Bravo France 2

C’est le dernier billet de Daniel Schneiderman. De quoi s’inquiéter une fois de plus de l’état d’esprit de certains médias, service public compris.

Tiens, Ulcan, tu ne veux pas faire tomber @rrêt sur images ?

Ce soir, France 2 tourne un petit délinquant. Ce n’est pas la première fois. C’est même un des passages obligés des émissions comme Envoyé Spécial ou Complément d’enquête. Ce soir, c’est Complément d’enquête. Et le délinquant n’est pas n’importe qui : c’est le nommé Grégory Chelli, dit Ulcan, le hackeur ultra-sioniste à l’origine de désopilants canulars, dont l’un a visé le père d’un de nos confrères de Rue89, lequel est depuis plongé dans le coma.

mise à jour Sémaphores du 02 octobre : ce monsieur (et papa de Benoit LeCorre, journaliste à Rue 89) vient de décéder.

Ulcan vit en Israël. Et l’équipe de Nicolas Poincaré est donc allé le filmer à domicile. Mais pour obtenir des images parlantes d’un hackeur, il faut le filmer en train de hacker. En situation, disent les journalistes télé. Là, on a le choix. On peut le filmer se livrant à un désopilant canular. Mais ça pourrait être un peu long. On va donc le filmer en  train de « faire tomber » un site qui ne lui plait pas. Et bim, le site de la Fédération Anarchiste. Et bam…Et là, apparaît à l’écran une page d’accueil que vous connaissez bien : la nôtre. Et bam, Chelli va donc faire tomber le site d’@rrêt sur images. Devant la caméra de France 2. Pour la caméra de France 2. Et vous saurez maintenant, chers @sinautes, pourquoi il vous est parfois impossible de lire nos articles ou de voir nos émissions. Ne vous inquiétez pas : c’est seulement Chelli qui fait une petite démo pour la télé.

Ulcan – Envoyé spécial par asi

Ce n’est pas la première fois que la télé pousse à une mise en scène. C’est classique. Allez les skins, vous nous faites une petite bagarre ? Allez, les néo-nazis, une petite manif bras tendus ? Mieux tendus, les bras, on ne voit pas bien. Allez les jeunes-des-cités, une petite tirade machiste avec plein de verlan dedans ? Allez les gendarmes, une petite traque de pyromanes ou un petit sauvetage en montagne et tiens, tu ne veux pas te cagouler et passer pour un trafiquant d’armes serbe ? La démo de Chelli pour l’émission de Nicolas Poincaré s’inscrit dans cette glorieuse tradition de mise en scène (le reportage commence par de fort belles scènes, parfaitement spontanées, d’entrainement et de patrouilles du Bêtar, la milice de défense pro-israélienne). Bravo France 2, bien bossé. Mieux que la coopération des polices française et israélienne, apparemment moins efficace pour retrouver Chelli, et le mettre hors d’état de nuire. Lesquelles disposent pourtant, depuis hier soir, d’un nouvel indice, que nous mettons gracieusement à leur disposition. Ne nous remerciez pas, c’est un plaisir.

 

La douleur, qu’en faire ?

La douleur, qu’en faire ?

La chronique de Daniel Schneidermann ce 31 mai 2014

Aussitôt chassé des Unes par le « séisme » à l’UMP, le « séisme » du score FN aux Européennes subira sans doute le sort de ses devanciers : il sera oublié, jusqu’à la prochaine. Dans le flot des réactions, il en est une qui, pourtant, ne passe pas : la douleur de Mélenchon (séquence sur laquelle nous ouvrons l’émission de cette semaine). L’autre matin, j’assurais ne pas la partager. Il faut bien admettre, après quelques jours, que c’est plus compliqué.

Si je l’ai évacuée d’un revers de main, cette douleur, si je me suis empressé de parler d’autre chose, c’est, pour une part, parce que je m’en suis protégé. Oui, protégé. Parce que Mélenchon, dans cette douleur de voir la France lui échapper, exprimait trop bien une part de moi, et que je me sentais piteux d’être si bien démasqué en mes ultimes retranchements.

Non pas que je croie ce pays prêt à basculer dans le fascisme. Ce ne sont « que » les Européennes, et il ne faut pas oublier l’abstention, qui ramène le score FN à 10% du corps électoral. Il y a aujourd’hui un emballement europhobe, contrecoup brutal et inévitable de décennies d’eurolâtrie aveugle des élites. Mais enfin, on voit de moins en moins ce qui pourrait ramener les abstentionnistes au vote. Les quelques baisses d’impôts annoncées par Valls y suffiront peut-être, et peut-être pas. Pour l’avenir, rien n’est inéluctable, mais tout est possible.

On a toujours tort de se protéger contre des émotions parce qu’elles sont trop fortes, trop puissantes, parce qu’on ne sait pas où elles vont nous entrainer, parce qu’elles ne sont pas mobilisatrices, pas politiques, inutiles, parce que c’est de l’énergie perdue, camarade, que veux-tu qu’on en fasse, de ta douleur, ce n’est pas avec de la douleur qu’on va attirer l’électeur, ou l’abonné. La colère, oui. La colère qui fait les belles manifs, les beaux discours, les beaux éditos. Mais ta douleur, tu crois qu’elle va faire le buzz ? Tu penses qu’elle va cartonner sur Twitter ? Alors garde la pour toi, c’est privé, ça ne nous regarde pas (Mélenchon n’a d’ailleurs pas été le seul. Le Canard de cette semaine nous apprenait que chez EELV, Pascal Durand, en larmes après les résultats, n’a pas été en état de réagir devant les caméras).

Et pourtant, évanouis les cris, le foudroiement, l’accablement, les postures, les échanges d’injures entre résignés (le-peuple-a-parlé-c’est-sacré) et combattants (pas de pitié pour les fachos), les éternelles et toujours vaines recherches de stratégies de rebond, une fois épuisés les trésors de vocabulaire qui s’évertuent à nommer l’événement (séisme, coup de tonnerre, raz de marée, claque, branlée, etc) que reste-t-il d’autre, dans l’immédiat, que la douleur ? La douleur simple et nue, la douleur qui n’a pas de mot, rien d’autre que le sanglot étouffé.

« A droite des voyous, à gauche des médiocres », dit Régis Debray, Douleur de se sentir en accord avec cette phrase désespérée. Douleur de se sentir prêt à la qualifier de désespérée quand on l’aurait, hier, jugée ignoble. Douleur de sentir la brutalité du basculement du monde, de son propre regard. Douleur de sentir le mépris pour les voyous et les médiocres engloutir, si près de nous, les réflexes les plus élémentaires, nourrir toutes les résignations.

« Va la France. Va ma belle patrie. Allez les travailleurs, ressaisissez-vous… » : si elle est si poignante, cette apostrophe de Mélenchon, c’est de cette contradiction, de cette incohérence même, entre l’immense amertume et l’appel au ressaisissement. L’homme est foudroyé de voir sa « belle patrie » tant aimée larguer ses amarres, partir pour les mers lointaines. Il voudrait la retenir, mais ceux qui partent, ce sont les jeunes, les ouvriers, tous ceux qu’il croyait siens, qu’il a cherché en vain à retenir. Ses bras, son corps, ses mots, ses larmes lui échappent.

La douleur ne peut pas être la fin de l’histoire. Elle ne peut être qu’un tremplin vers d’autres histoires. En attendant, il a le mérite de nommer l’innommable.

Le flou, le loup et le lapin blanc

Vrais chiffres chômage Mars 2014 :

10 000 chômeurs de plus, malgré 324 000 radiés

Toujours 1 inscrit sur 2 qui ne perçoit aucune indemnité de Pôle emploi.

Seuls 2 chômeurs sur 10 sortent des listes pour « reprise d’emploi déclarée ».

Environ 1 emploi, trop souvent précaire, pour 100 demandeurs.

33 % environ de la population active sans emploi ou sans emploi stable.

Tous les détails par catégories et le reste : http://www.agoravox.fr/actualites/economie/article/vrais-chiffres-chomage-mars-2014-151156

Mardi 29, Daniel Schneidermann titrait sa chronique au Nouvel Obs « Apprentissage des seniors : un loup dans le lapin blanc », en référence au grand magicien qu’est devenu François Hollande. Énième idée pour résorber le chômage : les seniors sont invités à « s’approprier l’idée » qu’ils pourraient retrouver un emploi. Une idée, en effet, ça coûte encore moins cher que le Smic au rabais proposé par certains. Mais que cache le flou, et où se tient le loup ? Voici le nouveau contrat de génération !

« De son grand chapeau, Hollande a tiré une trouvaille géniale : envoyer en apprentissage les « chômeurs de longue durée ». Dans la novlangue des communicants et des consultants, « chômeur de longue durée » est synonyme de déchet humain non-recyclable de plus de cinquante ans. On peut aussi parler de « senior », les termes sont désormais équivalents. Hollande n’a mis au courant ni ses ministres, ni les patrons, ni les syndicats, l’effet en aurait été atténué. Ainsi lancé sans préavis, le lapin blanc des « seniors en apprentissage » vise droit le journal de 20 Heures, qu’il atteint d’ailleurs sans difficulté. Médusé, Pujadas relate « l’annonce de cette disposition inédite » (comme si elle allait entrer en vigueur demain matin), tandis que l’on se demande vaguement où est le loup, et pourquoi personne n’y a pensé avant. Lire la suite

De Copé à Hubert Dubedout

Extrait du 9h15 de Daniel Schneidermann lundi 24/03/2014

Et Copé intervint en duplex. France 2 venait de livrer une volée de résultats de municipales impossibles à interpréter, quand arriva Copé, en direct de Meaux. Ah tiens oui, à propos, Copé était candidat à Meaux. Et réélu. Dès le premier tour. Avec 64% des voix. Réélu au premier tour, comme Woerth à Chantilly, ou Balkany à Levallois. Copé, Woerth, Balkany. Éclatante démonstration de la résignation de l’électorat aux tripatouillages, aux arrangements, aux villas de rêve aux Antilles, au personnel municipal larbinant au domicile du maire, aux bureaux d’études copains. Il ne s’est pas trouvé, à Meaux, Levallois et Chantilly, assez d’abstentionnistes de gauche pour trouver l’énergie d’aller jusqu’au bureau de vote, barrer la route à ces maires impliqués dans les « zaffaires ». Si Buisson avait été candidat, qui peut jurer qu’il n’aurait pas été élu ? (…)

Allez, une note d’optimisme. Vous avez entendu parler de Marseille, deHénin-Beaumont, de Paris 14e, de Béziers, de Beaucaire, d’Avignon. Avez-vous, dans les soirées télé électorales, entendu parler de Grenoble, où une alliance EELV-Parti de Gauche, menée par un certain Eric Piolle dont la biographie n’est pas sans rappeler un certain Hubert Dubedout, est arrivée en tête (29%), devant le candidat PS-PC (25%) ? Comme je sais que la réponse est non, et je crois deviner que le sort de Grenoble pourrait bien vous intéresser dans la semaine qui vient. On en reparlera.

Et comme on parie que vous serez peu nombreux à savoir qui fut Hubert Dubedout, ça vaut le coup de consulter sa page Wikipédia. Des hommes politiques comme ça, oui, on en redemande.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Hubert_Dubedout

À Cavanna

Bien sûr, et c’est heureux, les hommages vont pleuvoir pour regretter cette disparition d’un homme si simple, et pourtant un géant à sa manière. Une disparition qui pince le cœur de tous ceux qui savent –et particulièrement en cette période- ce que la liberté d’expression doit au créateur d’Hara-Kiri. Mais ceux qui le connaissaient bien savent aussi combien il faisait siens ces mots de Jacques Brel : « si tu m’aimes, ferme ta gueule ». Pour sûr, c’est bien la seule chose qui évite d’énoncer des lieux communs, de dire des conneries. C’est pourquoi, parmi la pléthore d’articles du jour, Sémaphores a choisi ce billet de Daniel Schneidermann, pour sa justesse, pour rappeler que derrière l’homme « rigolo » de Hara-Kiri et Charlie-Hebdo se tenait une belle plume, d’une rare simplicité qui mérite tout notre respect.

« Bon. Fais pas de phrases. Pas d’adjectifs. Pas d’adverbes. Pas de gras. Surtout pas de gras. Élague. Fais pas le malin. Pas d’étalage de culture, pas de références, pas de pathos. Laisse-toi aller. Essaie de dire simplement ce que tu lui dois. C’est maintenant ou jamais. Pas de honte. Dis-le simplement : c’est en le lisant, que tu as voulu écrire. Lui, parmi une poignée d’autres. Toi tout petit, qui osais à peine demander Charlie et Hara-Kiri à la marchande de journaux. Lui ce géant gaulois, là-haut, ce Clovis, ce Vercingétorix, inaccessible, au Panthéon déjà, avec sa moustache, sa crinière, son épopée de Rital, sa légende de chef de la bande des prodigieux arsouilles.

Dis-le simplement, que tu as toujours rêvé d’écrire comme lui. Juste comme lui. On t’aurait proposé, tu aurais signé tout de suite. Rien d’original. Ecrire dans un journal, ou aujourd’hui sur un site, sur un blog, n’importe où, avoir rendez-vous chaque jour, chaque semaine, avec la page blanche, être tenaillé par l’obsession de serrer la sincérité au plus près, de tenir à distance la triche, les trucs, l’artifice, les facilités, les esquives, les échappatoires, savoir qu’on n’a pas d’autre solution que d’aller directement dans le dur, là où ça touche dans le mille de la crédulité et de la connerie, où ça fait mal, où tu sais que ça va saigner, ne laisse pas d’autre solution. Si tu l’as croisée un jour, cette écriture-là, torrentielle, à l’os, impitoyable avec ses propres tentations, tu resteras à jamais happé par l’attraction. Tu la garderas toujours dans ton champ de vision, la planète moustache. Comme un regret. Comme une occasion manquée. Un refus de l’obstacle, au dernier moment.

Parce que évidemment, tu n’as jamais écrit, tu n’écris pas dans sa langue à lui. Tu as choisi une autre voie, une autre voix. Ou plutôt, d’autres voix t’ont choisi, c’est ainsi que ça se passe. Tu n’as jamais écrit dans Charlie, ni dans Hara-Kiri. Tu as écrit dans d’autres journaux, qui t’ont modelé à leur manière, qui t’ont fourré dans d’autres habits, des sortes d’habits du dimanche si on veut, mais à côté de lui, n’importe qui paraitrait endimanché. Elle était là, sa force : une écriture, une voix, à faire paraître endimanché n’importe qui à côté, endimanché et raide, et surtout, prenant des postures. Des postures de rebelle ou de premier de la classe, ou les deux à la fois, peu importe, mais à côté de cette écriture, fille des ruines et du désespoir, tout semblait posture. Pas facile, de payer cette dette bien enfouie, bien secrète. Comme toujours dans les grandes occasions, les mots manquent. Mais on s’en fout des autres. C’est entre toi et toi. Toi seul le sais, ce que tu dois à Cavanna. »

Quelle « affaire Taubira » ?

Nos ennemis peuvent couper toutes les fleurs, mais ils ne seront jamais maîtres du printemps. (Pablo Neruda) 

On peut se réjouir que Jean-Marc Ayrault ait saisi le procureur de la République de Paris pour la une odieuse du journal d’extrême droite Minute qui vise la ministre de la justice Christiane Taubira. Selon le premier ministre, cette une est « susceptible de constituer l’infraction d’injure publique à caractère racial ». Seulement « susceptible » ? Cela n’est toujours pas assez en regard de la loi ? Serait-ce un impair de la part de « Minute » ? En quoi cette une diffère-t-elle des précédentes sur lesquelles on n’a pas trop entendu les ministres en place, et l’hidalgo Valls en particulier ? Voici la une du numéro précédent :

Alors bien sûr, comme le notait Daniel Schneidermann il y a deux jours, non sans humour et colère non feinte : « Enfin une abjection, une vraie, une incontestable, sur laquelle tout le monde tombe d’accord, de Giesbert à Barbier, en passant par Ciotti, Pécresse, Valls et Le Pen. « Maligne comme un singe, Taubira retrouve la banane » : comme elle est confortablement ignominieuse, cette couverture de Minute. Ô douillette saloperie ! Comme on est tous heureux de se retrouver dans le confortable refuge de la réprobation, autour d’un café et d’un vin chaud, pour se réconforter des rigueurs des temps, et souffler un peu entre gens de bien, communiant sur l’essentiel. Haro sur Minute ! Interdisons Minute, qui déshonore nos petites ignominies raisonnables (comme Bernanos disait en 44 que Hitler avait « déshonoré l’antisémitisme ») ! Et on pourra continuer à titrer tranquillement sur l’Islam sans gêne, l’Islam qui fait peur, les femmes voilées qui aspirent notre aide sociale, ou à disserter sur les Roms qui n’ont pas vocation à s’intégrer. »

Car le problème est aussi et surtout là : le rôle odieux de ces mêmes médias qui font semblant de s’insurger aujourd’hui en désignant un bien pratique bouc émissaire dont ils ont fait le lit. Qu’ont à dire des Giesbert ou des Barbier de leurs propres unes ?

 

Noël Mamère préfère (et il a raison) noter la responsabilité énorme des médias dans cette dérive : « les « news magazines » ont remplacé les marronniers sur l’immobilier ou le classement des lycées les plus performants par des unes redondantes sur l’islam, l’immigration, les Roms. Plus c’est gros et plus ça fait vendre. La dictature de l’audimat se faisait auparavant sur le vide. Elle se décline aujourd’hui autour du racisme le plus exacerbé : « la carte des Roms », « l’invasion islamique »… Valeurs actuelles, Le Point, L’Express, L’Opinion, sont devenus les « Minute » politiquement corrects de la pensée rancie.

Médias, intellectuels et politiques se fourvoient. Les flux migratoires sont l’expression d’une mondialisation qui n’a pas débuté il y a trente ans : nous avons détruit des civilisations, des nations, des empires, en voulant imposer notre vision du monde. Le boomerang est là. »

http://blogs.rue89.com/chez-noel-mamere/2013/11/12/taubira-insultee-apres-le-tabou-de-la-parole-celui-des-actes-vient-toujours-231647

Voici une récente une du journal « Le Point ».

Vous avez dit « marronnier » ? En voici de précédentes :

Et quand on pense que la majorité de la presse ne vit que sous perfusion, c’est donc grâce à l’argent public que toute cette intox est diffusée. Mais là personne ne s’en offusque, en tout cas si peu…

Signalons tout de même la prise de position d’Edwy Plenel, que nous publions en intégralité pour les non-abonnés à Mediapart (qui ne reçoit aucune subvention de l’État). À cette précision près que nous trouvons très regrettable son appel à une marche le 3 décembre alors que l’appel à une autre marche (contre la fiscalité et la prochaine augmentation de la TVA) a été lancé par la plupart des organisations de gauche. La surenchère ne fait pas forcément l’union, cher Edwy. Merci néanmoins pour cette parole et ces rappels si nécessaires face à l’incurie de l’ensemble de la presse.

Ndlr : ce texte peut aussi être écouté sur France Culture.

Marchons le 3 décembre pour l’égalité et contre le racisme

Cette agression contre Christiane Taubira – c’est le troisième épisode en quelques semaines –, c’est une agression contre nous, c’est une agression contre la République qui se fait au nom du peuple français. Et la question qui est posée, bien au-delà des partis politiques, c’est : est-ce que nous, tous, ceux qui nous écoutent, là, nous sommes attachés à la République ?

C’est quoi la République ? L’article premier du Préambule de la Constitution depuis la catastrophe européenne, celui de la Constitution de la Quatrième République, maintenu par la Cinquième, énonce ceci, que je voudrais rappeler : « Au lendemain de la victoire remportée par les peuples libres sur les régimes qui ont tenté d’asservir et de dégrader la personne humaine, le peuple français proclame à nouveau que tout être humain, sans distinction de race, de religion ni de croyance, possède des droits inaliénables et sacrés. »

Le mot race, mot d’époque, que veut-il dire ? Il parle de l’apparence, il parle de la couleur de la peau. Alors il faut s’interroger sur qu’est-ce que c’est que le surgissement de ce racisme le plus archaïque : qu’une élue de la République, ancienne candidate à la présidentielle, aujourd’hui ministre d’un gouvernement de la République, soit traitée de guenon, de singe, parce qu’elle a une couleur de peau qui la distingue, la peau noire.

D’où vient ce racisme le plus archaïque ? Il vient de ce qui a inventé le Blanc. Le blanc, ça n’existait pas cette couleur. Jusqu’à quoi ? Jusqu’à la Traite négrière, jusqu’à l’esclavage, jusqu’au fait de faire de femmes, d’enfants, d’hommes, de vieillards, de gens de tous âges, des esclaves, des marchandises dont on niait totalement l’humanité, que l’on renvoyait, en effet, à leur « animalité ».

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