Que cache le débat sur l’intégration ?

 Un demi-siècle de névroses
« Il faut quand même le dire, ils ont un problème d’intégration ! » Et tout le monde de saisir de qui on parle, de ces individus au statut étrange, français sur le papier, mais à la « francitude », si l’on nous permet l’expression, pas très nette. Et pour cause : ils n’ont pas su s’intégrer. Quittons ces clichés. Et refaisons l’histoire de ce mot-valise. Fabriquée pendant la guerre d’Algérie, brandie par les pouvoirs publics de droite comme de gauche pendant le demi-siècle qui a suivi, l’« intégration », que La Documentation française définit comme une adhésion « aux règles de fonctionnement et aux valeurs de la société d’accueil », nous parvient aussi griffée et bosselée qu’une malle coloniale.
L’historien Benjamin Stora nous met en garde contre les mésusages d’un mot que les assassinats de Charlie et de l’Hyper Cacher font remonter à la surface. Un problème ? On dégaine l’intégration, platitudes à l’appui… Que la société française soit en crise est un fait. Qu’elle soit une figure mouvante, multiple et prometteuse, comme la vie d’Abel Jafri, acteur français de Timbuktu, en est un autre, tout aussi vrai. Et faire de l’intégration le problème et la solution de tous les maux est injuste et archaïque – un mauvais pansement sur les névroses françaises.
Olivier Pascal-Moussellard

 

En 2015, on demande encore à des Français de troisième ou quatrième génération de s’intégrer… L’historien Benjamin Stora dénonce le discours dépassé de nos élites et ses relents colonialistes.

A partir de quand parle-t-on d’intégration en France ?

Jusque dans les années 50, la République pratique l’« assimilation ». On ne demandait pas aux Corses ou aux Bretons d’abandonner leurs origines, mais de respecter les mœurs de vie française, notamment la langue. Logiquement, la France a adopté cette approche avec l’Algérie, puisque celle-ci était considérée comme française. Dans les années 30, des personnages comme le leader nationaliste Ferhat Abbas étaient d’ailleurs qualifiés d’« assimilationnistes », de façon non péjorative. Ils disaient : « Oui à l’assimilation culturelle, car la France nous apporte la République, la modernité, la culture. Mais nous voulons rester musulmans. » A la question « peut-on être français et musulman à part entière ? », Abbas répondait donc par l’affirmative. Mais la montée des nationalismes et la décolonisation vont tout bouleverser.

D’où le nouveau terme d’intégration ?

Oui, et c’est Jacques Soustelle (1912-1990), nommé gouverneur général d’Algérie par la gauche en 1955, qui parle le premier d’intégration. Cet ethnologue de formation cherchait un terme qui permette de préserver les traditions culturelles des populations locales tout en avançant la carte de l’égalité politique : « Instruire et construire, explique-t-il, aider à vivre mieux, accélérer le mouvement de progrès déjà imprimé par la France à cette province qui lui est si chère, tels sont nos objectifs. » Intégration devient son mot-clé, puis ­celui des socialistes quand ils arrivent au pouvoir en janvier 1956.

Pour le général de Gaulle, ensuite, trois solutions s’offrent à la France face au problème algérien (comme il le souligne dans son célèbre discours du 16 septembre 1959) : la « sécession » de l’Algérie, éventualité qu’il a d’abord rejetée ; la « francisation », qui aurait permis aux Algériens d’accéder aux fonctions politiques, administratives, judiciaires – mais le terme était trop outrancier pour être adopté. Et une troisième voie, qui avait sa préférence, l’« association », qui impliquait une forme d’égalité entre deux entités distinctes. L’indépendance de l’Algérie, en 1962, a momentanément évacué cette notion d’intégration qui n’avait plus lieu d’être.

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400 CDD en dix ans

Lettre ouverte d’une précaire de France TV

Un chiffre impressionnant : plus de 400 contrats à durée déterminée en l’espace de 10 ans avec le même employeur : France Télévisions.

Dans une lettre ouverte adressée au PDG, Rémy Pflimlin et publiée sur le site de Télérama, une salariée du groupe public dénonce cette précarité institutionnalisée.

« Désormais c’est par SMS qu’on me siffle pour travailler. La veille pour le lendemain. Pour un jour, pour deux et, par chance, pour la semaine si le collègue que je dois remplacer est vraiment très malade. Sans visibilité, je ne peux rien proposer, rien organiser, rien caler, rien suivre. »

Cerise sur le gâteau : depuis le 1er janvier, certains salariés sous contrat sont rémunérés pour 35h alors qu’ils en effectuent 40. Cette « arnaque scandaleuse » serait liée à « un bug de logiciel ». Pour la salariée en question, c’est 23 euros par jour en moins, soit 1500 euros de manque à gagner. Et le bug n’aurait toujours pas été corrigé. « Pour vous ce n’est peut-être pas grand-chose ; pour moi, plus de deux mois de loyer », écrit la journaliste à son PDG.

Face à cette situation, certains de ces salariés se tournent désormais vers la justice : « Foutus pour foutus, 300 précaires sont allés aux prud’hommes l’année dernière. Deux cents autres devraient les suivre cette année. France Télévisions a déjà tout prévu : 80 millions d’euros provisionnés pour ces contentieux sur la période 2013-2014″.

Article et lettre à lire sur Télérama : http://television.telerama.fr/television/lettre-ouverte-d-une-precaire-au-president-de-france-televisions,112845.php