Où vas-tu Lamy ?

Hubert Védrine disait déjà : «Il vaut mieux avoir un travail mal payé que d’être assisté ». Voilà que Pascal Lamy vient ajouter une couche avec ses « petits jobs qui vaudraient mieux que pas de job du tout ». Ce n’est pas la première fois que des salopards (si, si, on peut utiliser ce qualificatif que la justice a récemment admis comme non diffamatoire) tentent de justifier l’austérité et revisiter à la baisse les salaires de ceux qui raclent les fonds de tiroirs dès le 10 du mois. En clair, le SMIC serait encore trop cher payé.

Mais combien gagne ce monsieur Lamy ?

Nous n’avons pas de chiffre plus récent mais on se souvient d’avoir lu dans Le Monde du 16 juillet 2009 qu’il percevait déjà un salaire annuel de 480 000 francs suisses (316 000 euros) auquel s’ajoute une cotisation de 15 % du montant de son salaire pour sa retraite ! Dans ce même numéro on apprenait, rapporté par des diplomates, que les principaux pays membres de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce) refusaient d’accorder à son directeur général, le même Pascal Lamy, la hausse de 32 % de ses rémunérations qu’il réclamait !

Doit-on préciser que ce triste sire se prétend « de gauche » ? On comprend qu’avec une gauche pareille les gens aient un léger flou dans la tête sur ce que doit être la droite. (Encore que JF Copé nous ait éclairés sur ce point : tous ceux qui acceptent de bosser pour moins de 5 000 euros mensuels ne sont que des minables).

En attendant nous proposons en lecture complémentaire le dernier billet de Pierre Khalfa sur son blog Mediapart (accès gratuit) : Menaces sur le smic !

« Le Smic est régulièrement la cible d’attaque de la part des économistes néolibéraux. Fin 2012 déjà, un rapport du groupe d’experts chargés de faire des recommandations au gouvernement sur le sujet proposait une remise en cause de son indexation actuelle et avançait comme pistes possibles d’évolution une régionalisation ou la création d’un « Smic jeune »[1]. Un de ces « experts », Gilbert Cette sort aujourd’hui un livre, « Changer de modèle »,  avec deux autres économistes, Philippe Aghion et Elie Cohen, dans lequel il reprend ce type de préconisation avec pour argumentation qu’un salaire minimum trop élevé peut nuire à l’emploi. » Lire la suite ici.

Par ailleurs, nous ne lâchons pas l’idée que dans un monde aux ressources limitées il est absurde de croire en une croissance infinie. S’y ajoutant l’impact des nouvelles technologies, le travail, tel que défini jusqu’à présent, ne peut que devenir une denrée rare. Sans doute la diminution du temps de travail peut-elle aider à une meilleure répartition (option Nouvelle Donne), mais il est plus que temps de se pencher sur le concept d’un revenu minimum inconditionnel et garanti à vie.

Sémaphores y a déjà consacré plusieurs articles (notamment ici) et gonfle aujourd’hui ce dossier avec celui, très copieux, du site Owni.

http://owni.fr/2011/03/17/revenu-minimum-garanti/

Histoire de carambars et de petits suisses

Le cabinet privé Poxinvest a publié des chiffres sur la rémunération des présidents des 120 plus grandes entreprises cotées à la bourse de Paris. Résultat : les revenus de leurs patrons ont augmenté de 6% en 2012. Quelqu’un pourrait-il nous rappeler quelle a été l’augmentation du SMIC sur la même période ? Facile ! Sachant qu’il a été indexé sur la valeur du carambar, on arrive à 0,6%, soit dix fois moins que les salaires des grands patrons !

Mais il y a patrons et patrons, et la solidarité devrait nous inciter à sortir les mouchoirs pour certains. En effet, sur les 120 boites citées, il faut d’abord défalquer les 40 patrons du CAC40 qui, eux, ont vu leur revenus baisser de 6,3% sur la même période, cependant que les 80 patrons des plus grosses entreprises suivantes voyaient les leurs progresser de 9,3%.

Un pauvre patron du CAC 40 a ainsi gagné en moyenne 3,96 millions d’euros en 2012. Finalement vous êtes autorisés à ranger les mouchoirs, d’autant que les 80 suivants ont gagné en moyenne 2,2 millions d’euros au cours de l’année.

Pour un patron du CAC 40, cela représente un gain de 10 849 euros par jour ! Eh oui, par jour ! Ce qui représente un gros manque à gagner en carambars pour les 80 patrons suivant qui n’auront gagné que 6 027 euros par jour !

Mais ne chipotons pas et faisons la moyenne de ces 120 premiers patrons de France : ils se sont donc adjugé chacun 2,79 millions d’euros pour la seule année 2012, ce qui ne représente en fin de compte que 7 634 euros par jour !

Sachant qu’un smicard à temps complet gagne environ 17 000 euros bruts par an, chacun des 120 premiers patrons du pays a touché en 2012 l’équivalent de 164 années de SMIC !

Sachant par ailleurs que la finance n’a pas de visage mais qu’elle a néanmoins des noms, on peut citer par exemple Bernard Charlès, directeur général de Dassault Systèmes. Ce Charlès qui n’est pas un charlot a empoché 14,9 millions d’euros en 2012, soit une hausse de 36%. Nous n’avons pas fait le calcul en carambars mais, traduit en SMIC, cela représente 876 années ! Osera-t-on citer le Poulidor de ce classement en la personne de Carlos Ghosn, fossoyeur de l’entreprise Renault ? Oui, mais alors du bout du clavier car le pauvre n’a atteint que 13,4 millions d’euros, soit seulement 788 années de SMIC. Devrait pouvoir faire mieux en 2013.

Trêve de plaisanterie, il va bien falloir songer plus sérieusement à limiter l’écart entre le salaire du patron et le salaire du salarié du bas de l’échelle à un niveau moralement acceptable. On se souvient que le Front de Gauche proposait (et propose toujours dans son programme) que cet écart soit de 1 à 20. Cela signifie que dans une entreprise où le salarié le moins payé l’est au SMIC, le patron conserve la possibilité de se payer 28 600 euros bruts par mois !

Ce n’est pas assez ? Certains pourtant trouvent que ça fait encore trop, et l’on ne saurait taxer de gauchistes les Jeunes Socialistes qui, en Suisse, ont rassemblé assez de signatures pour qu’un référendum d’initiative populaire soit organisé le 24 novembre prochain. Eux proposent de limiter les écarts de salaires dans les entreprises de 1 à 12, ce qui reviendrait à ce que personne ne gagne en un mois plus que ce que gagne le salarié le moins bien payé en un an.

Certes, rien n’est encore acquis et l’on ne sait si du côté de Genève l’indice de référence sera le carambar ou le petit Suisse, mais au vu de la proposition en cours, c’est Méluche qui va finir par passer pour un libéral…