Les géants et l’autre_(suite)

D’abord un retour sur l’éditorial de Patrick Apel-Muller, le 28 Mai dans l’Humanité

Pour qui ce brouillard au Panthéon ?

Allons, c’était digne. L’entrée de quatre héros de la Résistance au Panthéon n’a pas été flétrie par la pompe et, entourée par des jeunes lycéens, elle prolongeait des engagements courageux vers l’avenir.
François Hollande voulait faire de son discours un chef-d’œuvre ; ce fut un exercice convenable qu’on sentait pourtant parcouru d’une fissure.

• Que retrouver en effet de la République sociale et de l’essor de la culture pour lesquels combattait Jean Zay dans la politique docile et libérale des gouvernants d’aujourd’hui ?
• Où trouver l’attention aux pauvres d’une Geneviève de Gaulle-Anthonioz ?
• Quelle trace de la passion intraitable de Germaine Tillion pour la liberté et l’altérité ?
• Quelle place pour leur attachement sourcilleux à l’indépendance nationale dans le grand large de la fraternité ? Le verbe présidentiel était semblable « à ces cratères où les volcans ne viennent plus, où l’herbe jaunit sur sa tige ».

Le chef de l’État a choisi des personnalités à honorer en excluant un pan essentiel de la Résistance, celui des communistes, et tombait donc à plat son envolée sur « l’histoire quand elle devient partagée » : il venait de la diviser. Le Panthéon ne peut être traité comme une salle à places réservées, où ni la classe ouvrière, qui paya le plus lourd tribut à la Résistance, ni les immigrés, dont l’héroïsme est devenu légendaire, ne sont admis. C’est la condition pour que des destins donnent « à la patrie une destinée ». Nicolas Sarkozy l’avait hélas mieux compris qui avait mis en valeur la figure de Guy Môquet pour tenter de la manipuler.

À qui ce brouillard est-il nécessaire ? Pourquoi remodeler l’épopée de l’armée des ombres pour en biffer la trace de ceux qui portèrent le plus haut l’espérance que les sacrifices sous l’Occupation ouvrent une nouvelle ère de progrès pour tous ? Peut-être parce que, comme l’écrivait Hugo, « dans connaître, il y a naître », et que certains craignent toujours l’avènement « des jours heureux » programmés par le Conseil national de la Résistance.

pantheon

Par ailleurs, Jean Ortiz a préféré continuer sa série « Les géants » (article précédent ici) avec ce texte que nous aurions aussi bien pu reproduire dans la nôtre série du Cercle des poètes retrouvé. A lire ou à chanter sur l’air de « L’Affiche rouge », que vous pouvez aussi réviser dans nos pages (c’est ici).
Vous avez récolté le mépris et la honte
Monsieur le président en triant parmi les résistants
Vous avez offensé la mémoire de milliers de martyrs
aveuglé que vous êtes par vos choix politiques

L’histoire ne retiendra de vous que le casque
d’une ridicule épopée un soir motorisée
et des trahisons sans nom toutes à répétition
pour servir le pognon de vos amis patrons

Un beau jour de printemps où la nation panthéonise
vous vous êtes livré à de petits calculs
réécrivant l’histoire en piètre manipulateur
la dignité de Manouchian n’est pas donnée à tous

Vous avez racolé tous les médias de France
pour un discours pourtant bien décevant
et en voulant gommer le sang des communistes
vous avez honoré ceux que vous bannissez

Vous croyiez vous grandir Monsieur de la présidence
en amputant une histoire si grande si forte
vous n’avez fait que sombrer et naufrager sans fin
pour complaire aux nantis que vous aimez si bien

Ils étaient quatre géants deux hommes et deux femmes
à entrer dans la crypte qu’ils méritaient enfin
Mais vous laissiez derrière eux en exclusion inique
la résistance la nôtre ouvrière et populaire

Vous pensiez enterrer le CNR et son programme
pour permettre au Medef d’amasser de l’oseille
mais attention monsieur à vos panthéonnades
votre pantalon est décousu et si ça continue…

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