Raccrochez pour vous rapprocher !

par Alain Korkos (Arrêt sur Image). extraits

Ogilvy3Le Centre de recherches en psychologie de Shenyang, en Chine, a commandé en mai 2015 une campagne de publicité à l’agence Ogilvy de Pékin qui, bizarrement, se balade sur les réseaux sociaux depuis quelques jours seulement. La phrase d’accroche de cette série d’images est The more you connect, the less you connect qu’on pourrait traduire par Plus vous êtes connecté, moins vous rencontrez.

Ogilvy1Les campagnes sur ce thème ne datent pas d’aujourd’hui, elles fleurissent depuis plusieurs années avec, en général, le slogan… pardon, excusez-moi…Allô oui ? T’es où ? Nan j’peux pas te parler, là…
Pardon. Je disais donc que le slogan généralement adopté est Disconnect to connect, qu’on pourrait traduire par Raccrochez pour vous rapprocher.

Le premier film traitant ce sujet semble être une pub réalisée en 2010 par DTAC, compagnie téléphonique thaïlandaise.


Disconnect to connect Tahilande 2010 (Low) par asi

En 2011, un centre d’études féminin de la Torah basé à Brooklyn lançait une campagne demandant aux gens de se déconnecter pendant une heure le 2 octobre 2011. Deux films furent réalisés à cette occasion, le plus intéressant est celui-ci, directement inspiré par…pardon, excusez-moi…un sms urgent, il faut que je réponde…tic tic tic… tic… tic tic… tic…Pardon. Je disais donc que ce film s’inspirait de la bobine thaïlandaise précédente (DTAC est cité au générique de fin) :


Disconnect to Connect – Brooklyn 2011 par asi

Voici une autre marque encore… pardon, excusez-moi…Allô, oui, quoi ? Que j’oublie pas de prendre une baguette ? D’accord. Tu préfères pas une tradition ? Ou un pain de seigle ? C’est bon le seigle, ça facilite le transit. Nan ? Tu préf… Allô ? Allô ? Damnaide. Pardon. Je disais donc que cette autre marque (comme d’autres encore) a également piqué le slogan, essayez de découvrir quel produit on va vous fourguer à la fin du film :


2014-Tech Lovers Disconnect To Connect par asi

Débranchez-vous, qu’on vous dit ! Pour vous rapprocher de votre famille, de vos amis de dans la vraie vie, et des vrais produits de consommation tels ceux proposés en 2011 par le syndicat d’initiative de Rio de Janeiro, ou par les automobiles Ford en 2011 itou. Pardon, excusez-moi…Allô oui ? Une baguette normale pas tradition pas au seigle et pas trop cuite, d’accord. Mais non j’oublie pas. Pardon. Excusez-moi.

T là ?

Tribulations d’un utilisateur de portable de remplacement

par Jean-Marc Manach (article paru dans Arrêt sur Image le 7 décembre 2014)

Et soudain… mon téléphone portable ne répond plus. Les boutons fonctionnent, je peux l’allumer, l’éteindre, monter ou baisser le volume… mais l’écran tactile ne répond plus. Et sans pavé tactile, impossible de s’identifier, d’entrer son code PIN, de déverrouiller le mobile : rien, nada, peau d’zeubi.

Le site du fabricant n’explique pas que faire en pareil cas. Évidemment. Celui de mon opérateur mobile, lui, me propose de réinitialiser le téléphone afin d’y réinstaller les « paramètres d’usine« . Sauf que, pour ça, il faudrait déjà pouvoir déverrouiller le téléphone…

Après avoir écumé les forums, je découvre sur une vidéo qu’on peut connecter une souris ou un clavier, et passer outre le pavé tactile. Encore faut-il avoir un câble pour les relier.

Dans les boutiques en ligne, ils coûtent 4€, plus les frais de port. Pas le temps d’attendre. Je fonce au centre commercial. Après avoir éclusé le rayon câbles, j’en trouve un, à… 8.99€. Évidemment. Pas le choix. J’achète.

L’avantage, avec les centres commerciaux, c’est qu’on y trouve aussi les boutiques des opérateurs de téléphonie mobile. Après avoir fait la queue, un « conseiller« , me propose de prendre le téléphone (encore sous garantie, coup de bol) afin de le réinitialiser…

Mais je perdrai toutes les données. Je décline. Je veux d’abord les sauvegarder, ce que je n’avais pas fait depuis longtemps (règle n°1 de la sécurité informatique : faire des sauvegardes, régulièrement).

De retour chez moi, je tente la manip’ trouvée sur YouTube, et bingo : la souris, connectée au téléphone par le câble à 8.99€, me permet de passer outre le pavé tactile, et de déverrouiller le téléphone.

A l’ère de la génération Petite poucette, je dois utiliser une bonne vieille souris pour pouvoir récupérer l’usage de mon mobile… un comble.

Quelques minutes plus tard, j’arrive enfin à lancer la sauvegarde des données.

J’en profite aussi pour réinitialiser les « paramètres d’usine« , comme le propose le site de mon opérateur téléphonique, espérant ainsi pouvoir récupérer mon pavé tactile.

Petit tremblement au moment d’effacer toutes mes données. Une fois le portable réinitialisé, raté : toujours pas de pavé tactile. Au moins, ça empêchera les petites mains du SAV de farfouiller dans mes données.

Retour à la boutique du centre commercial. Un autre « conseiller » m’annonce que la réparation pendra… 3 semaines, et me demande si j’ai besoin d’un mobile de remplacement. Tu parles !

Ça fait 24h que je suis sans téléphone. Je ne sais si ça vous est arrivé, mais c’est une expérience troublante. Et si quelque chose de grave ou d’important s’était passée ?

J’ai envoyé un mail à certains, pour les prévenir qu’il ne servait à rien de m’appeler. J’ai emprunté leurs téléphones à des proches, afin d’appeler mon n°, d’entrer # puis mon « code PIN« , afin d’interroger le répondeur.

Je ne peux plus lire mes mails dans le métro, me connecter en 4G pour lire les infos, suivre Twitter, et… je n’ai plus accès à mon carnet d’adresses. Alors oui, je veux bien de ce téléphone de remplacement. J’en ai vraiment besoin.

Tiens, on dirait que le téléphone a récupéré les derniers SMS que j’avais reçus, ou envoyés. Sauf qu’au lieu des noms de mes correspondants, ne s’affichent plus que leurs n° de téléphone : je n’ai plus accès à mon carnet d’adresse. Troublant.

Cherchant à retrouver le numéro de l’un de mes correspondants, je commence à relire ces SMS et… vous comprenez donc maintenant pourquoi j’illustre cette chronique avec un échange de SMS entre une ado écrivant « Je t’aime ♥♥♥♥ » à son correspondant, lequel la rembarre sèchement prétextant des problèmes de SMS avec son opérateur.

Les « conseillers » de la boutique de l’opérateur, pas plus que la donzelle, n’avaient pensé à réinitialiser les « paramètres d’usine » du téléphone de remplacement que je viens donc de récupérer.

Je vous passe les autres SMS de la demoiselle et de ses correspondants, leur vocabulaire SMS et leurs smileys (même et y compris le smiley caca qui s’affiche sur Facebook quand on y écrit :poop:).

Visiblement, la demoiselle ne se servait pas de son téléphone pour accéder à sa boîte mail. Ou alors, elle les a effacés. Lire la suite