Radions Rebsamen !

Rebsamen contrôle les chômeurs… Nous avons contrôlé Rebsamen !

par Patrick Saurin

Après avoir préconisé en mai dernier un moratoire sur les seuils sociaux, seuils considérés par les patrons comme des « freins à l’embauche », François Rebsamen, ministre du Travail, de l’Emploi et du Dialogue Social, vient de s’illustrer une nouvelle fois en demandant à Pôle emploi « de renforcer les contrôles pour être sûr que les gens cherchent bien un emploi ». En clair, il y aurait des chômeurs qui abusent, profitent et contribuent à creuser le déficit du pays. Et le ministre de réclamer « un état d’esprit différent » se traduisant par « des convocations, des vérifications, […] sinon on est radié ». Ainsi, la préoccupation du ministre n’est pas de lutter contre le chômage et faire en sorte que des emplois soient proposés aux travailleurs qui en sont privés, mais de mettre l’accent sur le contrôle des chômeurs et sur la sanction le cas échéant.

Les propos tenus par François Rebsamen sont tout à la fois scandaleux, malhonnêtes et déplacés au vu de l’absence d’exemplarité dont fait preuve l’intéressé comme nous allons le démontrer dans les lignes qui suivent.

Ces propos sont scandaleux car, singeant ceux de la droite et de Nicolas Sarkozy, ils jettent l’opprobre sur plus de 6 millions de personnes inscrites à Pôle emploi, auxquelles il faut ajouter celles qui ne touchent aucune aide de la part de l’État, soit du fait d’une radiation, soit parce qu’elles ne sont tout simplement pas inscrites à Pôle emploi. Ce type de critique essentialiste véhiculant le discours « classes laborieuses, classes profiteuses », cher à la droite et à l’extrême droite,  en dit long sur l’état de délabrement du parti socialiste et de ses dirigeants.

La déclaration du ministre est également malhonnête, car en focalisant son attaque sur les travailleurs privés d’emploi il laisse penser que la fraude des chômeurs représente un coût considérable pour la collectivité, bien avant d’autres fraudes. Or la réalité est tout autre. Dans son rapport Lutte contre la fraude. Bilan 2012, la délégation nationale à la lutte contre la fraude nous apprend que les montants de fraude détectée représentent 39,2 millions d’euros pour Pôle Emploi, sur un total de fraude détectée de 4,629 milliards d’euros. Les « fraudes des chômeurs » ne représentent que 0,8 % des fraudes détectées, alors que les fraudes fiscales constituent 79 % du total, sachant que le syndicat Solidaires finances publiques estime le manque à gagner du fait de la fraude et de l’évasion fiscales entre 60 et 80 milliards d’euros par an. Rebsamen préfère faire les poches des chômeurs pour leur soutirer quelques euros que de s’attaquer à des Cahuzac, des évadés fiscaux et des sociétés qui domicilient des milliards en toute impunité dans les paradis fiscaux.

Article intégral ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/patrick-saurin/040914/la-radiation-de-rebsamen-simpose

Bonus Sémaphores :

Le flou, le loup et le lapin blanc

Vrais chiffres chômage Mars 2014 :

10 000 chômeurs de plus, malgré 324 000 radiés

Toujours 1 inscrit sur 2 qui ne perçoit aucune indemnité de Pôle emploi.

Seuls 2 chômeurs sur 10 sortent des listes pour « reprise d’emploi déclarée ».

Environ 1 emploi, trop souvent précaire, pour 100 demandeurs.

33 % environ de la population active sans emploi ou sans emploi stable.

Tous les détails par catégories et le reste : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/vrais-chiffres-chomage-mars-2014-151156

Mardi 29, Daniel Schneidermann titrait sa chronique au Nouvel Obs « Apprentissage des seniors : un loup dans le lapin blanc », en référence au grand magicien qu’est devenu François Hollande. Énième idée pour résorber le chômage : les seniors sont invités à « s’approprier l’idée » qu’ils pourraient retrouver un emploi. Une idée, en effet, ça coûte encore moins cher que le Smic au rabais proposé par certains. Mais que cache le flou, et où se tient le loup ? Voici le nouveau contrat de génération !

« De son grand chapeau, Hollande a tiré une trouvaille géniale : envoyer en apprentissage les « chômeurs de longue durée ». Dans la novlangue des communicants et des consultants, « chômeur de longue durée » est synonyme de déchet humain non-recyclable de plus de cinquante ans. On peut aussi parler de « senior », les termes sont désormais équivalents. Hollande n’a mis au courant ni ses ministres, ni les patrons, ni les syndicats, l’effet en aurait été atténué. Ainsi lancé sans préavis, le lapin blanc des « seniors en apprentissage » vise droit le journal de 20 Heures, qu’il atteint d’ailleurs sans difficulté. Médusé, Pujadas relate « l’annonce de cette disposition inédite » (comme si elle allait entrer en vigueur demain matin), tandis que l’on se demande vaguement où est le loup, et pourquoi personne n’y a pensé avant. Lire la suite

Lorsque les dégoûtés s’en vont…

 Lorsque les dégoûtés s’en vont, il ne reste plus que les dégoûtants

L’assemblée va se mettre en « vacance » le temps des élections municipales. Ben oui, quoi ! Avec la réforme sur le cumul des mandats remise aux calendes grecques, on ne peut pas faire autrement tellement il reste de députés-maires. Un temps, nous avions pensé à Sémaphores que nous étions isolés à ne pas trouver cette situation normale. Pas du tout. Les jeunes élus sont de plus en plus nombreux à ne pas trouver normal que l’Assemblée se mette en veille. Mediapart a recueilli plusieurs de ces voix, ça aide à comprendre que la rupture n’est plus très loin.

Olivier Véran

« C’est un scandale. Pendant ce temps, les textes de loi s’accumulent, s’agace le député PS de l’Isère Olivier Véran, 33 ans, entré en politique il y a deux ans à peine. Je vais en profiter pour écrire, soutenir le candidat socialiste aux municipales à Grenoble. Mais franchement, je préférerais être ici, à l’Assemblée.» 

« Scandaleux », c’est aussi ce que pense Barbara Pompili, 37 ans, députée de la Somme et coprésidente du groupe écologiste.

Barbara Pompili

« On garde les vieilles habitudes, comme si nous n’avions pas voté la réforme du non-cumul. On crée une distorsion de concurrence en permettant à des parlementaires de faire campagne au frais du contribuable, tandis que leurs adversaires doivent poser des congés ou se mettre en disponibilité. Le pire, c’est qu’il n’y aura même pas de pause pour les européennes de mai : ça donne vraiment le signal qu’on se fout de ces élections. »

Pas de doute, ces nouveaux élus ont très vite compris qu’ils auraient à subir, comme leurs aînés, cette vieille tare du Parlement français : le déséquilibre des pouvoirs de la Cinquième République, outrageusement favorable à l’exécutif. C’est aussi ce que pense Laurent Baumel, 47 ans, fondateur de la Gauche populaire. « Si nous intériorisons que nous sommes des pions élus dans la foulée de François Hollande, qui votent les textes du gouvernement et mendient les amendements que le gouvernement veut bien nous donner, alors il vaut mieux plier les gaules. Dans une mairie au moins, on change très concrètement la vie des gens. »

Il y a déjà quelques mois, le député Jérôme Guedj lançait lors d’un colloque à l’Assemblée : « Les parlementaires impuissants sont condamnés au conflit majeur ou au baroud d’honneur ».

On peut donc légitimement se demander ce que tous ces gens font encore dans un gouvernement qui n’a pas l’intention du moindre changement constitutionnel. Si cette République est la cinquième du nom, c’est bien parce que quatre autres versions l’ont précédée. Alors pourquoi tergiverser et perdre davantage de temps : la VIeme République est inéluctable.

Mais si nous avions, comme le Canard, une noix d’honneur à décerner, elle serait pour François Rebsamen, président du groupe socialiste au Sénat, qui plaide pour que la modernisation de la démocratie, dont il reconnaît qu’elle a été le « rendez-vous manqué du début du quinquennat », figure en bonne place dans le programme du futur candidat pour 2017″.

Autrement dit, monsieur Rebsamen nous annonce que ce quinquennat est déjà terminé pour ce qui était des engagements. Le changement maintenant c’est pour 2017 ! Et c’est aussi ce que note de son côté Thomas Thévenoud, 39 ans, élu en Saône-et-Loire lorsqu’il dit : « Il ne faut pas s’étonner que ce pays ne se sente pas représenté. On réduit la réalité politique à un face-à-face François Hollande-Nicolas Sarkozy. Tout se met déjà en place, médias compris, pour le match retour en 2017 ».

Ciel, tant de pessimisme !