascisme ce qui l’est à l’évidence, on ne va donc pas s’en priver ici. On s’en privera d’autant moins qu’il s’agit de dissiper l’enfumage par lequel on voudrait faire croire aux Français que les fachos gagneraient du terrain.

photo Reuters

Dans un récent parti-pris qui était aussi un état des lieux, Pascal Riché cherchait vainement quel progrès le FN avait bien pu faire depuis 1995.

« Nous sommes en 2014. En vingt ans, la crise s’est approfondie, le gouvernement a abandonné tous ses pouvoirs aux forces du marché et aux eurocrates anonymes de Bruxelles : dans ce contexte aussi délétère, le FN aurait dû croître comme d’autres partis nationalistes en Europe. Mais non : comparé aux élections municipale de 1995, le FN fait du surplace :

  • En 1995, la plus grande ville ravie par le FN était Toulon, 170 000 habitants ;
  • en 2014, c’est Fréjus, avec seulement 52 000 habitants.

Ensuite, après avoir noté que les ténors Aliot, Collard et Phillippot ont été désavoués lors de ces municipales, restait à dire un mot sur ce qui nous a été présenté comme « un gros morceau », à savoir le septième secteur de Marseille, c’est-à-dire les XIIIe et XIVe arrondissements, soit 150 000 habitants. Les électeurs y ont promu le FN Stéphane Ravier, mais ils l’ont promu à quoi exactement ? Slate a étudié la question :

« Le maire FN aura la haute main sur les centres aérés et les terrains de boules, et pourra s’opposer pour le principe aux projets de Gaudin… ». En effet, les choses sérieuses, l’impôt et le budget, sont de la compétence du conseil municipal, ce que La Provence résume ainsi : « En tout et pour tout, Ravier n’aura compétence que sur les centres culturels de quartier et les centres aérés, les espaces verts de moins d’un hectare, les terrains de boules et certains stades. Et aussi, tiens, l’animation des comités de quartiers. Pour l’ensemble de ces équipements, la mairie des XIIIe-XIVe dispose d’un budget de… 2 euros par habitant. »

Il vaut donc la peine de regarder de plus près qui sont les 11 nouveaux maires FN qui ne se veulent pas fachos.

Stéphane Ravier, qui a remporté le 7ème secteur de Marseille, vieil admirateur de Jean Marie Le Pen, est pour la peine de mort. lien

Robert Ménard, vainqueur à Béziers, a pris dans son équipe André-Yves Beck, issu d’un groupe d’extrême droite. lien

David Rachline, élu à Fréjus, propose un discours lisse et prudent, évitant le moindre dérapage, choisissant « l’égalité contre la préférence étrangère ». lien

Steeve Briois, manie la contradiction, révélant son homosexualité, mais refusant le mariage gay, son couplet favori étant : « les politiques ne font rien contre l’immigration et l’insécurité », (lien).

Joris Hebrard (Le Pontet) donne dans le consensuel : baisse des impôts et défense de la laïcité face au communautarisme.

Fabien Engelmann, nouveau maire de Hayange, fan absolu de BB, est passé du NPA au FN…(lien).

Julien Sanchez, élu à Beaucaire a fait de la lutte contre les kebabs et le commerce halal son cheval de bataille, (lien).

Marc-Etienne Lansade regrettant que sa ville de Cogolin attire les islamistes, veut revoir l’organisation de la police, (lien).

Franck Briffaut, vainqueur à Villers-Cotterêts s’oppose entre autres dans son programme à la gratuité totale de l’IVG (lien).

Et Philippe de la Grange ferme la marche au Luc, et ce diplômé en marketing est peut-être à l’origine de la stratégie du « pied dans la porte ». lien

Pourtant la présidente du FN avait assuré ne pas vouloir faire d’idéologie dans les villes gagnées. lien. Ni droite ni gauche, qu’elle a dit, la dame. Ben… c’est assez mal barré et on ne nous lèvera pas du nez que ça empeste encore et toujours le moisi d’extrême droite, procès à répétition ou pas.