Veni, Vidi, Vichy

 « Quand un gouvernement viole les droit du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque partie du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs ».

(Article 35 de la Constitution universelle des droits de l’homme et du citoyen. 1793)

Pendant que la presse fait ses choux gras autour d’un dîner de cons devenu l’ « affaire Jouyet/Fillon », la lumière se fait sur le décès de Rémi Fraisse. Mais une lumière que certains aimeraient bien mettre sous le boisseau, tant elle dénonce et engage la responsabilité de l’État et son ignoble silence. Nul doute que le récit de ce dîner de cons ait pour seule raison d’être que de masquer le degré zéro de la politique menée par le gouvernement. Sur le sujet du dîner nous renvoyons à l’excellente analyse qu’en fait Hubert Huertas (c’est ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/hubert-huertas/131114/ce-que-revele-laffaire-jouyet-fillon#comment-5568019).

Sémaphores préfère revenir, ou plutôt ne pas lâcher le combat autour duquel la mort de Rémi Fraisse doit nous faire réfléchir. Car il ne suffit pas d’avoir scandé « Plus jamais ça ! » en 1977 à propos de la mort de Vital Michalon (ce jeune professeur de physique de 31 ans avait déjà été tué par une grenade offensive), car il ne suffit pas de l’avoir crié encore lors de la mort de Malik Oussékine, tabassé par les voltigeurs de Pasqua, mais constater que la réponse des forces de l’ordre aux diverses manifestations va crescendo et que cette disproportion n’est plus admissible. Pas plus que ne l’est le silence qui tente de la couvrir.

Ainsi il fallait être abonné au Monde ou à Mediapart pour être informé de l’avancement de l’enquête, savoir ce qui s’est passé exactement la nuit où un jeune manifestant s’est retrouvé avec un morceau de colonne vertébrale en moins, arraché par l’explosion d’une grenade offensive du type de celles en vigueur depuis cette guerre de 14-18 qu’on commémore, triste coïncidence, au même moment.

« Il est décédé, le mec… Là, c’est grave… », tel est le titre choisi par le journal Le Monde. Cette phrase a été prononcée la nuit où Rémi est tombé, à 02 h 03 précises : « Il est décédé le mec. Là c’est vachement grave. Faut pas qu’ils le sachent. »

Selon les informations du Monde, les gendarmes ont tout de suite eu conscience de la gravité de la situation dans laquelle ils se trouvaient. C’est ce que révèle un procès-verbal daté du 29 octobre ; deux militaires de la section de recherches (SR) de Toulouse y ont retranscrit les propos entendus sur les films réalisés par les gendarmes mobiles. Chaque escadron est en effet doté d’une « cellule image ordre public » (CIOP). Durant une opération de maintien de l’ordre, un gendarme est chargé de filmer à l’aide d’une caméra tandis qu’un second, muni d’un bouclier, assure la protection du cadreur.

Article intégral payant ici (Le Monde) : http://www.lemonde.fr/societe/article/2014/11/12/il-est-decede-le-mec-la-c-est-grave_4522249_3224.html

De son côté, Mediapart soulignait plutôt dans son titre « L’Intérieur dos au mur »

« Le lieutenant-colonel qui commandait le dispositif ce soir-là, entendu comme témoin, déclare par ailleurs ceci : « Je tiens à préciser que le préfet du Tarn, par l’intermédiaire du commandant de groupement, nous avait demandé de faire preuve d’une extrême fermeté vis-à-vis des opposants par rapport à toutes formes de violences envers les forces de l’ordre. »

« Selon le décompte officiel, le nombre d’engins tirés par les militaires, cette nuit-là, est impressionnant : plus de 700 grenades en tout genre. À savoir 312 grenades lacrymogènes MP7, 261 grenades lacrymogènes CM6, 78 grenades explosives assourdissantes F4, 10 grenades lacrymogènes instantanées GLI, 42 grenades offensives OF, ainsi que 74 balles en caoutchouc LBD 40 mm. Les grenades offensives OF, les plus dangereuses, sont lancées à la main, à 10 ou 15 mètres maximum. »

Et l’on voudrait que ça ne ressemble pas à une guerre ? Et l’on devrait se contenter du renvoi de la « faute » sur les forces de l’ordre par la ministre de l’Intérieur ?

Lire après la balise les dépositions des différents gradés. Lire la suite

Rémi Fraisse_la faute des gendarmes et le mensonge de l’Etat

Les raisons de contester l’utilité du barrage de Sivens.


Les raisons de contester l’utilité du barrage… par Mediapart

Qui va démissionner ?

Le gendarme qui a lancé la grenade ?

Le chef qui a donné l’ordre ?

Le préfet du Tarn qui a voulu une extrême fermeté (pour défendre des intérêts privés en toute opacité) ?

Le ministre de l’intérieur (ou de la défense) qui est responsable des actes de ses troupes ?

Le premier ministre qui est le chef du gouvernement et défend prioritairement la chaîne ci-dessus ?

Le président qui est supposé défendre la démocratie, l’égalité, la liberté et la fraternité ?

Ou tous ceux-là en même temps ?

*=*=*=*=*=*

Sivens: la faute des gendarmes, le mensonge de l’État

06 novembre 2014 |  Par Michel Deléan

L’État l’a su immédiatement et l’a caché: c’est bien une grenade offensive qui a tué sur le coup dans la nuit du 25 au 26 octobre Rémi Fraisse. D’après les premiers éléments de l’enquête et des témoignages de gendarmes mobiles, une longue chaîne de responsabilités a abouti à la mort de l’étudiant écologiste. Le gouvernement a tenté durant quarante-huit heures de brouiller les pistes.

«Grenade ! », crie le chef J. à l’attention de ses hommes, en joignant le geste à la parole. Des grenades offensives (OF) de ce type, la plupart des gendarmes mobiles avouent ne jamais en avoir lancé. Ce sont des armes de guerre, que seul un gradé peut projeter, et encore : dans certains cas bien précis, et seulement en les jetant à terre, prévoit le règlement. Mais cette nuit du 25 au 26 octobre, dans la forêt de Sivens, environ 40 grenades de type OF sont lancées par les militaires, sur un total de plusieurs centaines d’engins divers utilisés.

(…)Très vite, en tout cas, vers 2 heures du matin, la zone a été éclairée au projecteur, et le corps de Rémi Fraisse récupéré. Et en langage militaire, il a été « rendu compte » immédiatement au commandant d’escadron, et donc au préfet, au procureur, puis aux ministres de tutelle (intérieur et justice).

Discrètement, un premier examen médico-légal de Rémi Fraisse est pratiqué deux heures à peine après sa mort dans une morgue d’Albi. Le médecin qui examine le corps conclut immédiatement à un décès provoqué par une explosion, mais on n’en savait rien jusqu’ici. Des photos sont alors faites du cadavre. Il ne reste rien ou presque du sac à dos de Rémi Fraisse. Ce dimanche 26 octobre, l’État sait déjà tout ou presque du drame, mais va choisir de feindre l’ignorance et de minimiser pendant 48 heures.

(…) le matin précédant le drame, à 9 h 30, une réunion entre officiers est organisée à Gaillac, dirigée par le lieutenant-colonel Andreani, qui commande le groupement du Tarn. Il est alors décidé ceci : créer une « zone de vie » sur le chantier de la forêt de Sivens, et « tenir le site ».

(…)Dans un rapport de 7 pages, daté du 27 octobre, le professeur Telmon et le docteur Savall, du CHU de Toulouse, détaillent les blessures fatales provoquées par l’explosion d’une grenade offensive tirée par les gendarmes mobiles au cours des incidents.

Dans la « région dorsale haute du dos » de Rémi Fraisse, ils constatent « une large perte de substance de 16 cm sur 8 cm, à disposition quasi horizontale, atteignant la cavité thoracique, présentant à son extrémité inférieure de multiples dilacérations sur 3,5 cm de haut ». Les légistes font également état d’une « dilacération du lobe supérieur du poumon gauche et un fracas de la partie postérieure de la région thoracique haute, intéressant les omoplates, les arcs postérieurs des côtes et le rachis avec disjonction rachidienne du niveau T5/T6 avec rupture du cordon médullaire en regard ».

En clair, le jeune homme a eu une partie de la colonne vertébrale et de la moelle épinière arrachées par l’explosion, et il est très certainement mort sur le coup.

À lire aussi

Très bel article d’Edgar Morin dans Le Monde : http://www.lemonde.fr/idees/article/2014/11/04/remi-fraisse-victime-d-une-guerre-de-civilisation_4517856_3232.html