Plus personne pour contrer Cukierman ?

Ces communautaristes qui sapent le vivre ensemble.

Sur Europe1, le lundi 23 février 2015, Roger Cukierman, Président du CRIF, déclarait « toutes les violences aujourd’hui sont commises par des jeunes musulmans ». Cette déclaration scandaleuse et stigmatisante faisait de la violence une spécificité musulmane ; elle incitait donc  à la haine.

Dans la même émission, il considérait que Marine Le Pen est « irréprochable personnellement »,

Ce label de respectabilité s’appliquait à celle qui le 27 janvier 2012, faisait le pas de deux dans le bal annuel des corporations pangermanistes, grand raout annuel de la peste brune européenne,  ceci le jour même de la « Journée internationale de commémoration en mémoire des victimes de l’Holocauste ».

Déjà en 2002, lors des élections présidentielles, Roger Cuckierman formulait une effarante déclaration raciste dans le journal Haaretz  affirmant que le vote Le Pen constituait « un message aux musulmans leur indiquant de se tenir tranquilles »

Dès lors une question doit être posée : comment les premiers représentants de l’État ont-ils pu représenter la République dans un dîner annuel du CRIF dont le président venait de faire une telle déclaration attisant la haine raciale.

Leur présence dans ce dîner devenait alors la caution officielle des débordements communautaristes du président du CRIF et de son mouvement. Cela ne peut qu’entretenir d’autres comportements communautaristes, antisémites ceux-là.

En cette période dramatique, après la tragédie de Charlie et de l’épicerie Casher, après le saccage d’un cimetière juif, après les nombreux actes anti-musulmans, il y aurait tant besoin d’un message rassembleur !

Ni le Président du CRIF, ni les officiels présents n’ont aidé à ce message.

S’il y a eu un esprit du 11 janvier, le Président du CRIF et ses invités sont apparus comme ses fossoyeurs quelques semaines plus tard.

Il nous appartient de réaffirmer l’urgence de la lutte contre toute les formes de racisme, sans hiérarchisation, sans concurrence communautariste mortifère pour le vivre ensemble.

MRAP       Paris, le 24 février 2015

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Par ailleurs, force est de constater que la presse de garde, dans son plus grand ensemble, n’a pas cru bon d’insister sur le caractère scandaleux des propos de Roger Cukierman. Tout doit-il désormais passer comme une lettre à la poste ?

En tout cas c’était sans compter sur ceux qui veillent au grain, comme par exemple Daniel Schneidermann dont voici l’un des derniers billets.

Contrer Cukierman

 Dans la série « les grands vieillards se lâchent », après Tesson, après Dumas, voici Roger Cukierman. Roger Cukierman, 79 ans, est le président du CRIF, le conseil représentatif des institutions juives de France. Qui représente-t-il exactement ? Qui l’a élu ? Qui le renouvelle à son poste ? Personne ne le sait exactement, mais il est là, il a micro ouvert, et une fois l’an, c’est lui qui invite à un dîner de gala les huiles de la République (largement aux frais du contribuable, d’ailleurs. Le carton d’invitation, mentionnant le prix de 900 euros par couvert, ouvrant droit à une déduction fiscale de 800 euros, fait les délices d’une partie de l’islamosphère).

Cukierman, lundi matin, est donc invité d’Elkabbach. Et entre autres énormités, il dit deux choses. Premièrement que sur le plan de l’antisémitisme, Marine Le Pen est « personnellement irréprochable », même si quelques légers antécédents dans son parti empêchent malencontreusement son invitation au dîner annuel. Deuxièmement, que les violences antisémites sont toutes « commises par des jeunes musulmans », même si c’est « une toute petite minorité des musulmans français ». N’empêche qu’il faut absolument que « les musulmans eux-mêmes se mobilisent pour les contrer ».

Toutes les violences commises par de jeunes musulmans ? On attend les réactions. On est sûrs qu’elles ne vont pas manquer. Après tout, Zemmour a été poursuivi pour une déclaration à peu près similaire, sur « les Noirs et les arabes ». Les intellectuels, les politiques, le MRAP, la LICRA, tous ceux qui ont réagi la semaine dernière après le dérapage antisémite coproduit par Bourdin et Dumas sur RMC, tous ceux qui ont expliqué sans même en examiner le bienfondé, que ce genre de phrase est tout bonnement inacceptable, tous ceux-là vont forcément réagir une fois de plus. Pas possible qu’il en soit autrement.

Mais non. Personne. Un tweet réprobateur immédiat de… Laurence Parisot, un dessin bienvenu de Johann Sfar posté sur Instagram, et c’est à peu près tout. Le soir, au dîner du CRIF, Hollande prononce le discours prévu. Tout juste prend-il soin de rappeler que le saccage du cimetière de Sarre-Union était le fait de « Français de souche, comme on dit », première occurence remarquable du terme dans une bouche officielle, qui peut, à la limite, en tendant bien l’oreille, s’interpréter comme une réponse polie à Cukierman. Pour le reste, tout le monde est là, sauf le recteur de la Mosquée de Paris Dalil Boubakeur, qui s’est décommandé. Mais, à en croire Cukierman, c’est un accès de mauvaise humeur passagère, ça va s’arranger. Si on était très mauvais esprit, on serait tenté de conclure que « tous les dérapages islamophobes sont commis par des gérontes juifs ». Ce n’est certes « qu’une toute petite minorité de la communauté juive française ». N’empêche qu’il serait bienvenu « que les Juifs eux-même se mobilisent pour les contrer ».

L’irresponsabilité des responsables

Les grands médias n’ont pas cru bon attirer l’attention sur le fait que Manuel Valls soit cité à comparaître le 5 juin 2014 devant le tribunal correctionnel de Paris. Il est vrai que ça la fout mal au moment où l’hidalgo accède à Matignon. Mais l’association la Voix des Rroms ne pouvait quand même pas oublier toute une série de propos tenus en 2013, et qui sont considérés comme une provocation « à la discrimination, la haine ou la violence à l’égard d’un groupe de personnes» (selon les termes de l’article 24 alinéa 8 de la loi du 29 juillet 1881) en raison « de leur appartenance à une ethnie, une nation, une race ». La loi prévoit des sanctions pénales qui peuvent aller jusqu’à un an d’emprisonnement, 45 000 euros d’amende et l’inéligibilité pendant 5 ans.

Tout un chacun se doute un peu de ce que sera l’issue d’un tel procès, et c’est bien ce qui a poussé Éric Fassin à titrer son billet de blog paru dans Libé et Mediapart : L’irresponsabilité des responsables.

Pour rappel, le ministre de l’Intérieur déclarait entre autres propos que les Roms « ont des modes de vie extrêmement différents des nôtres et qui sont évidemment en confrontation » : « nous le savons tous, la proximité de ces campements provoque de la mendicité et aussi des vols, et donc de la délinquance ». En de conclure que « les Roms ont vocation à revenir en Roumanie ou en Bulgarie ».

On apprend sous la plume de Fassin que l’avocat de la Voix des Rroms conteste la compétence de la Cour de justice : le ministre « est dans l’exercice de ses fonctions lorsqu’il donne des instructions, […] mais pas lorsqu’il intervient dans les médias pour donner son opinion ». En outre, « la République française ne reconnaissant pas la notion de race », il ne « pourrait être dans l’exercice de ses fonctions lorsqu’il prône un traitement différencié concernant des personnages à raison de leur origine. » 

« Bref, un ministre ne saurait parler au nom de la République s’il tient des propos racistes, note encore Éric Fassin. Sans doute les défenseurs de Manuel Valls rétorqueront-ils que, à l’instar du président de la République, les ministres du gouvernement bénéficient d’une forme d’immunité. Toutefois, ce serait reconnaître que nos gouvernants, au contraire de nos concitoyens, peuvent impunément s’adonner à la parole raciste. Cela reviendrait à instituer légalement un paradoxe : d’un côté, la République est fondée sur le rejet du racisme ; de l’autre, le racisme échapperait aux poursuites dès lors qu’il exprime la politique gouvernementale.

photo Reuters

Cette chronique a aussi été publiée dans Libération le 12 avril 2014, sous le titre : « Manuel Valls poursuivi par les Roms ».

Le gorille et les amis du Rossignol

mise à jour mardi 25 mars

Malgré notre titre, ce n’est pas une fable…

Lina Delnott, colistière du maire UMP Stéphane Rossignol, réélu au premier tour à la tête de La Grande-Motte (Hérault), a relayé le 14 mars sur sa page facebook une photo d’un gorille, sous-titrée : « Je suis une ministre et suis une grosse menteuse…. Je suis, je suis…. », visant explicitement la ministre de la justice Christiane Taubira, au lendemain des informations sur les interceptions judiciaires concernant Nicolas Sarkozy, révèle Montpellier journal lundi 24 mars.

[Màj à 9h35 : la publication a été retirée de la page de Lina Delnott.]

[Màj à 15h07 : à midilibre.fr, Stéphane Rossignol déclare que Lina Delnott « a partagé cette bêtise de façon privée ». Ce n’est pas exact : avant d’être retirée le partage était visible même par les personnes non inscrites sur Facebook.]

[Màj 15h20 : l’information a été reprise également par Mediapart, lefigaro.fr, lelab.europe1.fr, ladepeche.fr, huffingtonpost.fr, jeuneafrique.com, nouvelobs.com, francebleu.fr, francetvinfo.fr]

[Màj à 16h50 : liberation.fr, bfmtv.com]

Fin des mises à jour. En fin de compte, le Rossignol a chanté sa même rengaine dans le Midi Libre de ce mardi, à savoir qu’il soutient sa colistière et ne voit pas plus qu’une « bêtise » dans ce partage de l’ignominie. Nous rappelons à ce Rossignol qu’il est le premier magistrat de sa ville, et qu’à ce titre il s’honorerait à rappeler à ses troupes que, non, le racisme n’est ni une bêtise ni une opinion, c’est un délit.

Cette info est à rapprocher (décidément, les Blacks en voient de toutes les couleurs…) du dérapage du quotidien belge DeMorgen. Dans son numéro spécial à l’occasion de la visite du président américain en Belgique, le quotidien flamand, a publié une page satirique dans laquelle l’on voit Obama et son épouse avec des têtes de singe. De Morgen a présenté ses excuses dans son édition de lundi, en se défendant de toute arrière pensée raciste…

« De Morgen présente ses excuses à ceux qui se sentent offensés par la publication du journal. Désolé. C’était de mauvais goût. Nous condamnons systématiquement et avec conviction toutes formes de racisme« .

Paraît qu’en Belgique on a moins réagi que sur l’ensemble de la planète parce que cela aurait été vu comme de l’humour. L’image aurait été sortie de son contexte, à savoir un texte qui se voulait intégralement humoristique. Ah, si c’est de l’humour… n’en parlons plus alors.

Attention, Travail d’Arabe

Non, l’immigration n’est pas un fardeau, mais une chance.

Véhiculée par les médias, les politiques ou encore la publicité, la représentation stéréotypée d’un immigré source de problèmes nourrit les imaginaires. Par le prisme de l’histoire et de la mémoire, l’exposition de l’artiste Ali Guessoum décompose et éclaire les mécanismes de construction de ces préjugés. Grâce au détournement d’affiches, d’objets publicitaires et de codes graphiques, transformés en éléments identitaires communs, « Attention, Travail d’Arabe » souligne l’apport culturel, économique et social des Français venus d’ailleurs et l’importance d’une histoire trop souvent ignorée.

L’EXPOSITION ATTENTION TRAVAIL D’ARABE – AU HALL CENTRAL DE LA MAIRIE DU 18e ARRONDISSEMENT_ jusqu’au 21 mars.


Siouplaît, pas de rom dans mon pastis !

Pas une semaine sans articles sur les Roms. Pour ne reprendre que les derniers, cette gamine de 8 ans morte brûlée dans l’incendie partiel d’un campement, l’arrestation du sombre individu qui balançait des acides sur les Roms qui dorment dans les rues parisiennes ou, plus près de notre Petite Camargue, voir les articles de Midi Libre sur « le camp de la honte » à la sortie de Caissargues.

Ils ne sont pourtant et toujours que 18 000 en France, les semaines et les mois passent, et aucun ministère n’est à même de mettre en œuvre ne serait-ce qu’un semblant d’humanité pour régler le problème. Faut dire qu’après les propos exclusifs de l’hidalgo Manuel Valls, on ne peut guère s’étonner de ce que les gros bœufs franchouillards se trouvent légitimés à participer aux manœuvres d’expulsions. Mais il faut dire aussi que les mêmes franchouillards n’ont pas attendu Manuel Valls pour étaler leur bêtise crasse.

Le document audio qui suit n’est pas neuf dans le sens où il a été enregistré en 2012. Mais comme strictement rien n’a changé depuis…

Des habitants du quartier Saint-Joseph, au nord de Marseille, étaient en colère parce que des Roms campaient dans une bastide abandonnée. Des Roms qui, quelle horreur, avaient l’eau et l’électricité, et même des enfants qui jouaient dehors ! Des enfants qui jouent… l’horreur qu’on vous dit !

Voici 7 minutes de racisme ordinaire chez des gens « ordinaires », un racisme décomplexé qui nous ferait bien rire s’il n’était pas aussi terrifiant. Et non, ce n’est pas du Pagnol, lui n’aurait jamais osé. (note : la musique est de Massilia Sound System / Ma ville est malade)

« Je rentre pas, y’a la tuberculose ! »

Indigestion de quenelles

Billet de sale humeur, par Mario

Un dernier élément vient nourrir le dossier accablant de l’humoriste qui fait toutes les Unes : il serait suspecté de « blanchiment, organisation d’insolvabilité et fraude fiscale » après avoir envoyé plus de 400 000 euros au Cameroun depuis 2009.

Enfin on aurait trouvé l’argument qui va permettre de clouer définitivement au pilori le chien enragé. Mais il est clair que les médias chiens de garde manquent singulièrement d’informations. Selon nos sources, Dieudonné était impliqué dans les attentats du 11 septembre, il n’était pas innocent lors du tsunami qui a foutu la zone à Fukushima, porte une grande responsabilité dans le réchauffement climatique, et d’après de nouvelles analyses ADN, il serait le corbeau dans l’affaire du petit Grégory, mais ne serait pas le père de l’enfant de Rachida Dati.

Mais trêve de plaisanterie car ce n’en est pas une, et rien ne nous fait plus rire, ni du côté de Dieudonné, ni du côté du sinistre ministre de l’Intérieur.

Que l’humoriste ait gravement franchi la ligne jaune est une évidence et pas même une nouveauté, qu’en soient témoins les alertes et les plaintes qui s’accumulent depuis 2004. Encore faut-il considérer à une juste mesure d’où, quand, comment et pourquoi sont nées certaines de ces plaintes si l’on veut comprendre ce qui a conduit à la dangereuse et inadmissible radicalisation de Dieudonné. Car le désigner à la vindicte comme seul meneur reviendrait à évacuer d’un revers de main la question de savoir pourquoi ses vidéos approchent ou dépassent le million de vues sur Internet, pourquoi les salles où il se produit font le plein quelle qu’en soit la taille (un sondage a estimé qu’il remplirait Bercy si on l’autorisait !).

Se poser la question de savoir qui compose ce public conduit à cette autre évidence que le malaise est plus profond que ne le laissent entendre ceux qui voudraient le limiter aux dérapages d’un artiste. Que croit-on ? Que ce public, pour grande part composé de jeunes qui sont NOS enfants, serait un ramassis de racistes, d’antisémites, de révisionnistes et autres fascistes en devenir ? Si tel n’est pas le cas, que viennent-ils écouter et qu’entendons-nous de leur révolte ?

Qu’il soit déjà dit que Sémaphores n’ouvrira pas un énième « dossier Dieudonné », la presse en abonde et même en nauséabonde. Celui-ci sera le seul et unique dans nos pages. Pour nous, le fait que depuis plusieurs semaines on ne parle que de Dieudonné et de Valls, ça s’appelle LA CENSURE ! Nous allons y revenir. Lire la suite

Bye bye Mandela

Avec l’avalanche d’articles et de reportages relatifs à la disparition de Nelson Mandela, toute revue de presse à la sauce sémaphorienne serait vaine, sinon pour dire combien nous nous associons à l’hommage général qui est rendu à ce géant de la lutte contre les discriminations.

Tout juste, car peu de médias oseront ce rappel, peut-on se souvenir que le FN voyait en lui un « terroriste » ! Ceci est dit pour que la blondasse péroxygénée ne viennent pas pérorer en enfumages rétroactifs.

Pour le reste, c’est en musique que nous rendrons le nôtre hommage, avec ce « Free Mandela » chanté par les Special A.K.A. C’était en 1984, dix ans avant la victoire de l’ANC aux élections qui portèrent Mandela à la présidence de l’Afrique du Sud.


Special Aka Free Nelson Mandela par asi

Pour le souvenir, cette affiche du PCF en 1988, reprenant des mots célèbres d’Eluard.

et une plus ancienne, d’un temps où des barreaux, en place de bougies, comptaient les ans d’un triste anniversaire, celui de l’emprisonnement.

Pour info, une Soirée d’Hommage à Nelson Mandela aura lieu Lundi 9 décembre à partir de 19 h au Prolé rue Reboul Nîmes

Organisée par la section du PCF, le Mouvement des jeunes communistes, et les amis de l’Humanité

Nous appelons tous les démocrates, les militants antiracistes, de la paix, de la liberté et de l’égalité à participer nombreux à cette soirée.

Chacun pourra s’y exprimer, se souvenir, et saluer Nelson Mandela. Un registre de condoléances et de témoignages sera ouvert.

Comme en Afrique du Sud, nous nous associerons au deuil en chantant et en dansant sur les chants révolutionnaires et de liberté pour Mandela.

Et pour ceux qui ne l’auraient pas lu, ce très bel hommage à Nelson de la part de Christiane Taubira paru dans le Huffingtonpost : http://www.huffingtonpost.fr/christiane-taubira/nelson-mandela–rolihlahla-monde_b_4394382.html?utm_hp_ref=france

Quelle « affaire Taubira » ?

Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs, mais ils ne seront jamais maîtres du printemps. (Pablo Neruda) 

On peut se réjouir que Jean-Marc Ayrault ait saisi le procureur de la République de Paris pour la une odieuse du journal d’extrême droite Minute qui vise la ministre de la justice Christiane Taubira. Selon le premier ministre, cette une est « susceptible de constituer l’infraction d’injure publique à caractère racial ». Seulement « susceptible » ? Cela n’est toujours pas assez en regard de la loi ? Serait-ce un impair de la part de « Minute » ? En quoi cette une diffère-t-elle des précédentes sur lesquelles on n’a pas trop entendu les ministres en place, et l’hidalgo Valls en particulier ? Voici la une du numéro précédent :

Alors bien sûr, comme le notait Daniel Schneidermann il y a deux jours, non sans humour et colère non feinte : « Enfin une abjection, une vraie, une incontestable, sur laquelle tout le monde tombe d’accord, de Giesbert à Barbier, en passant par Ciotti, Pécresse, Valls et Le Pen. « Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane » : comme elle est confortablement ignominieuse, cette couverture de Minute. Ô douillette saloperie ! Comme on est tous heureux de se retrouver dans le confortable refuge de la réprobation, autour d’un café et d’un vin chaud, pour se réconforter des rigueurs des temps, et souffler un peu entre gens de bien, communiant sur l’essentiel. Haro sur Minute ! Interdisons Minute, qui déshonore nos petites ignominies raisonnables (comme Bernanos disait en 44 que Hitler avait « déshonoré l’antisémitisme ») ! Et on pourra continuer à titrer tranquillement sur l’Islam sans gêne, l’Islam qui fait peur, les femmes voilées qui aspirent notre aide sociale, ou à disserter sur les Roms qui n’ont pas vocation à s’intégrer. »

Car le problème est aussi et surtout là : le rôle odieux de ces mêmes médias qui font semblant de s’insurger aujourd’hui en désignant un bien pratique bouc émissaire dont ils ont fait le lit. Qu’ont à dire des Giesbert ou des Barbier de leurs propres unes ?

 

Noël Mamère préfère (et il a raison) noter la responsabilité énorme des médias dans cette dérive : « les « news magazines » ont remplacé les marronniers sur l’immobilier ou le classement des lycées les plus performants par des unes redondantes sur l’islam, l’immigration, les Roms. Plus c’est gros et plus ça fait vendre. La dictature de l’audimat se faisait auparavant sur le vide. Elle se décline aujourd’hui autour du racisme le plus exacerbé : « la carte des Roms », « l’invasion islamique »… Valeurs actuelles, Le Point, L’Express, L’Opinion, sont devenus les « Minute » politiquement corrects de la pensée rancie.

Médias, intellectuels et politiques se fourvoient. Les flux migratoires sont l’expression d’une mondialisation qui n’a pas débuté il y a trente ans : nous avons détruit des civilisations, des nations, des empires, en voulant imposer notre vision du monde. Le boomerang est là. »

http://blogs.rue89.com/chez-noel-mamere/2013/11/12/taubira-insultee-apres-le-tabou-de-la-parole-celui-des-actes-vient-toujours-231647

Voici une récente une du journal « Le Point ».

Vous avez dit « marronnier » ? En voici de précédentes :

Et quand on pense que la majorité de la presse ne vit que sous perfusion, c’est donc grâce à l’argent public que toute cette intox est diffusée. Mais là personne ne s’en offusque, en tout cas si peu…

Signalons tout de même la prise de position d’Edwy Plenel, que nous publions en intégralité pour les non-abonnés à Mediapart (qui ne reçoit aucune subvention de l’État). À cette précision près que nous trouvons très regrettable son appel à une marche le 3 décembre alors que l’appel à une autre marche (contre la fiscalité et la prochaine augmentation de la TVA) a été lancé par la plupart des organisations de gauche. La surenchère ne fait pas forcément l’union, cher Edwy. Merci néanmoins pour cette parole et ces rappels si nécessaires face à l’incurie de l’ensemble de la presse.

Ndlr : ce texte peut aussi être écouté sur France Culture.

Marchons le 3 décembre pour l’égalité et contre le racisme

Cette agression contre Christiane Taubira – c’est le troisième épisode en quelques semaines –, c’est une agression contre nous, c’est une agression contre la République qui se fait au nom du peuple français. Et la question qui est posée, bien au-delà des partis politiques, c’est : est-ce que nous, tous, ceux qui nous écoutent, là, nous sommes attachés à la République ?

C’est quoi la République ? L’article premier du Préambule de la Constitution depuis la catastrophe européenne, celui de la Constitution de la Quatrième République, maintenu par la Cinquième, énonce ceci, que je voudrais rappeler : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. »

Le mot race, mot d’époque, que veut-il dire ? Il parle de l’apparence, il parle de la couleur de la peau. Alors il faut s’interroger sur qu’est-ce que c’est que le surgissement de ce racisme le plus archaïque : qu’une élue de la République, ancienne candidate à la présidentielle, aujourd’hui ministre d’un gouvernement de la République, soit traitée de guenon, de singe, parce qu’elle a une couleur de peau qui la distingue, la peau noire.

D’où vient ce racisme le plus archaïque ? Il vient de ce qui a inventé le Blanc. Le blanc, ça n’existait pas cette couleur. Jusqu’à quoi ? Jusqu’à la Traite négrière, jusqu’à l’esclavage, jusqu’au fait de faire de femmes, d’enfants, d’hommes, de vieillards, de gens de tous âges, des esclaves, des marchandises dont on niait totalement l’humanité, que l’on renvoyait, en effet, à leur « animalité ».

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Le racisme subliminal de Bernard LUCIANI ?

Note reçue au courrier de Sémaphores, concernant LE RACISME SUBLIMINAL DE BERNARD LUCIANI.

À l’origine, un petit reportage vidéo sur le site du candidat aux prochaines municipales au Grau du Roi, ex FN depuis le retrait de son investiture par le tandem Collard/Marine, mais visiblement toujours porteur en tête de valeurs raciales pourtant interdites par la loi.

Que voit-on dans cette vidéo ?

Des poubelles éventrées, des trottoirs ou des compteurs EDF défoncés, des ordures étalées… Bref une certaine idée de l’état de la voirie au Grau du Roi, des images constatées par tous et preuve de l’incurie totale de l’équipe municipale sortante. Sur ce point il est clair que la dénonciation de Bernard LUCIANI pourrait rejoindre l’avis d’autres observateurs. À ceci près que, s’il faut rendre à César ce qui lui appartient dans un souci d’équité, il serait dommage de ne pas noter que les dégradations urbaines montrées dans la vidéo sont d’abord le fait d’incivilités citoyennes. Ne désigner qu’un bouc émissaire est un peu facile, surtout lorsqu’on tient soi-même des propos qui ne sont pas de nature à faciliter le rapprochement des citoyens.

La vidéo présentée sur le site du frontiste s’intitule : « Sommes-nous dans une station balnéaire du Sud de la France ? »

La réponse à ce titre se trouve dans le choix de la musique qui accompagne les images. Il s’agit d’une très belle mélodie, « DIN DIN WO » (aussi traduite par « petit enfant »), du chanteur malien Habib KOITE…

Voilà comment suggérer qu’« une station balnéaire du Sud de la France » ressemble à une zone délabrée d’Afrique, au milieu de la crasse et des immondices… De là à dire qu’il y a trop de noirs et d’arabes au Grau du Roi… c’est un pas que Bernard Luciani n’ose évidemment pas franchir plus ouvertement. Alors, subliminal peut-être, mais vraiment pas subtil. Il y a longtemps que les recettes de propagande frontiste ont été dévoilées. Va falloir faire mieux. Et pourquoi pas commencer par présenter des excuses aux citoyens graulens d’origine africaine qui ont mal pris la chose ? Allez, sont pas si nombreux que ça. Même que ça ferait plaisir à leurs péquelets qui se rendent tous les matins à l’école de l’égalité et de la fraternité. Ça fait toujours du bien d’apprendre que papa et maman ne sont pas considérés comme des merdes par ceux qui prétendent les gouverner demain.

 

Allez, zou ! Un petit cadeau, manière de se dire (mais faut vraiment faire un effort) qu’en France tout peut encore finir par des chansons. Et pour changer un peu du tube « Maréchal-Marion nous voilà !» autant écouter ce Din Din Wo, ce petit enfant malien qui, plutôt que parler de guerre, préfère rêver de paysages dans la lumière des aubes et des couchers de soleil, au fond les mêmes qu’au Grau du Roi certains jours, mais loin, loin, si loin des immondices et des postures politiciennes condamnables.

racisme ordinaire_suite

Le 6 Août dernier à Aigues-Mortes, un couple, armé d’un fusil agresse des jeunes en proférant des propos racistes. Des victimes racontent l’agression et débattent de l’attitude à adopter face au racisme.

Un reportage audio d’Olivier Minot, réalisé par Philippe Baudouin.

Le 06 septembre 2012, un tract intitulé “On se calme !” signé « des habitants de Sumène et de ses environs » conviait à un pot de l’amitié « dans un esprit de vivre ensemble et de respect mutuel ». Après avoir rappelé les incidents (insultes et coups) dus à l’extrême-droite locale pendant la dernière campagne électorale, le tract mentionnait également que fin août, « suite à une altercation entre un membre de la Ligue du Midi et des clients sortis de la pizzeria, la situation a dégénéré en une véritable chasse à l’homme dans le village et ses environs : agression d’un touriste et de ses enfants sur le plan par quatre personnes armées de battes de base-ball et de barres de fer ; puis, prise en embuscade d’une famille à son domicile par une bande de dix personnes, armées elles aussi, se réclamant du Front National ou de la Ligue du Midi. ».

On a moins su que la Ligue du Midi s’est autorisé ce même mois d’août une descente au Grau du Roi en soutien aux détracteurs du train à 1 euro. Nous-mêmes à Sémaphores avions choisi de ne pas ajouter de l’huile sur le feu, avec le souci, il est vrai, de ne pas faire de pub aux fachos. Mais à l’heure des divers débats lancés dans la région pour comprendre et enrayer la montée de l’extrême-droite, nous revenons sur notre autocensure en mettant au partage une vidéo de ces virées de la Ligue. Ignorer l’ennemi ne servirait pas le combat, surtout lorsque les protagonistes ont des noms et des visages qu’il est toujours bon de connaître. Par delà la pub éventuelle à de tristes sires, il s’agit avant tout d’information. Une info qui ne sera sans doute pas une découverte pour bon nombre d’électeurs de Petite Camargue, mais qui vient clairement confirmer de quel côté de la démocratie a choisi de se positionner le maire du Grau du Roi, Etienne Mourrut. Lorsque la ligue fasciste vient déployer ses banderoles identitaires et racistes sous le fronton de la mairie, l’ex-député ne trouve rien de mieux que descendre leur serrer la main et saluer leur action.

Pour notre part nous pensons que la République ne peut accepter de tels gestes. Comment un maire se permet-il d’outrepasser la loi républicaine ? Comment un ex-député peut-il ignorer qu’il est interdit de manifester publiquement des opinions racistes ? C’est néanmoins un fait, la preuve en images. (note: la vidéo étant particulièrement mal filmée, vous pouvez avancer jusqu’à la 8ème minute. Mourrut en guest star se trouve là).

Ceux qui agissent… et les autres

Si l’Huma n’en parle pas… c’est le grand vide, et bien sûr toujours le boycott du Front de Gauche par les chiens de garde de la presse locale comme nationale. Le changement, maintenant on le sait, c’est pour plus tard. Mais la solidarité en regard des valeurs républicaines c’est pour quand ?

Qu’on ne nous dise pas, à Sémaphores, que c’est hurler avec les loups que de pointer avec le Front de Gauche et les Verts l’absence de réaction des élus. Nous attendons toujours les réactions du député Collard (FN non encarté) et celles des maires des communes concernées, Bonato (PS) à Aigues-mortes et Mourrut (UMP) au Grau du Roi. Si nous citons aussi ce dernier c’est parce que nous avions déjà mentionnés les commentaires haineux et inacceptables qui fleurissent tant sur les forums de Midi Libre que sur Facebook. Dans ces propos racistes ou fascisants libérés on peut notamment relever cet avertissement d’un graulen (parmi d’autres, certes) qui annonce que pendant la prochaine fête du Grau « On verra qui sont les français ! ». C’est ainsi qu’aux sombres événements qui ont déjà eu lieu on laisse s’ajouter des menaces pour les jours à venir. Messieurs les élus, vous attendez quoi ? Ces propos sont signés ! Même lorsqu’il s’agit d’un pseudonyme, rien n’est plus facile que de remonter aux sources. Et si, comme le dit notre ministre de l’Intérieur Manuel Valls, le racisme est une forme de délinquance, qu’attend-on pour la sanctionner à sa juste mesure ?