Une faute politique

Un appel de Jean-Luc Mélenchon. La vidéo était enregistrée au soir de la ratification du Traité, avant d’être entérinée par le Sénat, avec le résultat que l’on sait. Dommage que dans son aveuglement la majorité en place ait fait le plus mauvais choix possible, celui de baisser les bras devant la finance. Tel n’est pas et ne sera pas celui de la vraie gauche, celle qui ne lâche rien, celle de la vigilance, de la démocratie, celle qui croit à l’intelligence et à la souveraineté des peuples.


Après l’adoption du TSCG – 9 octobre 2012 par Jean-Luc-Melenchon

 

Vous trouverez ci-dessous l’intervention intégrale de Pierre Laurent, sénateur de Paris dans le débat suivant la Déclaration du Gouvernement sur les nouvelles perspectives européennes. Seul le prononcé fait foi

« Monsieur le Président, Monsieur le Premier ministre, Mesdames et Messieurs les ministres, Mes chers Collègues,

Dans l’Europe entière, la ligne de rupture est atteinte. La visite d’Angela Merkel qui s’est déroulée hier à Athènes, dans une ville en état de siège, est le dernier stigmate de cette rupture sociale et démocratique.

La France compte 5 millions de personnes touchées par le chômage. L’UE en compte 25,4 millions. Partout, le chômage, la précarité, la dévastation industrielle et la casse des services publics sont en pleine expansion.

Nous traversons depuis 2008 une crise majeure du capitalisme financier mondialisé. Si l’UE est tant dans la tourmente, c’est parce qu’elle est taillée sur mesure pour satisfaire les marchés et les multinationales.

Vingt sommets européens ont promis depuis 2008, le « sauvetage de l’Europe ». Ils n’ont fait que précipiter sa fuite en avant, s’acharnant à faire payer l’addition de la crise des marchés financiers aux peuples européens.

Nous sommes arrivés au moment où l’histoire s’accélère. Ou nos potentiels émancipateurs seront mobilisés pour sortir de la crise, nous libérer des logiques destructrices de la finance, ou des risques de graves reculs de civilisation l’emporteront.

C’est dans cette situation, qu’avec le Président de la République, vous nous demandez de ratifier le « Traité sur la stabilité, la coordination et la gouvernance au sein de l’Union économique et monétaire », signé en mars dernier par Nicolas Sarkozy. Ne comptez pas sur nous. Cette ratification, Monsieur le Premier Ministre, est à nos yeux une faute politique.

Oui une faute. Vous avez été élu pour conduire le changement et rompre avec le Sarkozysme, non pour emprunter ses pas. Depuis hier, vous prétendez qu’une majorité de gauche existe pour adopter ce traité. C’est faux.

Faut-il rappeler que sans les 4 millions d’électeurs et d’électrices du Front de gauche, hostiles à ce traité, il n’y avait pas, au printemps dernier, de majorité pour battre la droite ? Faut-il rappeler que des millions d’électeurs ont cru à votre engagement de renégocier le traité ? Les artifices de présentation de l’arithmétique parlementaire ne masqueront pas la réalité.

A l’Assemblée nationale, 63 députés de toutes les familles de la gauche n’ont pas ratifié ce traité. Alors que le groupe socialiste dispose de la majorité des 289 sièges, seuls 263 députés PS l’ont approuvé. Et je veux saluer le courage de toutes celles et ceux qui à nos côtés, à gauche, écologistes ou socialistes, ont refusé de céder aux pressions, et sont restés fidèles à leurs convictions. Ici, au Sénat, le traité n’aura pas de majorité à gauche.

Les enquêtes d’opinion l’ont montré, les Français voulaient être consultés par référendum. Vous avez contourné cette volonté populaire. La ratification du traité restera à jamais entachée par ce refus.

Oui, il n’y a pas de majorité populaire, pas de majorité de gauche favorable à ce traité. Car le pays a compris que l’heure est à la refondation de l’Europe et que ce traité d’austérité tourne le dos à cette exigence. Ou bien l’Europe poursuit sa fuite en avant avec toujours plus d’austérité et de confiscation des pouvoirs, et elle laissera toujours plus de terrain aux apprentis sorciers qui prônent la dissolution de la zone euro et le retour au choc des égoïsmes nationalistes. Où bien elle choisit la voie de la solidarité et de la démocratie et c’est alors un projet de refondation de l’UE qui doit être d’urgence mis en chantier.

Voila 30 ans que l’objectif n°1 de l’Union est d’être attractive pour les capitaux qui n’ont ni patrie, ni sens de l’intérêt général. Voila 30 ans que tous les pouvoirs, à commencer par le pouvoir monétaire, ont été mis au service de la finance, qui dispose du droit de vie ou de mort sur les outils productifs. Privatisations, déréglementations, reculs des droits sociaux, mise en concurrence, sont allés de pair avec les missions d’une Banque centrale européenne indépendante des peuples et de leurs besoins, dont le seul rôle est de protéger les marchés.

Jamais, depuis que l’Union monétaire existe, les gouvernements successifs ne l’ont dotée d’un outil qui finance l’emploi, la coopération, oriente l’économie vers le progrès social et la transition écologique. Et quand la crise a éclaté, qu’a décidé le Conseil européen ? Soutenir la finance, encore et toujours. Tous les dispositifs mis en place l’ont été sans contre-partie pour les banques. Seuls les peuples ont été forcés de payer l’addition.

Recapitalisations, FESF, MES, 6 PACK, Pacte euro + , que de sigles barbares dont le revers est à chaque fois des plans d’austérité qui ne le sont pas moins, et dont la « troïka » est devenue la sinistre ambassadrice. Résultat, on parle de « crise humanitaire » en Grèce. La situation sociale est explosive en Espagne, au Portugal, où le chômage de masse est devenu la règle pour les jeunes et les femmes. La récession menace l’ensemble de la zone euro. En France, l’INSEE prévoit un nouveau trimestre de croissance nulle, un taux de chômage à 10% et une baisse du pouvoir d’achat de 1,1 point.

Si des ruptures ne sont pas opérées, c’est l’idée même d’Union qui est menacée. Aujourd’hui, donner des perspectives européennes, c’est agir pour une refondation de l’Union européenne, au service des Européens et dans la coopération solidaire avec les autres peuples du monde. Et jusqu’à ce jour, ce n’est pas le chemin qui est pris. Pas plus au sommet de juin dernier qu’à ceux qui l’ont précédés. Ce n’est pas non plus à l’ordre du jour du sommet des 18 et 19 octobre.

***

Nous proposons trois chemins pour refonder l’Union européenne.

Face aux impasses actuelles, les idées et les forces disponibles grandissent pour ré-inventer l’avenir de l’Europe. Vous devriez écouter les forces critiques qui rejettent le traité et travaillent comme nous à des propositions pour sortir de la crise. Lire la suite

Le Traité retraité

ARTICLE 4. Par le présent traité, l’Union européenne s’engage à ne plus se foutre de la gueule des peuples en promettant une « coordination des politiques économiques et convergence » quand il n’est question que de stabilité des finances publiques.

Avez-vous lu le Traité européen (TSCG) en intégralité ? Probablement non, et qui pourrait vous en vouloir d’avoir zappé des lignes si indigestes ? Et si inutiles, à en juger par la mobilisation contre ledit traité !

« Comment peut-on lire un traité européen ? Un traité en cours de ratification dans toute la zone euro et dont on se sent d’avance complètement dépossédé. Un traité où souvent l’on ne comprend rien, et dont parfois, quand on croit comprendre, on ressort confondu par tant de bêtise et d’idéologie inassumée. Un traité qui écrase tout destin commun sous un même diktat économique et semble comme renoncer d’avance à être l’expression d’une âme, sinon commune au moins vivante. Un traité qu’on peut suivre et tenter de réécrire avec l’insolence et l’aplomb des sans nom et des sans titre un certain temps, mais qui oblige à un moment à lâcher prise pour s’interroger au moins sur l’Europe en laquelle on peut encore croire. »

Réécrire le Traité, la revue Vacarme, dont ce texte est extrait, s’y est essayé ! Le numéro 61 de Vacarme sera disponible en librairie le lundi 22 octobre 2012.

Note : Les modifications apportées au traité apparaissent en gras.

TRAITÉ SUR LA STABILITÉ, LA COORDINATION ET LA GOUVERNANCE, LA SOLIDARITÉ, LA COOPÉRATION ET LA DÉMOCRATIE AU SEIN DE L’UNION ÉCONOMIQUE ET MONÉTAIRE ENTRE LES PEUPLES ET LEURS INSTITUTIONS PROVISOIRES : LE ROYAUME DE BELGIQUE (sous la condition d’extrader Bernard Arnault), LA RÉPUBLIQUE DE BULGARIE, LE ROYAUME DE DU DANEMARK, LA RÉPUBLIQUE FÉDÉRALE D’ALLEMAGNE (sous la condition d’une gestion rationnelle et responsable de leurs finances publiques), LA RÉPUBLIQUE D’ESTONIE, L’IRLANDE, LA RÉPUBLIQUE HELLÉNIQUE, LE ROYAUME D’ESPAGNE, LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE (dès qu’elle arrêtera de pourchasser les Roms, citoyens européens), LA RÉPUBLIQUE ITALIENNE (idem), LA RÉPUBLIQUE DE CHYPRE, LA RÉPUBLIQUE DE LETTONIE, LA RÉPUBLIQUE DE LITUANIE, LE GRAND-DUCHÉ DE LUXEMBOURG (quand il aura cessé d’être un paradis fiscal), LA HONGRIE (sous réserve de retour à la démocratie), MALTE, LE ROYAUME DES PAYS-BAS, LA RÉPUBLIQUE D’AUTRICHE, LA RÉPUBLIQUE DE POLOGNE, LA RÉPUBLIQUE PORTUGAISE, LA ROUMANIE, LA RÉPUBLIQUE DE SLOVÉNIE, LA RÉPUBLIQUE SLOVAQUE, LA RÉPUBLIQUE DE FINLANDE ET LE ROYAUME DE SUÈDE (à condition de cesser ces extravagances),

ci-après dénommés les « parties contractantes » les « parties solidaires »

  • CONSCIENTES de leur obligation, en tant qu’États que membres de l’Union européenne, de considérer leurs politiques économiques et sociales comme une question d’intérêt de bien commun ;
  • ESTIMANT que, vraiment, ça ne va pas très fort en ce moment;
  • DÉSIREUSES de favoriser les conditions d’une croissance économique plus forte vie meilleure, dans l’Union européenne et ailleurs, et à cette fin, de développer une coordination sans cesse plus étroite des politiques économiques et sociales au sein de la zone euro ;
  • TENANT COMPTE DU FAIT que la nécessité pour les gouvernements de maintenir des finances publiques saines et soutenables de mettre un terme à la concurrence fiscale et aux politiques de baisse des impôts et par là de prévenir tout déficit public excessif, est d’une importance essentielle pour préserver la stabilité de la zone euro dans son ensemble pour s’affranchir des marchés, et requiert dès lors l’introduction de règles spécifiques, dont une règle d’équilibre de coopération budgétaire et un mécanisme automatique pour l’adoption de mesures correctives un tant soit peu amicales;
  • CONVAINCUES que la montée des fascismes dans toute l’Europe est en rapport direct avec la double réduction par les États des politiques de l’Union à une simple intendance économique, et de celle-ci à un plan d’austérité perpétuelle, et PERSUADÉES que quand on impose sans débat démocratique une rigueur sans alternative, on passe le plat à des nationalismes qui ont alors beau jeu de mettre les difficultés sur le compte de l’Union européenne et, par-dessus le marché, de passer pour des démocrates attachés au débat;
  • CONSCIENTES de la nécessité de faire en sorte que leur déficit public ne dépasse pas 3 % de leur produit intérieur brut aux prix du marché et que leur dette publique ne dépasse pas 60 % de leur produit intérieur brut aux prix du marché ou diminue à un rythme satisfaisant pour se rapprocher de cette valeur de référence  ne dépassent pas un certain seuil, déterminé collectivement par l’Union en fonction de la conjoncture économique, de la souffrance sociale et des investissements nécessaires dans chaque pays ;
  • CONSIDÉRANT que l’obligation de ne pas laisser partir les déficits en sucette ne peut pas être le dernier mot de la politique économique de l’Union, qui a tout de même d’autres chats à fouetter et autant de chances à saisir, notamment celle d’assurer et de financer les conditions d’une transition écologique radicale et réaliste: fin des hydrocarbures et sortie du nucléaire;
  • RAPPELANT que les parties contractantes solidaires, en tant qu’États membres de l’Union européenne, doivent s’abstenir de toute mesure susceptible de mettre en péril la réalisation des objectifs de l’Union dans le cadre de l’union économique, et notamment d’accumuler une dette en dehors des comptes des administrations publiques de déconner avec la foireuse finance de marché ;
  • TENANT COMPTE DU FAIT que les chefs d’État ou de gouvernement des États membres de la zone euro se sont accordés le 9 décembre 2011, indépendemment de l’opinion de leurs peuples, sur une architecture renforcée pour l’Union économique et monétaire tout à fait en-deçà des enjeux, prenant pour base les traités sur lesquels l’Union européenne est fondée et visant à faciliter la mise en œuvre des mesures adoptées sur la base des articles 121, 126 et 136 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne;

 Lire le texte intégral sur Sémaphores (18 pages), c’est  après la balise « lire la suite »

Télécharger au format PDF c’est ici : 01_vacarme61_traite_europeen

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Le plan de bataille des financi€rs

Nous avions déjà passé ce document relatif au TSCG mais il nous semble utile de le reproduire au vu de la rentrée parlementaire qui approche et du flou encore entretenu par le gouvernement. Sans contrainte majeure, il ne faut pas attendre des financiers qu’ils changent leur plan de bataille. Il n’y a que deux issues si l’on veut échapper à la catastrophe austéritaire que nous promet le TSCG : ou le président Hollande honore vraiment son engagement électoral et obtient une renégociation substantielle – ce qui est peu probable -, ou bien un mouvement de protestation d’ampleur contraint le président au référendum. Dans les deux cas les citoyens n’ont que le choix d’une mobilisation massive. Dans tous les cas le TSCG ne pourra être adopté que lorsque 12 membres au moins sur 25 l’auront ratifié. 6 pays l’ont déjà adopté. Ça laisse encore le temps d’organiser une mobilisation et des manifestations au niveau européen. Mais en France les citoyens doivent se mobiliser dès maintenant pour avoir une chance d’empêcher la ratification en l’état par le parlement. Autrement dit, les partis de gauche, aile gauche du PS comprise, syndicats, associations, indignés etc vont devoir se mobiliser sous toutes les formes possibles pour faire entendre leurs voix.