Syriens en cathédrale

Une expo assez rare pour mériter d’être signalée. A ne pas rater si vous passez par Bayeux avant le 2 novembre.

Pour la 21ème édition du Prix Bayeux-Calvados, le photographe et correspondant de guerre Laurent Van der Stockt fait entrer 200 000 victimes syriennes dans le chœur de la cathédrale de la ville.

Faire entrer la guerre dans une église, en vérité, c’est malheureusement banal au Moyen-Orient. Les civils syriens et les combattants sont confrontés chaque jour aux bombes, aux fusillades et aux « côtés sombres des révolutions », comme le dit élégamment le reporter.

Exposer en Normandie, dans un lieu de culte, des photographies prises pendant une guerre qui dure et s’impose au monde comme un terrible bruit de fond, c’est une autre affaire.

http://blogs.mediapart.fr/blog/michel-puech/091014/les-syriens-du-photographe-laurent-van-der-stockt-en-la-cathedrale-de-bayeux

Ballons rouges

Inspiré par Alain Korkos (Arrêt sur Image), inépuisable traqueur d’images devant l’éternel, ce sera donc le double, voire triple coup de cœur audio-visuel sémaphorien de la semaine. À travers ces ballons rouges, c’est l’occasion d’un détour par le street-art via Banksy qu’on ne présente plus dans ces pages, d’une virée par la Syrie pour ne pas oublier la politique, puis de finir au cinéma pour ne pas oublier la poésie.

L’un des pochoirs les plus connus de Banksy est « la petite fille au ballon rouge », un dessin qui a fait le tour du monde.

En mars 2014, Banksy autorisa la reprise de sa petite fille au ballon rouge pour un clip en faveur du peuple syrien. L’opération fut intitulée #WithSyria, les internautes étaient invités à poster sur les réseaux sociaux des photos d’eux-mêmes tenant des ballons rouges avec la mention #WithSyria.


Banksy #WithSyria (Low)

Notre ballon rouge suivant est plus éloigné de la guerre mais pas tant que ça. La petite fille de Banksy y était un petit garçon des années 50, la guerre était finie mais, comme toujours, pas tant que ça.

Le Ballon rouge est un court métrage de 34 minutes tourné dans le quartier de Ménilmontant en 1956 par Albert Lamorisse. Une de ces perles rares du cinéma. Il gagna de nombreux prix y compris à l’étranger, dont un Oscar pour le scenario le plus original 1956 ainsi que la Palme d’Or du court métrage au festival de Cannes, et plein d’autres prix prestigieux qu’on vous laisse découvrir dans le générique. À regarder posément dès que vous prendrez 30 minutes pour vous reposer, à consommer sans modération, y compris et surtout avec les enfants.

 

Le grand enfumage des medias

Dimanche 15 septembre, à 11h30, dans le cadre de la fête de l’Humanité, un débat aura pour thème : « Peut-on encore croire au journalisme ? Le cœur de métier de la presse – informer, expliquer, proposer – est fortement endommagé. Est-ce irréversible ? ». Il confrontera les points de vue de Thomas Legrand, éditorialiste à France-Inter, Edwy Plenel, directeur de Mediapart, Patrick Le Hyaric, directeur de l’Humanité et député européen. Il est organisé par la société des Amis de l’Humanité, dans son espace, en partenariat avec Mediapart.

Sur le même sujet, article très intéressant sur le blog de Charles Sylvestre : http://blogs.mediapart.fr/edition/complices/article/090913/les-journalistes-ont-ils-un-coeur-de-metier-defendre

Mais en attendant ce débat du 15 à venir… Voici d’autres preuves du grand enfumage.

Photos volées, fausses identités, emplois bidon dans des entreprises bien réelles… Des agences de communication ont envahi les espaces de libre expression des médias Web.

Le lieu de prédilection de cet enfumage organisé ? Les rubriques de libre expression des sites comme Le Plus du Nouvel Observateur, le Cercle des Echos, les blogs du magazine Capital, les pages Express Yourself de L’Express ou…les Chroniques du JDN.

Ainsi par exemple Leila Bernardin ne dispose d’aucune existence numérique en dehors de ses chroniques dans Le Journal du Net. Idem pour Catherine Delarge ou Anaïs Roy

Stephane Philippi ou Brett Allison ?

Le Stéphane Filippi qui écrit dans le JDN en tant que formateur a un « sosie » sur Facebook qui travaille dans les assurances dans l’Arkansas.

Idem pour François Morillon qui s’annonce comme consultant en stratégie auprès du JDN mais qui apparaît sous les traits de Sébastien L. sur Foursquare.com.

Ainsi pendant plusieurs semaines Marc Chevrier a signé des chroniques dans le JDN au nom du département fusions & acquisitions aux États-Unis du très établi cabinet de recrutement Mercuri Urval.

Ce Marc Chevrier fait également les belles heures du site du magazine L’Express où il signe en mentionnant l’Université de Tbilissi en Géorgie (L’Express a effacé son profil suite à la publication de l’article du JDN).

Ici un prétendu Laurent Duhesmes annonce travailler pour le Musée d’Orsay alors que cette maison ne compte absolument aucun collaborateur à ce nom.

Même situation chez la très haut de gamme HSBC Private Banking chez qui on affirme n’avoir jamais recruté d’analyste du nom d’Edouard Cachan. Celui-ci prend également la plume dans les colonnes du site du magazine Capital.fr.

Et le fantomatique journaliste Henry Maggi, en fait un communicant payé pour assurer la com’ d’un site commercial, est solennellement tweeté par le Centre d’Analyse stratégique du Premier ministre Jean-Marc Ayrault. Idéal pour consolider une réputation.

 

 

Article intégral sur le Journal du Net:  http://www.journaldunet.com/ebusiness/crm-marketing/les-pros-de-la-e-reputation-infiltrent-les-medias-web.shtml

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À l’attention du parterre de journalistes et étudiants en journalisme venus l’écouter, cette conférence de Michel Collon avait pour thème « Le rôle des médias dans les guerres humanitaires ». C’était le 25 Avril 2013, soit quelques mois avant le « massacre chimique » de Damas.

Dans ce même sens, nous pourrions dire que c’était donc également avant la prochaine guerre en Iran, inéluctable si les consciences populaires ne s’éclairent pas plus vite, si la presse des chiens de garde du système continue de mettre en avant les quelques centaines d’enfants syriens gazés sans les mettre en rapport avec les 500 000 enfants irakiens morts des suites de l’embargo, et nous sommes très gentils de ne citer que ceux-là. Identifier et désigner à la face du monde le véritable ennemi, rien ne pourra changer avant cela. C’est à chacun d’entre nous qu’il appartient de propager toutes les contre-vérités au discours officiel.

« On ne règle pas les problèmes avec ceux qui les ont créés » (Albert Einstein)


OTAN en apporte le vent_3

Le président syrien Bachar al-Assad a déclaré à la chaîne américaine CBS qu’il démentait être derrière l’attaque chimique du 21 août, selon le journaliste Charlie Rose, qui l’a interviewé à Damas.

Selon des écoutes de l’armée allemande révélées dimanche par le journal Bild, Bachar al-Assad n’aurait pas approuvé personnellement l’attaque du 21 août. De hauts gradés de l’armée syrienne « réclament régulièrement depuis environ quatre mois des attaques chimiques au palais présidentiel à Damas (mais) ces demandes ont été toujours refusées, et l’attaque du 21 août n’a vraisemblablement pas été approuvée personnellement par Bachar al-Assad », rapporte le Bild, s’appuyant sur des écoutes effectuées par un navire allemand près des côtes syriennes.

L’enseignant belge Pierre Piccinin da Prata, kidnappé en Syrie au mois d’avril et libéré ce dimanche (en même temps que son confrère Domenico Quirico, journaliste italien), a accordé une interview à RTL-TVI ce lundi matin. Il a indiqué que le gaz sarin n’avait pas été utilisé par le régime de Bachar Al-Assad.09 Septembre 2013 12h35

« C’est un devoir moral de le dire. Ce n’est pas le gouvernement de Bachar Al-Assad qui a utilisé le gaz sarin ou autre gaz de combat dans la banlieue de Damas. Nous en sommes certains suite à une conversation que nous avons surprise. Même s’il m’en coûte de le dire parce que depuis mai 2012 je soutiens férocement l’armée syrienne libre dans sa juste lutte pour la démocratie« , a-t-il déclaré à Luc Gilson dans une interview enregistrée à Gembloux pour RTL-TVi.

Lire sur : Le Belge libéré en Syrie: « Ce n’est pas le gouvernement de Bachar Al-Assad qui a utilisé le gaz »

la lettre d’un ancien ambassadeur de France à François Hollande

Diplomate de carrière de 1972 à 2009, Pierre Charasse fut ambassadeur, notamment au Pakistan, en Uruguay et au Pérou, et a représenté la France dans de nombreuses instances internationales. Depuis le Mexique où, retraité, il réside, il vient d’adresser une lettre aussi ironique que cinglante à François Hollande sur la crise syrienne.

bref extrait : « Lorsque cette mission humanitaire sera terminée et que Bashar Al Assad aura fait amende honorable après la tripotée qu’on va lui mettre tout en le laissant au pouvoir, vous aurez la satisfaction d’avoir contribué à appliquer en Syrie la théorie du « chaos constructif » élaborée par des « think tanks » américains à l’époque de George Bush, en espérant que les grandes entreprises américaines, principales bénéficiaires du chaos, auront  la bonté de laisser  aux entreprises françaises la possibilité de tirer quelques avantages du désordre institutionnalisé qui a désormais vocation à se substituer à des Etats forts comme c’est le cas en Irak ou en Libye. Quelques contrats pétroliers feraient bien l’affaire de nos grands groupes. »

Pierre Charasse, Français de l’étranger, contribuable et électeur

à lire ici : http://blogs.mediapart.fr/edition/les-invites-de-mediapart/article/060913/syrie-la-lettre-dun-ancien-ambassadeur-de-france-francois-hollande

EDITORIAL DE L’HUMA

Délire guerrier par Jean-Emmanuel DUCOIN

C’est parfois dans les coulisses des sommets internationaux que nous sommes fondés à apprécier l’universalité de ceux qui nous gouvernent. Jugez plutôt. À peine sorti d’un G20 qui entérina l’isolement des États-Unis et de la France sur le dossier syrien, à quoi s’est prêté Laurent Fabius lors de la rencontre entre les ministres des Affaires étrangères de l’Union européenne, samedi, à Vilnius ? À la construction d’un simulacre de consensus entre pays européens, doublée d’une tentative d’enfumage des opinions publiques qui restera dans les annales des tours de passe-passe diplomatiques. Alors qu’une réunion sur le processus de paix israélo-palestinien s’éternisait à l’initiative de Catherine Ashton, celle-ci profita du départ de plusieurs dignitaires des pays membres – assurés qu’il n’y aurait pas de vote sur la question syrienne – pour affirmer que le « consensus » des présents suffisait afin d’exiger « une réponse forte » à l’attaque chimique du 20 août à Damas. Lire la suite

OTAN en apporte le vent_2

ajouts le 07 septembre

Eh bien ! Citoyens, dans l’obscurité qui nous environne, dans l’incertitude profonde où nous sommes de ce que sera demain, je ne veux prononcer aucune parole téméraire, j’espère encore malgré tout qu’en raison même de l’énormité du désastre dont nous sommes menacés, à la dernière minute, les gouvernements se ressaisiront et que nous n’aurons pas à frémir d’horreur à la pensée du cataclysme qu’entraînerait aujourd’hui pour les hommes une guerre….

Jean Jaurès     Extrait, Vaise, 25 juillet 1914

Une escalade aveugle vers la guerre

Vendredi, le journaliste François Bonnet notait dans son article à Mediapart que « l’opération se profile déjà très différente de celle qui fut présentée aux opinions comme aux parlementaires. Cette dynamique de guerre rend plus urgente encore la nécessité pour le pouvoir américain et l’exécutif français de s’expliquer par le menu s’ils veulent espérer convaincre l’opinion. »

Car les questions s’accumulent face à des réponses floues ou dilatoires.

1. Est-il vraiment impossible de construire un consensus sur la responsabilité directe du régime d’Assad dans l’utilisation d’armes chimiques ? Pourquoi, plutôt qu’un rapport de cinq pages de synthèse, ne pas rendre publics des éléments matériels de preuves : script des enregistrements de communications de militaires syriens, analyses scientifiques des échantillons collectés sur le terrain ; photos satellites ?

2. Quels sont les termes de l’analyse qui conduit Washington et Paris à affirmer que des frappes « dissuaderont » Assad de recommencer ?

3. Quelles sont les analyses des militaires sur les capacités de représailles du régime syrien ?

4. Quelles sont les garanties que l’opération militaire sera « limitée » ?

5. Y a-t-il une estimation des dommages collatéraux sur la population civile d’une telle campagne ?

6. Pourquoi le Hezbollah, aujourd’hui engagé sur le champ de bataille syrien, serait-il dans l’incapacité de récupérer des armes chimiques ? Quelles sont les garanties qu’il ne mette pas le Liban à feu et à sang ou ne s’en prenne à Israël ?

7. Comment la Russie, l’Iran mais aussi les milices chiites irakiennes peuvent-elles répondre à une telle intervention ?

8. Comment et par qui, jusqu’à aujourd’hui, ont été armées les forces rebelles syriennes ? Comment distinguer entre l’Armée syrienne libre, des forces kurdes, les combattants islamistes, les groupes liés à Al Qaïda ? Comment armer les uns et pas les autres ?

9. Quels ont été les rôles de l’Arabie saoudite et du Qatar. Comment s’impliqueraient-ils dans une telle opération militaire ?

10. Pourquoi la France n’a-t-elle pas convoqué un conseil européen extraordinaire ou, à tout le moins, une réunion en urgence des ministres européens des affaires étrangères ?

11. Pourquoi une politique de sanctions drastique (gel des avoirs, interdiction de voyager, embargo) n’a-t-elle pas été mise en place depuis des mois ?

12. Pourquoi Bachar al-Assad et les principaux dirigeants et militaires syriens ne sont-ils pas inculpés de crimes de guerre et crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale, dont la mission est justement de « punir et sanctionner » ?

A-t-on entendu des réponses précises à ces questions simples (et il pourrait y en avoir bien d’autres) ?

Oui, il pourrait y avoir d’autres questions, et Sémaphores n’en ajoutera qu’une pour aujourd’hui : qui veut bien nous rappeler que 53 ans après la fin de la guerre au Vietnam, les USA n’ont toujours réduit leurs stocks d’armes chimiques que de 50 % ? A l’époque c’était du gaz orange (merci encore Monsanto) qui a été répandu sur plus de 10 % du territoire vietnamien. Et les séquelles sont toujours là, témoin cette photo prise au hasard dans l’exposition qu’en fit le photographe Brian Driscoll en 2008 sous le titre « Cela cessera-t-il un jour ? » (Will it ever end ?). Les ravages n’ont jamais cessé.

ajout le 06 septembre

Ambiance glaciale au dîner réunissant les vingt plus grandes puissances mondiales. Le premier dîner du G20 qui s’est tenu ce jeudi à Saint-Pétersbourg s’est terminé sur un constat d’échec pour Barack Obama et François Hollande qui espéraient obtenir de nouveaux soutiens sur la Syrie. Vladimir Poutine a d’abord sèchement suggéré d’aborder le dossier syrien directement pendant le dîner de gala, traditionnellement dévolu aux questions économiques. Et selon le chef du gouvernement italien Enrico Letta, les discussions n’ont fait que « confirmer la division » sur le dossier syrien des dirigeants du G20.

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C’était il y a dix ans, à l’Assemblée Nationale, quelqu’un tenait ces propos :

« Il s’agit non pas uniquement d’arrêter une crise, mais de préserver la stabilité du monde. En cet instant, l’ONU doit se faire respecter. Elle joue là son avenir dans la période de l’après-guerre froide. L’Europe doit comprendre qu’elle est l’instrument d’un monde multipolaire et qu’elle ne peut pas être simplement une union agglomérant des intérêts de marché. L’Europe doit également comprendre que de sa capacité à intervenir dépend aussi la stabilité du monde. Enfin, la France doit porter son message universel, celui de la paix, du droit, de la justice internationale contre la force. Cette position, nous, les socialistes, nous voulons qu’elle soit tenue jusqu’au bout, sans relâche, sans faiblesse, sans fléchissement. Cette position, la nôtre, monsieur le Premier ministre, ne variera pas. C’est et ce sera toujours « Non à la guerre ! », et je souhaite, au plus profond de mon cœur, que ce soit aussi celle de la France. »

François Hollande,
Assemblée Nationale,
Le 16 février 2003

Mardi, Itélé lançait sa première de « Duel » (ce sera chaque mardi). Les invités étaient Edwy Plenel et Alexis Brézet, pour évoquent le sujet épineux du conflit syrien qui met à mal le leadership de François Hollande.

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Jean-Luc Mélenchon était entendu sur LCI à l’émission Le grand jury

Jean-Luc Mélenchon au « Grand Jury » sur LCI 1ère… par lepartidegauche

Syrie, l’avis d’anciens de l’ONU

Des anciens responsables de l’ONU et de plusieurs organisations internationales -OIT, Unicef, Unesco- mettent en garde contre une intervention armée en Syrie, rappelant la nécessité d’obtenir un accord du conseil de sécurité des Nations Unies. «Les gouvernements syriens, iraniens et russes ont fait des offres de négociations qui ont été traitées par le mépris en Occident», assurent-ils, appelant à relancer un vrai processus de négociations politiques.

Les bruits de bottes se font entendre une nouvelle fois au Moyen Orient, avec la possibilité d’une attaque imminente sur la Syrie, suite aux allégations d’usage d’armes chimiques par son gouvernement. C’est précisément dans des temps de crise comme ceux-ci que les arguments en faveur de la paix sont les plus clairs et les plus évidents.

Tout d’abord, nous n’avons pas de véritables preuves de l’usage des armes chimiques par le gouvernement syrien. Et même si des preuves étaient fournies par des gouvernements occidentaux, il y a lieu de rester sceptiques en se souvenant de tous les prétextes discutables ou fabriqués utilisés pour justifier les guerres antérieures ; l’incident du Golfe du Tonkin et la guerre du Vietnam, les couveuses koweitiennes et la première guerre du Golfe,  le massacre de Racak et la guerre du Kosovo, les armes de destruction massive irakiennes et la deuxième guerre du Golfe, les menaces sur Benghazi et la guerre de Libye. Notons aussi que certaines preuves de l’usage d’armes chimiques sont fournies aux États-Unis par les services de renseignement israéliens (lire ici) qui ne sont pas une source tout-à-fait neutre.

Même si, cette fois-ci, les preuves sont authentiques, cela ne légitimerait en aucune façon une quelconque action unilatérale. Toute action militaire nécessite l’aval du Conseil de sécurité de l’ONU. Ceux qui se plaignent de « l’inaction » de ce Conseil devraient se rappeler que l’opposition de la Chine et de la Russie à une intervention en Syrie est en partie motivée par l’abus par les puissances occidentales des résolutions sur la Libye, de façon à opérer un « changement de régime » dans ce pays.

Ce qu’on appelle en Occident la « communauté internationale », prête à attaquer la Syrie, est réduite à essentiellement à deux pays importants (États-Unis et France), sur les presque deux cents pays au monde. Aucun respect du droit international n’est possible sans un minimum de respect pour ce qu’il y a de décent dans les opinions du reste du monde.

Même si une action militaire était autorisée et menée, que pourrait-elle accomplir ? Personne ne peut sérieusement contrôler des armes chimiques sans troupes au sol, option que nul ne considère comme réaliste après les désastres en Irak et en Afghanistan. L’Occident n’a pas réellement d’allié fiable en Syrie. Les jihadistes qui combattent le gouvernement n’ont pas plus d’amour pour l’Occident que ceux qui ont assassiné l’ambassadeur américain en Libye. C’est une chose d’accepter de l’argent et des armes venant d’un pays donné, une toute autre d’être son véritable allié.

Les gouvernements syriens, iraniens et russes ont fait des offres de négociations qui ont été traitées par le mépris en Occident. Ceux qui disent « nous ne pouvons pas parler ou négocier avec Assad » oublient qu’on a dit la même chose du FLN algérien, d’Ho chi Minh, de Mao, de l’URSS, de l’OLP, de l’IRA, de l’ETA, de Mandela et de l’ANC, ainsi que de plusieurs guérillas en Amérique Latine. La question n’est pas de savoir si on va parler à l’adversaire, mais après combien de morts inutiles on va accepter de le faire. L’époque où les États-Unis et les quelques alliés qui leur restent agissaient comme gendarme du monde est révolue. Le monde devient plus multipolaire, et les peuples du monde veulent plus de souveraineté, pas moins.

La plus grande transformation sociale du vingtième siècle a été la décolonisation et l’Occident doit s’adapter face au fait qu’il n’a ni le droit ni les compétences ni les moyens pour gouverner le monde.

Il n’y a pas d’endroit où la stratégie de guerre permanente a échoué plus misérablement qu’au Moyen-Orient. A long terme, le renversement de Mossadegh en Iran, l’aventure du canal de Suez, les nombreuses guerres israéliennes, les deux guerres du Golfe, les menaces et sanctions d’abord contre l’Irak, ensuite contre l’Iran, n’ont rien accompli d’autre qu’augmenter le  sang versé, la haine et le chaos. La Syrie ne peut être qu’un nouvel échec occidental sans un changement radical de politique.

Le véritable courage ne consiste pas à envoyer des missiles de croisière pour exhiber une puissance militaire qui devient de plus en plus inefficace. Le véritable courage consiste à rompre radicalement avec cette logique mortifère : obliger Israël à négocier de bonne foi avec les Palestiniens, convoquer la conférence Genève II sur la Syrie, et discuter avec les Iraniens de leur programme nucléaire, en prenant honnêtement en compte les intérêts légitimes de l’Iran en matière de sécurité et d’économie.

Le vote récent contre la guerre au parlement britannique, ainsi que les réactions sur les médias sociaux, reflètent un changement massif de l’opinion publique. Nous, Occidentaux, sommes fatigués des guerres et nous sommes prêts à rejoindre la véritable communauté internationale, en exigeant un monde fondé sur la Charte de l’ONU, la démilitarisation, le respect de la souveraineté nationale et l’égalité de toutes les nations.

Les peuples en Occident veulent aussi exercer leur droit à l’auto-détermination : si des guerres doivent être menées, elles doivent l’être après un débat ouvert et en tenant compte de préoccupations affectant directement notre sécurité, et non sur une notion mal définie de « droit d’ingérence », qui peut être aisément manipulée et qui est ouverte à tous les abus.

Il nous reste à forcer nos hommes et femmes politiques à respecter ce droit.

Signataires :

Dr. Hans-Christof von Sponeck, Secrétaire général adjoint de l’ONU et coordinateur humanitaire des Nations Unies en Irak de 1998 à 2000.
Dr. Denis J. Halliday
, Secrétaire général adjoint de l’ONU de 1994 à 1998.
Dr. Saïd Zulficar
, Fonctionnaire de l’Unesco de 1967 à 1996. Directeur des Activités opérationnelles, Division du Patrimoine Culturel de 1992 à 1996.
Dr. Samir Radwan
, Fonctionnaire OIT de 1979 à 2003. Conseiller du Directeur général de l’OIT sur les politiques de développement de 2001 à 2003. Ministre égyptien des Finances de janvier à juillet 2011.
Dr. Samir Basta,
directeur du bureau régional pour l’Europe de l’Unicef (1990 à 1995). Directeur Bureau d’Evaluation de l’Unicef (1985-1990)
Miguel d’Escoto Brockmann, président de la 63e Assemblée générale des Nations Unies (2008-2009) et ministre des affaires étrangères du Nicaragua (1979-1990).

Non à l’intervention armée en Syrie !

Face à la situation enflammée en Syrie,
Le Mouvement de la Paix appelle à des  rassemblements dans toute la France devant les préfectures Jeudi 29 Aoû
t :

Non à l’intervention armée en Syrie,
non à la participation de la France ;
Solidarité avec les forces de paix,
de justice et de démocratie en Syrie.

 

Le FRONT DE GAUCHE du Gard appelle les gardois, les organisations démocratiques et pacifiques, à soutenir cet appel et à se rassembler Jeudi 29 août

à 18 h devant la préfecture de Nîmes av Feuchères

 

Communiqué du FRONT DE GAUCHE GARD

 

Selon Washington, toutes les options sont sur la table concernant la Syrie. Cependant, plus les heures passent, plus c’est l’option d’une intervention militaire de quelques puissances, dont la France, qui se précise.

L’escalade de la confrontation militaire provoquée par le régime syrien suscite de très graves inquiétudes.
Les bombardements à l’arme chimique, dont la responsabilité est attribuée au régime de Bachar Al Assad, ont fait franchir un pas spécifique et particulièrement criminel dans l’horreur. Il faut encore que toute la lumière soit faite sur ces bombardements… Mais les États-Unis, qui auraient déjà formé près de trois cents combattants de commandos pour l’ASL (armée syrienne libre) au cours de ces dernières semaines, ont maintenant renforcé leur flotte de guerre armée de missiles de croisière en Méditerranée.

La crise syrienne est devenue dans les faits une crise géo-politique internationale. Le bilan de cette confrontation est effroyable : environ 100 000 morts, plusieurs millions de réfugiés dont un million d’enfants, un pays dévasté, des villes en cours de destruction, une société pulvérisée par une violence et des affrontements internes directement soutenus par des États et différents acteurs politiques de la région. Il faut arrêter ça ! Les affrontements avaient déjà franchi le seuil de l’inhumanité avec des exactions d’une sauvagerie rarement égalée, comme ces civils égorgés vivants par des groupes salafistes se situant dans l’opposition.

Aujourd’hui, une intervention militaire de Washington et de ses alliés constituerait un degré supplémentaire dans l’inacceptable, dans cette escalade sans issue. Bombarder la Syrie serait ajouter la guerre à la guerre. Avec les risques rarement égalés d’un embrasement au Moyen-Orient, notamment d’une explosion du Liban où les attentats, les représailles et les vengeances se succèdent.

Le rôle de la France n’est pas de suivre les États-Unis dans leur nouveau délire guerrier, alors qu’ils sont coutumiers du fait d’utiliser n’importe quelle sorte d’argument pour justifier une intervention militaire, comme par le passé en Irak, puis en Libye. Le Front de Gauche demande une nouvelle fois un règlement négocié du conflit dans le cadre de la seule institution internationale légitime, l’ONU, et des accords de Genève qui prévoyaient un cessez-le-feu et une transition politique négociée visant à remettre le destin de la Syrie entre les mains de son peuple, via des élections libres et transparentes

OTAN en apporte le vent

Bruit de bottes à Chypre… L’arrivée d’avions de combat et d’avions de transports britanniques sur une base de Chypre fait monter la pression. Aux armes, et cætera. Des brèves de ce genre tombent en continu, comme les coups qui précèdent un lever de rideau. Mais bien futé qui connaitrait le script du spectacle annoncé, tout juste sait-on que le metteur en scène s’appelle oncle Sam, et que le suivent quelques aveugles.

Pas plus que d’autres blogs et journaux, Sémaphores ne saurait démêler l’info de l’intox dans ce flot de données aussi complémentaires que contradictoires. La presse se déchaîne et ses lecteurs se déchirent, même sur Mediapart qui a pris depuis hier une position atlantiste en ne publiant pas de contre-article à celui de Caroline Donati. Nous en publions plus loin les principaux extraits, mais nous préférons commencer par partager le point de vue de José Fort paru dans l’Humanité.

Avec la peau des autres

C’est un monde, la chronique de José Fort.  Sur toutes les radios et télés publiques et privées, sur la plupart des sites internet, la mobilisation est générale. Chroniqueurs du matin, experts en tout et pour tout, observateurs jamais démentis, militaires à la retraite, sont sur le pont avec pour seule lettre de mission : faire accepter par l’opinion publique l’entrée en guerre des puissances occidentales dans le conflit syrien.

Il y a comme un goût de déjà vu. Souvenez-vous de la première guerre US en Irak lorsque les médias français s’étaient transformés en studios d’état major diffusant en direct les frappes et leurs traînées verdâtres, diffusant des informations mensongères avec le terrible résultat que l’on connaît. Ces gens là sont prêts à en découdre avec la peau des autres. L’Irak, l’Afghanistan, la Libye ne leur suffisent pas : les petits nouveaux à la sauce Obama et Hollande veulent leur guerre et peuvent compter sur des médias à la botte. Lire la suite

bons baisers de Syrie

Ces photos ne sont pas extraites d’une des dernières productions hollywoodiennes, pas plus qu’elles ne sont signées de photographes de renom. On les doit à Mediapart qui les a reçues d’activistes syriens qui n’ont pas l’intention de cesser la lutte. Nous les partageons sans plus de commentaire, comme un triste et accablant voyage visuel qui nous replace au cœur de nos faiblesses, celle de la communauté internationale comme celle individuelle qui devrait nous faire dire : Et si c’était chez moi ?

Homs_centre de la cité

 

Deir Ezzor


Quartier Midan à Damas