Le retour de l’emprunt russe ?

mise à jour du 24 novembre :

Ce lundi soir dans l’émission Spécial Investigation.

« Violences d’extrême droite : le retour », une enquête de Thierry Vincent, journaliste indépendant et ancien rédacteur en chef adjoint de Spécial Investigation. Diffusion le 24 novembre à 22 h 50 sur Canal Plus, dans Spécial Investigation. Production Antipode, 52 min.


Extrait du documentaire de Canal Plus… par Mediapart

L’emprunt russe de Marine

Pour Marine Le Pen c’était quitte ou roubles. Elle a choisi les seconds. Pas trop le choix, à vrai dire, quand les banques françaises refusent de vous prêter de l’argent. Depuis que Sarko s’est vu refuser le remboursement de ses comptes de campagne, paraît que les banques françaises sont devenues frileuses envers les partis politiques. Mais pas les banques étrangères. Encore qu’il fallait la trouver, cette First Czech Russian Bank (FCRB) toute prête à prêter 9 millions d’euros à un parti politique étranger sans qu’il puisse y avoir la moindre ingérence.

Selon Mediapart, les fonds ont déjà été partiellement débloqués à hauteur de 2 millions d’euros, et c’est le député européen Jean-Luc Schaffhauser, ancien consultant de chez Dassault, qui a servi de « go-between » en Russie pour acter le principe de ce prêt.

« Schaffhauser aurait présenté Marine Le Pen à un puissant député nationaliste, Alexander Mikhailovich Babakov – conseiller du président Poutine en charge de la coopération avec les organisations russes à l’étranger – lors d’un voyage resté confidentiel en Russie, en février. Lors de ce déplacement, la présidente du Front national aurait rencontré Vladimir Poutine, et enclenché la recherche d’un organisme susceptible de faire un prêt au Front national.

Élu à la Douma, Alexander Mikhailovich Babakov, ancien chef du parti nationaliste Rodina, responsable de la commission en charge du développement du complexe militaro-industriel de la Fédération de Russie, a fait son apparition sur la liste des personnes visées par les sanctions de l’Union européenne consécutives à l’intervention russe en Ukraine.

La First Czech Russian Bank (FCRB). © Google Street View

« Légalement, rien n’interdit à un parti politique de contracter un emprunt auprès d’une banque française ou étrangère, à la condition bien sûr que le prêt ne dissimule pas un don de personne morale ou un blanchiment d’argent », remarque Me Jean-Christophe Ménard, avocat spécialisé en droit du financement politique, ancien rapporteur auprès de la commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP). « L’origine des fonds prêtés au parti est évidemment cruciale, poursuit-il. Dans le cas présent, il faudrait s’intéresser aux conditions de l’emprunt ou bien encore à l’éventuelle participation de l’État russe au capital de la banque. »

Meuh non ! Poutine ne va pas aider Marine à virer Hollande juste parce qu’il hésite à livrer de gros bateaux, faut pas paranoïer. Mais on peut quand même se demander pourquoi « le premier parti de France » (dixit le Marine’s club ) doit aller taper chez les voisins. Pas assez de militants et de sympathisants ? Ou bien ont-ils trop d’oursins dans les poches ?  Quand on pense que le Sarkothon a rapporté en un clin d’œil de quoi renflouer l’UMP… Mais il est vrai que tout le monde ne peut pas aller frapper chez mamie Bettencourt, ni emprunter à Kadhafi ou aux gentils Qataris.

Comment ça, il est mort Kadhafi ? Ça alors ! On en apprend tous les jours. Et aujourd’hui, tiens ça tombe bien, les juges d’instruction Renaud Van Ruymbeke et Aude Buresi sont saisis de soupçons d’irrégularités sur les financements du Front national – à travers « Jeanne », le micro-parti de Marine Le Pen. Paraît que l’enquête a été élargie à des faits de « blanchiment en bande organisée » liés aux contrats de prêts accordés à des candidats frontistes. Peut-être que dans la foulée, Aude et Renaud feront aussi péter un œil sur ce financement accordé au FN par la First Czech Russian Bank.

Quoi qu’il en soit n’oublions pas ce vieil adage coluchien : « Quand il pleut des roubles, les pauvres n’ont pas de sac. »