Sarkadhafi_suite

Vendredi 4 mai, de 20h30 à 23 h, Mediapart a diffusé son sixième épisode de Mediapart 2012. Pendant deux heures et demie, les invités ont discuté avec la rédaction du secret libyen de Sarkozy.

Il y a de fortes chances que le document ci-après ne passe sur aucune chaîne de télévision, c’est pourquoi nous le reproduisons à l’attention de ceux qui souhaitent se faire une idée plus précise de ce qui constitue une véritable affaire d’Etat : le financement de la campagne 2007 du clan Nicolas Sarkozy par le clan Kadhafi.


Mediapart 2012 : Sarkozy et le grand soupçon… par Mediapart

 

10 lourds silences de Nicolas Sarkozy

Mediapart avait invité Nicolas Sarkozy à une émission exceptionnelle, en direct et en vidéo-streaming sur le site, à la date de son choix avant le premier tour de l’élection. Le président-candidat a refusé. C’est très dommage car parmi les nombreuses questions que les journalistes souhaitaient lui poser, il en est 10 dont nous estimons avec Mediapart qu’elles sont particulièrement importantes pour que les citoyens puissent voter correctement informés.

1. Vous avez déclaré avoir acquis un appartement sur l’île de la Jatte en 1997 (voir notre article précédent) grâce à des prêts contractés auprès de l’Assemblée nationale. Selon votre présentation du montage financier, ils se seraient élevés à 3.530.000 francs. Or l’Assemblée nationale affirme que vous n’avez pris qu’un seul emprunt immobilier à cette époque, de 1.680.000 francs. Avez-vous réellement payés le 1,85 million de francs manquant ? Si oui, comment ?

2. Dans son journal intime, à la date du 26 avril 2007, le photographe François-Marie Banier prête ses propos à Liliane Bettencourt : « De Maistre me dit que Sarkozy demande encore de l’argent ». Le même jour, 400.000 euros sont retirés en espèces des comptes suisses cachés de la milliardaire. Avez-vous demandé de l’argent aux époux Bettencourt dans l’entre-deux tours de l’élection présidentielle de 2007 ?

3. L’enquête judiciaire menée à Bordeaux dans le cadre de l’affaire Bettencourt a permis d’établir que le 18 janvier 2007, le gestionnaire de fortune M. de Maistre a reçu 150.000 euros en liquide, la veille d’une rencontre avec Eric Woerth, le trésorier de votre campagne présidentielle de 2007. Le 5 février de la même année, 400.000 euros ont été débités en liquide de l’un des comptes suisses des époux Bettencourt, deux jours avant une nouvelle rencontre entre MM. Woerth et de Maistre près de votre siège de campagne. M. Woerth, mis en examen dans ce dossier, a-t-il pu financer à votre insu par des fonds en espèces votre campagne présidentielle ?

4. Les enregistrements du majordome de Liliane Bettencourt font apparaître que l’héritière de L’Oréal a signé, le 4 mars 2010, un chèque à votre ordre. Quel est le montant et l’objet de cette contribution, qui ne peut être un financement politique puisque vous êtes à cette date président de la République depuis presque trois ans ?

5. Votre ancien collaborateur Thierry Gaubert, mis en examen pour « recel d’abus de biens sociaux » dans l’affaire Takieddine, a-t-il pris en charge durant les années 1990 vos vacances à Venise et à Miami, comme l’indiquent des témoignages recueillis par la justice ?

6. Votre directeur de cabinet Claude Guéant a noué d’importantes relations à partir de 2003 avec le marchand d’armes Ziad Takieddine, en le mandatant auprès de dirigeants libyens, syriens et saoudiens pour des opérations de diplomatie parallèle et des ventes de matériels de sécurité, alors que vous étiez ministre de l’intérieur. Avez-vous cautionné ces contacts occultes, généralement prohibés par l’administration ?

7. Selon les notes de Ziad Takieddine saisies par la justice, une réunion s’est tenue le 16 mai 2009 à l’Elysée en présence de Claude Guéant et de votre avocat personnel, Thierry Herzog, afin de « mettre de côté » le mandat d’arrêt visant M. Abdallah Senoussi, l’un des patrons des services de renseignement libyens, condamné en France à une peine de perpétuité par contumace, dans l’attentat terroriste du DC10 UTA, en 1989. Vous êtes-vous engagé auprès du colonel Kadhafi à blanchir judiciairement M. Senoussi, aujourd’hui réclamé par la Cour pénale internationale ?

8. Selon des documents saisis en France et au Luxembourg, vous avez autorisé, alors que vous étiez ministre du budget, la création de la société Heine, par où ont transité, le 7 février 1995, 20,3 millions d’euros. Cette société basée au Luxembourg était chargée de distribuer, pour le compte de l’entreprise d’État DCN, des commissions occultes à deux hommes d’affaires (MM. Ziad Takieddine et Abdul Rahman El Assir) actuellement mis en examen dans l’affaire des ventes d’armes du gouvernement français au Pakistan et à l’Arabie saoudite. Vous avez également validé, au sein de l’organisme de garantie d’Etat Coface, le montant de ces commissions accordées, tant par la DCN que la Sofresa, à ces intermédiaires. Pouvez-vous soutenir n’être pas impliqué personnellement dans cette affaire ?

9. Au lendemain de la sentence arbitrale, le 7 juillet 2008, qui a octroyé 403 millions d’euros d’argent public à Bernard Tapie, l’État aurait pu faire annuler cette décision prise par cette justice privée. En novembre 2008, la ministre des finances, Christine Lagarde a été informée que l’un des trois arbitres n’avait pas respecté l’obligation de « révélations étendues » à laquelle il était astreint, et n’avait pas déclaré qu’il avait déjà participé par trois fois à des arbitrages auxquels était partie Me Maurice Lantourne, l’avocat de Bernard Tapie. Christine Lagarde pouvait donc suspendre le versement de cette somme. Pourquoi ne lui avez-vous pas donné des instructions en ce sens ? Pourquoi, au contraire, ce fait a-t-il été caché au Parlement ?

10. Selon des documents et témoignages réunis par Mediapart, des sommes importantes – jusqu’à 50 millions d’euros – auraient été versées en 2007 à votre entourage par le régime de Mouammar Kadhafi, ce que l’ancien dirigeant de la Libye, son fils Saïf al-Islam et Abdallah Senoussi, l’ancien chef des services secrets libyens, avaient affirmé publiquement. Seriez-vous favorable à l’ouverture d’enquêtes judiciaires sur ces soupçons ?

En parallèle à ces dix questions médiapartiennes pour lesquelles Nicolas Sarkozy n’a pas cru bon d’apporter des réponses, s’ajoute une liste d’au moins 60 AFFAIRES QUE LES FRANÇAIS ET LA JUSTICE N’OUBLIERONT JAMAIS (source Imhotep sur le site AGORAVOX), Lire la suite

Abus de biens sociaux et campagnes électorales

C’était la trêve des confiseurs, fêtes de fin d’année obligent, et l’info n’a guère circulé dans les médias liés au pouvoir. C’est pourtant une accusation très grave que les juges Van Ruymbeke et Le Loire viennent de porter à la connaissance publique en qualifiant d’abus de biens sociaux les malversations liées à l’affaire Takieddine qui, rappelons-le, concernait des ventes d’armes au Pakistan et à l’Arabie Saoudite. En ligne de mire se trouve principalement l’ex-ministre de la défense François Léotard, mais il est clair désormais que se retrouve au cœur de l’affaire cet autre ex-ministre du budget sans qui les contrats n’auraient pu être signés : un certain Nicolas Sarkozy de Nagy-Bocsa.

Selon un document inédit saisi dans les archives de l’ancien ministre Jacques Douffiagues, un feu vert a bien été donné en 1995 par le ministre du budget d’alors, en pleine campagne présidentielle, afin d’apporter la garantie de l’État à l’office d’armement Sofresa dans la vente des frégates saoudiennes. Ce contrat promettait le paiement de 213 millions d’euros aux intermédiaires Ziad Takieddine et Abdul Rahman El Assir. Des commissions jugées illégitimes et aujourd’hui qualifiées d’abus de bien sociaux par la justice.

source : Mediapart

Rappelons aussi que tous articles concernant l’affaire Karachi/Takieddine se trouvent en accès libre sur http://www.frenchleaks.fr

Offrons-nous un petit retour en arrière, avec cette réponse apportée par notre cher président au premier journaliste qui osa poser la question au sujet de l’affaire Karachi…


Karachi : Sarkozy parle de « fable » (19/06/09) par Nouvelobs

La douleur des familles, ose-t-il faire croire qu’il la prend au sérieux et ne plaisante pas avec ça ! Que chacun en juge en son âme et conscience. Lire la suite

Nichon, Nibar, et les amis du président

Alors que les magistrats français chargés de l’affaire Takieddine s’apprêtent à solliciter une entraide judiciaire avec la Colombie, Mediapart dévoile que les policiers colombiens s’étaient déjà rendus sur place il y a deux ans, soupçonnant quelque opération de blanchiment. Dans le collimateur : les propriétés Palmera et Cactus (à Nilo, en Colombie), mais aussi deux bars aux doux noms évocateurs de Le Nibar et Le Nichon. Ça ne s’invente pas ! Du moins, pour l’inventer, faut-il avoir une certaine tournure d’esprit, vous en conviendrez. Où l’on peut s’inquiéter c’est lorsque cet état d’esprit est celui des tristes sires Thierry Gaubert et Jean-Philippe Couzi.

Le premier, ancien conseiller et ami de Nicolas Sarkozy, est aujourd’hui mis en examen dans l’affaire Takieddine (affaire Karachi et autres, notamment l’intervention française en Lybie). Gaubert doit par ailleurs comparaître devant le tribunal correctionnel de Nanterre ces prochains mois dans une affaire de détournements présumés au 1% logement. Des faits commis alors qu’il était collaborateur au cabinet du maire de Neuilly qui n’était autre que le même Sarkozy, qui le mariera vers la fin des années 80. On notera son passage aux ministères du budget et de la communication jusqu’en 1995, avant d’être aujourd’hui conseiller du président du groupe Banques populaires-Caisse d’épargne.

J-P Couzi (à gauche) avec Olivier Dassault

Le second, Jean-Philippe Couzi, témoin de mariage du président avec Carla Bruni, est surtout l’ami de Nicolas Bazire, actuellement n°2 du groupe de luxe LVMH du milliardaire Bernard Arnault. On se garderait bien de faire de l’amalgame, mais c’est fou ce que ces gens-là sont liés. Si le président préfère le yacht de son ami Bolloré pour clore les frais de c(h)ampagne de son élection, c’est plutôt à bord de celui de Ziad Takieddine qu’on retrouvera le sieur Gaubert, yacht également prisé par  Jean-François Copé, par Brice Hortefeux, voire Dominique Desseigne, propriétaire du Fouquet’s où Nicolas Sarkozy fêtera son élection en 2007. Au demeurant, d’autres investissements de Couzi dans un hôtel à Santa Marta (côte nord des Caraïbes) sont également dans le collimateur des enquêteurs.

Gaubert et Desseigne sont sur un bateau. Takieddine tombe à l'eau...

Tout aurait pu relever du domaine privé, si ce n’est que le Nichon et le Nibar, ouverts respectivement en 2003 et 2005, ainsi que la construction précédente (2001) des villas de Thierry Gaubert et son ami Jean-Philippe Couzi sont des opérations immobilières sous couvert de sociétés off-shore. Ce qui signifie non déclaré au fisc français, ce qui n’est pas sympa vis-à-vis des copains puisqu’en 2003 Gaubert est chargé de mission auprès de Jean-François Copé, au secrétariat d’État des relations avec le Parlement.Mais comment déclarer ce dont on n’est même pas au courant de l’existence ? Lire la suite