Le cercle des poètes retrouvé_n°27

Il n’est pas rare que le poète soit aussi une fine gueule et qu’il mette son talent à flatter l’art de la bonne table. Ainsi certains as de la galufrise nous régalent-ils en mettant au partage leur maîtrise de l’art culinaire. Mais lorsque le poète s’appelle Victoraïoli (un nom qui hume bon les récatis au mazet entre copains) on peut s’attendre à ce que la recette sorte des sentiers battus. Voici donc sans plus tarder…

Le civet de renard de l’Oncle Pinet

Par Victoraïoli


J’ai déjà vu, petit, Maître Renard en chasse.
Il marche à pas feutrés, nez au vent, la queue basse.
Soudain Goupil se fige, tous les sens en alerte,
Laissant venir la poule, caquetant, vers sa perte.
Panache déployé, il bondit gueule ouverte,
Saisissant par le cou la belle proie offerte.
Pas de bruit, seulement une gerbe de plumes
Laissera, de la poule, une trace posthume.
Respectons le renard, c’est une noble bête
Et que l’on peut aimer jusque dans son assiette !
Bien sûr Renard n’est pas un gibier très courant
Mais ce rusé gourmet régale les gourmands !
C’est mon oncle Pinet, je dois m’en réjouir,
Qui, voilà des années, me l’a fait découvrir.
L’oncle Pinet était un gaillard remarquable,
Un savant, un chercheur des choses de la table.
Casquetté, clope au bec, l’oncle avait belle allure.
Cet humoriste heureux détestait la torture.
Or, « travail » provenant du latin « trepaliare »,
Supplice du tri pal, soit dit pour les ignares,
Il avait décidé de n’y jamais toucher.
Je l’ai vu plus souvent bambocher que piocher !
Nous partagions, joyeux, des bouteilles multiples,
Et il a fait de moi, en ce sens, son disciple.
Dédaignant les lazzis des idiots qui ricanent,
Il a fait préparer à la tante Suzanne
Corneilles et corbeaux, écureuils, hérissons,
Pies, geais, blaireaux, mouettes, cigalons, limaçons.
Et la tante mettait son imagination
Culinaire au service de ces préparations.
Chasseurs et gardes-chasse, paysans, braconniers
Venaient vider chez lui leur rebut de carnier,
Et beaucoup, toujours prêts si l’on rit, boit et mange,
Acceptaient de goûter ses cuisines étranges.
À l’ombre de la treille, devant le cabanon,
On mangeait, on chantait, en buvant des canons.
– Il est des personnages avec qui l’on se marre,
– Mais ce renard, Victor, comment tu le prépares ?
– L’oncle, sans se salir, dirigeait les travaux.
Ses amis s’escrimaient à enlever la peau
En se faisant larder par les milliers de puces,
De joyeux animaux qui sautent, piquent, sucent.
Puis, les mains dans le sang, ils libéraient les tripes
Chaudes et irisées qui salissaient leurs nippes.
On pendait le renard, écorché, nettoyé,
Dans un lieu frais et sec pour le mortifier
Pendant quatre ou cinq jours en fonction des saisons.
On fait toujours ainsi avec la venaison.
On le coupe en morceaux, on le fait mariner
Trois jours dans du vin rouge puissant, carabiné,
Avec sel, poivre noir, genièvre, oignon et thym.
Alors tante Suzanne prenait les choses en mains !
Égouttés, essuyés, les morceaux de renard
Sont flambés au vieux marc puis, sans aucun retard,
Fait sauter à feu vif dans du saindoux fondu,
On remue et on tourne souvent, bien entendu
Pour bien dorer la viande sur toutes ses faces,
On déglace la poêle au Noilly, une tasse,
Puis on laisse réduire sans attacher au fond.
On blondit des oignons dans un faitout profond
Puis on jette dessus les morceaux de renard,
On flambe à l’eau-de-vie, un verre de soiffard,
Sel, poivre de haut goût, bouquet garni, genièvre,
Enfin, tout ce qu’on met pour faire cuire un lièvre.
On mouille abondamment, pas dans la marinade,
Dans un rouge corsé mis en larges rasades.
On fait cuire quatre heures, à feu doux ou moyen,
Tout dépend si Goupil est jeunot ou ancien !
Ainsi accommodé, c’est un plat délicieux,
Ceux qui le goûteront feront des envieux.
Une bonne polenta en accompagnement,
Et du vin généreux, beaucoup, évidemment.
Avec des commensaux triés sur le volet,
De solides mangeurs, jamais des gringalets,
L’Oncle Pinet régnait avec cette recette
Sur un aréopage d’amoureux de la Fête.
Cessons pour aujourd’hui ce conte culinaire
Ma tripe est assoiffée, remplis ras-bord mon verre
De ce nectar divin de la Coste-du-Rhône
Et laisse près de moi la coupe et la bonbonne !

 

Illustration originale Vincent Barbantan

Et pour qui voudrait se lancer dans la réalisation de ce plat aussi rare que succulent, Victoraïoli vous donne aussi l’indispensable liste des ingrédients et proportions, c’est juste après la balise Lire la suite

Mort pour du maïs

mise à jour du 31 octobre

Info Testet_Novissen. Suivre les bons articles, les dates et lieux de rassemblements…:

http://tantquilyauradesbouilles.wordpress.com/

*=*=*=*=*=*=*

Rémi Fraisse, 21 ans, est tué dans des affrontements avec la police. Pendant plus de deux jours, le pouvoir n’a rien à dire. Et quand il parle enfin, c’est par la voix de Manuel Valls pour soutenir des forces de l’ordre pourtant mises en cause.

Un crime du pouvoir socialiste

L’édito de Hervé Kempf (Reporterre)_lundi 27 octobre 2014

Le décès de Rémi Fraisse au Testet est le résultat d’un crime : celui des responsables socialistes qui ont piétiné la loi et la démocratie pour ne laisser d’autre issue que la violence.


Le drame qui s’est déroulé près d’une rivière où, voici quelques semaines, s’épanouissait une forêt vivante, n’est pas un accident. C’est un crime.

Nous ne pouvons assurer définitivement ici qu’une grenade ou un autre projectile lancé par les forces de « l’ordre » a touché mortellement le jeune Rémi Fraisse. Les témoignages que nous publions incitent à le penser, mais nous attendons le résultat de l’autopsie et d’autres témoignages indiscutables pour déterminer notre conviction.

Mais nous affirmons que la mort de ce jeune homme résulte de l’obstination criminelle de hauts responsables qui ont, contre l’évidence et en piétinant l’esprit de la loi, conduit à une situation où la seule issue était la violence, une violence savamment entretenue par une police à qui l’on a lâché la bride.

Rappelons divers faits, amplement documentés par Reporterre et par les collectifs de sauvegarde de la zone humide du Testet :

 l’enquête publique avait conclu à un avis favorable, SOUS RESERVE d’un avis positif du Conseil National de Protection de la Nature. Or, celui-ci a rendu un avis nettement défavorable ;
les travaux de défrichement se sont déroulés sans autorisation préalable de défrichement ;
les opérations obligatoires de diagnostic archéologique préalable ont été oubliées ;
le conflit d’intérêt est manifeste, puisque la Compagnie d’aménagement des coteaux de Gascogne a établi l’étude concluant à la nécessité des travaux, alors que c’est elle qui doit les réaliser.

Suite de l’article sur Reporterre : http://www.reporterre.net/spip.php?article6499

*=*=*=*=*=*

*=*=*=*=*=*

 Rémi Fraisse, 20 ans, mort pour le maïs

expression citoyenne, par Victorayoli

Il serait mort « d’une bombe ». Dans le Tarn. De nuit. Au cours d’une manif durement réprimée par les « forces de l’ordre » contre la construction du barrage sur le Tescou, plus connu sous le vocable de « barrage de Sivens ».

On bombarde dans le Tarn maintenant ? Comme en Syrie ? Comme en Irak ? Pas tout à fait tout de même mais un jeune homme de 20 ans, étudiant réfléchi, conscient de ses devoirs de défense de son univers de vie, est mort. Et pas de peur… Lire la suite