Le Clown Con

On reparle de Tapie. C’est l’été, faut bien sortir les Tapie pour les dépoussiérer. En juillet 2013, le Nanar était venu faire sa plaidoirie au journal de Pujadas. Sur la Toile, l’internaute Félix Lobo avait vomi le texte qui suit (sic dixit), ce Clown con qui n’a pas pris une ride. Ça méritait bien qu’on le ressorte aussi, faut pas laisser la lumière sous le boisseau.

Felix Lobo Entendre une énième fois un imbécile suprême nous seriner avec le sempiternel refrain du gros crétin égocratique « Les français ont un problème avec l’argent : on est suspect quand on en gagne » continue de m’offrir gratuitement la nausée.

Hier, Bernard Tapie s’est illustré au journal de France 2 en venant faire son exposé, nous prouvant une fois de plus que quand on est un Dieu autoproclamé sur terre, on peut se torcher avec la justice.
Un exposé de baroudeur catcheur renvoyant la marionnette faiblarde de Pujadas dans les cordes toutes les 3 secondes, un étalage dégoulinant d’arguments et de faits choisis en tête de gondole du supermarché de la démagogie, le roublard Tapie est venu s’expliquer, tel un gosse qui ne mérite pas autre chose qu’une bonne paire de claques et tu retournes dans ton coin, pis tu rends les jouets que t’as volés aux autres, non, ils ne te les rachèteront pas, ils sont à eux…

Je croyais avoir compris, de par mon vécu et mon expérience professionnelle, qu’il y avait deux sortes de clowns : le clown blanc, et l’Auguste. J’avais fini par me dire aussi qu’ils étaient nécessaires l’un à l’autre pour créer ce décalage qui amuse. Mais on voit depuis un moment apparaître une nouvelle variété de Clown : le Clown Con.

La connerie décomplexée.

À grands coups de Frigide Barjot, de Nabilla, de Marine Le Pen et de Bernard Tapie, la télé et la presse nous imposent les aventures passionnantes d’énergumènes dont les préoccupations ne dépassent pas la frontière de leur nombril doré et crasseux à la fois.
Voilà ce à quoi nous sommes confrontés quotidiennement. Des gens qui viennent révéler d’eux-mêmes en buzzant les points cruciaux de leur Sicrette-Story, et étaler l’absurdité du vide de leurs pensées débiles.

Quand ce n’est pas d’eux qu’il s’agit, on nous sert du Cahuzac et du Lance Armstrong, qui, au final, ne sont pas d’une autre catégorie puisque ils ont versé dans l’appétit de gloire personnelle en se foutant pas mal de laisser les autres crever au bord de la route.

Dans un monde ultralibéral où le pognon règne en maître absolu et où la pauvreté se développe comme un cancer insidieux, nous voilà réduits à n’avoir pour seuls modèles que ces marionnettes manipulatrices s’adonnant au culte du Rien.
Mais bordel, il y a du monde quand même sur cette fichue planète !

Entre les extrêmes Tapie et Mandela, il y a des tripotées de bonshommes et de bonnes femmes qui pourraient faire rêver nos gosses en leur soufflant d’autres valeurs, en leur soufflant la valeur des autres.

Oui, Nanard, je chante avec toi ton refrain : « Les français ont un problème avec l’argent », mais mon couplet n’est pas le même, mon couplet, c’est : « Ils n’en ont pas, ils n’en ont plus, parce que ceux qui le distribuent ont des trous dans les mains, et les mains dans les poches ».

Le monde pète un câble, et je crains que les empêcheurs de réfléchir en rond qui ankylosent les cerveaux du peuple en tirant les QI vers le bas, ceux qui s’inspirent du fameux « Offrons-leur du pain et des jeux » et qui l’ont changé en « Vendons au peuple du pain rassis et des spectacles abêtissants » nous entraînent vers le règne nauséabond des idées les plus basses que l’humanité puisse engendrer.

RIDEAU ! RIDEAU, s’il vous plaît ! Ce spectacle de clowns cons ne nous amuse plus du tout.

J’ai un doute sur la télé !

Toujours dans notre série sémaphorienne « Chiche, je réfléchis et j’essaie de me coucher moins con ! », ce dossier a pour objet de poursuivre la réflexion sur une des drogues les plus dures qui soient (et en vente libre) : la télévision. Si vous arrivez au bout de cet article et que vous avez regardé les vidéos proposées, vous aurez passé 4 heures sur ces pages. Ça pourrait paraître long et pourtant (c’est notre cadeau de Noël) ça peut vous faire gagner plusieurs années de vie supplémentaire voire, cerise sur le gâteau, rendre vos enfants moins débiles, réduire l’échec scolaire et diminuer la violence ambiante. Oui, tout ça et bien d’autres choses !

Bien entendu, vous pouvez fractionner ces vidéos et les regarder en plusieurs fois. De toute façon, si vous êtes téléspectateur depuis des années il y a peu de chance pour que vous soyez capables de tenir 4 heures de conférences, vous ne disposez pas de l’attention requise, fallait pas tomber dans le poste quand vous étiez petit. Car s’il est un point mis en valeur par toutes les études faites sur le sujet depuis plusieurs décennies, c’est bien le déficit d’attention engendré par le petit écran qui est source de très nombreux problèmes sociétaux et de santé (et l’on verra que les autres types d’écrans ne sont pas neutres non plus).

En 2012, un téléspectateur moyen était rivé devant son poste pendant 3h et 47mn chaque jour. Qu’on n’imagine pas que ce temps ait diminué, c’est tout l’inverse, il n’a cessé d’augmenter et la bonne moyenne est plutôt de 4 heures, idem chez les Allemands, les Italiens, les Ricains, les Japonais et bien d’autres peuples zombifiés. Si votre espérance de vie est de 80 ans et que vous êtes un téléspectateur moyen, vous aurez passé 11 ans devant la télé. On vous laisse y ajouter le temps de sommeil, de toilette, de repas… et définir par vous-même quelle vie passionnante vous aurez vécue !

Pour vous mettre dans l’ambiance, voici un tableau comparatif basé sur le test dit du bonhomme, qui consiste à faire dessiner un personnage à des enfants de fin maternelle et début primaire. En fonction du nombre d’heures passées devant la télé par nos jeunes dessinateurs, le résultat est assez cruellement parlant pour que nous n’en rajoutions pas :

Bien entendu, à un moment ou l’autre, on va tomber sur le petit malin qui a trouvé le moyen de se justifier : « La télé c’est aussi culturel ». Et de vous expliquer qu’il n’y a pas que des émissions à la con mais aussi de très bons films (sous entendu « d’auteurs ») et plein d’excellents documentaires. D’ailleurs, si on demande aux gens de décliner leurs préférences télévisuelles, voici ce qu’on obtient :

On peut déjà constater que si les documentaires et reportages ont la part belle (54%), ce n’est pas le cas de ces saloperies d’émissions de télé-réalité (4%), beurk, ah ça non je risque pas de regarder des merdes pareilles ! Et si vous insistez pour savoir sur quelle chaîne ils se rendent donc pour assouvir leurs passions… Bingo, c’est évidemment Arte qui sort en tête du sondage.

Comme quoi on a tort de dire que les gens sont des veaux, voyez, ils passent leur temps à se cultiver, et même plusieurs heures par jour. Ah, ce magnifique peuple en devenir !

Le problème, c’est lorsque vous consultez les taux d’audience chez Médiamétrie, toutes chaînes confondues. Et là, sur la liste des 100 premiers meilleurs taux d’audience… Quelle émission, quel reportage arrive en tête ? Ne cherchez pas quel documentaire a le mieux cartonné, il y en a… zéro ! Non j’y crois pas ! Les gens seraient-ils des menteurs ? Ben oui. Normalement ça se dit pas, mais nous on le dit car on n’aime pas les gens qui se la pètent.

Sur les 100 premières meilleures audiences, s’il y a eu un match de foot ou de rugby ne doutons pas qu’il arrivera largement en tête, qu’il sera suivi par un ou deux journaux télévisés, et que presque tout le reste sera réparti entre les séries du moment (de Docteur House à n’importe quelle autre, l’accro du poste est devenu un sérial téléphage). Où est donc passée cette chaîne d’Arte si prisée pour sa qualité ? Ben… vaut mieux la chercher vers le bas du tableau suivant, avec son maigre 1,5% d’audience, loin derrière le boui-bouyghes de TF1 qui caracole à près de 25 %, soit un téléspectateur sur quatre. Quant à la chaîne « Planète », souvent citée pour ses fabuleux reportages animaliers et autres découvertes de notre monde merveilleux, c’est plus la peine de la chercher au classement final, elle a disparu dans les limbes.

Bon, il est temps d’un premier entracte, pour écouter quelques spécimens de ces jeunes générations dont on dit qu’ils regardent de moins en moins la télé depuis le débarquement de l’Internet et des réseaux dits sociaux. (Ce qui est faux, puisqu’on verra que ça se cumule)

Pour commencer à élever un peu la réflexion, voici un extrait qui va ravir les cinéphiles qui ont encore en mémoire ce Network, réalisé en 1976 par Sydney Lumet, et qui avait pour sous-titre « Main basse sur la télévision ». Peut-être pas tout, mais l’essentiel était déjà dit dans cette séquence, ce qui amène à penser qu’une quarantaine d’années (depuis 1976) n’est pas suffisante pour transformer des ânes en chevaux de course, mais ça on le savait déjà.

 

Fin des préliminaires, il est temps d’entrer plus en détail dans ces mécanismes dont la télé use et abuse avec un cynisme sans pareil, des mécanismes qui altèrent notre conscience à notre insu et nous formatent pour un consumérisme de plus en plus délirant dans lequel le monde réel (oui, ça existe encore) est exclu. Il nous a semblé que les neurosciences étaient les plus à même de mettre ces mécanismes en évidence. Note : cette première vidéo est proposée par TV-Lobotomie et dure 1h30, à visionner en plusieurs fois si le cœur vous en dit, c’est une mine d’informations d’où nous avons d’ailleurs tirés les graphiques précédents.

Pour aller plus loin et comprendre le danger d’asseoir des enfants de moins de cinq ans devant la télé (parfois au saut du lit, avant d’aller à l’école), nous avons choisi cette conférence de Bernard Stiegler  « Les écrans et la jeunesse ».

L’occasion de signaler que de nombreuses interviews et conférences de Bernard Stiegler se trouvent sur la toile et que nous recommandons celle intitulée « Veux-tu être mon ami ? », une conférence donnée à l’invitation de SOS-Amitié, particulièrement dédiée à ce monde « d’ami-e-s » qu’est Facebook.

Enfin, pour aller encore plus loin, à cheval entre philosophie, sociologie et politique, nous ne pouvions que conclure avec cette analyse aussi lucide que décapante de Pierre Bourdieu sur la télévision.

Fin de notre dossier Spécial TV. Au-delà, c’est bien évidemment le choix de chacun de passer un temps X devant son téléviseur ou de le mettre à la poubelle (le donner à quelqu’un d’autre serait un cadeau empoisonné). Mais à l’heure où la numérisation de l’école devient un projet national, il nous paraît important que le débat soit ouvert en connaissance de cause, priorité donnée aux dangers concernant la petite enfance et donc l’avenir de la planète. Pas d’écran(s) avant un certain âge, c’est la première des questions à se poser en conscience.