J’ai un doute sur la télé !

Toujours dans notre série sémaphorienne « Chiche, je réfléchis et j’essaie de me coucher moins con ! », ce dossier a pour objet de poursuivre la réflexion sur une des drogues les plus dures qui soient (et en vente libre) : la télévision. Si vous arrivez au bout de cet article et que vous avez regardé les vidéos proposées, vous aurez passé 4 heures sur ces pages. Ça pourrait paraître long et pourtant (c’est notre cadeau de Noël) ça peut vous faire gagner plusieurs années de vie supplémentaire voire, cerise sur le gâteau, rendre vos enfants moins débiles, réduire l’échec scolaire et diminuer la violence ambiante. Oui, tout ça et bien d’autres choses !

Bien entendu, vous pouvez fractionner ces vidéos et les regarder en plusieurs fois. De toute façon, si vous êtes téléspectateur depuis des années il y a peu de chance pour que vous soyez capables de tenir 4 heures de conférences, vous ne disposez pas de l’attention requise, fallait pas tomber dans le poste quand vous étiez petit. Car s’il est un point mis en valeur par toutes les études faites sur le sujet depuis plusieurs décennies, c’est bien le déficit d’attention engendré par le petit écran qui est source de très nombreux problèmes sociétaux et de santé (et l’on verra que les autres types d’écrans ne sont pas neutres non plus).

En 2012, un téléspectateur moyen était rivé devant son poste pendant 3h et 47mn chaque jour. Qu’on n’imagine pas que ce temps ait diminué, c’est tout l’inverse, il n’a cessé d’augmenter et la bonne moyenne est plutôt de 4 heures, idem chez les Allemands, les Italiens, les Ricains, les Japonais et bien d’autres peuples zombifiés. Si votre espérance de vie est de 80 ans et que vous êtes un téléspectateur moyen, vous aurez passé 11 ans devant la télé. On vous laisse y ajouter le temps de sommeil, de toilette, de repas… et définir par vous-même quelle vie passionnante vous aurez vécue !

Pour vous mettre dans l’ambiance, voici un tableau comparatif basé sur le test dit du bonhomme, qui consiste à faire dessiner un personnage à des enfants de fin maternelle et début primaire. En fonction du nombre d’heures passées devant la télé par nos jeunes dessinateurs, le résultat est assez cruellement parlant pour que nous n’en rajoutions pas :

Bien entendu, à un moment ou l’autre, on va tomber sur le petit malin qui a trouvé le moyen de se justifier : « La télé c’est aussi culturel ». Et de vous expliquer qu’il n’y a pas que des émissions à la con mais aussi de très bons films (sous entendu « d’auteurs ») et plein d’excellents documentaires. D’ailleurs, si on demande aux gens de décliner leurs préférences télévisuelles, voici ce qu’on obtient :

On peut déjà constater que si les documentaires et reportages ont la part belle (54%), ce n’est pas le cas de ces saloperies d’émissions de télé-réalité (4%), beurk, ah ça non je risque pas de regarder des merdes pareilles ! Et si vous insistez pour savoir sur quelle chaîne ils se rendent donc pour assouvir leurs passions… Bingo, c’est évidemment Arte qui sort en tête du sondage.

Comme quoi on a tort de dire que les gens sont des veaux, voyez, ils passent leur temps à se cultiver, et même plusieurs heures par jour. Ah, ce magnifique peuple en devenir !

Le problème, c’est lorsque vous consultez les taux d’audience chez Médiamétrie, toutes chaînes confondues. Et là, sur la liste des 100 premiers meilleurs taux d’audience… Quelle émission, quel reportage arrive en tête ? Ne cherchez pas quel documentaire a le mieux cartonné, il y en a… zéro ! Non j’y crois pas ! Les gens seraient-ils des menteurs ? Ben oui. Normalement ça se dit pas, mais nous on le dit car on n’aime pas les gens qui se la pètent.

Sur les 100 premières meilleures audiences, s’il y a eu un match de foot ou de rugby ne doutons pas qu’il arrivera largement en tête, qu’il sera suivi par un ou deux journaux télévisés, et que presque tout le reste sera réparti entre les séries du moment (de Docteur House à n’importe quelle autre, l’accro du poste est devenu un sérial téléphage). Où est donc passée cette chaîne d’Arte si prisée pour sa qualité ? Ben… vaut mieux la chercher vers le bas du tableau suivant, avec son maigre 1,5% d’audience, loin derrière le boui-bouyghes de TF1 qui caracole à près de 25 %, soit un téléspectateur sur quatre. Quant à la chaîne « Planète », souvent citée pour ses fabuleux reportages animaliers et autres découvertes de notre monde merveilleux, c’est plus la peine de la chercher au classement final, elle a disparu dans les limbes.

Bon, il est temps d’un premier entracte, pour écouter quelques spécimens de ces jeunes générations dont on dit qu’ils regardent de moins en moins la télé depuis le débarquement de l’Internet et des réseaux dits sociaux. (Ce qui est faux, puisqu’on verra que ça se cumule)

Pour commencer à élever un peu la réflexion, voici un extrait qui va ravir les cinéphiles qui ont encore en mémoire ce Network, réalisé en 1976 par Sydney Lumet, et qui avait pour sous-titre « Main basse sur la télévision ». Peut-être pas tout, mais l’essentiel était déjà dit dans cette séquence, ce qui amène à penser qu’une quarantaine d’années (depuis 1976) n’est pas suffisante pour transformer des ânes en chevaux de course, mais ça on le savait déjà.

 

Fin des préliminaires, il est temps d’entrer plus en détail dans ces mécanismes dont la télé use et abuse avec un cynisme sans pareil, des mécanismes qui altèrent notre conscience à notre insu et nous formatent pour un consumérisme de plus en plus délirant dans lequel le monde réel (oui, ça existe encore) est exclu. Il nous a semblé que les neurosciences étaient les plus à même de mettre ces mécanismes en évidence. Note : cette première vidéo est proposée par TV-Lobotomie et dure 1h30, à visionner en plusieurs fois si le cœur vous en dit, c’est une mine d’informations d’où nous avons d’ailleurs tirés les graphiques précédents.

Pour aller plus loin et comprendre le danger d’asseoir des enfants de moins de cinq ans devant la télé (parfois au saut du lit, avant d’aller à l’école), nous avons choisi cette conférence de Bernard Stiegler  « Les écrans et la jeunesse ».

L’occasion de signaler que de nombreuses interviews et conférences de Bernard Stiegler se trouvent sur la toile et que nous recommandons celle intitulée « Veux-tu être mon ami ? », une conférence donnée à l’invitation de SOS-Amitié, particulièrement dédiée à ce monde « d’ami-e-s » qu’est Facebook.

Enfin, pour aller encore plus loin, à cheval entre philosophie, sociologie et politique, nous ne pouvions que conclure avec cette analyse aussi lucide que décapante de Pierre Bourdieu sur la télévision.

Fin de notre dossier Spécial TV. Au-delà, c’est bien évidemment le choix de chacun de passer un temps X devant son téléviseur ou de le mettre à la poubelle (le donner à quelqu’un d’autre serait un cadeau empoisonné). Mais à l’heure où la numérisation de l’école devient un projet national, il nous paraît important que le débat soit ouvert en connaissance de cause, priorité donnée aux dangers concernant la petite enfance et donc l’avenir de la planète. Pas d’écran(s) avant un certain âge, c’est la première des questions à se poser en conscience.

 

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